‹ Elémens de littérature (volume 3)Chapitre 28 sur 48 · ALLÉGORIE · texte numérisé non relu

ALLÉGORIE

Ow n'a pas assz distingué Yallégorie d'avec l'apologue ou la fable morale.

Le mérite de Tapologue est de cacher le sens moral , ou la vérité qu'il renferme , jusqu'au moment de la conclusion, qu'on appelle moralité.

Le mérite de Yallégorie est de n'avoir pas besoin d'expliquer la vérité qu'elle enveloppe ; elle la fait sentir à chaque trait , par là justesse de ses rapports.

L'apologue, par sa naïveté , doit ressembler à un conte puéril , afin d'étonner davantage , lorsqu'il finit par être une grande leçon. Son artifice consiste à déguiser son dessein , et à nous présenter des vérités utiles sons l'appât d'un mensonge iîivole et amusant. Cest Socrate qui joue l'homme simple , au lieu de se donner pour sage.

h* allégorie , avec moins de finesse , se propose , non pas de déguiser , mais d'embellir la vérité et de la rendre plus sensible. C'est, comme on l'a trèsrbien vdit , une métaphore continuée. Or , une qualité essentielle de la

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métaphore est d*étre transparente : il fallait donc aussi donner ponr qualité distkictiye k Y allégorie j cette clarté, cette transparence qui laisse Yoir la -vérité , et qui ne Fc^scurcit jamais.

Les détours , comme je Tai dit , solit convenables à l'apologue : sans perdre son objet de vue , il feint de s'amuser et de s*égar<»: en cliemin ; il fait même quelquefois semblant de s'occuper sérieusement de détails qui n'ont aucun trait au sens moral qu'il se propose :

c'est le grand art de La Fontaine.

Il n'en est pas de même de V allégorie : on la ▼oit sans cesse occupée à rendre son objet sensible, écartant, comme des nuages , tout ce qui altère la justesse de l'allusion et des rapports.

Quelquefois, dans l'apologue, la justesse des rapports est aussi précise que dans V allégorie ; mais alors , en se rapprochant de celleci , l'apologue s'éloigne de son vrai caractère , qui 'Consiste à faire im jeu d'une leçon de sagesse , et à ne laisser apercevoir son but qu'au moment qu'on y est arrivé. ,

U allégorie est quelquefois aussi une façon , de présenter avec ménagement une vérité qui offenserait si on l'exposait toute nue ; mais elle la déguise moins 5 c'est un conseil discrètement

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donné , mai& dont celui qu'il intéresse ne peut manquer de sentir à chaque trait rapplication. L'ode d'Horace tant de fois citée : •

O Navis réfèrent in mare te novijluctus ,

en est l'exemple et le modèle. Entre un vaisseau et la république , entre la guerre civile et une mer orageuse , tous les rapports sont si frappans , que les Romains ne pouvaient s'y méprendre; et la vérité n*eut jamais de voile plus fin ni plus clair.

Quintilien, eh nous disant que V allégorie renferme un sens caché , ajoute que ce sens est quelquefois tout contraire à celui qu'elle présente d abord i mais il ne nous donne aucun exemple de cette contrariété , et je ne crois pas qu'il en existe. "SJ allégorie , par sa ressemblance et par la justesse de ses rapports , doit toujours laisser entrevoir la vérité qu'elle enveloppe. Son sujet est manque , si l'esprit s'y trompe, et si, satisfait d'en apercevoir la surface , il ne désire pas autre chose , et n'en pénètre pas le fond.

C'est ce qui arrive toutes les fois que X allégorie peut être elle-même une vérité assez intéressante pour laisser croire que le poète ' n'a voulu dire que ce quil a dit : car rien

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n'^iftpèche alors Tesprit de s'y arrêter , sans rien soupçonner au-delà ; et c'e»t pourquoi il est souvent si difficile de décider si la fiction est allégorique , ou si die ne Test pas.

Que de l'exemple d'une action épique, M y ait quelque vérité morale à déduire ( ce qui arrive naturellement i^ns que le poète y^ait pensé ) , le père le Bossu en infère que la fable du poème épique est une allégorie ^ un apologue. H va plus loin : il veut que la vérité morale soit d'abord inventée , qu'après cela on imagine un fait qui en soit la preuve et l'exemple , et qu'on ne nomme les personnages qu après avoir disposé l'action. Assurément ce n'est pas ainsi qu'Homère et Virgile ont conçu l'idée et le plan de leurs poèmes.

Plutarque a raison de comparer les fictions poétiques aux feuilles de vigne sous lesquelles le raisin doit être caché. Mais toutes les fois que le 'sujet en lui-même a son utilité morale , c'est un raffinement puéril que d'y chercher un sens mystérieux.

Ce n'est pas que, dans les poèmes épiques et particidièrement dans ceux d'Homère , ii n'y ait bien des détails où V allégorie est sensible ; et alors la vérité voilée y perce de feçon à frapper tous les yeUx : telle est l'image des ,

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prières , tel est ringénieux épisode de la ccuEttare de Vénus. Mais regarder Y Iliade comme une allégorie oontinue , c'est attribuer à Homère des réres qu'il n'a jamais faits.

C'est particulièrement dans les présages , dans les songes , dans le lapgage prophétique, que les poètes emploient V allégorie. Dans.

yiliadey tandis qu'Hector et Polidamas attaquent le camp des Grecs , un aigle audacieux Yole à leur gauche , tenant dans ses «erres un énorme dragon, qni, palpitant et ensanglanic^ se combat, se replie , et blesse son vainqueur. L'oiseau sacré laisse tomber sa proie.

C'eft de cette image qu'Horace semble avoir pris la comparaison de l'aiglon avec le jeune Drusus : Qualem ministrumfulminû alitent , ete.

L'art de Vallégorie consiste à peindre vivement et correctement y d'après l'idée ou le sen* timent, la chose qu'on personnifie : comme la Renommée, dans VJÉnéïde de Virgile ; l'Envie, dans les Métamorphoses d^'Ovide et dans la Henriade ; les Prières ^ dans V Iliade, etc. Observons en passant , que Vallégorie des prières a été un peu altérée. Voici le sens d'Homère. La déesse du mal y Aie y l'iiyiure » parcourt le monde ; elle est prompte, légère.

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andacifetise ; les ' Lites , les expiations , les prières la suivent d'im pas timide et chancelant, pour guérir les maux qu'elle a faits : voilà qui répfond clairement et à l'orgueil d'Agamemnon dans sa querelle avec Achille , et à rhumiliation où il est réduit dans l'ambassade qu'il lui envoie. Mais lorsque les Lites sont rebutées , eHes s'élèvent jusqu'au trône de Jupiter, et te conjurent d'.attacher Âték Tholnm^ superbe et impitoyable, qu^elles ont eiï vain supplié : voilà qui annonce l'indignation et les Vœux des Grecs contre Acîiille, s'il ne se laisse pas fléchir. Il n'y a peut-être jamais eu di allégorie^ ni plus belle, «i plus adroite , ni plxis éloquemment employée que ceHe-ei.

Des modèles parfaits de Vkillégorie en action , sont la fable de V Amour et de la Folie , dans La Fontaine ; l'épisode de la Haine, dans l'opéra 'd'^/7/iwfe; la Mollesse, dans le Lurtrin. Mais quelque belle que soit V allégorie , ellejserait froide si elle était longue. Un poème tout allégorique ne serait pas soutenable, eùt41 d'ailleurs mille beautés. Voyez merveilleux .

Presque toute la mythologie des Grecs ^ eômme celle des Égyptiens , est allégorique ^

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