‹ Elémens de littérature (volume 3)Chapitre 6 sur 48 · E&SAI · texte numérisé non relu

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ces deux sens est une faculté naturelle , perfectible, mais altérable; que Tun comme Fautre varie et diffère selon les temps , les Keux , les mœurs, les habitudes; qu'enfin, Tun comme l'ai^tre ne laisse pas d'avoir ses principes d'analogie , ses moyens d'assimilation.

Commençons par examiner si dans celte diversité de {(oâts qui semHe être dans la 'nature, il peut y avoir un goût par excellence; et si ce qu'on appelle éminemment le g^àt a jamais d'autre prérogative que d'être le goik dominant.

Le goût physique semble avoir son caractèrei de bonté dans la préférence ^u'il donne aux noun'ituf^s les piu3 saines ; et combiea les raffinem^ns du luxe n'ont>ils pas encore altéré ce discernement de l'instinct ? Le goût intellectuel a-t-il été plus inaltérable ? et , soit dans la multitude , soit dans le petit lïombre, . a-t-il le droit de se croire plus infaillible dans "son choix?

L'opinion a pour objet la vérité , qui n'est qu'un point; et il est possible qu'à la longue les ornions particulières se réonissentau même centre , puisque de tous côtés la raison, tend nu même but ; mais y a*-t*il de mémtf* pour Itsgoûtg un point de ralliement et un«

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tendaxice commune ? L'af^réable comme Tu^ tile a-t-ii un caractère évident et invariable?

Nous vivons^ en société , et par la communicatioi^ de» sent^mems et des idées , par l'exercice habituel de notre sensibilité sur dès objets communs , par cet attrait qui nous rap-proche et qui nous fait trouver tant de plaisir ' à penser , à sentir de m^me , nos goûts y il est vrai, s'assimilent, si bien qu'on dit commu-nément d'une société , qu'elle a son goât, comme cto le dirait d'un seul homme ; mais jusquesr-là ce goât n'est que le sien.

Cette soeicté s'étend ; ce n'est plus un cer« de y c'est une Tille , un paja^ toutunpeui^e; et par une longue cobabttude , le goût j de*vient unitome. Ceit alors qu'il commence à prendre .une sorte d'autorité ; et si la nation est réellem^ït plus éclairée, plus cultivée que ses voisines , si elle est plus fertile en objets d'agrément , die aura quelque drCHt de servir de modèle dans Taurt de plaire et de jouir ; mais encore chaque nation peut^He prétendre, de son côté, savoir aussi ce qui lui est convenable; et, eomme en raison de son earactère , il est possible que ses affections aient quelque singularité, elle aura droit aussi' de lespren*' dre pour règ^ ; son goât ne sera *pas le goût de

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ses Yoisins ; mais ce sera le bon goût pour cïfc . ^ A présent , supposons qu'à de longs inteiv vailes , soit dans le temps , soit dans l'espace, que, par exemple, k denx mille ans et à deux mille lieues de dîMance, le goût d'une nation se communique et se répande , et que , malgré les différences d'usages, de meetirs,^ de coiitti'-» mes, malgré la diversité même des climats et leur influence sur le caractère des peuples, ce goût soit presque universellement reconnu pour être le bon ^i^f .* rien de plus décisif sans doute que ce témoignage unanime ; et toutefois, si quelque nation s'excepte et se réserve le droit d'avoit un goût qui lui soit propre , ou de modifier à son gré le goût universel , personne encore n'aura le droit de la soumettre à la loi commune ; et il ne sera point prouvé pour elle que le goût dominant soit meilleur que le si«n.

Il n'y a donc qu'un juge suprême, un seul juge qui, en fait de goût^ soit sans appel : c'est la nature. Heureusement presque tout est soumis à cet arbitre universel.

Avant qu'il y eût des arts, il y avait des hommes sensibles et 'bien oi^nisés; avant qu'il y eût des arts , il y avait pour le sens intime , des o^ojets de prédilection et des ob*-

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