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jets d'aversioxi ^ des sources de pkbSfs el des sources de peines; et ce sens , ..exercé par I4' nstiire avant que l'art se fit un jeu de rémou- Toir , avait pour juge dans le choix des objets, leur attrait ou sa répugnance.
Ainsi les convenances qui intéressent le goût ne sont pas toutes accidentelles et faction; il en est d'immuables y il en est d'éternelles comme les essences des <^oses.
Or le sentiment des convenances accidentelles en suppose l'étude; et quoîque la faculté de les apercevoir soit dowiée par la nature , ^e a besoin que Tusage l'instruise des conventions qu'il établit. Ainsi le ^^^qiu les fait observer, comme le go^/ qui juge si ellf»sont observées, est un discernement acquis; mais pour les convenances essentielles et immua-^ bics , il doit j avoir un goéii indépendant , comme elles, de toute espèce de convention :
la nature les a établies , la nature les fiiit sentir.
Lorsqu'on a défini le godt, le sentiment des convenances , on a donc reconnu un goût naturel et antérieur à toute espèce de con^ vention , et un ^^ol^t soumis aux mêmes varialions que les mœurs et les GOnventions sociales. Or la règle de celui-^ sera toujours de garder avec l'autre le plus d'affinité possible , et de
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$*attaclief sux objet» qui peuTeuties canciJier. Supposons d abord lliomme sauyage et purement sauvage , comme on n'en a point y»^, mais comme on peut rimagijier , en qui nulle convention, nulle habitude sociale n'ait encore altéré la pensée et le sentiment ; il est difEcile de tïoncevoir comment il peut manquer auK convenances naturelles , puisqu'elles ne sont que l'accord de la nature avec elle-même , et que ni Topinion, ni la coutume, ni le caprice de Tusage , n'ont rien Êilsifié en lui ; tout y est vrai^ simple, ingéim; il aime ce qui lui ressemble , rien d'artificiellement composé ne le touche, rien d'affecté ne le séduit. \
Dafts les sauvages même , tels que nous les voyons , réimis en société , quoique l'eiiemple , l'opinion , la coutume , aient déjà travaillé à corrompre le naturel , il est facile enopre de voir que plus Therame fest près de la na^e , ' plus il a d'ingénuité. On sait quelle est.en eux la bonté de la vue et la finesse de l'ouïe ; O^ si le sens intime, auquel répondent ces deax organes, n'a pas la même subtilité , ail mioins doît-il avoir la même netteté de perception et la même justesse. H est moins exercé dana le ' sauvage que dans l'homme civilisé, sans doute ; mais aussi est-il moins troublé. L'analyse, l'abs*^
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traction, la combinaison des idées, l'art de ^ les composer, de les décomposer, d*en saisir les nuances, d'en apercevoir les rapports, ce travail de l*esprit, d*où naissent tant de lumières et tant de nuages, n'éclairé pas son entendement, mais aussi neToffusque pas. Ses idées sont des images ; sa pensée est le résultat prompt et rapide de ses sensations ; mai» elle n'en est que plus vive. Sa morale n'est pas sublime , mais aussi n'est-elle point fardée; et les vêr tus qui sont à son usage, la bonté, l»6lncérité, iabonne foi, l'équité , la droiture , l'amitié , la reconnaissance , l'hospitalité , le mépris de la douleur et de la mort, ont à ses yeux toute leur noblesse et tonte leur beauté; il y attache la gloire , qull préfère à la vie ; il a donc en luvméme le sentiment du beau moral ^ il 1'^ <^^ • méuie du beau physique. Le soleil, le tori*ent, la foudre , la tempête , sont les objets de son étonneœent, quelquefois de sou cnlte. La familiarité des glands tableaux- de îa nature n'épuise pas son admiration ; et lorsqu'il parle de lui-même avec orgueil, c'est toujours à ee qu'il y a de plus naturdlement noble qui! se compare. Toutes nos figures de rhétorique , tous nos mouvemens oratoires, il les invente , il les emploie , mjii» à propos, et c'est toujours
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^ le sentiment qui les lui inspire. Il adresse la parole aux absens , aux morts ; il croit les voir et les entendre; il parle aux choses insensibles, et il croit en être entendu ; mais c'est lorsque son âme est fortement émue et son imagination exaltée : c*est le délire de la passion , mais d*une passion véritable et sincère dans ses erreurs. Ecoutez-le au moment qu'il a perdu son ami , qu'il pleure son fils ou son père » qu'il vient .de recevoir une injure et qu'il en médite la vengeance , où qu'il rend grâce d'un bienfait ; il sent tout ce qu^'il doit sentir ; il le sent au degré qu'il doit le sentir; et , autant que sa langue peut le permettre , il le dit comme iï doit le dire. Pas un tour qui ne rende le mou-^ vement de sa pensée , pas une épithèté ambitieuse où superflue , pas une hyperbole excessive , pas une fausse métaphore , quoique tout y soit en images ; pas un trait de sensibilité qui ne soit juste et pénétrant. Pourquoi cela Pparec que la nature est toujours vraie , et que tout ce qui est exagéré, maniéré, forcé, mis hors de sa place , est de l'art.
Dans les harangues des sauvages , q^i sont leurs discours préparés, oïl aperçoit, il est vrai, des formides traditionnelles; mais la manière même en est encore décente et noble ;
leur laconkme a de la (Sg&îtë, leurs figares de. la justesse^ leur éloquence de la franchise et quelquefois de l'élévation. * On Toit bien qu'ils ont peu dléées : mais cette pauvreté même a je ne sais quoi d'imposant. On reconnaît ce caractère de simplicité et de noblesse dans la poésie des Bardes, et de tous les peuples duNord, pris.dans les temps où leur génie, comme leurs mœurs, était encore à-demi saurage ; et lorsqu'on les a fait parler , il n'a fallu pour les rendre éloquens à leur manière, que de leur prêter fidèlement^le langage de la nature. Voyez , dans Tacite , la harangue du Breton Galgacus ; vdans Quinte-Curce, la ha^ rangue du député des Scythes à Alexandre; daiis Lafontaine, celle du paysan du Dai^uba au sénat romain.
. Comment se pourrait -il en eflet, qu* Yhoftas^e qui ne parle que pour exprimer ce qu'il sent, dit autre, chose que ce qu'il sent, et ne le dit pas comme il convient à son âge , à son ciiractère , à sa situation ? Son langage n'est que l'effusion ou l'explosion de son âme. Pourquoi, dans ses récits, dans ses descriptions, emploirait* il des détails superflus, des circonstances inutiles ? Il ne songe à dire que ce qu'il a vu, et d^^ns ce qu'il a
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TU qae oe qui Ta ûàppé. En. ua œbt , il b« ▼eut pas être s{iiiituel/siii|[uli€9r, merveilleux^ il veut être vrai^ ou plutôt il Test sans le toutloir, et sans songer à l^étre,
Poiu'quoi.nous^mémesaTons'-notts donc aïK jourd'iiui tant de peine à être simples et naturels? Cest que nos institutions nous ont plies et repliés de cent manières toutes coih traintes; qu'après avoir , comme dirait Montaigne, artiaUsé la nature, nous sommes obligés de nataraliserV^ivX, Je dis Tart, dans nos habitude» les plus familières et les plus libres , et , à plus forte raison dans nos compositions, dans nos imitations, dans noti« poésie inventlTC, dans notre éloquence facëee, dans nos peintures étudiées , dans nos pas^ sions de commande , où il faut prendre à chaque instant une âme étrangère et nouvelle ; eroire voir ce qu'on ne voit pas ; penser et r sentir et parler, non comme soi, mais comme un autre; en un mot, se faire à soir-même rillusion qu'on veut répandre , et se tromper si bien dans ses propres mensonges , que tout le monde y soit trompé. C'est là surtout qu'il est difficile de retrouver en soi , ces mouvemens naturels , ces accens , ces tours d'exprès* sion , qui échappent à l'homme saùvsige sans
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q^-il y pense , et mienoT que s'il y ayait pense. Voyez lès grâces de y«nfimce , )a facilité , la. souplesse ) le chanAedeses attitudes et de ses mouvemens ; bientôt Yient Fédueation qtii détruit téut cda , et quir met à la place la gène et Tafifectation ; alors , 'que Ton r^ette ces grâces fugitires ! que de soins , que de peines ne se donne^t-on pasponrenretroûirer quelques traees !• Ce n'est dé même «poT à ibrce d'art que l'art peut se rectifier.
Mais la grande difficulté, pour accorder l'art avec la nature, c'est que le naturel^ comme nous l'entendons , n'est pas celln de l%omme inculte. Aux contenances universelles , qui seraient des règles constantes , les iiisdtutieiis sociales, la coutume, l'opinion, la fantaisie, en'0(Bt mêlé d'artifidelles et de chantgeantes , comme leiffs causes; et <f est à l'égard de celles^^i que le ^^n'ayant plus de type inadtérahle . est devenu hii-même variable et divers. Les idées de bienséance , de no- . blesse, de dignité, de vpolite&te , d'él^ance, d'agrément , de d^icatesse , enfin tous les raffinemens de l'art de plaire et de jouir, étant venus successivement , et puis -en foule , soili- , citer l'attention du goât, ^ en a été tîommc *étoi^rdi ; et au milieu de cette multitude de
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lois nouT«Ues et £ftiitMques , il s*est trouvé comme un jurisconsulte , que ses études même et son habileté rendent «icore plus incertain et plus irrésolu dans ses opinions.
A. mesure donc qv» l'aride plaire eftt âerenn plus compliqué ) le goût, qui en est le juge , le conseil et le guide, a dà être plus indécis. La nature n*a qu'une route; l'habitude a mille sentiers tortueux et entrecoupés. Aussi Tart le moins composé est-il toujours le plus infaillible ; et Favantage des arts naiasans , comme des sociétés naissantes, c'est leur grande simplicité.
Homère, en comparaison de Virgile et de Hacine, était presqu un sauTage. Encore tout près de la natm^e, les C(onyenances qu'elle avait établies étaient presque les seules dont il eût ridée et le sentiment. Je suis loin de penser qu'il fût né dans un siècle abs«Lument inculte , et qu'il eût lui seul inventé «es fables , ses dieux , ses héros , sa langue poétique ; mais on se tromperait si , p^r un siècle de culture, on entendait, en parlant du sien, un siècle de lumière pareil à ceux qui Font suivi. B nV avait de son temps rien de semblable aux fêtes qu'on célébrait du temps de Périelès , et aux spectacles qu'on y donnait à toute la Grèce
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9i»êemkïée.. h n'y xwaàt aucune vilk comme A^ihènes et Corinthe , où la poésie ^ et Télo- «faeaee , Ja philosojdiie et les arts , rassemblés , cultàyés ayee ^MUttîo» , s'édairassent mutuel lement. Mais dans on climat où les hommes avaient reçu de . la nature une sensibilifeé Tive, une ûnaginatian facijie à exalter, une (nesse, upiedélicatesse, une subtilité d'organes dont on n'a jamais tu d'exemple; dans un c}imat où le commerce , l'agriculture , le soin des troupeaux , peu de luxe , assez d'abondance 9 et pour délassement , des fêtes , des liàqrtfices et des festins , formaient le tableau de la vie; dans ee climat y dis-je , de longues paix donnaientaux peuples «t aux princes un loiâir que lea arts embellissaient à peu de frais ; et €<Mume lea nusurs - étaient simples , et que le naturel des hommes n'était pas encore altévé, le goàtse réduisait au choix d'une nature iiiÉéreaaante,
Ia politesse n'avait point aqipris aux héros d'Homère à se quereller noblement , et la cru^ dite des injures qu'Achille dit à Agamemnon n^élait encore que de la franchise. Iln'était pas encore indigne d'une princesse de laver dans les eaux d'un âenve les tuniques du roi son père j il n'était pas indigne d'un hépos de faire
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lui^aéme grîUer ia ^air d« Miimawx q<Étl avait intBuri^; tout cela peot blesser me^te délioBtaMe:.les bouffiomierks deiYuloaHi ne muis semblent pa» plus dëoetHes ; la querelle d'Irus avec Ulysse ne nous cboqve pas m^ûis-; et quant à ces formes locsfles , aceideiilelles et mobiles, Homère n'était pas et neponvait pas être ce que trois mille ans après lui on appelle un homme dc^ll^* mais la partie essentidledes meenrs , qui jamais Fa saisie et exprimée mieux que lui ? Dans les trois àarangues d'Ulysse , <<le» Phénix et d*Ajax , dans les adieux d'Heeler et d'Andromaque , dans la douleur d*A.ehtfie sur la mort de Patrook , dans odle de^Pmam suppliant auxgenofix do meurtrier de ees^Hifans , y a-t-ii un mot qui s'éléigne des coawenanoes ? Elles y sent gardées avec un naturel qui étonne Tari et le confond. Pourquoi cela? c'estque la mode , le caprice , les conventions y les petites formules de la société , n'ont près- ^e point touché anx grands 'objets de la nature. Nous sourions en voyaat Hélène et M éiftélas si bien ensemble dans lenr fMdfiis , apnès 4a ruine de Troie ; et Ménéias nous semble avoir bien doucement oublié le passé ; m«6, lorsqu'avant de connaître Téiémaquc , Ménéias lui parle d'Ulysse avec une estime si tendre.
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<lt qne le fils , en entcÀidaiit Vëoge àt son père , se couvipe le visage pour cacher les larmes qui cootent de ses jeax, , aiorn nous tressatHons de joès et d'altendvftseittent, en neonnansantdans ce trait dé sensibilité , le maître de Virgile , le modèle de Féndoa. Nous ne vocdims plus entendis dlois la bouche d'Achille enilBmf , 1« gtfaenilkment dn vin que PLénÎJB loi fait boire ; et cette eispèee de naturel n'a pins assex de noblesse pour nous; mais que Phénix , pour ânouYoir Achille , fasse parler le vieux Pelée ; que pour loi- rendre la colère odieuse , il lui raconte incidemment qu'un jour lui-même , dans'Unr accès de cette passion Aineste, il ibt. tenté de tuev son père ; e*est on ^ettre de vérité qae le temps et la mode respecteront toujours. Un. sentiment plus exalté de Fhéroîsme , nous fait trouver mauvais que l'ombre d'A-* chille, dans V Odyssée, regrette si fort la lumière , et qu'il àimàt mieux vivre encore âans le pénible ^tat d'un homme obscur que de régner aux enfers , sur des ombres; mais ee n'est pas nous, c'est la nature qn'Homère a consultée dans cette réviélation natre des faiblesses du cvenf humaki. Telle e^ la éiflSérence des con- Tsnanees inaltérables, et des convenances pas^ sagèrea qui d^ndent de Fopilûoii. .
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L'analogie et la simplicité étaient le graBd secret d'Homère. Dans la composition ide ses caractères , ce n'est pas lui ^ c'est la natnre même qui>en assortit les oonleÉrs et les traits. S'il donne à Ulysse la prudence , il raccompagne f non pas à la manière des; temps mo* demes , de qualités purement nofaies et lotia* blés y mais comme la nature même , de àis^" mulation , d'artifice , de patience à tout endurer ) jusqu'aux dernières kumiliations ; d'un courage dont le sang - froid prévoit tout , ne hasarde rien , ne craint pas de se montrer timide , met sa gloire non pas à braver le pé^ ril , mais à voir dans le péril même , les moyens de .s'y dérober, «t d'y engager son ennemi; ne compte la force pour rien , tant que la ruse peut agir, laisse l'audace à l'homme a qui manque l'adresse , et ne regarde la témérité que comme la source du désespoir.
Si dans Achille c'est la colère dont il vent faire craindreles funestes effets ^ la sensibilité, la bonté , la droiture , la valeur au plus haut degré , une fierté que l'orgueil irrite , une équité que l'injure soulève , sont les élémens de ce caractère à>la-foi& aimable et terrible; et par un trait .sublime de vérité donné par la nature , il dit de Tennemi le plos iâeio-
lable dans ses ressentimeiis , Tami le plus doux , le plus tendre , le plus passionne dans ses afifecdons. Voilà le godt par excellence , le sentiment juste et profond de ce qui doit plaire , attacher . intéresser dans tous 1rs temps.
Cest à ce même sentiment des convenances immuables qu'Euripide et Sophocle ont dû ce long succès , que leurs beautés ont encore parmi nous. Du Philoctète de Sophocle notre délicatesse n*a retranché que Tappareil rebu- 'tant de la plaie ; les deux OEdipes et les deinE Iphigénies sont d'un goût aussi pur que les belles scènes d'Homère; enfin dans aucun temps le goût n'a été plus sain , que lorsqu'en s'abreuTai^t aux sources de cette antiquité voisine encore de la nature, elle y a puisé le sentiment des convenances inaltérables et de ces vérités de mœurs qui sont universellement inhérentes au cœur humain.
La simplicité , qui fut toujours le caractère de la nature, est aussi très- distinctement le caractère du goût antique et le vrai symbole des Grecs. £n sculpture , en architecture , en poésie, leurs compositions étaient simples , leurs formes étaient simples , leurs ornemens même étaien{ simples y on n'y voyait rien de
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compliqué , rien de confus j rien de pëniMe-* ment composé , surtout , rien qui ne fut ensemble , et qui dans les rapports de la cftiisê k Teffet ne fût réduit à Funité. .
Denique sit quoévis simplex dumtaxat et unum,