S TANCE
£ N parlant de Tode moderne , séance et stfophe sont synonymes. Mais comme dans l'article strophe je m'occuperai spécialement de la forme de l'ode antique , je distingue ici , sous le nom de stancelsi coupe de l'ode franr jçaise. . ' , ,
La stance est une période poétique symétriquement composée. Il est bien Yraîqu'^asseï^ souvent elle contient plusieurs sens finis , et qu'aussi quelquefois le sens n'est que suspendu ; mais je la pretids pour la définir dans sa
a58 STANCE.
forme la plus régulière; et au gré de roreîlle comme au gré de l'esprit , la stance la mieux arrondie est celle dont le cercle embrasse Une pensée unique , et qui se termine comme elle et avec elle par un plein repos.
J*ai dit quelle était la mefure de la période oratoire. ( y oyez période. ) Celle de la stance est à peu près la même ; et comme la moindre étendue^ qu'elle ait pu se donner est celle de quatre petits vers , la plus grande est celle de dix vers de huit syllabes ou de six vers alexandrins. ( Voyez piifRioDE. )
Des distiques , accolés l'un à Tautre ne sauraient former une stance harmonieuse , et cet exemple de Malherbe , ^
n n'est rien ici tfâs d'éternelle durée.
Une chose qui plaît n'«st jamais assurée :
L'épine suit la rose; et. ceux qui sont contins N9 le sont pas long-temps
Cet^ exemple lui - même fera sentir que la rime plate soutiendrait mal le ton de l'ode et manquerait de grâce dans les stances légères. L'oreille y veut au moins quelque entrefaccment de rimes, et permet tout au plus u|i distique isolé à la fin de la stance , comme dans Toctave italienne , encore l'essai qu'en a fait Malherbe n*a-t-il rien de bien séduisant.
STANCE. a5i9
Laisse-moi , Raison importuDe ^ Cesse d'affliger mon repos , - - £n me faisant , mal à propos, Désespérer de ma fortune.
Tu perds temps de me secourir , Puisque je ne veux point guérir.
Rousseau n'a pas laissé d'emplojer une fois cette forme de s tance ; mais pour donner au distique final une cadence harmonieuse , il l'a formé de deux vers héroïques.
Seigneur , dans ta gloire adorable Queh mortel est digne d'entrer ?
Qui pourra , grand Dieu , pénétrer Ce sanctuaire impénétrable , Où tes saints inclinés, d'un œil respectueux , Contemplent de ton front Téclat majestueux ?
£n indiquant le vers masculin par un m et le féminin par un y, je.va^ figurer les ' diverses combinaisons dont est sasceptible la stance. Mais je dois faire observer d'abord que la clôture n'en est bien marquée que par , un vers masculin, et qu'une désinence muette ne la termine jamais bien. Aussi , dans le haut ton de Tode ^ nos poètes ont-ils évité cette cadence molle et faible. Rousseau j dans ses odes sacrées , se Tesl permise une seule fois : ^ '
a6o »TAN€E.
Peuples , élerc* vos copicects ; Poussez des cris de joie et des chant» de Tiçtoirr.
Voici le roi de l'unâyert , Qui vient faire éclater son trion^ilfee et sa (j^Uhi*.
et une fois da^s ^es odes prolanes :
/ Trop heureux qui du -libaHip par ses pênes Uîsfié Peitt parooqrir an ^n Jbes limite» antiques , Sans r^doi^ter le$ cxis de r.orpbjeli^ chassé Du sein de ses dieux domestiques !
Ce n'est que dans fode familière et badine, dont la grâce est la nonçlialance , qu'il sied de donner à la ^tance ce caractère de mollisse , comme dans l'ode à l'abbé de ChauUen.
Je ne prends point pour vertu ' Les noirs accès de tristesse D*un loup-garou revêtu t Des hiAits de la sagesse. *
Plus légère que le veut.
Elle fuit,d*un faux savait La som])re mélancolie , /
Et se sauve bien souvent Dans les bras de la Folie.
Je dois faire Qbserrer encore qi«e les poésies' régulières n'admettent guère , d'une siance à { Fautre , la succession de deux vers masculin» | ou féminins de rime différentes C'est une di*~
STANCE. 3i6l
Inance qui déplaît à V oreille,, et si Malherbe Test permise dans des stances libres et nélîgées , cèmrae dsivs celle-ci ,
Tel q[a*aa soir on voit le soleil
Se jeter aux bras du sommeU , ■ - '
Tel au matin il sort de l'onde.
Les affaires de l'homipe ont uxt ^utire dçstin .*
Après qu'il est parti du mOEide »
La nuit qui lui survient p'a j^ais de nia^.
Jupiter i ami des mortels ,
We rejette de ses autels
Ni requêtes , ni sacrifices, etc.
Ini ce poète m Rousseau n'ont pisis souvent Icette licence dans le style pompeux de l'ode. ■Ils ont bien senti l'un et l'autre que la succès- Ision de. deux finales du même genre et de [ dilTérent son , comme matin et mordis , I était déplaisajDte à ^'oreille , et qii^ , dai^s .:un
poème qui par essence doit être hari;ii,04M^ux,
il fallait l'éviter .
Parmi les ^stances que je vais figurer on
distinguera aisément celles qui â'ont aucun
de ces deux vices , et ce seront les seules dont
je donnerai des exemples t
Stances de quatre vers,
20^ STANCÉ»
Vous avez TU tomber les phis illustres tètes ; Et vous pourriez encore ,. insensés tjue rouft êtes , Ignorer le tribut ^(b Ton doit à la morTÎ Non , lion, tout doit fràndiir <?• ttwtble pftsstçe ; Le riche et Tindigent, l'imprudent et le sage , Sujets à même loi , subissent même sort.
{Roussé^au. )
Cet enlacement est celui que Malherbe et Rousseau , dans la stance de six vers , ont le plus fréquemment employé , eomme le plus harmonieux.
Les autres coupes du sixain Ont été comme Rebutées.
M, m, t: ni, to,f.
Et la dernière est la. seule qu'on trouve dans Rousseau , encore n'est-ce qu'une fois.
Eenonçon» att stérile appui
Des grands qu*ott implore aujourd'hui:
Ne fondons point snr eux une espérance Iblle.
Leur pompe; indigné de lids Tcrai,
N'est qu'un simulacre frivole ; Ec les solides biens ne dépendent pat d'émc.
Stances de sept vers.
JLa. stance ûe siept vers est composée dun quatrain et d*un tercet , en sorte qtie Tune des deux rimes de la première partie est 'redoublée dans la seconde.
■ li'lïypoc^rite , en fraudés fertile , ' '
Dèsy^bfanée^est-pëtri de far^: <. >
Il sait colorer avec art Le fiel que to bouche distille ; ■ Et la morsure du serpent Est naoins aignè et moii» subtile Que le venin caché que sa langue répaild.
( Rottsseaa, )
Dans ia trokième et la huitième du troisième livre des ode^ de Rousseau, l'entrelacement est encore- le même; et en effet c'est la seule façon de rendre harmonieuse
\sl stance de sept vers. i
Stances de huit vers. '■
Lés Italiens divisent leur octave en un sixain et un distique. ^
ta fver^nélla è simîle alla rosa , Gh* in helgiardin , sullà nativa sjpina,