‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 19 sur 26 · PÉRORAISON · texte numérisé non relu

PÉRORAISON

Dans Téloquence de la tribune , dans Icelle de la chaire, où il s'agit surtout d'intéresser et d'émouvoir, la péroraison est une partie essentielle du discours; parce que c'est elle qui donne la dernière impulsion aux esprits , qui décide la volonté , l'inclination d'un auditoire libre. ^

Dans réloquence du barreau , elle n'a pas la même importance , parce que le juge, n'est , ou ne doit être que la loi en personne , et que ce n'est pas sa volonté , mais son opinion , qu'il s'agit de déterminer. Cependant comme le juge est homme , il ne sera jamais inutile de ^l'intéresser en faveur de l'innooence et de la faiblesse , de la justice et de la vérité ; et une péroraison pathétique ne sera indigne de l'éloquence que lorsqu'on l'emploîra pour

aSo PÉRORAISON..

faire triqmj)her Tiniquitc , le mensoiige <ni. le cfime.

Dans un plaidoyer où le sentiment ii*est pour rien , et dans lequel^ par conâéquent^ il serait ridicule de îaire usage de Téloquence pathétique, la conclusion ne doit être -que le' rçsumé de la cause. C'est un épilogue qui -réunit tous les moyens épars et développés dans le courant du discours , afin de les rendre présens' à la mémoire au moment oe la décision ; et cet épilogue consiste ou à parcourir les sommités d^s choses^,, et à les rappeler article par article; ou à nepsendve I9. division ^ et à^ exprimer la sul>statbce des raisoniijemen& q^u'on a. faits »hi? cliaQUii dfe» points capitaixs^

Il sera mieux encore , dit Cicéroyi ,. dte Béet*» pi.tuler en peu de mota les moyens- âsé la partie adverse, et lés raispns avec lesquelles <m les aura, réfutés et détruits» Par là , non seule^ méat la prea.ye , mais la^réfutaMoa- sera présente à Fauditeur; et on aura dmitdelui deiitt^4er s'il désire encore quelqiie chose , eMUl reste encore dans rafifaire quelque difficiilté ànésDudse , quelque nuage à dissiper*

La règle générale que prescrit Cicéron poipr ce, i?ésuroé de la cause., c'est de n'y

lȃRORAISON. aSl

rappeler que les points importans , et de donner à chacun d'eux le plus de force , mais le moins . d'étendue qu'il est possible ; Utmemoria , non oratio rcnovata videatur.

Une ^numération rapide, un dilemme pressé, un syllogisme qui ramasse toute la cause en un seul point de vue, suffit le plus souvent à la conclusion. Un beau modèle dai^s ce genre est la proposition que fait Ajax pour décider à qui , d*UIysse ou de lui-même', appartiennent les armes d'Achille. « Qu'on jette au milieu des ennemis les armes de ce vaillant homme ; qu'on nous ordoùne de les y aller chercher ; et qu'on en décore celui des deux qui les rapportera. »

Arma virijorlis médias mittantar wr kostes:

Inde jubete peti, et referentem ornate relatis»

Ovid. Méum. 1. i3.

Mais si la nature de la cause donne lieu à utie éloquence véhémente , le résumé , que Cicéron appelle énumération , doit être suivi d*un mouvement oratoire , qui sera ou d'indignation ou de commisération.

L'indignation consiste à rendre odieuse ou la personne, ou la cause de l'adversaire ; et elle doit naître des circonstances aggravante»

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que la cause peut présenter. Cicéron suppose qu'il s*ag^sse d'une offense dont l'orateur porte sa plainte. Le premier moyen , dit-il , d'en faire voir l'indignité, c'est de montrer combien une telle action a été de tout temps criminelle aux yeux du ciel et de la terre ; combien les cités policées , les nations , nos ancêtres , nos législateurs , les hommes les plus sages l'ont jugée digne de châtiment. Le second moyen c'est de montrer quelles personnes le crime attaque : ou tous les hommes , ou le plus grand nombre , et il en sera plus atroce ; ou des supérieurs revêtus d'autorité , • et il en sera plus insolent ; ou des égaux , et il en sera plus inique , ou des inférieiu's , et il en sera plus lâche , plus inhumain , plus odieux. Le troisième est de faire observer ce qui arriverait , si chacun en faisait de même , et d'avertir les juges que , si cet exemple était impuni , l'audace du coupable aurait bientôt des émules ; que nombre d'hommes sont déjà prêts a l'imiter, et qu'ils n'attendent , pour savoir si la même chose leur est permise , que le jugement qui décidera si elle est punissable ou non. Le quatrième est de démontrer que l'action a été commise de dessein prémédité ; et ^'ajouter que , si quelquefois il est bon d«

, PÉRORAIS'ON. . a33

pardonner à Tlmprudence , il n'est jamais .

permis de pardonner au crime volontaire et délibéré. Le cinquième est de prouver que dans*cette action , que nous voulons dépeindre comme noire , cruelle j atroce , tyrannique , on a employé la violence et les moyens les plus condamnés par les lois. Le sixième est de remarquer que ce n*est pas un de ces crimes dont ou a vu mille exemples, et qu'il répugne même à la nature des hommes féroces , des nations barbares , et des plus cruels animaux : ceci convient aux crimes contre les parens du coupable, contre sa femme, ses enfans ; contre les personnes du même sang , et par degré contre les supplians, les amis , les hôtes , les bienfaiteurs de l'accusé ; contre ceux avec qui il a passé sa vie , chez qui il a été élevé , par qui il a été instruit; contre les morts , contre des malheureux dignes de compassion, contre des hommeiârecommandables par leurs vertus ou respectables par leur faiblesse ; contre ceux qui étaient hors d'état de nuire, d'attaquer, ni de se défendre , comme les enfans , les vieillards et les femmes. Le septième est de comparer ce crime à d'autres crimes connus, et de montrer combien il est plus lâche ou plus atroce. Le

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