APOSTROPHE
Ricir de plus commun , dans les lîyres qiie l'on nous donne pour classiques, que le manque d*exactitude dans les définitions et de justesse dans les exemples. Longin , en citant de Démosthènesun mourement oratoire Trairaent sublime, a dit : Par cette forme de serment, que j'appellerai ici apostrophe, il défie , etc. Longin ne pensait pas alors à définir rigoureusement V apostrophe : Le sublime était son objet. Il ne fallait donc pas , sur la foi de Longin , donner pour apostrophe ce qui n'en est pas une. Et qui ne sait pas que cette figure ou ce mouvement oratoire , consiste à détourner tout-à-coup la parole , et à l'adresser , non plus à Tauditoire ou à l'interlocuteur ; mais aux absens , aux morts , aux êtres invisiblçs ou inanimés , et le plus souvent à quelqu'un , ou k quelques-uns des assistans? Or dans le serment de Dëmosthènes i^n'y a rien de détourné r il s'adresse aux Athéniens.
« Ntfn, non, leur dit ^ il, en vous char-* géant du péril ( de la guerre contre Philippe ) pour la liberté uniTerselk et pour le salut
3o8 APOSTROPHE.
commun , vous n'avez point failli. Non ! j'en jure par ceux de vos ancêtres qui bravèrent les hasards de Marathon, et par ceux qui soutinrent le choc à la bataille de Platée , et par ceux qui sur mer livrèrent les combats de Salamine et d'Artémise, et par un grand nombre d'autres qui reposent <^ans les tombeaux publics. » •.
Si dans ce moment Démosthènes eût employé V apostrophe, il aurait dit : Je vous en at- . teste, ou j'en jure par vous, illustres morts, etc. Mais ce tour, plus artificiel et plus commun, aurait été moins beau. £t en effet, ce n'est pas dans le fort d'une argumentation aussi serrée que l'est celle de Démosthènes dans cet endroit de son apologie^ ce n'est point là que l'orateur doit lâcher prbe et se dessaisir de ses juges, pour s'adresser aux absens ou aux morts.
Dans ces momeus , c'est la partie adverse qu'on attaque, c'est un témoin présent que l'on atteste, c'est un accusateur qu'on presse, ou un protecteur^qu'on implore , c'est quel* quefois ses juges même qu'on met en scène et qu'on prend à témoins: Ainsi, dan» la haraiîgue que je viens de citer , soit que Démosthènes provoque son adversaire et lui demande:
ArOSTEOPHE. 3o9
» Pour qui voulez-vous , Eschine , qu'on vous répute? pour l>nneini dç la république , ou pour le mien » ? Soit qu'il interroge ses juges et qu'il leur demande à eux-mêmes : « Qui em^ pécha que THellespont ne tombât sous une domination éti^ngère? Yous^ Messieurs. Or, quand je dis vous ; je dis la république. Mais qui consacrait au salut de la république ses discours, ses conseils, ses actions? qui se dévouait totalement pour elle ? Moi. » Le mouvement oratoire est vif, pressant, irrésistible.
Quelquefois Vapostrophe est double , et les deux mouvemens, se succédant avec rapidité, donnent à Téloquencc le plus haut degré de chaleur. Tel est , contre Aristogiton , cet endroit du même orateur , rappelé par Longin :
» Il ne se trouvera personne entre vous , Ath^ nietas, qui ait du ressentiment et de l'indignation de voir un impudent, un infâme , violer insolemment les choses les plus saintes! Un scélérat, disr-je^ qui.... O le plus méchant de tous les hommes ! rien n'aura pu arrêter ton audace effrénée » ! etc.
J'ai cité ailleurs la plus belle des apostrophes de Cicéron : Quid enim, Tubero, tuus ille districtus in acie pharsaUcd gladius âge-
3lO ATOSTEOPHS^
bat * ? Mais cette figure se reproduit à chaque instant dans ses harangues* Je ne sais pas pourquoi nous le citons en détail : il faut le Kretout entier, et le relire après Tavoir la. Tantôt on le verifa prendre à la gorge son ad> versaire , le terrasser) le couvrir d'approlare , et après l'avoir foulé aux pieds et trainé dans la. fange, l'abandonnôr avec mépris à l'indi-* gnation publique ; c'est ainsi qu'il traite Pison : tantôt s'adresser à ses juges , comme dans la défense de Milon , et invoquer leur témoignage : Sed quùl ego argumenter? quid plura dùputo ? Te ^-Q, Petilli , appeUo , optimum et fortiisimum civem ; te, M. Cato , testor; quos mihi divina quœdam sors dedit judices ** : tantôt s'adresser à son client et le mettre en scène : Te quidem , H^iio , . qnod isto animo es (scilicetforîissimoj satis laudare non possum ; sed quo est ista magis divina virtus , eo majore à te doîore divei-^^
* «c Toi-même , Tnberon » q«e faisait ton épèe daot le champ de Pharsale ? »
** « Mais pourquoi m^arréter à des raisonnemens ? pourquoi disputer davantage ? Cest à tous , vertueux et vaillant Q. Pétillus, c'est à vous M. Caton , que je m*adresse, à vons qu'une Providence divine semble m*«voir donne» poar^tt|^s. »
lor ** : Unt6t enfin chercher dans rauditoire des amis et des défenseurs : Vos y vos, appelio, fortissimi viri , qui multum pro republicà sangainèm effudistis ; vos in viri et in civis invicti appelle periculo y Centuriones, vosque Milites, Fbbis non solum inspectantibus, sed etiam armatis et huic judicio prcesidenùbus , hœc tanta virtus ex hâc urbe expelletury exterminabitur, projicietur ** ?
Voilà le véritable genre de V apostrophe oratoire. Celle qui s'adresse aux absens, aux morts , aux êtres invisibles ou inanimés , peut être pathétique, lorsque le sujet la soutient et que la situation Pinspire; mais elle est beaucoup moins pressante , et le plus souvent elle tient de la déclamatioti.
* «Je ne puis, MiloQ, trop louer la force et Véléyation de ton âme ; mais plus je vois dans ta yertu ce noble et dirin caractère , plus grande est pour moi la douleur de me séparer de toi. >•
*'« C'est TOUS que j*implore, braves guerriers, qui aVes tant répandu de ▼<Are sang pour la patrie. C'est vous que j'appelle an jiecours d'un vaillant citoyen , ^*un liomme invincible , vous , centurions , vous soldats , qui uon-seulèment assistez , mais qui , sous les armes , présidez à ce jugement. Sonffrirez-vous que du sein de Rome on éearte, on bannisse, on extermine tant de ▼ertu ? »
3l!l APOSTROPHE.
Sa place naturelle c'est la poésie passionnée.
Que diras-tu , mon père , à ce spectacle horrible ?
fPhèdi^)
Màoes de mon amant , j^ai donc trahi ma foi !
CAÎzire.J
O cendres d*nn époux ! 6 Troyens! 6 mon père ! O mon fils ! que tes jours coûtent cher à ta mère ! ( Andromaque.J
Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs mille yaisseaux , Mer, tu n*ouvriras pas des abiines nouveaux?... Et toi, soleil, et toi, etc.
^Clytemnestre , dans Tphigénie en Aulide.J
Elle interrompt le dialogue, se mêle au récit et ranime , s'échappe à tous momens d'un cœur que possèdent l'amour, la jalousie, la colère, l'indignation, etc. Elle soulage aussi la douleur plaintive et solitaire ; et c'est l'expression la plus touchante de cette mélancolie qui se nourrit de souvenirs et de regrets.
Autrefois, l'usage d'adresser la parole à son cœur , à ses yeux , à son âftie , à son bras , était fréquent dans la poésie pathétique ; et il n'est pas absolument hors de vraisemblance de se détacher ainsi d'une partie de soi-même. Ce guerrier «[ui au moment du combat, se sentant frémir , disait à ses compagnons : Ce
âl>OSTBOPHE. 3l3
corps frémirait bien davanta^ s'il savait ou je vais le mener, exprimait un sentiment naturel et sublime. Homère , qui est toujours si simple et si vrai , n'a pas laissé de dire qu'Ulysse avait tancé son cœur rugissant de colère , et lui avait dit : Supporte encore cet affront Rien de plus beau et de plus touchant que cette apostrophe de don Diègue à $on épée :
Et toi , de mes exploits glorieux instrument , . Mais d*un corps tout de ({lace inutile ornement , ' Fer, jadis tant à craindre, et qui , dans cette offense , M'as servi de parade , et non pas de défense , Va , quitte désormais le dernier des humains ; Passe, pour me venger, en de meilleures mains.
Ces vers de Chimène tant critiqués :
Pleurez , pleurez mes yeux et fondez-vous en eau , La moitié de ma vie a mis Tautre au tombeau.
Ces vers nous font encore verser des larmes ; c'est que la passion a dans son délire des mouvemens et des illusions que la froide critique ne connaît pas.
Scudéri trouvai|[là trois moitiés» £h , malheureux! ne vois- tu pas que le père et Tamant sont tout; que Chimène n'est rien; qu'elle s'oublie; et que, dans sa douleur, elle doit s'oublier? • ,
3lA APPLICATION.
Nouvel emploi d'un passage, soit de prose, soit de poésie.
Plus le nouveau sens ou le nouveau rapport que VappUcaiioa donne au passage^ est éloigné de son sens primitif, plus Vapplication est ingénieuse, lorsqu'elle est juste.
De tous tes jeux de l'esprit , c'est peut-être celui où il brille le plus par la justesse , la finesse, la singularité piquante, et surtout l'àpropo de ces rencontres heureuses que Tjkîcasion semble lui offrir d'elle-même , espèces de hasards qui n'arrivent qu'à lui.
L'archevêché de Paris venait d'être érigé ea pairie. Les duchesses, en corps, allèrent en faire compliment à l'archevêque de Harlai , l'un des plus beaux hommes de son temps.
« Monseigneur , » lui dit celle qui portait la parole , « les brebis viennent féliciter leur pasteur de ce qu'on a couronné sa houlette. »
L'archevêque, en regardant ces dames, dit à sa cour sacerdotale :
Pormosi peeoris custos *.
* « De q«el beau troupeau je suis pasteur ! »•
APPLICATION. 3l5
Madame ée Bouillon , qui savait le latin ,
répliqua :
Formosior ipse *.
L'abbé de Villeroî n'avait pu obtenir des chanoines de Lyon d'être reçu dans leur chapitre. Le roi le fit archevêque de Lyon , et le chapitre lui rendit les devoirs accoutumés.
Villeroi voulut se prévaloir de son avantage , et leur dit ces mots du pseaùme 117: Lapîdem quem reproba\>eruntfe dificantes ; hic factiis est in caputanguli**. L'un des chanoines lui répondit par le verset qui suit immédiatement celui-là : Ji Domino factum estistud, et est m irahile ocu lis nos tris * * *.
Il fut un temps où il était permis, en chaire, de citer des auteurs profanes. Le père Arnoux, jésuite , confesseur de Louis xiii , en préchant la passion , vit entrer la reine Marie de Médicis, et obligé de recommencer, selon l'usage, il lui adressa ce vers de Virgile ;
Infandum, regina, jubés renovare dolorem ****.
* « Le paiteur est plus beau lui-même. »
** « La pierre qu'ils avaient rejetée est devenue la pierre de l'angle. »
' ♦** « C'est le seigneur qui a fait cela , et c'est un miracle à lAs yeux^ »
**** « Reine, vou^în'ordonnez de renouveler une hor rible douleur. ».
3l6 ' APPLICAflON.
L'emblème de Louis xiv était ,« comme on sait, le soleil. Le jésuite Bouhours prétendait même que depuis que le roi avait pris un soleil pour son symbole , et qu'il s'était approprié ce bel astre ^ pour parler de la sorte y les personnes un peu éclairées prennent le soleil pour lui. Quoi qu'il en soit y Louis XIV avait été instruit de ce qui se tramait en Angleterre en faveur du prince d'Orange , et il en avait averti le roi Jacques ii , qui n*avait pas voulu le croire ; mais quand l'événement justifia l'avis qu'il avait négligé > on dit que Jacques s'écria :
Soient quis dicere falsiun Audeat? nie etiam eœeos instare tumultus Satpè monetffraudemque , et operta tumesoere bella *.
Voilà sans contredit une des plus belles ap^ plicaHons qui se soient jamais faites ^ mais une présence d'esprit bien étrange , dans un roi menacé de perdre sa couronne.
Ce même Jacques ii nous rappelle le malheur 'de la Hogue , et la réponse trop beu-
* « (Jln osera dire que le soleil ncfùs trompe ? G*)est lui qui souvent nous ayertit des troubles secrets qvi nous menacent , des trahisons , et des guerres sourdes ffpx commencent à s*allumer« *»
APPLICATION. 3l7
rense que firent les Anglais aux flatteurs de * Louis XIV. Les flatteurs avaient imaginé une médaille où Louis xiv était représenté sou* la figure de Neptune menaçant le3 vents , avec cette légende ; Quos ego. Le combat fut perdu ; et toute rhabileté de Tourville , et toute la valeur des Français ne purent empêcher qu'on ne succombât sous le nombre. Alors les Anr glais , à leur tour , firent îrapper une médaille dont l'emblème était aussi Timage de Neptune , mais avec ces vers pour légende :
• Maturate fugam , regique hœc cUcite 'vestro. Non illi împerium pelagi * .•
ils n'ajoutaient pas encore, comme ils ont fifit depuis,
Sed mihi sorte datum ** : .
vanité aussi imprudente que ceUa^ du Quoy ego,
TovlX le monde sait le trait d'arrogance attribué aux Hollandais à l'égard de Louis xiv : • StUy soi! par allusion à son emblème.
Une application trop ingénieuse pour con-
* « Hâtez-vonarde prendre la fuite, étaliez dire à votre 1^ que ce n'eft pas à hii qu'appartient Ftinpire des mers . » |^ ** te C'est à moi jqye le sort l'a douné. »
3lS APPLICATION.
venir à la douleur, est celle que fit, dit->G^, la »oeur de M. de Thou , en voyant le tombeau du cardinal de Richelieu : Domine, si fuisses hic ,f rater meus nonfuisset mortuus *.
Les applications n*ont pas toujours un caractère aussi sérieux. Tout le monde connait celle que fit Calvin , de ce vers , au clergé de Rome:
yobis picUi croco et/ulgenti murice ^vesHsi Desidùe cordi.
Le cardinal Baronius avait une dévotion si particulière à S. Marcel , qu'on ne doutait pas qu il n'en prit le nom , s'il arrivait à la papauté. Un devin lui dit, pour sa bonne aventure :
Si quafata aspera rumpas.
Tu Mareellus eris.
Ce jeu dé'm^ts fait souvenir d'une réplique
bien sin^lièi^ment heureuse , d'un homme
d'esprit qui quelquefois s'amusait à faire des
* rébus, QutlqiAin disait de lui, en badinant
à sa manière,
Nattim rébus ageneUs.
4. ♦ «Seigneur, 9k tous ariès été ier, inon frèi* fte serait pas mort. »
APPLICATION. 3lQ
Il répondît :
Et mihi res, non me rébus subjungere conor.
Le pape Innocent xi , ayant mis un impôt sur le papier timbré et sur le tabac ,t)n fit dire à Pasqnin : Contra folium quod vento rapitur ostendis potentiam tuam , et stipulant siccam persequeris *.- .
Ménage , écrivant à madame de Sévigné sur les folies du carnaval , lui disait , par allusion à la cérémonie des cendres :
^ Hic motus animorum atque hœc certamina tant» , Pulveris exiguijactu compressa qmescent **.
Rappe)lerai-je ici une gaieté de collège, assez curieuse dans son espèce? Quelle mauvais plaisant ayant fait entrer un âne dans une de nos écoles de théologie , ce fat parmi les écoliers , à qui traiterait le nouveau venu avec le plus d'incivilité; ils firent tant qu'ils l'en chassèrent. Quand le^tumulte fut apaisé , le professeur ( Tabbé L. F. ) , dit gravement ,
t « Ta as exercé 1» puissance sur la feuille qui est le jouet des yents, et tu persécutes le faisceau d*herbe sèche. »
** ce Tous ces monvemen» des esprits, et tous ces grands eombats seront appaisës par un peii de poussière. »
3aO APPLIGATtOir.
pour leur apprendre à vivre : In propria ve^ nit, et sui eum non réceperunt *.
Ce qui donne à Vapplication le caractère le plus piquant , c'est lorsqu'on emploie un dicton populaire , um proverbe , à cacher la il- .nesse de la pensée , ou la malice de l'intention , sous l'air de la simplicité.
Un soi-disant homme de cour offrait sa protection à un gentilhomme de province. Je V accepte y monsieur, lui dit le gentilhomme : les petits présens entretiennent V amitié.
On disait devant Fontenelle que Dieu avait fait l'homme à son image. Vous savez sa réponse : L'homme le lui rend bien.
Madame D. D. entendant raconter que saint Denis , après qu'on lui eut coiipé la tète» la porta 'dans ses mains à deux lieues de distance. Je n'ai pas de peine à le croire, ditelle, il n'y a que le premier pas qui coûte.
La même ayant ouï dire qu'une femme de sa connaissance airait repris la fantaisie de coucher avec sbn mari : C est peut-être , ditelle, une envie de femme grosse.
Le talent des applications suppose , avec
* «Il est Tenu dans san propre domaine^ et les siens ne Vy ont pas reçu. »
un esprit juste, subtil et prompt , une mémoire richement meublée. Voilà pourquoi Virgile , que tout le monde sait par cœùc dès renfance , est, de tous les auteurs profanes , celui dont on a fait le plus et déplus heureuses applications.
K Pégard des lîvres saints , on sait Fusage qu'en ont fait la morale et Véloquence de la chaire. Parmi les applications de ce genre , on cite avec raison le texte de l'oraison funèbre de Turenne, Fleverunt eum omnis turba Israël planctu magno , etc. Et le texte de FOraison funèbre du duc et de la duchesse de Bourgogne, où le père de La Rue appliqua si heureusement au désastre de 1 7 1 2 , ce passage de Jérémie. « Pourquoi vous attirez-vous par vos péchés un tel malheur, que de voir enlever par la mort , du milieu de vous , Fépoux , Fépouse etFenfant au berceau» ? Quarc facitis malum grande contra animas vestmUy .ut intereat, ex vohisy vir^ mulier, etparvulus , de medio Judœ ?
Les prédicateurs se sont permis souvent de mutiler , de tronquer les passages qu'ils empruntaient des livres saints , d'en altérer le sens , et quelquefois de leur en donner un tout contraire ù Fesprit dujtexte. Voyez , dans Far=.
ticlc ciTATidw, de VEncy^clopédie^ combien le sens de ces mots muîti vocatif pauci t>erb elecù\ à été corrompu. Il en est de même da compelle intrare. Un tel abus est de conséquence, et peut servir à consacrer les plus dangereuses erreurs.
Air de musique vocale , dont le caractère est la légèreté. Ce mot est nouveau dans notre langue ; et quoiqu'il y eut , dans la musique de Lulli , de Mouret , de Gampra , quelques morceaux de. chant mesure , d'un mouvemei?t vif et d*un tour âgrt^ap>le , on ne disait point les ariettes ; mais les airs de Lulli . de Mouret , de Campra. te lut lorsqu'on eut quelque idée de la musique italienne , et qu'on essaya d'en imiter lés passages brillans', que du mot u4ria , on fit le jAot*J riette ; et on donna ce nom distinctif aux airs français que Ton croyait composés à Titalienne : ainsi y l'on dit les ariettes de Rameau , les ariettes de Mondonviile , V ariette des talens lyriques , Varietîe àePfgmaiion^ V ariette àc Tiion et Tv^w-
Ce chant léger, qu» était la jpiartie de la Musique italienne la moins estimable et la plus facile à imiter , fut introduit à Topéra-comique , et il y eut beaucoup de succès. Le nom ùi ariette lui convenait alors plus que jamais ; il le retint , et Ton distingua V ariette et le vaudeville. Mais ropéra-comique ayant pris dans la suite un caractère plus élevé , et les senti- ^ mens qui l'animaient Tayant rendu susceptible d'une musique plus variée , plus expressive , on sen^t qu'on pouvait faij^e mieux que ^ d'y donner à des voix légères des modulations ^ brillantes à exécuter : ,on fit. 4es; çbants qui ^ avaient eux r mêmes dujcaraotère et de Fex- ^ pression ; et ce fut alors.qu'on s*aperçut , quoi ^ qu'en eût dit Roysses^u , que notre langue était susceptible des beautés véritables de la Musi- ^ que italienne. Il eût donc fallu distinguer, dès ^ ce moment, \ ariette ^\ n'était que bril- Qt lante, de l'air expressif et passionné. Mais ^ l'usage était établi d'appeler ariette tous les ^ airs de l'opéra ^comique \ et quoique le goût ,,. eût décidé que les chants du. Devin de ViU )i lage étaient des airs etv non des ariettes ^\ parce que le style en était simple et naturel , |,. Tusagç prévalut , et conserva le nom Mariette pour tous les airs chuintes sur le théâtre où
r^ne^ avait brillé. Ainsi, Fair de Tom^ones^
Amour , quelle est donc ta puissance I
)'air d|i Déserteur,
Mourir n'est rjei^ , c'est notre dernière heure ;
l'air de Silmin , * .
Je puis braver les coups du sort , Mais non pas les regards d*un père : - '
s'appclèr^t dès ari&ites,-' -
Ce lî'est pas tout .^ lôri^qfùè là mtisiqne italienne, la plus simple, la plus noble, la pluspa-^ thétique, s'est établie sur le théâtre de l'Opéra, ceux qui, par goût, par opinion, par système, ont tâché de la déprîser ,* ont donné aussi le ' nom d'ariettes , non-seulement aux airs d'un caractère brillant et léger , mais indistinctement à tous les chants , même aux plus' sublimes, aux plus passionftés de ce nouveau genre d'opéra ; et de Tidée de légèreté , de frivolité , de comique , originairement attachée au mot d'ariette , ils ont tiré cette induction-^ que la nittsique italienne , la musique des ariettes n'était pas digne de la'trag^^ie. On aura ce-
▲ RtETTE. 3aS
pendant quelc^ae peine à croire que l'air de Roland ,
Que me Tcat-tu , monstre effroyable ?
qucraird'Atys,
/ Quel trouble anite mon cour ?
que Tair de Cybèle,
IVMnblez , ingrats , de me trafair ; queraird'Oreste, .
Cruel ! et tu dis que tu m*aimei ?" tX celui de Pilade ,
Oreste ! au nom de la patrie ,
soient de cette musique ou légère ou comique , qu'on appelle ane/^e^ , ou jolis petits airs. - En italien, le mot o/iâ signifie un air en général; ce n'est point un diminutif. Le mot ariette en est t|n; il faut donc le garder pour l'espèce de chant la plus légère et la moins e9q>ressive, et ne pas faire servir l'abus des mots à donner le change aux idées. Voyez air.
^a6 ABï^^^uiir.