‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 13 sur 26 · ORATEUR · texte numérisé non relu

ORATEUR

caractère, une autorité personnelle ; et quoique trop d'exemples semblent persuader que l'éloquence du barreau n'a pas toiyoûrs be*soin de la sanctioif des |B0Biirs.4e l'avocat , j'ose penser qu'un homme droit , honnête , incorruptible , et reconnu pour tel , aura partout un grand avantage sur un déclama* t^ur mercenaire , et dont l'art s'est prostitué. , In homine virtutis opinio valet plurimum.

( Cic. Topica. ) .

Voici des vers où Ton a essayé de marquer ce contraste :

Ecoutez au barreau , parmi oes longs débats Que suscite la fraude ou qu'émeut la «hicane ; Ecoutez le suppôt qui leur yead son organe.

Le fourbe atteste en vain l'auguste vérité ; En vain sa voix parjure implore Téquité :

Le mensonge , qui perce à travers son audace y L'accuse et le confond. Il a*agite et nous glace. Des passions d'autrui satellite effiréné , Il se croit véhément ; il n'est que forcené : Charlatan maladroit , dont Timpudenee extrême Donne Tair du mensonge à la Vérité méoie.

Qu'avec plus de décence et d'ingénnité

L*ami de la justice et de la vérité ,

La candeur sur le front , la bonne foi dans Tâme ,

Présente l'innocence aux lois qu'elle réclame !

i49 O-RATEUR.

Profondément ému , MÙiiieiiiient p^ii«tré , ■ • Dans Tenceinte sacrée à peine est-il entré, te respect Tcnvironne. On Tobserve en silence ,

~ Et d'tm juge eu ^es Ihatol? dn croit voir la balance. Loin de lu» lUA|>4f ^*ite «t #oé - mos^l^tte odieux! ï^oin de lui le^ détoivf 4'uot irt insidieuse Il ne va point du style emprunter la nmgie c Préci* avec clarté , simple avec énergie , Il arin^ là t^da de ti>àits élincelans ; tt lès rend à la fois knniaetiit tt brùlbns ; Et si i poxup triompher , sa cauM enfin demande Que son âme au dehors s'exhale et se répsmde , h ces grands mouvemens on voit qu*tl à cédé Pour obéir au dieu dont il est possédé:

Sa voix est uu oracle ; et ce grand caractère ' Change Tart oratoire en un saint ministère.

II. Talens de Torqteur, X<es takns sont des dons naturels , relatifs à certains objets. Selon Fobjet , cette aptitude tient plus ou moins aux dispositions du corps , de Tesprit ou de Tânie. L'élégançe des forçons , TagiUté , la force , la souplesse des nouYeme9$ et la la jus teste de l'oreille forment le talent de la dansé : la sensibilité l'anime , la grâce le pexfectionne. Le talent du chant se compose de la beauté de la voix , delà justesse de Toreille^ et de la sensibilité deTâme. Celui de la pqésie est le résultat de tous les dons de l'àme et du génie ; et une oreille délicate et juste est la

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seule des quaiittés physiques qu'il exige essen-'tUllement. Le comédieu est Textérieur du poète : son taleitt est de s'identifier avec lui , de se pénétrer de soii âme ^ -et de iiai prêter tout le cKar^ne d<i la parole et de l'action. Àin^i 1a bea»té , lA décence, la v*;ritc de Texpression , soi* dans lia yoik , soit dans le igesta^ sçit dans' "le langage liuet des yeux et des Ir^its du visage , une extrême facil^éé s'affect€$r du caractère et des sentiiiieiis qu'ii eK^ ffBÏm^ y une mobUité d*àme et dimjigioaiicm ' qui so prête' i>apidement à toutealesmélai^or*phQses ds rimitetîon théâtrale : voilà céqu« r.ai:f|eur met du sien dans sa société de talens aveqlepoète. m

Or Vopatéurt^l son acttur lui-même : il doit ,doBÇ réunir, en quelque sorte, le poète et le comédien ; pensev^ sentir, imaginer, inip^tër, diqH>seD, produire comrae Tun, et «présenter comme Tautre. fion enîm iiwen- $at, ami ùo/npositar, oui œtar; kœc corn-* piekm9 9st omnia» (Orat.) Aiasi^ du côté de If inventeur et du cûmpcsifeeur, un espdt juste , étendu, péné^nt, mobile à volonté, une concseption vive et jK'ompte , une imagination IcMPtfe , une mémoire docile et sûpe , une pro* fondée sensibilité, une éloculion correcte,

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pure , élégante , facile et noble ; du côté de Tacteur, line figure aij moins décente, on visage docile à tout exprimer, un regard où se peigne Fâme , une action mêlée de grâce et de dignité , iine .voix juste , flexible et sonore, une articulation distincte; enfin cet *accord, cet eusend>le qui rend harmonieuse expressive , éloquente toute Thabitude du corp& : voilà ce qui doit concourir à-- former l'orateur, si Yoti veut qu'il soit accompli : et je n'ai pas besoin de dire que si un tel prl>dige est rare , même <|tiand l'exercice et l'habitude ont pris le plus grahd soin de tout perfectionner , àv plus forte raison serait-îl au-dessus de toutes les forces de la nature , ai réducâtion , le travail* et l'étude ne venaient pas achever son ouvrage , et corriger ou'dé^ guiser ce qu'elle a de défectueux.

Avouons cependant qu'une partie de cet talens désirables dans Vorateur lui sont plus ou moins, nécessaires, selon les liens ^ les temps , le genre d'éloquence et le caraotère de l'auditoire. On peut voir en effet que pour Tin peuple aussi délicat que les Grecs , aussi léger, aussi frivole , aussi dominé par les sens , aussi passionnément épris du beau dans touà lesgeilresy le fonds de l'éloquence n'était que

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r«ccessoire , et ïa forme cteit l'essentiel Les Atilénîefts voulaient bien &*occuper du vrai dur jiÉBte, de Hionhéte, des intérêts de leur liiyei^toé, de leur gloire et de leur salut; mais as' voulaient s'en pccnper en s'amusant; et la tribune 4*ait comme un tbéâtre où, pour eaptiyer Tarare , Fcsprit et la Maison , il fallait diamer les oreilles et ne pas offenser les yenx : fl^ikii ut passent nisi ineorruptum audire et elegans. (Orat,) ' Les Romains j «quoique bien pins grayes et bien moîns curieux des choses d'agr^ent^ portaient cependant &ii forum une grande sévérité de goût pour la pureté du langage, et une oreiHe très -sensible aux beautés de Télocttlion. Cétait moins la grâce que ta décence qu'ils exigeaient àamVomteur. Le moindre oubli des bienséances était fiineste à celui qui «•en écartait; et la sagesse de Tomtez/r conaktoit à ne riea dircique de convenable. $ed estehquentii», sicut reiiqaanim rerum^fundamenUtm sapientia, Vt enim in vita^ sic in oratione, nihil est-difficilius quam quid dec^at viâere.... Bujus igàoratione , non modo in vita,*sed sœpissime etinpoem^abus et in omtione peccatur. Est autem , quid deceaty oraXovïvidendufn , non in sen^

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