TOME T. jQ
2l8 ALLUSION.
On sait tout le chagrin qu'elles ont fait à Fénélon. Heureusera^t k vertaeux Montait sier fut flatté qjfe Ton crût qu'il ressemblait au Misanthrope ; heureusement il ne dépendit pas de quelques puissans personnages de faire brûler , comme ils l'auraient voulu , le Tartuffe avec son auteur. ^'
C'est une façon de nuire y aussi basse qu'elle est commune , que d'appliquer ainsi des traits, qui par eux-mêmes n'ont rien de personnel , pour faire un crime à l'écrivain de l'intention qu'on lui suppose. L'envie et la malignité y trouvent d'autant mieux leur compte, que c'est un fer à deux tranchans.
C'est par allusion que , dans la tragédie d' Œdipe, on voulut rendre répréliensible ces vers:
\ Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pens^ Notre crédulité fait toute leur science.
- Un jour , au spectacle , un de ces misérables qui sont payés pour nuire, faisant remarquer un vers qui attaquait fortement je ne sais quel vice , s'écria que VaUusion -était punissable. Très-punissable, lui dit quelqu'un qui l'avait entendu ; mais c'est vous qui ht faites, s
L'allusion est sur-tout dangereuse , lorsqu'elle rend personnelle aux souverains ou ont hommes en place , une peinture générale des faiblesses et des erreurs où peuvent tomber leurs pareils. Malheiu»' au gouvernement sous lequel il ne serait permis ni de blâmer le vice, ni de louer la vertu 1
Rien de plus effrayant alors, et de plus nuisible en effet pour les lettres, que cette manie des allusions. De peur d'y donner lieu , on n'ose caractériser avec force ni le vice ni la vertu ; on se répand dans le vague ; on glissé légèrement sûr tout ce qui peut ressembler ; on ne peint plus son siècle ; an craint même souvent de peindre à grands tsaits la nature ; on n'ose dire ni bien ni mal , que de loin , à perte de vue ; et alors on mérite le reproche que Phocion faisait à l'orateur Léosthètie , que ses propos ressemblaient aux cyprès , qui sont, disait-41 , beaux et droits , mais qui ne portent aucun/mit-
Il serait digne des hommes en place de répondre aux vils délateurs qm leur dénoncent les traits de blâme qui peuvent les regarder, ce qu'un roi philosophe , ( Archélaiis , roi de IVIacédoine ) , sur qui quelqu'un , de sa f«iêtre , avait laissé tomber <ïe l'eau , répondit à
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ses- courtisans, qui Texcitaient à Ten punir : Ce n'est pas sur moi qu'il a Jeté de l'eau y maissur celui qui passait. Cela seul serait noble et juste; et ce serait alors que Thomme de lettres avec la franchise et la sccurit<5 de f innocence ^ pourrait- blàuier le vice et louer la vertu , sans que personne prit la satire p/our un afïront , ni réloge pour une insulte. Voyez satire.
Quant aux allusions qu'on fait soi-même , en parlant ou en écrivant, c'est quelqu^oîs ce qu'il y a de plus fin dans le langage et dans le style. Un soldat salue en espagnol le maréchal de Berwick. « Camarade , lui dit le ma»
»réchal, où as- tu appris r«spagnol » ? -^ jilmansa, mmn Général.
On parlait de généalogie devant M. de Catinat. « Pour moi , dit-il en souriant , je descends de Catilina » . De Caton, Monseigneur, lui répondit quelqu'un. L'heureuse répartie!
A la représentation d'une pièce nouvelle , quef protégeait le grand Condé , on faisait du bruit au parterre. Le prince , qui était sur lo théâtre, crut ^listinguer le cabaleur; et, le montrant du doigt, il dit : Que Ton prenne cet homme -là ». Mais l'homme désigné se sauvant dansla fanle; On ne me prend point, dit-il au prince : je m'appelle Lérida.
ipn de nos imnistres des finances ayant fait donner nne déclaration qui alarmait le clergé ^ Tabbé C... était un de ceux qui s'en plaî^ gnaient le plus hautement. « Vous sonnez le tocsin » , lui dit le ministre. En étes-»vous, surpris, répondit l'abbé, quand vous mettez le /eu par-tout? .^ ,
Catulus accusait de péculat, devant le peuple , un Romain appelé Philippe , lequel Tintcrrompant , lui dit : ^« Tu aboies , Catulus » . J* aboie y répondit Catulus , parce que je vois un voleur. ( Il faut savoir qu'en latin catulus veut dire , un petit chien, )
C'est un exemple ingénieux de cette justesse d! allusion , que le petit dialogue fait à Tins- ^ lallation du pape Urbain viii, Barberin, dont les armoiries étaient des abeilles.
OAI.UA.
GaUis mella dabunt, HispanU spiciUaJi^nt,
HISPAVIA.
Spiculti si^figeant, emorientur opes,