‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 16 sur 26 · TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE

^0 Elle était faiblement traduite , et Horace le fait assfea entendre , en disant qu on y avait assez bien réussi.

30 Elle était aussi faiblement jouée , et il y a apparence que les comédiens n'auraient pas . été chassés par les pantomimes , s'ils avaient tous été des iEsopus et des Roscius.

40 Les Romains n'étaient pas un peuple sensible , comme les Grecs , aux plaisirs de Tesprit et de F âme : leurs mœurs austères ou dissolues , selon les temps , n'eurent jamais la ^délicatesse des mœurs antiques ; il leur fallait des spectacles , mais des spectacles faits pour les yeux. Or la pantomime parle aux yeux un langage plus passionné que celuide

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de dégoûter de tous lés aul;res , semblable à une liqueur forte , qui blase et qui détruit le goût.

Qu'importe , dit-on comiuunéinent , à quel spectacle on s'amuse ? le meilleur est celui que l'on aime le plus. On pourrait dire également : Qu'importe de quelle liqueur on s'abreuve et de quels mets on se nourrisse ?

Biais comme Talimènt 1^ plus agréable n'est pas toujours le plus sain , le spectacle le plus attrayant n'est pas toujoiu-s le plus utile. De la pantomime rien ne reste que des impressions quelquefois dangereuses ; on sait qu'elle acheva de corrompre les mœurs 4e Rome ; au lieu que de la bonne tragédie et de la saine comédie, il reste d'utiles leçons. Au spectacle de }a pfiïUomime ou n'est qu'ému ; aux dçux autres on est instruit. Bans Tun , la passion agit seule et ne parle qifaux se»s ; rien ne la qotrîge et ri^i ne la modère. Dans les deux autres , la raison , la sagesse , la vertu , parlent à leur tour ; p\ ce que la passion a de vicieux ou de criminel est exposé à leur censure ; le remède est toujours à côté du poison. Un gouvernement sage aura donc soin de préserver les peuples de ce goût dominant des Romains pour la pantomime , et de favoriser

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les spectacles où lâ^ raison s'éclaire et où le sentinient s'^iire et s'ennoblit.

Par induction , à mesure que l'action théâtrale donne moins à i'éloquence et plus à la pajitomime , et qn'elle néglige de parler à r4œe pour ne pins frapper qv« les yeux , ]e spectacle devient , pour la multitude , plus attrayant et moins utile. On ne forme ipoint les esprits avec des ialileaux et d>es coups de théâtre. Aristote m'admet les jmcieurs qu à cause de l'actiàa : la xègie x;oulraire est la xu^tre , «t sur le théâtre moderne l'action s«st destinée qu'a peindre et coi^iger les mœurs.

C'est une théorie qu^ j'ai déy^loppée avec scdn dans l'article dmme , et; sur laquelle , j'insiste encore«Jja multitude veut des effets , c'€st>à-<lire des coups de théâtre et des tableaux qui la remuent , et i&ans (;ela plus de «uocè^. Mais si , auJieu d'en faire les moyens de l'art, on en dhit son objet unique, l'art est perdu , et à la place d^ la poésie et de l''<él<^uence on n'aura plus que la pantomime ; de temps en temps encore on fera crier la nature , mais on ne la fera plus parler. Or pour m'instruire et me corriger ce n'est pas assez qu'elle crie , j'ai besoin qu'elle

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parle, et qu'elle parle éloquemmeiit. Combien les scènes de V Enfant prodigue pouvaient être plus déchirantes, si , à Texpression des regrets et des peines de Tâme , Voltaire eut préféré celle des ^souffrances du corps ! Pourquoi donc ne ra-t4l pas fait ? parce que le but du pathétique n'est pas de nous faire souffrir.

Quant au projet qu'on a proposé , d'associer la parole avec la àsiis^e pantomime ^ rexëcution n'en fut-elle pas impossible , ce projet de faire chanter le danseur , ou de le faire accompagner par une voix que Ton croirait la sienne , serait encore bien étrange, et l'exemple d*Andronicus , sur lequel on veut le fonder , ne l'autorise pas assez. On raconte , il est vrai , que , dans un temps où les Romains devaient être peu délicats sur l'imitation théâtrale , la voix ayant manqué à ce comédien , il fit réciter son rôle par un esclave qu'on ne voyait pab, taVidis qu'il en faisait les gestef Je ne crois pas que sur aucun théâtre sérieux un pareil exemple soit jamais suivi ; mais s'il pouvait être imité , ce serait dans la déclamation toute simple , et non pas dans une action aUssi violente , aussi exagérée que doit l'être la pantomime» Andronicus ne dansait pas.

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Dès que Faction est parlée, elle a deux signes, celui de la parole et celui du geste; le geste n'a donc plus alors aucune raison d'être exagéré. C'est l'hypothèse d*un acteur muet , ou trop éloigné pour se faire entendre , qui donne de la vraisemblance à l'exagération des inouvemens pantomimes. Un acteur, qui, en parlant ou en chantant,' gesticulerait comme un daLiiseur pantomime , nous semblerait outré jusqu'à l'extravagance. D'ailleurs , qU'arriverait-il , si , tandis que le pantomime danse , une voix étrangère exprimait ce qu'il peint ? De son côté,, le mérite de faire entendre aux yeux le sentiment et la pensée , ^t du nôtre le plaisir de le deviner, de l'admirer, seraient détruits : la pantomime y perdrait tous ses charmes , et ne serait plus qu'une expression, exagérée sans raison* et hors de toute vraisemblance. ^ ^

Il n'y a que deux circonstances où il soit possible de réunir ainsi fictivement la parole avec Faction de la danse : c'eÉ dans les raouvemens tumultueux d'une multitude agitée de quelque passion violente , comme dans un chœur de combattans; ou lorsque la danse n'esta que l'expression vague d'un sentiment qui met l'âme en activité , et que la parole et

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le cliant n'ont avec elle aucune identité , mais seulement de l'analogie , comme lorsqu'on voit des bergers , animés par la joie, chanter et danser à la fois. Dans l'un et l'autre cas , ce serait une illusion agréable que de ctoire entendre chanter les mêmes personnes qui dansent : et pour faire cette illusion , il est un moyen bien aisé j c'est de cacher les chœurs âans les coulisses et de ne faire paraître que les iallets. Mais dan* la scène, dans le <ïialogue , le monologue , le duo y imaginer de feiire danser les acteurs , tandis que dès chanteiu:s invisibles parleraient ^ chanteraient pour eux, c'est une invention qui, je crois, nje sera jamais adoptée.

La seule voix qu'on peut donner à Vacteur pantomime est celle de la symphonie^ parce qu'elle est vague et conluse ; qu'elle ne gêne point l'action; qu'en nous aidant à deviner le sentiment et la pensée , elle nous laisse encore jouir de notre pénétration f om plulot du talent qui sait tout exprimer «ans le secours de la parole.

Le .projet de substituer sur la scène lyrique la danse pantomime aux ballets figurés me semble encore .peu réfléchi. ItehaWet pantomime est placé quelquefois , et nous en avons

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dies^ cxempk». Mais preinièrement il n'y a aucune raison de youloir que la danse soit touiours pantomime : chez tous les peuples , même ies plus sauvages, le goût de la danse est inné, aussi bien que celui jiu chant ; Tun et l'autre a été donné par la nature comme l'expression yague de la joie et du plais^*, ou plutôt comme un mouvement analogue à cette situation de l'âme. On n« dans<i {las pour exprimer son sentiment ou sa pen^e , on •danse pour danser, pour o^ir à ractivité naturelle où bo.u<s metla jeunesse, Jlasapté^ le repos, la joie, et que le so^d'iin iïisUVr roent invite à sejdévejoj^r : .la.d^fi^e alor^ est mesurée ; et pour la i;en4re pl^s ajgréable , on ii^agine d'en.vari,er.l^ fpnniçs, les figures et les tableaux ; mai$ elle n'est poiiU pantomime, Llexpression d'un sentimept vague ^ qui n est le plus spuveiitque le désir de plaire, ou l'attcaii du plaisir, en fait le car^c^re ; et le dioix des attitudes, des pas, d^,raouvemens qid lai sonttles pl^s analogues^ est tout .<{« .qu'elle se prq^crit. Voilà l'intenjdon du iMfktet .figuré : son inonde. e&t dans la nature. Il est aussi d^s les <?out^^9^ , dajç^ les rites , dans laa cérémonies des différeiis peuples du < monde : alors le caractère du ballet , dans \\n

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triomi^é, cllins une fête, à des noces, à des funérailles , dans des' ei^iations , des sacrifices , ou des enchantemens , est relatif à ces usages. Les convenances en sont les règles; mais l'expression en est vague , et ne peint point, cotame Isl pantomime , td.

ou tel mouvement de Fâme que la parole exprimerait.

Quaut au plaisir que cette expression vague et confuse peut nous causer, il ressemble assez à celui d'une belle symphonie. Celle-ci , en même temps qu'elle charme Toreille , cause à l'esprit de douces rêveries, et porte à l'âme des émotions confuses, dont l'âme se plaît à jouir : il en est de même de la danse. D'un coté , l'âme, est émue d'un sentiment vague et confus comme l'expression qui le cause ; d'un autre côté, les yeux jouissent de tous les développemens de la beauté présentée sous mille attitudes , et sous les formes variées d'une infinité de tableaux ingénieusement groupés. La grâce, la noblesse , la légèreté, l'élégance , la précision et le brillant des pas , ^ la souplesse des mouvemens , toat ce qui |icb!I charmer les yeux s'y réunit et s'y varie ; et c'en est bien assez , je crois , pour en justiûc» k goût.

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