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de Pline , et que la plus longue harangue H'Isocrak:,
Cestluiqui, félicitant Godean àes fleurs qui naissent dans son esprit , lut dit qu'il en a reçu un bouquet sur des bords où il ne crott pas un brin -d'herbe. Et il ajoute : L^ Afrique ne m'a rien fait voir de plus nouveau que vo€ ouvrages ,- en les lisant à V^ombre de ses pahmes , je vous les ai toutes souhaitées , et en ■même temps que je me considérais avoir été plus avant qu'Hercule , je me suis vu bien loin dertière vous.
C'est ce même Voiture qui écrivait à Costar , qu'il voulait s*abstenir de recevoir de ses lettres, à cause qu'on était en carême, et que ^ poiu: un temps de pénitence, c* étaient de trop grands festins. Pour vous, vous pouvez sans scrupule recevoir ee que je vous em*oie , ajoutait-il y h peine ai- je de quoi vous faire
une légère collation /e ne vous servirai
q;ue des légumes ; et dan» le même sens éguré : Vous faites des sauces avec lesquelles on mangerait des cailloux.
Comment le même homme qui , dans son style, emploie des tours si recherchés , dtes jeux de mots si étudiés , des rapports si singuliers jet si faux entre le^ idées , en uu mot ^ une
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plaisanterie si peu naturelle et si froide, comment peut-il être blessé de Yaffectadon de Pline le jeune , mille fois moins affecté que lui ? En voici la raison.
Ua/fectation de Voiture n*était pas celle qu'il reprochait a Pline : il ne voyait dans celui-ci que la recherche de Texpression , sans même être blessé du tour antithétique et artificiellement compassé que Pline avait dans son éloquence; mais si Pline avait lu Voiture., il eût été blessé du rapport forcé des idées et des images qu'il emploie , et surtout de la peine qu'il se donne pour traiter familièrement les grands sujets, et plaisamment les choses les plus graves,
Balzac , dont M affectation est encore d*uiîe autre sorte, car elle consiste dans la recherche d un style périodique et soutenu avec dignité; ou , comme il Ta dit de lui-même , dans une gravité tendue et composée ; ou , comme Bouleau en a jugé f h ne savoir ni dire simph-rment les choses^ ni descendre de sa hauteur ; Balzac ne laisse pas de donner aussi qudqucr fois dans le faux bel-esprit de Voiture.
Il écrit à un homnie aOligé : Fotre éloqucncà rend votre douleur vraiment contagieuse ^ et quelle glace , Je ne dis pas de
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JuOrrainey mais de Norwege et de Mo^o^ner,.
lie fondrait à la chaleur de vos belles larmes ? Ce n'est point là de la froide plaisanterie , comme dans Voiture, mais un sérieux du plus mauvais goûL
Lorsque Balzac veut être galant , il est en^ core plus forcé que Voiture. U écrit à madame de Rambouillet , qui lui a envoyé des gants : Quoique la grêle et la gelée aient vendangé nos vignes au mois de mai; quoique les blés n'aient pas tenu ce qu'ils promettaient , et que la belle espérance des moissons se trouve fausse dans la récolle ; quoique les avenues de t Épargne se soient rendues extrêmement difficiles y etc. , tous ces malheurs ne me tou- • ehent point; et vous, êtes cause que Je ne me plains ni de l'inclémence du ciel , ni de la stérilité de la terre, ni de Vavarice de l'État. Pcw votre moyen. Madame, jamais année ne me fut meilleure ni plus heureuse que eeUe-cL C'est dire , avec bien de l'empbase , qu'on est flatté d'avoir reçu des gants ; et il faut avouer que le style de Charleval , d'Hamiîton, de Voltaire, dans le genre léger, est de meilleur goût que tout cela.
Le faux bel-esprit n^était naturel ni à Balzac m à Voiture. Balzac en prenait le ton par
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comj^iftance ; Voiture , par contagion , par vanité , par habitude : l'hôtel de Rambouillet l'avait gâté. On dit qu'une lettre leur coûtait souvent quinze joHrs de travûl ; ils auraient mieux fait en un quart-d'heure , s'ils avaient bien voulu se donner moins de peine.
Balzac , stoïcien par humeur et par prin- « cipes, avait de l'élévation dans Tesprît et dans l'âme. Oi trouve dans ses lettres des mots dignes de Montaigne.
Fous m'aiH)U€rez, dit- il à madame des Loges, que l'absence qui sépare ceux qui vivent de ceux qui ne vivent plus , est trop courte pour mériter une longue plainte.
Cela peut être mis à côté de ce grand mot cité par lui-même : // ny a que la première mort, non plus que la première nuit, qui ait mérité de Vétonnement et de la tristesse,
II ne manquait à Voiture qu'une société moins gâtée dii côté du goût , pour faire de lui un excellent écrivain. Voyez sa lettre sur la prise de Corbie, où, d'un style véhément et simple, en donnant au cardinal de Richelieu de grandes louanges, il lui donne encore de plus grandes leçons. Quelle distance de cette lettre a ce qu'on admirait de lui dans le . cercle de Rambouillet!
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Cestle mauvais goût de ce temps-là qu»
Molière a tourné en ridicule dans les Frélieuses et dans les Femmes Savantes , et dont il a dit , dans le Misanthrope :
Ce n'est que jeux de mots , qvL affectation pure i £t ce n^est point ainsi que parle la nature.
\] affectation est un Prothée dont les métamorphoses se varient à Tinfini. Celle de l'avocat Le Maître et des orateurs de son temps , consistait à aller chercher , le plus loin qu'il était possible de leur sujet, des figures et d-es exemples. Le Maître*, dans son plaidoyer/70if7une fille désavouée , dit que son père a été pour elle un ciel d'airain y et sa mère une terre de fer, Frendra-t-on , dît-il encore , en parlant de la jalousie du père , pour un astre du ciel cette funeste comète de Vaîr, si fé^ conde en maux et en désordres? Il dit , en parlant des larmes que la mère laîsâi échapper en désavouant sa fille,: Cette partie si tendre (le cœur) étant blessée, pousse des lafmes comme le sang' de sa plaie. Il dit de la jeune fille, que le soleil de la Froyidence s'est levé sur elle; que ses rayons , qui sont comme les mains de Dieu, Vont conduite. Il dit, à propos des moyens qu'avait employés un cleDC
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pour sédnîre une servante : Qui ne sait que i'amour est le père des inventions ; qu'il anime dans riliade toutes les actions mer^ veilleuses des héros; que Sapko V appelait le grand architecte des paroles , et le premier maître de rhétorique; qu*Agathon le surnom^ tnait le plus savant des dieux y et soutenait qu'il n'était pas seulement poète ; mais qu'il rendait les amoureux capables défaire des veits ; que Platon a remarqué qu'Apollon n'a montré aux hommes à tirer de l'arc qu'à cause qu'il était blessé de la flèche de l'a^ moury ni enseigné la médecine qu'étant agité de cette violente maladie, ni inventé la divination que dans l'excès du même transeport? Quel usage de Tesprit et de Férudition! Foyez Barreau.
"L'affectation de Marivaux ne ressemble ni à celle de Pline , ni à celle de Voiture , ni à * cdle de Balzac , ni à celle de Le Maîtpe. £lle consiste, du côté de la pensée, dans des efforts continuels de- discernement , pour faire saisir des traits fugitifs, ou des singularités imperceptibles de la nature ; et du côté de l'expression , dans une attention curieuse à donner aux termes les plus communs une place nou- Telle et un sens imprévu ; souvent aussi ^ dans
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vae contûniité de métaphores familier et re-scherchées , où tout est personnifié , jusqu'à un OUI qui a lai physionomie d'un non. €*est un abus continuel de la finesse ef de la sagacité •de Fesprit.
On a été trop séyère, lorsqu'on a dît de Marivaux , qrf il s'occupait à peser des riens dans des balances de toile d^anaignée : mai»
lorsqu'on a dit de lui, qu'en observant la na-^ ture a\>ec un microscope y il faisait voir des écailles sur la peau , on n'a dit que la vérité , et on Fa dite de la manière la plus ingénieuse. Pour bien peindre la nature aux yeux des autres , il ne faut la voir qu'avec ses yeux , ni de trop près, ni de trop loin. C'est avoir b^ucoup d'esprit, sans doute, que d'en avoir trop; mais c'est n'en pas avoir assez.
U affectation de Fonteneîle, la plus séduisante de toutes, consiste à rechercher de# tours ingénieux et singuliers , quijonnent à la ])ensée un air de fai^seté., afin qu'elle ait plus de finesse. Ce motde lui, pour exprimer la ressemblance du portrait d'un homme taciturne, on dimitqu'ilse tait; et celui-ci au cardinal Dubois : Fous avez travaillé dix ans à vous rendre inutile; et celui-ci, en parlant de cer« taines choses : Dés l'âge de neuf ans , je com-^
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mençcds à n'y rien comprendre ; et celui-ci, en louant Lafontaine : // étaU si béte, qu'il ne soMÎt pas qu'il valait mieux qu*Ésope et Phèdre y foi^t sentir ce que je veux dire. Le mot de Chariilus à un ilote : Si je n'étais pa» en colère, je te ferais mourir sur Vheure ; etcelui d'un autre Lacédémonien qui revenait d'Athènes , et à qui on demandait comment tout y allait : Le mieux du monde, tout y est honnête^ et ce mot de Pyrrhus, après avoir battu deux fois les Romains et vu périr ses meilleurs capitaines : Si nous gagnons e/zcore une bataille, nous sommes perdus , sont dans le goût de Fontenelle. On lui a reproché en général le soin d'aiguiser ses pensées et de brillanter ses discours^ en ménageant, pour la fin des périodes , un trait saillant et inattendu. Mais cette affectation , qui n'en était l^us une , tant l^habitude lui avait rendu ce tour d'esprit familier et facile, ne peut pas «tre celle de tout le monde : Marivaux, aveo bien de l'esprit, s'était gâté le goût en voulant l'imiter.
Ce que Fontenelle paraît avoir recherché
avec tant de soin , c'est cette simplicité déli-
' cate et fine qu'on attribuait à Simonide, et à
propds de laquelle M. Lefèvre a dit : Il faut
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vieillir dans le métier, pour arriver à cette admirable , à cette bienheureuse et divine facilité, NiHermogène, niLongin, niQuintiUeny ni Denis encore ne feront cette grande affaire. Il faut que le ciel s*en mêle, et que la nature commence ce que Vart achèvera peut-être un jour,
Lamotte était iiMtns étudié que Fonteiielle dans sa prose ; laais dans ses fables toutes les fois qu'il a touIu être naïf, il a. été maniéré : c'est que la naïveté ne lui était pas naturelle, et que tout l'esprit du monde ne peut suppléer au talent. Foy^ez fjlble.
En lisant et relisant V Essai sur l'union de la poésie et de la musique , je me suis si bien pénétré des idées dont cet excettent ouvrage ' est rempli ; et dcpuis-v mes réflexions et les lu-> mièfes que l'expérience a pa me donner*, se sont si parfaitement accordées avec les principes de Tauteur de V Essai , qu'en écrivant sur la poésie destinée à être mise en chant, il ne me serait pas possible de distinguer ce qui est de lui ou de moi ; et qu'il vaut mieux tout
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d'un coup lui attribuer , soit que je le copie ou tton , tout ce que je dirai sur l'objet qu'ira si bien approfondi.
Uair est une période musicale , qui a son motif, son dessein , son ensemble, son unité, ^ sa s^étrie , et souTcnt aussi son retour sur elle-même.
Ainsi , Vair est à la musique ce que la période est à l'éloquence , c'est-à-dire , ce qu'il y a de plus régulier , de plus fini , de plus satisfaisant pour l'oreille; et l'interdire au cbant théâtral , ce serait retrancher du spectacle lyrique le plus sensible de ses plaisirs. C'est surtout le charme de Fai> qui dédommage les Italiens de la monotonie de leur récitatif, et de la froideur de leurs scènes épisodiques ; et c'est ce qui manque à l'opéra français pour en dissiper la langaevr. (J'écrivais ceci ayant que la musique italienne fût établie sur notre scène lyrique : les opéras de M, Piccini n'y laissent plui rien à désirer. )
Mais si l'a/rdoit être admis dans la musique théâtrale , il doit y être aussi naturellement amené ; et l'art de k placer à -propos n'a pas été assez connu.
La musique vocale a trois procédés différens : le récitatif simple, le récitatif obligé,