‹ Elémens de littérature (volume 3)Chapitre 27 sur 48 · ALEXANDRIN · texte numérisé non relu

ALEXANDRIN

Ce vers , qu'on appelle Ae/t>/V2rirtf^ tious tient lieu du vers hexamètre , et ^ sa place nous l'employons dans la haute poésie ; mais quant au apmbre et au tnè||re , c'est au yen' asclépiade latin que iTbtre vers héroïque répond. Composé de douze syllabes ainsi que l'asdépiade , il en a la coupe et le rhythme, avec cette difïc» rence que le premier hémistiche de l'as^lépiade n'est pas essentiellement s^aré du second par un repos dans le sens , mais seulement par une syllabe qui reste en suspens àpvèi le se* cond pied ; au liei^que dans le vers ÛMinçais, c'est dans le sens que doit être inarquée la suspehsion de l'hémistiche.

Plus le vers héroïque français approché de Tasdépiade par les nombres et plus il est harmonieux; or, ces nombres peuvent s'imiter de deux façons, ou par des nombres semblables , ou pftr des équivalens.

Osx sait que les nombres de l'ascVépiadc sont

ïe spondée et le dactyle, et que chamm de ces deux pieds forme une mesure à quatre temps.

Ainsi , toutes les fois que le vers héroïque français se divise à ForciUe en quatre mesurer égales , que ce soit des spondées, des dactyles , des anapestes, des dipyriques ou des amphi- ^ braques , il a le rhythme de Tasdépiade , quoiqu'il n'en ait pas les nombres. Foyez

KOMBEE.

Le mélange de ce^ âémens étant lilnre dans nos vers français, il les rend susceplibleB d'une variété que ne peut avoir l'ascdépiade , dont leë nombres sont immuables. Cependant nos grands vers sont encore monotones ; et cetts monotonie a deux causes : l'une , parce qu'on ' ne se do^ne pas assea da soin pour en varier les césures; l'autre, parce que , dans nos poe^ mes héroïques , les vers sont rimes deux à deux; et rien de plus fatigant pour l'oreille que ce retour périodique de deux finales consonnantes , répété mille et mille fois.

Il serait donc à souhaiter qu'il, fat permis , surtout dans un poëme de longue haleine ^ Je eroiser les rimes , en donnant , comme a fai{ Malherbe , une rondeur harmonieuse à la période poétique. Peut-être serait-il à souhaiter aussi que , selDn le caractère d«8 images et

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des sentimens qu'on aurait à peindre, il fûe permis de varier le rhythme et d'entremêler , comme a fait Quinault , le vers de huit avec celai de douze.

Corneille, dans sa vieillesse , essaya d'écrire la tragédie àiAgésilas envers entremêlés et de différente mesure. Ce faible ouvrage n'était pas fait pour servir de modèle : l'essai ne fut point imité.

M. de Voltaire a croisé les vers de la tra- ' gédie de Jbncrède; et au moins cette singularité n'a-t-eile pas nui au succès de la pièce , l'une des plus intéressantes du plus pathétique de nos poètes.

Dans le conte charmant des Trois manières , le même poète a employé avec choix , trois mètres différeiis , et analogues aux caractères des personnage^ et des sujets. C'est là qu'en comparant le vers de dix syllabes à celui de douze, il dit, dans le style de Dcspréaux :

Apamis raconta ses malheureux amours , £n mètres qui n'étaient ni trop longs ni trop oourts. Dix syllabes , par vers , mollement arrangées , Se suivaient avec art , et semblaient négligées. ' Le rhythme en est facile ; il est mélodieux.

JL'hexamètre est plus beau, mai* par fois ennuyenxl

ALLÉGOAIE. 'I0'^

La plus petite suspension sufBt au milieu du vers héroïcpiè français , pour le diviser en deux parties égales ; c'est assez qu'il n'y ait pas , d'un hémistiche à l'autre , une continuité absolue dans le sens. Mais indépendamment de ce repo« que la règle prescrit, les poètes qui ont de l'oreille, savent de temps en temps couper différemment le vers , pour en varier la cadence.

Je fuis. Ainsi le veut la fortune eimtemie... Je suis vaincu. Pompée a saisi Tavantage D*nne nuit qui laissait peu de place au courage.

fMithridate.J

VQÎlà mon cœur. C*est là que ta main doit frapper. Impatient déjà d'expier son offense , Au devant de ton bras je le sens qui s'avance. Frappe. '

CPhèdrê.J

C'est surtout dans la coupe des phrases et dans l'heureux mélange des incises et des périodes , que consiste l'art de varier l'harmonie et le mouvement des vers alexandrins ;et ce secret, qu'on ne peut expliquer, ne s'apprend bien qu'en lisant les bons poètes , et surtout Racia<^ et Voltaire. Voyez l'article

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