‹ Elémens de littérature (volume 3)Chapitre 19 sur 48 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Ni run.iiL Fantrë. Il fsmt dôniter à Faction ftâ jtiste étemàuÉ'j suivre la loi de la nature pi^ férable à celle de l'art; et le public, qui se plaindrait qa*^n s-esbéloi^é dé l^iiugë \ serait le t^rran: du génie et reimemi de ses propres plaisirs:*

It en est de voègéte de la division en deux 4ic$es pour de petites comédies : elle n'est pas bien AiTorable; mais la nature du sujet ^ heureux d'ailleurs, peut l'exiger;. et rien de ce qui peut {rfaîre ne doit être interdit aux arts.

Eschyle, rinrenteur de la tragédie, avait négligé de la diviser en actes. II y a bien dans ses pièces des intervalles occupés par le chœur , mais sans divisions symétriques ; et lorsqu'on a voulu y en mettre, on a coupé l'action dan» des endroits où évidemment elle était continuée, comme^u quatrième au 'cinquième acte du Protnéûiée. Dans la suite , les poètes grecs se sontpresarit la division en cinq^ieUff^; mais on voit que les intermèdes étaient occupés par le chœur ; et si Ton baissait la toile à la £n des actes , ee n'était guère que dans le cas où le changement de lieu exigeait un chaagenitiit > de décoration.

I>ahs Içs intervalles àit&actes^ le tiiéAiré

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«este Tftcant; mais Faction ne laisse pas de conàouer hors du liéa de la seède ; et lorsqu'elle est bien distribuée et dével<i]ipée avec soin , Ton sait' d'un <xc£e à loutre ce qui s-en est passé.

Quant à la durée , il aûffîf qu'il n'y ait pas entre les actes une inégalité trop sensible ^ et rétendue de cbacim se trouve ainsi proportionnée à celle de la pièce, qui, chez noiÉSy peut aller de dôuse à dix-huil^ cents Ycrs^ . Voye:^ ent^'acte» '

PocE avoir une idée liette et précise dé \acUon du poème dramatique on épique /il faut la considérer sou* deux points de vue, bu plutôt distinguer deux sortes àtcicîion.

'Vaetion anale d'un poème est un événement* à |>roduire; ¥ action continue est le com« bat des causes ef dès obstacles qui teiidcnt r^f^INAittémeiit ,- fès'unés à produire Tévén'etn^at, et les àuttaà reinpécber, ou à produire -cÉ^inéiBésutkévé^fif^iiènt contraire.

' Dans' la tragédie' de JS^tunnieus, la mort dé ce prince «st Vatthn finale ; la jalottfte de

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Néron , son manvais naturel, sa passion po«6r Juni€ , la scélératesse â« Narcisse en sont les' causes ^ la vertu deBurdius, l'autorité d'Agrippine , xm reste de rc^ect pour elle et àe crainte pour les Romains , Thorreur d'un prei|i»^ erînic en sont les obstacles^ et lé eombat se ' passe dans l'âme dé Néroii.

Ainsi, Y action d'un poème peut se consîdéver eomme ^ine sorte de problème dont le dénoiielnent fait la solution.

Dans ce problème , tantôt l'aliema^e se réduit à réussir ou à manquer l'entreprise , comme dans Y^Ènéide ; tantôt le sort- est en balance entre deux éyéi^mens , tous tes deux funestes , comme dans YOÉdipe; ou l'un heureux et l'antre malheureux, comme Onxi%

V Odyssée et Ylphigénie e/i Tauride. Ceci demande à être dcvelop^* . ,

Les Troyens s'^tabliront-ils ou ne s'G^}>Iirront^ls pas en Italie? voilà le problème de

Y Enéide, On voit q#ie , du côté .d'Énée « l« mauvais succèsr ^ réd^t^ s|; ab^ndo^nf r j^il pays qui n'e^.p^ lesieçr : la destina» 4es Troyens ne s^^ait p^ rc^jagUe» Jl9ïnQji>l,s.ç-r rait pas ^fondée ; xo^ ce, malti^iu: i^'a jan^ai^ pu intéresser réelleiipi^nt que l^çsRppia^ La situation, décote d^ Xurnus, e^t d'ui^ Altéré?

plus uhWersdi et plus fort ; il s'agit pour lui die Taincre ou de périr , ou de subir la honte de se voir enlever sa femme et les états de «ou beau-père : aussi les vœux sontr-ils en faveur de Turnus. '

Dflns VOdfssée , il ne s*a^t pas seulement ^u'Ul^fsae retourne à Ite^que , ou qu'il périsse daUs ses voyagea, ou qu'il soit retenu dans rHe de Gireé, ou dans éelle de Calypso : cet intérêt , persoBinel à un héros froidement sage » aôus toucherait faîblen^ent. Mais son fils , jeune encore, est soUs le gUite ; sa femme est exposée aux vioienées des peursuivans ; son père est au bord du tombeau. , incapable de s*opposer à leur criminelle insolence; son lie est dévastée , son palais saccagé , son peupla et 8À Canûlle en proie à des tyraiis : si Ulysse revient, il peut tout sauver; tout est perdu , ^1 ne revient pas : voilà tous les grands intérêts du cœur humain réunis en un seid \k et e'eat le plus parfait mod^e de l'action dans , Fépopée«

Dans Ylphigénieen jRaUridey Oreste, poursuivi par les Furies, en serait-il dâivré ou uon ? 4efar4*il reeonnu par' sa sœur, avant d-étre ÛBfliolé ^ ou rimmo{er«rt-èHe avani de le connattre? ealevera^îl la statue de Diane , qu

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seia^t41 égorgé aux pieds de ses autels? L'événement peut être heureux ou malheureux ; et plus Taltemative en est pressante, plus elle est susceptible des grands mouvemens de la crainte et de la pitié.

Dans VOEdipe^ la peste achevera-t-elle de désoler les -états de Laîtis; ou le meurtrier de ce roi sera- 1 -il recoimu dans son fils et dans le mari de sa fcronie ? Voilà les deux extrémités, les plus cfiroyables et raltemative la plus tragique qu'il soit possible d'imaginer. Le défaut de c«ttc fiable , s'il y en a nn , c'est de ne laisser voir aucun milieu entre ces deux malheurs extrêmes , et de ne pas permettre à Tespéranoe de se mêler avec la terreur.

L Je laisse à balancer les avantages* de cette fuble teriible et touchante d*un bout à l'autre ^ ^ns aucune espèce de soulagement pourl^&]^« deé spectateurs , avec la fable de Vlphigénie en Tauride,. où quelques rayons incertain d*une espérance consolante brillent par inter-^ valles , et laissent entrevoir une ressource dans . les.malheurs eties dangers dont on frémit : je Veux seulement faire voir que tou^ se rédiiità ces ^deux problèmes ,. l'un simple et l'autre compliqué.; Celui'-ci , &t faissant passer l'âme des spectatcun par de continuelles vicissitudes,

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varie sans cesse les roouvemens de la terreur et de ta pil;ié > Tautre les soutient et les presse , en faisant faire à l'intérêt le même progrès qu'au malheur.

De cette définition de Fac^f 0/1 , considérée comme un problème, il suit d'abord qu'il est de son essence d'être douteuse et incertaine , et de rétpe jusqu'à la fin : car si l'action est . telle qu'il n'y ait pas deux façons de la tèrmi-^ ner , et que Tévénement qui se présente naturellement à la prévoyance de» spectateurs , soit le seul moralement possible , il n y à pins d'alternative, et par conséquent plus de balancement entre la crainte et l'espérance : tout se passe comme on l'a prévu ; et s'il arrive une révolution, ou elle a besoin d'une cause sur- ■atureUe , comme dans le Philoctète de Sophocle , .011. elle manque de vraisemblance , comme dans le Cid, C'est un effort de l'art , qu'on n'a pas assez admiré dans le Télémaque , d'avoir y par la seule force de l'éloquence d'Ulysse , rendu naturel et vraisemblable le retour de Philoctète , que Sophocle avait jugé lui-même impossible sans l'apparition d'Her- «ide. A l'égard du O'c^, Corneille n'a su d'autre moyen d'en terminer J'intrigue , que de ne pas décider la révolution.

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