‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 11 sur 26 · ORAISON FUNEBRE · texte numérisé non relu

ORAISON FUNEBRE

Le sentiment 4'i^t^<'^t V^ attache rkomme

à l'opinion de la postérité , et qui le fait jouir d'avance du souvenir qui restera de lui quand il ne sera plus, rémiilation qu'inspirent aux vivans les éloges qu'on donne aux morts , et l'impression que fo^t sur les âmes de grands^ exemples retracés avec une vive éloquence, sont les principes d'utilité sur lesquels a été fondé dans tous les temps Fusage des oraisons funèbres : il fut institué chez les Grecs par Solon ; chez les Romains , par Valérius Publieola.

L'éloge funèbre, en Egypte , était personnel comme il le fut à Rome. Dans la Grèce il fut consacré à la gloire commune des' citoyens qui avaient péri dans les combats pour k de-

FUNKBRE. lar

fense de la patrie. Cette institution le rendait en même temps plus pur j plu$ juste et plua utile : plus pur, parce qu'il était exempt de Tadulation personnelle, à laquelle ne manque pas de donner li^n, jnéwie à Tégard des morts, la conrolaisance pour les vivans y plus juste , en ce qu'il embrassait tous ceux qui rayaient mérité ; plus utile , en ce que Texeraple de la vertu et de la gloire, regardait tous les citoyens, etpoilvait être également pour tous un objet d'espérsmce et d'émulation. De là l'espèce d'enivremeutque les Athéniens ra]^>ortaient de- l'assemblée où* leurs enfans , leurs x>ères, leurs frères , leurs amis venaient d'être solennellement honorés des regrets et des éloges 4e la patrie. A. Rome, sous les empereurs^ on vit à qutl degré de bassesse et de servitude V oraison funèbre pouvait être réduite,, lorsque Torgueil la commandait. Vox^z Dbmoits*

TAATIF.

Parmi nous elle est personnelle et réservée pour la haute naissajace^ ou pour les premières dignités ; et quoique moins serviie et moins adulatrice qu'elle ne le devint à Rome^ elle n'a pas' été exempte du reproche de corruption. L'on a quelquefois entendu célébrer en chaire des homjné's que la voix publique

n'arait jamais loués de même , et qu'elle était lein de bénîirw Mais sans insister sur Tabiis iftté Fou a fait souvent, et que Toufera peut> être encore de ces éloges de bienséance, considérons ce qû*ils âuvai^nr^'utile, si Tomtctif , en s'interdisant le menscm^ eiia flatterie , se proposait pour r^lé et pai^r objet la décenée et la rél-tté. '

Eft pifemier lieu, «n ne louerait ^e des ïtâdftts àipteé de taétÉt^kté^ Ëft sede^ li^à , feemime tous les hOttiflieBy ménïe Icis |>kis re-- 4j4n|>«fândàèles, <wit ééé un mékiige de ferée enf de faiblesse , de vertus fet de vi€<es , œ sertttt le côté irraîment louable que l'^Iequencè exfx«serak à la luiwière; et nnliéii de donit^^ dû Imtife aitt vices qui soibt susdeplible^ dk 1è»d de la l&uange, elle ^es iaifserait daiis l'ombre , et son silehoe ejFprimeittit ee que sa 'yoi'X né dmit pas. En troisième lii&u, ^le s'attacherait aux traits de caractère, saxt ver- • tus^ ank talent dont la peinture aumit, non fHM le plus d*éelat, mais le plus d'inâtience ; «t là •véritable destinatioit de \A gloire .serait rempKe, puisqu'elle serait réservée aux qna* lités ei auk aetions qui auraient le plus cotitrfttué au bien public et au bonheur des hommes. En quatidème'lieu , les vettus pri-

téés et il0meati4uçB cM^draiieo/l aussi }q trîhut ^ loHsmipes dont «Iks ser^ii^t 4Hi|i^es; mais ces peintures 4e fantaisie, ces Keixk conarmum d'adiiïation, où l'adresse et fesp^rit de f orateur s'épnisent pour tout dé%urer et pour tout«]iikelUr, seraient excluf^ de Vomisonfit^èbre; et s'il était pe?mia à Tarateur de ne peindre so» modèle que de pr€rfil,4u cèté le plus lavoraUe , et avec des couleurs plus -vives que celies de la vérité , au mqivs serait-il oblige à*ejk Jaien saisir la re^einiilajioe. Enfin l'utitité publique , qui est le fruit de Tei^empie , étant le seul objet moral de ces tiistes sêiennités, Téloquonoe s'attacherait aux résultats qu« lui présenteraient les détails d'une vie habituellement -occupée des intérêts do la société \ et de ces particularités de mmurs , de fortune^ d'emplois , de fonctions , de devoirs, de conduite, qu'il aurait a dévelop^jer, il aurait soin de s'élever à des principes, lumineux et féconds , qui donneraient plus d'éttmdue a IHnstruction publique. Par ce moyen, Y oraison funèbre^ au lieu d'être une^colede flatterie, serait une leçon ou de politique ou de mœurs.

On voit dès lors combien lui seraient «trangc^set superflus tous ces ornemens d'un

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langage flenri , maniéré , futile. Dès que la Térké porte avec elle son caractère de candeur, de dignité, d'utilité solide, un vain luxe d'expressions lui devient inutile, et l'éloquence peut se montrer avec une majesté simple , comme une vierge pure et modeste , belle de sa seule beauté. Grandis et , ut ita dicam. , pudica oratio non est maculosa^ nec turgiday sed naiuralipulchritudine exsurgU, (Pétrone.)

Mais si l'objet de- Voraison funèbre n'est peint que ressemblant et d'après la vérité même ; si l'homme qu'elle doit louer fut yéritablement louable , et si sa renommée autorise d'avance l'éloge qu'on va prononcer ; quel combat d'éloquence aura-t-elle à livrer , quel obstacle aura-t-elle à vaincre du coté 4e l'opinion ? quelle affection , quelle inclination , quelle résolution à changer du côté de Pâme ? de quoi veut-elle persuader ou dissuader un auditoire qui sait déjà , qui croit d'avance ce qu'elle vient lui rappeler ?

Il est certain qu'elle n'a pas les mêmes révolutions à produire que l'éloquence de la tribune , la même résistance à vaincre , les mêmes assauts à livrer ou à soutenir. que l'éloquence du barreau , et que souvent, plus comparable à l'éloquence poétique , elle ne

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semble hÀTe consister ses succè^qu'à élnouToir pour émouvoir. Mais au-delà de Fémotion , nous venons de voir qu'il est pour elle un but d'utilité publique qui consacre ses fonctions et la rend digne de la chaire.

Dans Voraison funèbre , comme dans les sermons , l'auditoire est persuadé avant que l'orateur commence ; mais cette persuasion froide et vague n'est parcelle que l'éloquence doit opérer et qu'elle opère: celle-ci doit être profonde , animée , active y entraînante ; elle doit ressembler à celle qui, dan^ le genre délibératif , produit des révélations ^ soulève tout un peuple , lui fait bciier sa. chaîne , lui fait prendre les armes pour la défense de ses foyers, de ses femmes, de ses en&ns» Ici l'effet n'en est pas si sensible» parce qu'elle n'a point d'objet présent et décidé. Mais qu'à l'ouverture d'une campagne et à la tête d'une armée un homme éloquent fit comme Périclès l'éloge, des guerriers qui seraient moils pour leur pays , et qu'il parlât de la valeur avec un digne . enthousiasme ; que cet ^o^ , par exemple ^ e^t été prononcé à la léte de la noblesse française , au moment que Louis xiv l'aurait assemblée, comme il y était résolu avant la victoire de Denain ; et que chacun se de-

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mande à soi-même §i cette éloquence eàt été sans effet. Or ce| eCfet soudain , rapide , ëcla^ tant , que l'oceasioH lui eut lait prodiûre , elle l'opère avec moins d^énergie , maïs ts^èssensiblement encore parles impressions qu'elle laisse dans les esprits et dans lés cœui<s ; et si vous en doutez , voye2 ce qui se passe lorscftie ces femmes respectables qui parmi nous sont hss tutrices des pauvres orphelins TCteletit en teur faveur raiiimer la piété publiqae. Quel eêt rinnocent artifice qu'elles y emploient le plus communément?^ Elles convoquent les édéies dans un temple, elles j fbtit prononcer l'éloge de celu des homnes qui, après raomme- Dieu ) a été sur la terre le plus parfaiit modèle de la miséricorde et de la charité , Téloge de Vincent de Paule ; et rorateut, en dcseendant de chaire , voit répancke dans le trésor des pauvres l^argent et Fox à pleines roaîiis.

L'effet constant et infailliye du dfgtie éloge dès vertus héroïques sera toujours d'^élever nos esprits ^ar la suUîmité des pensées et des imagies ; d'agrandir , d'ennbblir nos âtti<?s par les émotions qu'elles reçoH«nt des graAds exemples, et par cet attendrissement si Aonx qu!excite en nous la magnanimité.

I/éioquence de VondSQn funèbre a done

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aussi ses e^te à . produire ; et ce n'est pas sans : difficulté qu'elle obtient les succès d-où dépend sa gloire. !^lle n'a pas à vaincre la iM'éven^on , Taliénation des esprits ;< mais leur froideur , leur nonchalance , leuV molle irré»solution : elle n'a pas à vaincre dans les âmes des aversions , des ves&entimens , mais une langueur plus funeste à la vertu que les pas> sions nénes , et tous les vices qui dégradent en nous ce naturel qu'elle veut ennoblin \a velouté ne lui oppose ni 1«8 transports de la colère , ni les m ou venons du dépit, de ià haine et de la vengeance ; mais une sorte d'inertie qui résistera ses mouvemens , lùaê une lâcheté qui se refuse à ses impulsions, mais des inclinations que Thabitude a eu tout le temps d« former et de cendre comme invincibles.

Capliwr, fixer, attacher sur l'image de la yertu des yieux. dûtraits ^ des esprits légers^ des «magAations mobiles , des caractères indécis» , les forcer d'en prendre l'em*preinte, les renvoyer avec une plus hanUe idée de lenr dignité natni^elle et de celle de leuv devoir , leur en insfûrer le connigc , et du moû^s pour cpielques mamens. l' enthousiasme et la passion ; td est le genre de per-

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