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et des brigands , Aristophane eût mérité peut-étl'e les éloges qu'il se donnait : car la très-grande utilité de sa délation remporterait sur l'odieux du caractère du délateur.
Mais qu'avec la même impudence et la même rage il se 'soit déchaîné contre le mérite, l'innocence- et la vertu; qu'il ait cillomnié Socrate, comme.il a poursuivi 'Cléon'; voilà ce qui fera éternellement sa honte et celle d'Athènes , qui Ta souffert:
Je l'ai dit dans Yarticle allîtsionv et je le répète : en supposant même que la satire personnelle soit utile et juste, le métier en est odieux , et le satirique fait alors la fonction d'exécuteur : un voleur mérite d'être flétri v mais la main qui lui appliqueie-fel brûlant se rend infâme. '
Molière s'est pennis une fois la ^a<Srr^ personnelle dans la scène* de Trtssotin , mais sur un Mmple ridicule ; et encore est-il bon de savoir que l'idée de cette scène iui fut donnée par Despréaux. Depuis , 6n a voulu se permettre , avec l'impudence d'Aristophane et sans aucun de ses Udeas , la satire personnelle et calomnieuse sur le théâtre français ; et un opprobre ineffaçable a été la peine* du calomniateur.
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• Quant à la satire générale des vices , rien de plus innocent et rien de plus permis :
elle présente le tableau, mais il dépend de chacun de nous d'en éviter la ressemblance.
£lle a "été d'usage dans tous les temps, mais plus âpre ou plus modérée. Les poètes grecs du troisième âge la mirent sur la scène : les Latins , . en les imitant , lui donnèrent aussi la forme dramatique ; mais dénuée d'action et . réduite au simple discour:^ , elle eut encore des succès à Rome.
Horace y mit son caractère épicurien , facile , piquant et léger. Il se joua du ridicule , et quelquefois du vice , sans y attacher plus d'importance. Sa philosophie n'était rien . moins que sévère ; il s'amusait de tout ,^. il ne voyait les choses que du côté plaisant : lors même qu'il est sérieux , il n'est jamais passionné.
< • {ùvénal , au contraire , doué d'un naturel ardent et d'une sensibilité prpfonde , a peint le vjce avec indignation : véhément dans son éloquence , plein de chaleur et d'énergie , ce serait le modèle des satiriques , s'il n'était pas déclamateur.
Dans Horace trop de mollesse , dans Juvéaal trop d'emportement ; voilà les deux excès
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que doit éviter la satire. Légère dans les su^et» légers , elle peut se jouer de la vanité et s'amurser du ndicule; mais l<^sqpe c'est on vice sérieusement nubible qu'elle attaque , lorsque c'-est un excès ou un abus criant^ die doit être alors sévère et vigoureuse » mais juste et mesurée : l'hyperbole affail^irait tout.
Les satires de Boileau forent son premitt* ouvrage , et on le voit bien. Jl a phis d'art , plus d'élégance , plus de coloris que Régnier, mais moins de verve , de naturd et de mordant. N'y avait -il donc rien dans les meenrs du siècle de Louis iiv qui pAt lui alhimer la hile ? Il n'avait pas encore vu le inonde , il ne connaissait que les livres , et que k ridicule des mauvais écrivains : son esprit éfait fin et juste ^ mais son âme était froide et lente ; el de tous les genres , celui qui demande le plus de (iu\ c'est la satire* Boileau s'amuse à nous peindre les rues de Paris ! C'était l'intérieiv , et l'intérieur moral, qu'il fallait peindre : la dureté des pères qui inùnolent leurs eatana k des vues d'ambition, de fortune el da vanité ; TaViditédes enfiins , impatiens de succéder, et de se réjouir sur le tombeau des pères;, leur mépris dénaturé pour des parens qui ont eu la folie de les placer au-dess«s d'eux j la
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fureur universelle de sortir de tfon ëtat où Ton serait hètirei;^, pour aller être ridicule et malheureux dans une classe plus éleyëe; la dissipation d*nne mère , que sa fille importunerait 9 et qui, n'ayant qae de mauvais exemple^ a lui donner , fait encore bien de Féloi- ^er d'dle,^ en attendant que , rappelée daçs le monde t>onr y prendre un mari qu'elle ne connaît pas , elle y vienne imiter sa mère qu'elle ne, va qiie trdp connaître ; Tinsolence d'un ^jmê )lpiMpe enric)iiL p«r les rapines de son père , ^ qw T^n punit en dissipant son ]»ien et en rougisaant de son nom ; l'émulation 4e deux époux, à qui renchérira, par. ses foUes dépenses et par «a conduite insensée , sur les travers 9 sur les éj^aremens, sur les vice» honteiux de l'autre ; en un mot , la co]>mplîoa , la dépravation des ,m«eurs -de tons le» état» où Toi^veté règne , où le désoeuvrémem, Teniiai » l'inquiétude , le dégoût de .
aoi*4pèHNs «t de tous $es d^oirs^ la soif ardente de»'l^isir» » le hMoin ^'étre remué par des jo«is»aBces nouvelles , les fantaisies , le jeu votaoe, k Uue fuinepx; causent ^e si tristes ravages; sans compter tous les sanctiOÛrce fennéil aw yeux de la satire, et où le -m^ reppsf /in- paixj voi^à ce que llntériiar
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de Paris présente au poète satirique ; et ce tableau , à peu de chose près , était le même du temps de Boileau.
Boileau affecte Thumeur âpre et sévère , pour être flatteur plus adroi^; et en méine temps qu'il baffoue quelques méchans écrivains , auxquçls il ne rougit pas de reprocher leur misère , il prodigue Tencéns de la louange à tout ce qui peut le prôner ou lé prot^er à la cour. Le généreux courage , que celui d'attaquer Cottin , Cassagne , ou Chapelain ! et contre Chapelain , qu'est^e qui le révolte ? Qù*il soit le mieux rente de tous les beaux esprits ! Passe encore s'il l'eut voulu punir d'avoir osé se déclarer pour Scùdéri contre Corneille , et de s'être mêlé de critiquer le Cid, Boileau, je le répète encore , avait reçu de la nature un sens droit , un jugement solide ; et l'étude lui avait donné tout le talent qu'on peut avoir sans la sensibilité et la chaleur de l'âme : il lui manquait ces dehx élémens du génie ; car il esttrèsr-Vr«tt, comme l'a dit le vertueux et sensible Vaùvernargues, que les grandes pensées viennent 'du cœur.
. Un jeune poète de nos jours s'est essayé dwàs lé" genre de la satire. Il ien a fait une contre
le luxe, et dans ce coup d'essai il a laissé loin en arrière celui que les pédans appellent le satirique français; il a fait voir de quel sfyle brûlant un homme profondément blessé des yices de son siècle sait les peindre. et les attaquer : il a montré qu'on pouyait ayoir la vigueur d'Aristophane , sans impudence et sans noirceur ; la véhémence de Juvénal^ sans déclamation ; l'agrément , la gaité d'Horace, arec plus d'éloquecce, de force, d'énergie; et une tournure- de vers aussi correcte que Boileau, avec plus de facilité , de mouvement et de chaleur.