TOME I. l
J4$ KCTIOV*
jyvoi autre coté , si, dam le» pottibléSi V action avait deu]( issues , mais qiie, par la maladresse du poète et la prévoyance des spectateurs , le problème fut résolu dans leur c^pinioa avant le dénouement, il n'y aurait plus d'inquiétude ; et il ne faut pas «rotre que Tart de rendre Tévénement douteux et de lai»* ter le $pectacteuf dans ee doute ^ ne soit utile qu'une fois. L'iUugion tliéàtrale consiste à £ûrt QubUer ee qu'on sait, pour ne penser qu'à ot qu'on voit. J'ai lu CorneiUe; je sai» par ccenf le einqiuème acte de B0dogun€ ; mais j'ea oiublie le dénouement; et à niesure que la ocwpe empoisonnée approche des lèvre» d'AjH Uochus , je frémir, conoume si je ne savais paa que Timagène arrive. ikye% seulement soin que, dans V action w^me, rûsn ne trahiiae k secret de la dernière révolution ; j.'aurai bcaa le savoir d'ailleurs, je me le dissimnJkrai, pouv me laisser jouir du plaisir d'étri» émn : efiil inexplicable , et pourtant bien réel , de FiUu'* aion tbéàtrale. Mais nutastt la sfiJut«9a doit être cachée j autant les termes opposés où V action peut aboutir , doivent être marqués et mis en évidence. Je n'en esce^te qu^une sorte ée fable : c'est lorsqu'entre deux malheurs, dont il semble que Tun ou l'autre lioive arriver
inévitablement, il y a pourtant uli moyen de ks éviter tous dem, et qu'on a dessein dé iker, pur cette heureuse révolution , les peiv soanage» in^^ssaos du double péril qui le»
presse. Ce moyen éoitétre oaehé comme Tissue An, labyrinthe; mais tout ce qu'il y a de fitmeste à craindre doit être connu , et le plutét possible. Que , dès le premi^ acte d* Œdipe , pat exemple, le spectateur fait instruit qu'GEdipè est l'assassin de son père et le mari de sa mère; dès ce moment , tous les efforts, de ce malheureux prince , pour découTiir le meurtrier dé LaiiB , feraient frémir; et 1- approche des incidens qui amèneraient les reconnaissances , remj^rait les esprits de compassion et de ter** reur. On peut rendre raison par-là de ce qui arriTe assea souvent ,^ qu'une pièce fait plus d'impeessioii la seconde fois que la première. De notre définition , il suit encore , que plus les événemens opposés sont extrêmes , plus Taitemativede l'un à l'autre a d'importance et d'intérêt. Si , d'uao^té , il y va de l'excès du bonheur , et de l'autre , de l'excès du malheur , tomoLt dans VIphigénie en Taurtde et dans la Mérope^ la solution du probité est bien pltis intéressante que lorsqall ne s'agit que d*uii malheur plus sensible , on d'un bonheur
faiblement souhaité. Par exemple, dans Ih-^ j^eucte, supposons que Pauline fût passionnément amoureuse de son époux ; le^ problème serait bien plus terrible ^^ et la situation de Pauline bien plus cruelle et plus touchante # Corneille , en la faisant amoureuse de Sevére> a évidemment préféré Fîntérét de Fadmiration à celui de la terreur et de l'a pitié : en quoi il a obéi à son génie , et composé une fable plus étonnante et moins tragique.
Dans la comédie , même altematÎTe : Fin^ térét consiste , lo a feire souhaiter que le ridicule , puni par lui-même , soit à la fin livré à la iTsée et au mépris ; a^ à faire naitre une curiosité inquiète , et une vwe impatience de voir par quel moyen ce qu'on souhaite arriyera. L'Avare ^ousera-t-il Marianne , ou la cédera- t-il à son fils? Tartuffe sera-t-il confondu et démasqué aux yeux d'Orgon , ou jouira-fe-il de sa fouriaerie ? Voilà le problème à résoudre. Au lieu du trouble el du danger qui règne dans la tragédie , c'est l'agitation des querelles domestiques ; au lieu des revers , ce sont les méprises ; au lieti du pathétique ^ c'est le ridicule : mais le combat des intérêts , le choc des incidens est le même dans les deux genres , pour amener , en sens contraire , deu^^
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événemens opposés, (^servons senletnentque, dans le comique , si le malheur est grave , il ne doit être craint que par les personnages^ : les spectateurs doivent au moins se douter qu'il n'en sera rien : c'est ufie différence essentielle entre les deux genres , et peulr-étre le seul artifice qui manque à Tintrigue du Tartuffe^ dont le dénouement n'eût rien perdu à être un peu plus annoncé.
L'intérêt du poète , en effet, n'est pas , dans le comique,' de tenir le spectateur en peine , mais bien les personnages ; car il s'agit de divertir les témoins aux dépens des acteurs ; et à moins d'être de la confidence , il n'est guère possible de se divertir d'une situation aussi affligeante que celle qui précède la révolution du cinquième acte du TaHuffe, Peut-être Molière a-t-il voulu que le spectateur , saisi de crainte , fût sérieusement indigné contre le fourbe hypocrite; mais ce trait de force i placé dans une pièce où le vice le plus odieux est démasqué , ne tire point à conséquence ; et en général , dans le vrai comique, un danger qui ferait frémir , s'il était réel , ne doit pas être sérieux ; il faut au moins laisser prévoir que celui qui en est menacé , en sera quitte pour la peur.
,l5o ACTION.
Si la définition que jt vieiu de do&ner de
VatUon , soit épique ^ toit dramatique , est juste , comme je le crois , on a eu tort de dire que V action du poème de Lucain manque d*u^ •mté ; on a eu plus grand tort de dire que les poèmes d*Homère n*ont que Timportanee des personnages et non pas^elle de V action.
Il n'y a pas de problème plus sim^e que celui-ci : A qui restem Vempire du monde P Sera-ce au parti de Pompée et du sénat ?
sera-ce au parti de César? Ov y dans le poërae de la PharsoUy tout se réduit à cette alterna* tive; et jamais action n'a tendu plus directement à son but. On a déjà yu qu'un modèle admirable de Yaction épique ^t le sujet de V Odyssée, Celui (Je V Iliade est moins intéressant^ mais par son influence et comme événement, il est d'une extrême importance. La colère d'Achille "va-t-elle sauver Troye, et forcer les Grecs à lever le siège , et à s'en retourner honteusement dans leur pays ? ou , par quelque révolution imprévue , Achille , apaisé et rendu à la Grèce , va-t-il précipiter la perte des Troyens et la vengeance des Atrides? Voilà le problème de l'Iliade ; et la mort de Patrocle en est la solution.
(Qu'est-ce donc qu'on a voulu dire , en
ACTION.. l5l.
reprochant à l'action de ce poëme et à celle de i'Odjrssée, de manquer d'importance? etquV t-on voulu dire encore , en donnant pour de»
dififërences , entre l'action épique et Vaction dramatique , ce qui convient également à toutes les deui? La solution des obstacles est y dit-^on , ce qui fait le dénouement; et le .dénouement peut se pratiquer de deux manières i ou par une reconnaissance y ou sans reconnaissance ; ce qui n*a lieu q^ie dans la tragédie. Et pourquoi pas dans le poëme épique ? CeluiHîi , comme Ta très-bien vu Aristote, n'est que la tragédie en récit.
Vaction de Fépopée est, sans doute , un exemple , maïs non pas un exemple à suivre ; et , comme celle de la tragédie , elle est tantôt l'exemple du malheur attaché au crime , à l'imprudence, aux passions humaines; tantôt l'exemple des vertus , et du succès qui les couronne , ou de la glfoire qui les suit.
L'épopée est une tragédie , dont Vaction se passe dans l'imagination du lecteur. Ainsi , tout ce qui , dans la tragédie , est présent aux yeux doit être présent à l'esprit dans l'épopée. Le poète est lui-même le décorateur et le machiniste ; et non-seulement il doit retracer dans s«% vers le lieu de la scène , mais le
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tab]eau , le mouvement , la pantomime de V action , en un mot , tout ce qui tomberait sous le sens , si le poëme était dramatique.
Il y a sans doute , pour cette imitation en récit , du désavantage du côté de la chaleur et dfe la vérité ; mais il y a de l'avantage du côté de la grandeur et de la magnificence du spectacle , du côté de l'étendue et de la durée de V action , du côté de Tabondance et de la variété des incidens et des peintures.
Dans la tragédie , le lieu physique du spectacle oppose ses limites à l'essor de l'imagination : elle y est comme emprisonnée ; dans le poëme épique^ la pensée du lecteur s'étend au gré du génie du poète, et embrasse tout ce qu'il peint : mille tableaux qui se succèdent dans les descriptions de Virgile , se succèdent aussi dans ma pensée ; et en les lisant , je les vois.
Le poète épique , à cet égard , est bien plus heureux que le poète dramatique. Combien celui-ci ne se tronve-t-il pas resserré sur Te théâtre même le plus vaste , lorsqu'il se compare à son rival ^ qui n'a d'autres bornes que celle de la nature , qu'il franchit inéme quand il lui plaît?
Un autre avanta ge de l'épopée sur la tragédie,
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c'«st l'espace de temps fictif qu'elle peut donner à son action. Dans un spectacle qui né doit durer que deux ou trois heures ; dans une intrigue dont la chaleur doit sans cesse aller en croissant , parce qu'elle a pour objet une ëmotian qu*il ne faut pas laisser languir, le temps fictif ne peut guère s'étendre avec ▼raiseniblance au-delà d*ime révolution du soleil. Mais le temps de l'épopée n'a de bornes que celles de V action , naturellement plus ou moins rapide , selon que le mouvement qui l'anime est plus violent ou plus doux. Voilà donc le génie du poète épique en liberté , soit pour le temps , soit pour les lieux , tandis que celui du poète tragique est à la gène.
La tragédie est obligée de commencer dans le fort de V action , et assez près du dénouement pour laisser dans l'avant-sçène tout ce qui suppose de longs intervalles. Son mouvement accéléré , d'acte en acte , est si continu , si rapide; l'inquiétude qu'elle répand est si vive , et l'inté^^t de la crainte et de la pitié si pressant , que ce qu'on appelle épisodes , c'esfà-dire, les circonstances et les moyens de Vao tion , s'y réduisent presque à l'étroit besoin , san^ rien donner à l'agrément : au lieu que dans l'épopée la chaîne de \* action éXasH plus
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longue et le dessia plus étendu > les încîdeiis ^ <iue je regarde comme la trame du.tissu de la fable , peuvent Tomer et renrichir de mille couleurs différentes. Faut-il , pour me faire entendre , une image plus sensible encore ? La tragédie est un torrent qui brise ou franchit les obstacles ; l'épopée est un fleuve majestueux qui suit sa p<mte , mais dont la course ▼aga-'bonde se prolonge par. mille détours « On voit .donc q^e la tragédie l'emporte sur l'épopée par la rapidité , k chaleiu' , le pathétique de Y action; mais que l'épopée l'emporte sur la tragédie par la variété , la richesse , la grandeur et la majesté.
Tout sujet qui convient à l'épopée , doit convenir à la tragédie , c'ést-à<^dire , être capable d'exciter en nous l'inquiétude, la ter» reur et la pitié ; car s'il n'était pas assez inté«> ressaut pour la scène , il le serait bien moins encore pour le récit , qui n'est jamais aussi animé. C'est dans ce sens-là qu'Aristote a dit quelle fond des deux poëmes était le même.
« Il faut, » dit-il , en parlant de l'épopée, «en dresser la fab^e , de manière qu'elle soit dramatique , et qu'elle renferme une seule acttan , . qui soit entière , parfaite et achevée* Il y a ,^til encore, autant de sortes d'épopées qu'il y
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a d'espèces de tragédies; car l'épopée peut être simple ou implexe , morale ou pathétique. » Il ajoute , « que l'épopée a les même» ptwties que la tragédie ; car elle a ses péripétics , ses recoHiïAiasanées , ses passions ; » d'où il conclut que « l'épopée ne diffère de la tragédie que par son étendue et par la forme de ses vers » : et il en donne pour exemple, d'un côté, le sujet de Y Odyssée dénué de ses épisodes, et tel qu'Homère l'eût conçu s'il eût voulu le mettre au thédtre ; de l'autre , celui de Vlphi^ génie en Tàuride, avant d'être accommodé au théâtre , et tel qu'il dépendait d'Euripide feu faire un poème épique ou un poème dramatique , à son choix.
Eu suivant son idée, pour la développer, essayons de disposer le sujet de Viphigénie, comme Euripide l'eût disposé lui-même, s'il e« eût vouhi faÎTO un pofme en récit.
ûreste, couvert du sang de sa mère, etpoupsoivi pftr lesEuménides, eh^^ihenn refiige dans k temple d'Apollon , de ce dÎMi qui l'a potasé ma crime. Il embrasse son autel , l'implore, lui offre un sacrifice ; et l'oracle interrogé lui ordonne, pour expiation, d^aller enlever la statue de. Diane pvctfanée dans la TaUride.
Oresle prend congé d'Electre ; il ne veut pas
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que Pilade le suive : Pilade ne veut point l'abandonner. Ce jeune prince quitte nn père accablé de vieillesse , dont il est Tappui , une mère tendre dont il fait les délices , et qui tous deux l'encouragent Y en le baignant de larmes, à suivre un ami malheureux. Oreste , préMnt à leurs adieux, se sent décbirer le cœur aux noms de fds , de père et de mère.
Il s'embarque avec son ami ; et si le petit voyage d'Ulysse et d'Énée €st traversé par tant d'obstacles , quelles ressources n'a pas ici le poète pour .varier celui d'Oreste ? Qu'on s'imagine seulement qu'il s'embarque à ce même port de l'Aulide où l'on croit que sa sœur a été immoli^e; qu'il traverse la mer Egée , où son père et tous les héros de la Grèce ont été si long-temps le jouet des ondes ; qu'il la parcourt à la vue de Scyros , où l'on avait caché le jeune Achille ; à la vue de Lemnos , où Philoctète avait été abandonné; à la vue de Lesbos, où les Grecs avaient commencéde signaler leur vengeance; à la vue du rivage de Troye,' dont la cendre fume, encore. Quelle carrière pour le génie du poète j '
Aux încidens naturels qui peuvent retarder tour-à-tour et favoriser l'entreprise d'Oreste , ajoutez la hi^ine des dieux ennemis du sang
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d* Agamannon , la fayeur dû dieux qui le protègent , les Furies attachées aux pas d'Oreste-, et qui viennent l'agiter toutes les fois qu'il veut s'oublier dans les plaisirs ou dans le repos : tous ces agens surnaturels vont mêler à V action du poème un merveilleux déjà fondé sur la vérité relative, et adopté par Topinion.
Cependant Thoas, épouvanté parla voix des dieux , qui lui annonce qu'un étranger lui arrachera4e sceptre et la vie, Thoas ordonne ique tous ceiixque leur mauvais sort ou leur mauvais dessein amèneront dans la Tauride , soient iœ^ moles sur l'au^ de Diane. Iphigénie en est la prêtresse: elle a horreur de ses sacrifices; et après avoir employé tout ce que l'humanité a de plus tendre , et la religion déplus touchant, pour âé* chir Pâme du tyran : « Non, lui dit-elle, Diafte n'est point une divinité sanguinaire ^ et qui le sait mieux que moi ? » Alors elle lui raconte comment, destinée eUe-mème à être immolée sur son autel , elle en a été enlevée par cette divinité bienfaisante, a Jugez , conclut Iphigénie , si Diane se plairait à voir couler un sang qu'elle ne demande pas , puisqu'elle n'a pu voir répandre le sang qu'elle avait demandé par la voix même des oracles. » Le tyran persiste*.
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QrkBte et Piiade abord«Bt dSàtis si» ëtats : il» «Mt arrêtés, coadnite à lautel^ et le poème «6t tenniné par la tragé&e d'JSKrçf?iife , dont je n'ai fait jusqu'ici que déyelt^per Tirvant- «eèae.
^ On voit, par cet exemple, que r«cft*o« de r^popéc n'est que Vacdon de la tragédie , plu» étendue et prise de plus loin.
Le Tasse ne pensait pas ainsi. Ilpoema hen>ïco , dit-il , e unit imitazione de aaioae il-^ iusirc, gnmde, e pevfetia , faUa narmndo ^ <on akissùno vûtêo^ ^fofvt di mwergU animi «•» Ia manBuigiia^, et di giovar dUetfando *. U r^arde le merreillenx comme la source du pathétique de l'^pée; et laksant à la tragé^taterreivetlapitië, it réduit le poème hérdlqne k Tadaniratiott , le phts froid des sen-^ ^Mnens deTàme. S'il eàt mis sa théorie en pra-» tique , son poème n'aurait pas tant de charmes.- Quelque admiration qu'inspire Fhéroïsme , quelque surprise que nous cause le merveil-km répandu dms les £tfeles d'Homène, do
* Le poëme U«roique e&t rimîution d*une action. "A.lustre , grande et parfaite , racontée en ^ers d'un ton tr^-élevé , pour émouvoir les esprits par le moyen da iaermlleux , et pour rendre agréable un^ instruction
Virgile et du T«sm Im-^mème , Fintérét en «erait bien faible , sâiuies épisodes terribles et touçhans qui hs rammeat par interralles ; et «es poètes Tout si bien senti , qu'ils ont eu re^ coui:s y à cliaque instant , à quelque nourelle scène tragique. Retranchée de ï Iliade les adieux d' Andromaque et d'ËLector , la douleur d'Achille sur la mort de Patrocle, et son entrevue avec le vieux Priam ; retranches 4e V Enéide les épiaodes deLaoeoonet deses en&ns, de Didon , de Marcellus , d'Euriale et de Pal* las; retranchez de ia Jérusaiem la mort de Dudon, celle de Clorinde , Tamour et la dou-* leiur d'Armide ; et voyen ce que devient Tintée rét de V action prineipfde , réduit à l'admira** tion qae peut causer le merveilleux des f«i|ai ou la beauté des caractères* On se lasse bien-* tôt d'admirer dea héros que l'on ne phiint pas ; on ne se lasse jamais de plaindre des héros qu'on admire et qu'on aime. L'aliment de l'intérêt, soit épique, smt dramatique, est donc la crainte et la pitié. U es^ vrai que ia beauté des caractères y contribue; mais elle n'y suffit pas : Concorre la miserin dette ad oui insieme con la bonta dicostumL Le Tasse.
La règle la plus sûre dans le choix du sujet de r^pée y est donc de le supposer au théâtre»
*6o ACTIOlf»
et de voir Telfet qu'il j produirait. S'il est vraiment tragique et théâtral , son intérêt se répandra sur les épisodes; au lieu que, s'il n'avait rien de pathétique par lui^-même , en vain les épisodes seraient intéressans , chacnn d'eux ne communiquerait à V action qu'une chaleur aeci/dentelle , qui s'éteindrait à chaque instant , et qu'on serait obligé de ranimer sans . cesse par quelque épisode nouveau.
C'est, dira -t- on, donner à l'épopée des bornes trop étroites , que de la réduire aux sujets tragiques. Mais Ton verra que , sans comp^ ter la tragédie grecque , celle , dis^je , où' tout se conduit par la fatalité , j'en ai distingué trois genres , dans lesquels sont compris , je crois , tous les intérêts du cœur humain. Si ce n'est pas riiomme eu proie à ses passions , ce sera l'innocence ou la vertu éprouvée par le mal-* heur ou poursuivie par le crime ^ ce sera la bonté mêlée de faiblesse , entourée des pièges du plaisir et du vice , et obligée d'immoler sans cesse de doux penchans à de tristes devoirs. Or , il y a peu de sujets intéressans qui ne reviennent à l'une àe ces trois situations , ou, mieux encore, à quelqu'une de celles qui résultent de leur mélange.
. L'action de la tragédie doit être importante
XcTioif. tG^i
et mémorable ; de même , et plus essentiellement encore, celle de Pépoijée. Or, cette importance -consiste dans la grandeur des moti& et dans Futilité de rtexemple.
Mais il faut bien se souvenir que Tinférét commun ne nous attache que par des affections personnelles ; et dans une action publique , quelque importante qu'elle soit , il est plus avantageux qu'on ne pense d'introduire de temps en temps , des épisodes pris dans la classe des hommes <;4>scurs i leur simplicité , noblement exprimée , a quelque chose de plus touchant que la dignité des mœurs héroïques.
Qu'un héros fasse de grandes choses , on s'y attendait , on n'en est point surpris ; mais que d'une âme vulgaire naissent des sentimens su- • blimes, la nature , qui les produit seule , s'en applaudit davantage ; et rhimianité se complaît dans ces*exemples qui l'honorent.
Le moment le plus pathétique de la conjuration de Portugal , n'est pas Celui où tout un peuple, armé dans un instant, se soulève et brise ses chaînes ; mais celui où une femme obscure parait tout-à-coUp , avec ses deux fils , au milieu de l'assemblée des cbnjurés, tire deux poignards de dessous sa robe , If s remet ■à ses deux enfans , et leur dit : « Ne me les
tS% ACTIO-EK
» ra{^r€ez (|ue teinu4u sang des Espagaoîs. » Combien de traits plus co«rageuz<^ plus hoso- 'râbles , plus toûchans que la pliqiart ôe.tetat que consacre l'histoire , demeurent phmgés dans l'oubli! et qud trésor pour la poésie, si elle aTatt soin de les recueillir!
Indépendamment de ces examines répandus dans répopée , Yaciion princip^e doit se terminer à |une moralité dont elle soit le dérelop* pement ; et plus cette irrité morale aura de poids , pbis la fable aura d'importance, f^oxez