‹ Elémens de littérature (volume 3)Chapitre 8 sur 48 · H0RI.T · texte numérisé non relu

H0RI.T

C'était la devise , la règle et la magie de leurs arts.

Mais ce caractère de simplicité était luimême pris dans les moeurs; car les mieurs 4es Grecis étaient simples , si on les compare avec les nôtres. D'abord elles étaient plus libres et plus généralement populaires , par cela seul qti'elles étaient républicaines ; elles étaient aussi moins façonnées et moins polies , parce que l'absence des femmes laissait au naturel des hommes sa franchise et soh abandon.

Qu'on veuille donc laîre attention à cette foule de nouvelles idées , de nouveaux senti-^ mens , de manières nouvelles , de bienséances multipliées , qu'ont dû introduire dans nos moeurs le commerce des femmes , la galanterie , le point d'honneur, le manège des cours ; à ces rafûnemens de l'art de flatter et de feindre , de taire ce qu'on veut faire entendre , de voiler à-demi ce qu'on veut laisser entreroir,

dé dire et ée ne dire pas ; à toutes ces lois de déceace ^ de ménagemens et d'égards , qu'iinpo0e iftne société où les deux sexes vivent ensemble , ^où l'inégalité des conditions et des rangs doit se laisser sentir , sans que la vanité ait à se plaindre de l'orgueil; où la paideur, rinnocence même ^ admise aux plaisirs de l'es* prit, n'y doit rien trouver qui la blesse; on ne sera plus étonné que l'opinion , la coutume, Texemplé, et plus que tout ^ la métaphysique de l'amour et de l'amour-propre , ajraiit sacoessivement et diversement associé aux convenances immuables de la nature , une féhle de convenances acddentelles et factices, qtt*il a foUu sentir , démêler^ observer, la théorie du ^i^f'soit devenue si oompHquée , si suivante , et enfin si prçbléroatique.

Le f^ût^ che» les Romains , fut d'abord analogue à la rudesse de lettrs moeurs , à Tapreté de leur génie , à l'état d'inculture de leur sodété ; et si de cet état, il passa tout-à-coup et sans gradation à un si haut degré de politesse et d'élégance , c'est qu'il leur vint tout îàvmé de la Grèce , d'où le prirent les Sci- ]^ioils et d'où Ménandre le transmit à Térence ; mais ce ne ftit jamais , dans Rome , que le goût des hommes instruits; celui du peupk

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se ressentait, même dû temps d'flbraoe, âé son ancienne grossièreté. Cette nation poli-^ tiqne et guerrière ne fit jamais assez de cas des arts purement agréables , pour y i^liqner une attention sérieuse; le caractère de son génie n'était pas la délicatesse ; et si elle montra un discernement juste et fin , ce ne fat qu'en fait d'éloquence , le seul des talens de l'esprit qu'elle estima sincèrement , et dont , par un long exercice , elle devint un excellent juge. Mais les écoles de l'éloquence furent des écoles de goât, et l'histoire et là poésie profitèrent de ses leçons.

Ce fut surtout à la cour d'Auguste , et dans l'élite des esprits cukiTés , que le goût des Athéniens se conserva et se polit encore , comme il est naturel au goût républicain de se raffiner en passant par l'oisive cour d'un monarque. Seulement pour les bienséances^ les Ro-> mains ainsi que les Grecs, furent toujours moins sévères que nous. .

On a dit que leur langue était moins c^ste que la nôtre; c'était leur politesse qui était moins délicate. La langue de Térence, de Ci-r céron et de Virgile , était .chaste quand on voulait et tant qu'on voulait : VÉnéîde en est bien la preuve; mais V Enéide devait, être lue

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dans le salon dt li^ie , et c'était pour le ca-^ iânet de Julie (pks CArt d*aimer étak écrit.

Virgile et Ovide , Tacite et Pë^x)ile , Sénèque et Juvénal j pariaient la même limgiie et noit pas le même langage. Horace était sérère et chaste le matin, licencieux le soir , selon qv'il écrivait pour le lever d'Auguste, ou pour le aonperde Mécène.

Si donc, le ^<l^ modeme a des Icûs plii& austèces", c'est. daiia TespMt de la société,. non dates le génie ée la langue <]u*en est la véritable cause; c'est^arœquerimprîmerie donne aux écrits tant de publicité , que la licence n'a plus de voile; c'est parce quun stjle trop libre manquerait aux égards que Fusagepresait ; c'est que tout ce qu'on met an jour doit pouvoir {Misser sous les yeux de eesexe aima-^ ble et difficile dont le poii^t d'honneur est dans la décence , et qjoi ne consent à venir animer , adoucir , embellir la triste société des hommes , qu'à condition que leur liberté respectera sa fière modestie. Ain» la première des grâces à laquelle nos écrivains doivtnt sacrifier , c'est la pudeur.

De là , tous^ces mcnagemens , toutes ce»

adresses de style, toutes ces expressions vagues on détxmmées, ces demi-jours , ces demi-

2^ EISA!

teinteg, en un nftot, ees dé&éatÈsMs et ces fi* nesses de langage qui'Tendeni a«joiiTdf hm si difficile Tart d'éerire aVee ^i^ries dioses. de pup âgréaÈCBJt. Et oombien cet art -d^élitder, de Toiler , de di&stnmfer , de rendre Texpres* âan timide et modeste , lor»4ftéme qpie liv pensée ne Test pas , combien eet art 1 dû se raffiner dans une langue où la galanterie etl'amour ont été si subtilement et si savamment analysés! De combien de nuances devait étr»

assortie la palette d'œi peintre comme Racine, pour exprimer le caractère de Phèdre de manière qne d'honnêtes femmes pussent Tadmîret sans rougir! Ainsi le débir de leur plaire, le devoir de les ménager , l'avantage ^er 1»

nature leur a donné sur nous , pour la finesa^ des organes et l'extrême délicatesse de percep^ tien dans les détails ; enfin- tm droit acquis el assez légitime déjuger les arte d'agrément, une influence continuelle sur l'esprit de société , et un empire presque absolu sur l'opinion et l'usage , ont érigé les femmes en arbitres^ du gaât^ et il leur doit ea même temps ses finesses lea plus exquises , sa mobilité perpéteelle et son excessive timidité.

Après avoir considéré le ^l^f dans sesdeui grandes relations, d'im côté avec la nature^ de

Tantre uvec la société, il sera aisé de eotiecréw eeifBtiï a dé sovlfisû* de la dépravation dases** pTzts et des ènes dans ^es siècles de barbarie, à cpielle perfection il a pa s'élever dans des temps de endure et d^émulation , et quelles ont été , depdisy les easiaes de sa décadence.

Êntie l'état de rhonunesaava^ et l'état de l'homme civilisé, et dans le passage de l'un à l'autre , est l'état de Thomme barbare. Le sauvage comme je l'ai conçu , «eeait Fbomme de la nature; le barbare, aneoa^aire, estanbomme dénaturé : sa raison, ses mœurs , ses idées , ses sen^imens , sont pervertis* par des conventions et par des habitudes, tout aussi artificielles que les modes dukœ et «de la vanité.

Lorsque des honmies vagabonds , iiiciiltes, efifrénés , se réunissent pour vivre ensemble , lenrs'pasaions ne tardent pas à fermenter; et, de leur mélange, s'exhalent des opinions in* sensées, d'absurdes superstitions, des mcram biaarres o|i atomes. C'est par ces dégradations qu'on a vu passer , dans tous les temps , l'espèce humaine , avant de reçenroir les formes régidières de la crvilisation.

Or, on sent bien que dans cet état , toutes les idées de convenances doivent être obscurcies; que toutes les sources des plaisirs

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iateUectaeksont oorrom{Nies; et<|tteI'honi]ne ainsi déprayé , n*est plut susceptible d'aucun discernement dans lesprédiketÎMis du sentiment et de la pensée.

Tirer les hommes de la barbarie , c'est donc commencer par les rendra à la nature, en corrigeant en eux tous ces vices acquis , tous ces travers de Tespril et de Tàme ; et à mesure que l'un et l'autre se relèvent et se rectifient, le sentiment du vrai, du bien, du beau moral , enin tons les rapports , soit de l'homme avec l'homme, soit de l'homme avec la nature , se rétablissent par degrép.

Mais dans ce passage il doit y avoir un temiw, ou les opinions, les mœurs , les formes sociales, à-demi dégagées de leur ancienne rouille, sont un mélange de barbarie et de civilisation. D'un côté l'on commence à retrourer dans l'homme les traits d'une belk nature, et de l'autre, on, y voit les marques encore récentes de Fabrutissameat par ou il a passé 9 et d'où il commence à sortir. Les uations. alors ressemblent à ces figures monstrueuses , qu'on a peut-être imagîaées pour «primer allégoriquement l'état de l'homme à-demi barbare , lorsqu'il commence à s'éclairtr et à reprendre sa premiàr^ noblesse. Oa

voit , dans^ ces symboles, Tassemblage bizarre de la figare humaine et de celle des animaux. Tel a été Tesprit de l'homme et son caractère moral | dans de longues suites de siècles ; et la discordance de ses idées et de ses sentimens , a produit .celle de ses goûts. Les erreurs de l'écrit , les écarts de l'imagination , les fictions absurdes , les compositions dér^lées n'ont pas été l'effet de rignoranœ , mais de la dépravation ; car l'ignorance ne produit rien ; .c^est la nuit, le néant de l'âme : la barbarie en est le chaos : Distordia semina rentm.

M^ le propre de l'ignorance est de faire tout admirer. Les ébauches les plus grossières, let fHfoductions les plus informes de l'art naissant , lui ont paru merveilleuses. Les poésies de Ronsard , les tragédie» de Jode)}e , ont été , da«s leur temps, des chefs-d'œuvre î^iimitables.' L'art et le goât ont fait un pas de plus , et sont ^mbés dans une autre erreur.

L'art s'est persuadé que son mérite consistait dans des tours de force et d'adresse , dons de vaines subtilités , dans de puérils raffinemens , dans une recherche pénible de sentimens outrés, d'expressions étranges, d antithèses forcées , d'hypei4»oles extravagantes. La danse noble et simple n'est venue que

long-tanps ^prèsks sai^i|rs et les voltigeurs; il en est de même dfi la saine cloquonce et de la belle poésie. Kappelonfr-nous ce qu'on a raconté des sauvages de la In^uisiane , lorsque dans le butin fait siA; les Espagnols , ayant trouvé d^ oisiemens d'église , ils s'en firent des vétemens si ridiculement bizarres. C'est ainsi que des écrivain$ i^orans et grossiers s'ajustent par lambeaux ia dépouUle des Anciens :

'Parpureus , latè qui splendeat , unusetalter, jisstiUur pannus. HoRJr.

«t/ s'ils ont eux-mêmes quelque génie^ leura propres idées ne sont encore qu'un tissu bi-* garré de quelques beautés de renooulre , et d'une foule d'inepties , ou de grossières absurdités.

De ce mélange , ka exemples sont rares dans les ouvrages des anciens , parce que lien mf reste de leurtf siècles de barbarie. Parmi nou7, Français, le contraste n'est pas encore asseï marqué , parce que nos premiers artistes n'ont pas été des hommes de génie , et que dans leur grossièreté, on ne retrouve rien du grand caractère de la natiite ; chez nous le génie et ie goutf sont presque nés en même temps.

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Mais r Angleterre nons présente àem exem-* pies fameux de cet étonnant assemblage de^ pins grandes beautés de Tart et de ses plos bizarres difformités.

Que dans un extrait fait atee choix , quelqu'un rassemble tous les traits de vérité , de naturel , d'éloquence et de force vraiment tragique dont le génie de Shakespeare a été Finvcnteur;'il n'est personne qui rie s'écrie î Voilà le peintre de la nature , le confident de ses profonds secrets, l'homme de «o^f dé tous les temps; mais que dans ses ouvrages' on trouve à chaque in!;tant les plus absurdes invraisemblances, les plus dégdàtantes horreurs ; que les moeurs en soient un mélange de bassesse et d'atrocité; que Faction la phis noble y soit interrompue par de froides bouffonneries ; que les héros et la canaille s'y confchdéht , et qu^à côté d'un' mot simple et suï^me, se présente l'expression la plus outrée, la plus grossière , fit plus rami>ante , on dira de lui : Voilà le poète de la nature, qntf la barbarie de son siècle et de son pays a déa.

pravé.

irtilton est d'un temps plus récent; et Ton ne laisse pas de voir -encore dans son poème, à côté des tableaux les plus touchans , les

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plus sublimes, les traces de cette barbarie qui dégrade Tesprit humain. Quoi de plus fortement conçu que ce caractère de Satan , qu'Haï mère lui aurait enyié? Quoi de plus pur , de plus aimable, que la peinture de Tinnocence et de If félicité de nos premiers pères , dans cejardin , où l'imagination du poète a reproduit Vunivers naissant^ et Fouvragc de la créatiott dans sa plus naïve beauté ? Quoi de plus absurde et de plus monstrueux que cet amas de fictions dont i) a chargé son poëme? £t, peut -on ne pas reconnaître les rêves de la bai'barie dans la transformation de Fange rebelle en crapaud , dans ce vilain amas d'accouplemens incestueux de Satan avec le péché, et du péché avec la mort, et dans Tatelier des démons fabriquant du canon pour foudroyer les anges , et dans ces batailles où les démons sont cuirassés , et où les anges sont pourfendus , etc. etc.

Cet exemple et mille autres prouvent que l'imagination est la plus corruptible des facultés de râipe. Cest par elle que la barbarie fait produire ses monstres , la superstition ses fantômes , Terreur ses systèmes bizarres ; et de là toutes les fantaisies qui obscurcissent Tentendement et corrompent le sens intime , soit

dans l'opinion et dans les mœurs des hommes , soit dans les conceptions du génie et les productions des arts*

La première cause de ces écarts, de Fim agination , c'est sa liberté naturelle. Feindre et créer lui semble être pour elle un privilège sans Umite, qui Fafïranchit de toutes les règles de -vraisemblance et de contenance. Ainsi, plus la raison s'altère et le sentiment s'obscurcit , plus on voit que l'imagination est hardie , mais vagabonde ; impétueuse , mais déréglée et fertile en inventions qui ne diffèrent plu» des rêves d'un malade :

Felul œgri somnia , ^anag Finguntur species. 9o&1,t.

A cet égard , rectifier l'esprit , ce n'est donc que le ramener à la raison et à la nature ; c'est le bon sens qui est le précurseur, le res^ taurateur du bon godL

Nous en voyons les effets dans la Grèce ^ où trois siècles après Homère , et plus d'un siècle avant Sophocle et Euripide, la philosophie précéda les arts , et fut , pour ainsi dire { l'institutrice du génie. L'opinion , les préjugés, les conventions qui gavaient devancée, la forcèrent d^ composer avec la superstition , et de

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capituler avec la barbarie ; de là , une fonle d'erreurs qu'elle fût obligée de laisser subsister ; mais dans tout le domaine qui lui fut accordé, et jusque dans ses fictions (car ellemême elle eut ses fables ) , l'analogie et les convenances furent ses règles et ses lois. Aussi , dès la renaissance des lettres dans la Grèce , au temps d'Eschyle et Sophocle , le goût se trouva- t~ii forme : il n'y eut que'Thespis de barbare.

Il n'en a pas été de même pour l'Europe moderne , où la philosophie n'est venue que trèslong- temps après les arts; il a fallu que, par instinct, le génie se soit rendu lui-même à la nature , et que de sa propre lumière , il ait percé l'épais nuage où dix siècles de barbarie l'avaient enseveli.

Mais à éet avantage qu'eurent sur nous les Grecs se joint une autre cause des progrès que, d'un pas égal, firent cliez eux l'art et le goât; et cette cause fut l'importance sérieuse et réelle qu'eurent d'abord les talens de l'esprit, et l'essor ique prit le génie , animé pal* de grands objets.

Je ferai bientôt remarquer ailleurs qtrel était dans la Grèce l'objet politique et moral de îa poésie héroïque , et surtout de !a trâg<êdie ; quel était- le tôle, bu plutôt le ministère do

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pôè'te lyrique , dans les conseils , dans les armées , dans les jeux solennels et à la cour des Toià . On verra de même epelle était la fonction de l'orateur dans la tribune ; il était le conseil , le ^ide , le censeur de la république ; il atta* quait , il protégeait les premiers homme* de l'état.

L'historien, avec moins àë crédit, n'avait ' pas moins de dignité : dépositaire de la gloire , organe de la renommée , témoin permanent de son siècle auprès de la postérité , quoi de plu» imposant pour une nation amoureuse de la louange ? et quel ascendant de tds hommes n'avaient-ils pas sur l'opinion et sur le goût de la multitude ? En cherchant à lui plaire , ils rinstruisaient eux-mêmes. Ses écoles étaient le théâtre , la tribune , les fêtes olympiques,; ses maîtres étaient ceiix t^ellc y allait applaudir. Cest de Sophocle , d'Euripide , de Pérliclès, de Démostfaènes, qu'elle apprenait à sentir le prix et l'excellence de leur art.

Mais si le peuple s'élevait à la hauteur des hommes de génie , ceux-ci , quelquefois , descendaient et s'abaissaient jusqu'au niveau du peuple. Cest une condition que le goût doit subit dans les états républicains. Car lorsqu'il s'agît de remuer une mnltitiide assem-

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blëc ) si les bienséances y peuvent motus qu'une grossière liberté , les lois du goût doivent dormir ou se taire pour un moment. Les invectives dont s'accablaient Eschyle et Déraosthènes ne nous blessent pas moins que les sales plaisanteries et les injures dégoûtantes qu'Aristophane faisait vomir à ses acteurs.

Biais ce n'est pas à nous que parlait Démosthènes , ce n'est pas nous qu'Aristophane voulait soulever contre Cléon ; l'un et l'autre auraient manqué leur but, si à la place dé ces grossièretés, ils avaient mis ou la pditesse d'Isocrate, ou l'élégance de Ménandre ; et Cicéron savait comme eux ce qu'il faisait, lorsque , pour accabler Antoine , pour dégrader , et avilir Pison , il oubliait les bienséances. Le peuple est toujours peuple ; et il est des momens ou » pour s|«n rendre maitre, il faut savoir lui ressembler. Catilina prenait toute espèce de mœurs ; l'éloquence républicaine prend toute espèce de langage. Il est impossible qu'à Londres , un poëte comique soit un homme de goût; et un orateur des communes perd son temps s'il s'occupe à l'être.

Il n'en est pas moins vrai que plus l'art en lui-même a de puissans moyens , plus il est dispensé de ces indignes condescendances; et ce

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sera toujours Tavantage delà haute littérature ; car , tandis que les petites choses éprou- ^ vent les révolutions des mœurs h>cales , des modes fugitives , et attendent tout leur succès des conyenances du moment, les grandes choses participent de la stabilité des principes de la nature , et de ses rapports éternels.

L'art d'étonner l'imagination, d'élever les espi^ts, de remuer les âmes , d*exciter, d'apaiser les passions du coeur humain , est presque le même aujourd'hui que du temps de Sophocle , et que du temps de Démosthènes; au lieu que les frivoles jeux de l'esprit de société sont soumis à tous les caprices d'un goài fantasque et passager.

Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fiit vague et vaine. Il y avait parmi les sophistes des hommes de génie, auxquels il ne manquait qu'une tribune , un peuple libre , et un Philippe, un Gatilina , un Verres, pour les émouvoir. La preuve en est que , lorsque l'éloquence , dans ces temps de corruption, rencontra ^es objets véritablement dignes d'elle, on la vit reprendre aussitôt sa simplicité , sa vigueur^ et son antique majesté. Je n'en veux pour témoins que Libanius et Thémiste. Ce n'est donc ja-

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mais qne par rimpottance de ses fonctions que Tart est averti de ia dignité naturelle. Si sa propre gloire lui manque , il en cherche line autre , et celle-ci n'est que vanité. Ce fut lé vice d'Zsocrate j et de tous ceux qui comme lui, ne s'occupant que du soin de plaire , firent servir à divertir la Grèce , Fart qttc' Périclès et Démosthènes employaient à 1^ dominer; et ce que je dis de Téloquence , je èe dis des lettres en général. L'affaire du goût daiis les petites ehoses , c'est la parure ; dâiis les grandes c'est la déceiicc et une noble simplicité.

Dans les arts inteïlécttiels , comme dans les arts mécaniques , toiit n'est pas riche par le fond ; c'est assez souvent le travail qui fkit le prix de la matière ; et ce' prix est aussi une valeur de convention. Alors ce n'est pas fa beauté ; maii la singularité du travail qui obtient la faveur de la mOde. Aii contraire, quand la nature en elle-même a sa beauté, son éclat , sa valeur comme l'or et lé diamant , peu d'indiistrie la rtiet en œuVre ; une forme simple , élégante et régulière lui suffit ; et le génie , en produisant une grande pensée , un grand caractère , une situation pathétique , un sentiment sublime et vrai , un

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mouvement de passion «Htralnant par sa véhémence , déchirant pj|r son énergie , défend en même, temps à Fart de le gàfer , et de l'embellir. Le goût consiste alors à respecter l'ouvrage de la nature , et à la laisser se montrer dans sa belle ingénuité. Telle, est la différence des productions durables du génie et des curiosités brillant^ eit fragiles, qulon appelle ouvrages du ^oul.

Mais dans les plus pertes dioses , la Grèce avait encore le sentiment d'un ns^turel aimable. Les modèles de la délicatesse se trouvent 4lans l'Anthologie ; des grâces jet de la volupté daiis les poésies d'Anacréoi^; de la sensibilité la plus vive dans l'ode de Sapho, ainsi que dans tes élégies que les Latins ont imitées de Mimnerme et de CaUiioaq^e. Thépcri^e a quelques détails dont la gro$4ci*etè nous blesse; mais il a des peintures d'une grâce touchante, et d'un naturel précieux^ Enfin, 4^s que la comédie cessa d'être satirique et mordante , et qu'au liei» d*irri|er le pepple, elle ne voulut que l'instruire en l'amusant, rien ne fut comparable à l'élégance de Ménandre , si Ton en juge par celle d^ Téren^, ^|ui l'avait, nous dit-on , si fidèlem^i^t imité.

Ainsi dans tous les genres du littérature ,

les Romains enrent de bons modèles; et s*Hs ne furent pas toujours assez heureaic pour les atteindre, ils le furent assez pour les surpasser quelquefois. Ceci demande quelques réflexions sur les moyens donnés par la nature , d'étendre la sphère des arts*

Il en est du goàt comme des mœurs ; ce n'est pas en s'éloignant du naturel que les mœurs se perfectionnent ; c'est en le redr^ sant lui-même, en corri^ant ce qu'il a d'âpreté, de grossièreté, de rudesse, en hii donnant, i^il a trop de molesse, plus de vigueur et de ressort. De même, en fait de gode, l'art ne consiste pas à contrarier la nature, mais à Taméliorer, à l'embellir en Timitant, à faire mieux qu'elle en faisant comme elle, en suivant ses inclinations , ses directions , ses mouvemeus , en obserymt 45es réroluticus et ses diverses métamor{^oses , surtout en choisissant en elle les traits, les formes, les aspects, les accidens ou la vérité donne le plus de charme à Tittiitation. Je m'explique.

La vérité dans les sciences esuictes, n'a qu*un' point oli n'a qu'une ligne que doit suivre, l'observateur. La vérité , dans les arts d'agréoieBS , a une grande latitude. De là les

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difiérenoed et les gradations du bien au mieux, du commun à Texqub , du médiocre à VeX" cellent) en fait de ^ût comme en fait de génie.

Une pensée 5 un sentiment, une image, un tableau, un caractère, une action a de la vérité, toutes les fpis qu'on j reconnaît la nature ; et telle est , comnié je l'ai dit , la vérité que Ton voit exprimée dans l'éloquence des sauvages, ^ais le naturel se compose de qualités et d'accidens qui varient séloa les âges, les conditions, les climats, les formes de la société, et les plis divers qu'elle donne à l'esprit et au caractère. Ainsi la. vérité diffère d'elle-même, non seulement d'un peuple à l'antre, d'un siècle à l'autre, mais dans le même lieu et dans le même temps, d'un homme à l'autre, et dans le même homme, au gré des pas8k>ns et des événemens. Tout se ressemble au {uremier coup -d'oeil; mais bientôt , parmi ces ressemblances générique^ on aperçoit des différences spécifiqiies et locales , et puis encore des différences îndLviduelles et accidentelles à l'infini. Delà , mille peintures du même caractère , de la même passion, du même vice, de la même vertu qui ont toutes leur vérité. Maïs cette vérité

TOJiE T. 4

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sera plus ou moins curieuse et Intérossantet plus ou moins fineneat saisie , on ingénieur sèment eiprimée ; elle attadiiera plus ou moins l'esprit et Tâme; elle aura plus ou moins d'agrément et d'attcait, selon le choix de son objet et les couleurs dimt il sera peint. C'est ici que le goÉlt s'exevca dans l'Invention etU discernement du bien, du mieux , du mieux encore ; et qaon Toit Tart réfléchi sur lui-* même, s'observant, s'essa^anf, déployant ses moyens, creusant plus avant dans ses sources , enfin se corrigeant , se surpassant lui-même et, non content de ses succès, se provoquant à de nouveaux efibrts.

Yoyee cent élèves rangés autour d'un moéèle commun; leurs dessins lui resseiid^lent tous, et il n'y en a pa^ deux qui se ressem^blent^elle est la nature, au milieu des orateurs et des poètes. Delà, cette diversité inépuisable dans^ les productions de Tesprit et du géni« imitateur. i

Si donc , chacun dans son point de Vua^ a bien saisi l'objet, et l'a bien exprimé, clyi-% cun , me direz^vous , n'a-t-il pas réussi ? N<m , car ils n'ont pas tous également'rempli Fia* telition de l'art, qui est d'intéresser et de plaire, Cctt un talent que de bien reiMbre cf

qii« Ton Toit; mais tout ee ^t frappe la vue n'est las digne de la fijccr; tous les évênemens ne sont pas ^némorabks, tous les caractèrds ne sont pas attatehans ; toutes^ les Âtuatîons , tous les accidems, tous les détails de la vie hiiittame ne sont pas ^uiieiix à peindre ; et dans Taction même la plus rnivéressante , toutes les circonstances ne le sont pas. Une nature froide, commune, indifférence, une nature qui ne dit rien à l'âme et à Tesprit, -ou qui ne dit pas ce queVdbjet de Fart vmit quelle dise, ou qui le dit trop fatiyiement, aur^Lsa yféaxéf mais une vérité ^ans énergie, sans intérêt , sans agrément. Trouver en soi , ou da»]» Ui natut^ , la .vérité iHsfoiive à Fefjfet^que se propose Tart , c'est rinvenèioto du génie ; la choisir ou la composer , comme le peintre sa couleui', et telle que l'act^la demande, c'est l'inspiràixon dn godt, et^n^âth plus éclairé. Or on sent bieii' qu'il né peut l'étue ain»^, i^ ' paï une étude assidue* et profondément ^réfléchie, iloiike^llenient'de'ladîâlpleTiâfture) xon^ «eulemràt d0 Id natufe cultivée et ifmdiâée^ mais ûm moyens, dés p4r6cédés et dès productions de l'art , des tôntatWes qu'il à faites^, JAes succès <lu'iladbt6hbs,despr6^èèqU'ilpeut laîre .«tcore; «t^lel'^fut le g^àt dès Romains,

l^^ ESSAI

Le mérite émiaent dfes Grées , et une gloire qui les distingue , est d'Avoir été inventeurs y et de n'avoir eu pour modèles , et pour, objets dc^ comparaison^ que la nature et leurs propres ouvrages. Les Roiaainfr, .au contraire; furent imitateurs. La Grèce leur transinities arts : ce fiit^ sa plus riche dqK>ttiUe :

GrcBcia capta ferum victorem cœpU , et artes Tntulit agresli Laiio. Horat.

Tous ces arts ne leur semblèrent pas également dignes de leur émnlatio/t ; mais dans.celui de parler et d'écrire, après avoir été les disciples des Grecs ,. ils en devinrent les rivaux ; et en s'efibrçant de les atteindre, ils eurent quelquefois 1^ gloire de les surpasser.

A ne regarder la poésie et Téloquence que du côté du naturel, de l'énergie, et de ces beautés principales que le génie enfante , rien sans doute n'est au-dessus d'Hoinère y de So* phode et de Déteosthènes. Mais si l'on réié-* cbiti aux «outea«^ degré» de perlection ou l'art s'est âevé toui^urs guidé par* la nature dans la poésie- de Virgile, dans ^^loq1l4^ncede Cicéron, l'on avouera qtie l'abondaBcèy la variété , la soaplesi»e , l'artifice prodigieux et Içs ^je^ources Infinies d^ Cicéron dans se^

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harangues;' que la richesse,- récbtibmie, la periection des détails , lé mélaiige et Faccord de toutes le» beautés et de toutes leà grâces, daiw les' deux poëmes de Virgile , sont , ttn nïoin^ du côté du go/tt, des avantages que les imFtateurs se sont donnés Sûf leurs modèles; et ces deux exemples suffisent pout ïffarquer lè^ progrès an goût ^ lorsque Tart veut Se oonsuN ter en même temps qtié la nature , toir dans ce qu*il a" fait , ce qui lui reste a faire ; et se donner pour règle Texeraple de César r

NU actum reputans , si quU superesset agendum.

J'ai dit qu'à Rome , la poésie s'était form<?e à Fécole de l'éloquence ; et en effet , de l'une à l'autre, l'art d*intéresser et de plaire a tant d'analogie et tant d'affinité, que tous les grands moyens en sont presque les mêmes , et que les règles de vraisemblance, de convenance , de bienséance, sont presque absolument corn* munes au poète et à l'orateur : Est finitimus oratori poëta, Cic.

V Voyez dans les livres de Cicéron , sur lei procédés de son art , quelles sont les sources du pathétique , et quelle espèce d'émotion i) est possible de tirer de la nature et du fond de

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la cause, delacon^îUon; dç Tâge, ducaractèrcl^ 4e îa forttme y di* te .«ituatloia des pcwoiincs et de leui^ xeîàtioM divprse^ i c'^sl: pour le .p<Jète tragîqu? la,j>lui profonde. d4e»-4Wides» Voyez pour U narjç atU>n , :le^ çircon^âiB<î«s.'flù •roratèur.dpitappuyer, celles qu'ij dpit Qoiettiie ^^ ou<»iiir l^^uelles il, doit gliss<?r rapi^^ment^ ce qu'il doit relever, ce qu'il doit aif^ blht^ iOe qu*U49it esquisser ou|>eiD4re9 comment H p<eut- rendre sensible rao^on;/}U'il décrit , et 4e quels mouyemcns il la doit animer; c'est encore là pour l'épopée la meilleure des théories. Consultez enfince grand maître sur les manœuvres du plaidoyer, sur l'attaque et sur la défense, la preuve et la réfutation, l'emploi des moyens pathétiques ; ce même art, s'il est apr- ■*pliqué à la scène passioni^ée (sauf le degré de véhémence et de chaleur qu'elle doit avoir); cet art , dis-je , nous donnera le dialogue l^ plus vif, le plus naturel et le plus pressant.

Je ne doute pas que les Grecs n'eussent la même théorie; mais les Romains me semblent l'avoir portée encore i>lus loin , spit parcequ'ils partaient du point jusqu'où les Grecs étaient allés , soit parce qu'ils étaient pressés par cette ingénieuse /et inventive nécessité, 4{ui, dans Turgence continuelle des grands

SUR Ï.E COUT. /j5

périls et des gf stnds besoins , aiguise l'industrie des horinaes cïoinmè l'instilict des animaux.

Dans Athènes, tomm^ dans Rome, tin citoyen lait poUr tes gi'andes places avait un intérêt pressant et capital dé se rendre ëk>- ^ent. Sa'fortutie, son rang, ses fonctions pubUqtDes', ' r^pôsâietit totis^ les jours à la censure de la haike , aux délations de Tentie; il fallait qu'il fût en défenses Mais à Rome il avait à remuer et à cotiduiré un peuple di0«~ refit du peuple Athënicui II s'agissait pour x lui de ménager, noiHseulement ratrogancé républicaine etrorgtieil des maîtres du monde, mais l'esprit plus jâléBX, pliU ombrageux encore des partis et des factions. Delà cette fraycur^ avee laquelle tUcéfon regardait les * détroits, les éeueils, ks naufrages de Téloqtience poptikire ; delà , ces précautions timides avec lesquelles il naviguait sur cette -mer si dangérey^, scopulosum atque infestumi précautions que Démoslhénes ou négligeait, ou jwenait rarement avec uli-^euple qui n'é^ tait difficile que sur l'article de ses dieux; qtii se laissait tout dire avec fralicfaise , pourvu qu'on dit tout "avec grâce; et qu'on pouvait, en flattant son oreille, réprimander commç .

un enfant.

Aussi comme pour la vigueur et la liar* diesse de l'éloquence, Rome n'avait rien de semblable aux harangues de Démosithèncs , la Grèce n'eut-elle jamais dans l'éloquence insinuante , rien de pareil aux plaidoyers et aux harangues de Cicéron. L'un n'eut besoin que du courage d'un eitoyeii libre et aînccÉre; l'autre, au sénat et devant le peujplè, autant et plu3 que devant César,, eut besoin de toute la so\iplesse du plus habile courtisan.

Or (res tours, ces détours, ces finesseà de style, ces mouvemens si mesurés , même avec l'air dé l'abandon , ces couleurs si bien ^ménagées y ce$ touches quelquefois si ferines et quelquefois si délicates, et toujours au plus haut degré la convenance et rà-propos,furent autant de leçons d« gode que la poésie reçût de l'éloquence. Ajoutons-y l'urbanité, qui répondait k l'atticisme» mais qui tenait plus aux mœurs qu'au langage ; un sentiment de dignité plus délicat et plus exquis ; une philosopl^ie qui dans les bonsesprits, ainsi que dans les belles âmes , avait acquis plus de maturité y enfin une connaissance du cœur humain , une analyse des passions plus méditée et plus profonde , et nous ne serons {llus surpris de trouver dans les ouvrages des Latins des beautés , des nuances , des dévelop-

pemens , des traitj^cHm. naturel iexqnis^ que les Grecs ne coninpaient pas. On peut , je crois , dire avec assurance , que ni les plai-^ doyers pour Lygarius et pbtir Mflon , ni la liarangue pour Marcellus , n'avaient dé mo^ dèles dans la Grèce ; et Ton peut assurer de niéme que la Grèce ne fut jamais en état de produire un poète galantcommc Ovide, solide et brillant comme Horace, et accompli comme Virgile.

Le siècle même dcPériclès ne concept rien au-dessus d'Homère ; et , dû côté de l'invention et des belles formés poétiques , il n'a point encore son égal. Toutes les hautes conceptions qui appartiennent au génie ,' la grandeur de l'action , celle des caractères , leur variété, leur contraste, leur vérité frappante j l'abpndance et Téclat des intagAs , la rapidité des peintures, le mouvement, la chaleur et 1;^ vie répandue dans les récits » ont Mt d'Homèire le premier des poètes , et Virgile lui-r mé^e ne l'a point détrôné. Mais ,- du côté du gotity combien n'a-t41 pa^ sur lui-d'avantages I .Quelle dignité dans les nioemrs dé ses dieux , quelle noblf sse dans leur langage « quel sdn:^ timjent délicate! juste des eonvetiances, des biensiéances , dan» les harangues de ses héros!

quel choix dans tous le^^û^ qui expriment la , 'douleiir de la mère d'IflPjrale et les regrets d'ÉTandre smr la mort de leur filsl quelle supériorité d'intention et dlntelligence dans tous les moyens qu'il a pris d'annoncer les destins de Rome et de flatter Auguste et les Romains ! quel art dans le bouclier d'Énée , que d'j faire ^acer de la mai^ d'un dieu l'histoire future de àa patrie , et de manière à pouvoir dire , lorsque Enée a reçu de la main de fOL .mère ce divin bouclier et qu'il le charge sur ses épaules :

Attelons humero/amamque etfctta népotum /

Quel art plus meryeilleuir encore et quel sublime accord .du génie et du goàt dans la description des enfers ! Tu Martéilus eris. — His dantem Jara Caêùnem, ne sont pas du siècle d'Homère.

HoiAfère a pu trouver dans la nature (a •cène dçs adieux d'Hector et d'Andromaque , et celle de Prîâmaux pieds d'Achille; il saurait pu imaginer de même celle d*£urfaie ,et de Nisus; mais il fallait toute Moqiien^e d^ ~ théâtre et de la tribune poui* préparer Yii^ile À peindre le camctère 'de Didon.' ïluripide ltti-*méme ii^arait pas lait encore des études

assez savantes de la passion de Taiaotir pour l'exprimer comme Yirgîle : la preui^e en est le rôle de Phèdre , daii^equei Racine a laissé £urq)ide si loi^de lui, Yii^ile devait étra égalé , peut-être surpassé dans Vart de faira parler une amante ; mais ce ne poorait être (pie dans un siècle ioù le scotinientde Tiwiour serait ei^aore plus développé, plus exalté qua dans le sien; et entre Virgile et Racine, il devait s'éeouler de longs siècles de barbarie*

A la reniiissanced^ lettres, FltalienMiideme eut le même bonheur qu'avait eu l'iAie an^ eienne , d'être voisine de la Grèce ^ et d'en tirer immédiatetnent ses lumières et ses exemples.

L'Orient, sous les empereurs jitsqu^à l'invasion des Turcs ,. n'^ivait jamais été barbare : les Muses y étaient ei^donmes ; mais n'en étaient pas ailées *• Les lettres n'y fleurissaient pas, mais eUes y étaient cultivées. Ce fut de là ^ue l'Italie en tira comme les semences. Un siècle avant la chute de l'empire, on voit d<^à les Gfecs venir les répandre à Yenise, à Florence, à Pavie, à Rome.

Pétrarque et Boccace furent les disciples d'un , savant de Thessalonique; mais à la prise de

♦ Piiotius est dH Beuvièiae siècle, et Suidas est du \ éixâhne.

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