ORATEUR
tendis solum , sed etiam in verbis. Non enim omnisfortuna , non omnis honos, non omnis auctoritas, non omnis œtas, nec vero locus^ aut tentpus y aut auditor omnis , eodem cuit verborum génère tractemdus est aut sentent tiarum.... Quam indecoram est y 4e stUUcidiis quum apud linum judicem cUccts, amplissimis verbis et locis uti communibus; de majestate populi romani summisie et subtirliicr, (Orat.)
En général , moins la matière de Téloquenoe est grave, et moins l'auditoire en est occupé, plus la forme en doit être ornée et Textérieur agréable. De là vient que c^e des sophistes était si curieusement travaillée ; de là vient que de simples haran^es exigent un style fleuri et une belle prononciation; de là vient que des oraisons funèbres doivent relever, agrandir , décorer leur sujet, souvent futile , et vain , de toutes les pompes de l'éloquence. Mais dans un discours où la religion jinnonce des vérités terribles ; dans un conseil national , où s'agitent les grands intérêts de l'État; dans un barreau, où devant des juges, esclaves de la loi , on plaide pour Thonneur, pour la fortune , ou pour la vie d'un citoyen; les accessoires cèdent au fonds : la forme ex-
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tërieurederéloquence, le style , lîëlocution , l'action de V orateur ne sont plus de la même importance ; et celui qui a le talent d'instruire, de prouver, d*émou\oir , n'a plus be- . 3oin'des dons de plaire. Peut-être même un air austère, inculte et négligé, est-il ce qui conyient le mieux à un onz/i^u/ des Communes, comme à un bon missionnaire; et partout, inéme souâ les plvs belles formes de la diction et de Faction, le premicfr attribut de Téloqnence et le plus essentiel, c'est l'air de vérité. Rien n'est persuasif que ce qui paraît naturel.
III. Études de Vorateur, Chez les anciens, la qualité la plus recommandable d'un homme , d'état était d'être éloquent; le premier soin d'un homme élopquenA était de se rendre homme d'état, de s'instruire profondément delà constitution, de l'administration, des intérêts de la république. Voyez delibe&atif. Il en est de même aujourd'hui dans le seul pays de l'Europe où réloquence républicaine fasse encore entendre sa voix.
Partout ailleurs la politique est interdite à l'éloquence. Dans la chaire, une morale religieuse , et quelquefois le dogme; dans le barreau, le droit civil, et auiiliairement le droit
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naturel, sont^ quant au fon^, l'objet de Vé- Ipquence et des études de Y orateur; et si de bonne heure il ne s'esit pas abreuvé à ces sources » s'il n'en est|>as profondément îmbn, il sera toute sa vie aride y et haletant sif^ les* Connaissances essentielles à son art.
Le premier travail de VoreUeur ohijétiiea doit él;re la lecture bien méditée des livrea' saiiàts ; le premier travfiil de4'avocat doit é^ l'étude des lois^ et polir l'un et l'aiïtre )a meil-, leureaiéthode est de ae faire eux-m«ne6, par des extraits 9 .une méqioire aqtifiçidie^ hai^* tuée à les servir avec une prompte doq^^^é^ Sfins cela ils seront sans cesse errans et fati- . gués d^ «recherches infructueuses; et si les lidHes que l'on a faites pour favoriser ]a pa-» rcsse leur facilitent le travail , sm moins ne . renédieront-elles pas à la stérilité d'une têts vide et toujours en dé^ut dans les cas in^é* vtis et les besoins pressans.
Après ces études , . qui sont la base des ^ou • naissances de V^rateurj vient celle des modèles de l'art et des écrivains analogues au genre d'éloquence auquel on se destûae. ^of • ^£-^ to&iquc, GHA.IKE , sïYï^> etc.
Mais une étude non moins essentielle, quoique moins propre à Yoratenry est celle dt
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rhoroine et des hommes. Car c*çst toujours de rhomme qu'il s'agit , et c'est toujours avec des hoiaiÉi«s et devant des liQmmes qu'on parle. X.es Itits , ks clioses , tout .pcend son carac t«re eu de &f& xdatians av^c rhomme de tous ies lieux et >de toi^s les temps, ou de ses Mations av^ lliomme de tél. temps et de telle soeivté , dans tetle oq^ teUe condition de la vieVou de ses telatiioas avec tel ii«mme en parttcttHer et dans telle position .
La philosophie morale embrasse le$ pins étendus de ces rapports , et Cicéron l'appdic la nourrice de l'ëloquence : quasi nutrix oratorîs. On distinguera toujours le disciple des philosophes à l'abondance de ses moyens.
Omnis enirn uhértas et quasi syha dicendi ducta abillisest. On le distinguera surtout al la netteté , à la précision , à l'ordre , à l'étendue, au développement de ses idées': tfeic vero sine philos ophorum disciplina genus et speciem cujusque rei cemere , jiequè eam definiendo explicare ^ nec tribuere in partes possumus ; nec judicare quœ xera^ quœfàlsa sint; neque cemere consequentia ^ repugnantia viderCy ambigua distinguera Quid dicam de natura rerum /* . ( et s'il s* agit des
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choses morales) de vita , de officiis \^d€ vir-
tute , de morihus ? { Orat:)
C'est l'exercice de l'fisprit sur ces idées uni-p verselles que Cicéron compare , dans le jeune orateur^ aux extercices de la palestre pour le jeune comédien : Positum. su igiturin pri^ mis sir^e philosophia non passe effici quem quœrinms eloquentem ; non ut in ea tamen omnia sint , sed ut ^ic adjuvet ut palœstra histrionem. (Orat. ) Et c'est là véritablement ce qui donne à l'éloquence des inouvemens libres et^ de beaux développemens.^ Zûft'wj enim de génère quant de parte disceptare liceti Mais il ne faut pas se tromper à cet axiome du même orateur : Ut qttod in universo sit 'probatum^ id in parte sitprobari necesse. Car il firrive assez souvent que les généralités ne prouvent rien , et que les circonstances qui modifient la cause la distinguent absolument et la détachent de la thèse.
Il y a donc tous les jours pour Yorateur une étude nouvelle à faire , et c'est la plus indispensable. H semble inutile de dire que c'est l'étude de la cause ; et cependant on a eu besoin de la recommander dans tous les temps. C'est sur ce point que Cicéron in-
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siste. c'est de sa cause , dit Marc-Àntoine , que V orateur doit se remplir, se pénétrer ; c'est la source d*où coulera lé fleuve de son éloquence ; et en comparaist^ de celte source pleine et féconde , tous les- lieux communs des rhéteurs ne sont que de faibles ruisseaux. Mais toute cause est compliquée de considérations morales : ainsi la grande étude et de Thomme, et des hommes, revient sans cesse et à tous propos ; elle est perpétuelle , die est inépuisable ; et à l'école derhumanîté, V orateur le plus consommé a toujours' des leçons à prendre. Voyez rhétorique et déli-
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Je/ finirai par une observation/ qui peut n'être pas du goût de tout le monde , .mais qui regarde la multitude et cette masse d'auditeurs que l'éloquence doit remuer. En réduisant à la vérité l'hyperbole de Démosthène ^ que des parties de /'orateur la première est r action , la seconde l'action, et la troisième Faction ; en adoptant , dans un ■ certain sens ', la pensée de Cicéron , qu'en fait d'éloquence , savoir ce quon doit dire, et savoir le dire à propos , est F affaire de la prudence ; que le bien dire est l'affaire dç
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farts que Je direie. mieux pOssMe est U partage 4u ^nie et le triomphe de /'orateur ; je pense ^*eii effet k vérité , la déoemce , r^ôergie de l'actten , le naturel , la force ^t la elwleur dm st^e sont les parties émin^ntes de l'^Ft ôpalîoire ; mais »» darns Faction ai datis l'étec^ition , la grâce, l'élégance , en un mot r^agrément ne me semble aussi niéoes- ^^ à ia haute éloquence ^ et je crois .vofr qlic , sans cet avantage , -cileadans tousses teni{» produit ses grands effets. Qu'i/npor^e ^ disait Démofethène atot Athénifens , ^u^tmdje vous parie de vos intérêts lespbts.pressans , les plus sacrés , qu* importe de quelcéfé s'é^ teml mùn. 'bras , ^ quels sont lés nwts que fèn^kfie ? Démostbènë n'^st .plas ineulte , màisil n'est pas orné. Gracchusine r>^itpas^ Bossuet dédaigne souvent «le Tétpe, Goekta n'avait jamais petisé à bien clore uine pàiodç* Massillon , le plus élégant de nos oraêeurs sacrés y n'a rien tant soigné que «cm petU Oarétse. Dans soa sermon du péùhewr mou-ranl il e^ simpl* comme Boiudaloue , et n'en est que phis éloquent: Cicéron a parlé d'im talent qui lui était propre , de cecolori» , . de eette harmonie , «k cette magie de style où il
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excellait^ il eu a parlé coim^e on parle toujours de ce que Ton fait bien , avec compiai* sauce et avec emplul^e -, mais lorsqu'il résume soA opinion sur les talens de Yorateur, et 'que la Térité le presse , on peut le pi^ni^re sur ses paroles. Tout Tart oratoire , dit-il ^ se réduit à prouver , à plaire et a fléchir. Par fléchir ^ il entend plier à son gré Topinion et la Yolonté de l'auditoire , dominer ses affections et subjuger son jugement. Or , ajoutet-il , prouver est de nécessité , fléchir dé^ cide la victoire ; et lorsqu'il s'agit d'expliquer à quelle fin V orateur cherche à plaire , il me trouve lui-même , pour sa raison , qu'un synonyme , qui veut dire plaire pour plaire.
Itadicet ( orator ) ut protêt , utdelectet , ut flectat. Probare y necessitatis est; defectare, suavitatis ; flectére , victoriœ.
Et en effet , quand V orateur a le don de convaincre et celui d'émouvoir, c'en est assez. La chaire et le barreau ne sont pas un lieu d'amusement. Le tribunal et l'auditoire ne sont pas un amphithéâtre. L'impression profonde de la raison et du senliment , voilà ce qui reste long-temps après que les paroles sont oubliées : tout ce qui n'est que séduction >
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qu'illusion , s'efFaee ; et le disdOTirs d*où Ton revient le plus charmé du côté de Tesprit , de l'imagmation et de Toreille , est bien souvent celui dont on est le moins persuadé et le moins pénétré. Foyez chaire , delibébatif , judiciaire , PATSÉTIQIJE , etc.
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