‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 2 sur 26 · NO M BUE · texte numérisé non relu

NO M BUE

.passer dans la fimle <ks mots , et coin me à l'insu de IVreiile , quand nous vouions écrire en style harmonieux.

* Je suppose doftc que lïMis eussions, comflue les Latins , Ifi liberté de l'înversioB ^ nous ferioas encore de nos Verbes ce que nous en aTons fait en suivant l'ordre naturel des idées : nous les glisserions à la dérobée , et nolis emploîrions à former la partie ostensible <t dominante du discours , les noms, les éptrxiihètès , les adverbes , qui âetns notre langue sont comme imbus encore du nqmhre des langues éloquentes dont ils sont déritM&s.

Quelques exemples feront mieux sentir cette vérité affligeante. Prenons d'abord la description de la grotte de Calypso : a Elle était tapissée d'une jeûne vigne , qui étendait également ses brancbcs souples de tous côtés. Les doux zéphirs conservaient en ' ce lieu , malgré les ardeurs du soleil , une dâicieuse fraicheur. Des fontaines ,' coulant avec un doux murmure \ sur des prés semés d'amaranthes et de violettes , formaient en divers lieux des bains aussi purs et aussi clairs q«e le, cristal. Mille fleurs naissantes ém aillaient ^ les tapis verts dont la grotte était environnée , etc. » •

l8 KOMBmZ.

On Toit que dans ces ]jkhnscs non seulement ce n'est pas le verbe qni hit le nombre , mais qu'il ne l'eut pas hâty quand même notre usage eût pemûs de le tr«nsposer, et la même chose est évidente dans l'éloquence de Massillon et de Bossuet, comme dans la go^e de Fénélon.

Au contraire, jetons les yeux sur les endroits les plus nombreux de l'ancienne éloquence , et nous reconnaîtrons que le verbe est le plus souvent la pause et l'appui de la rm y sbit dans les suspensions , soit dans les désinences.

Ego ^ y si quid graviter accident y ego te , inquam , Flacce , prodidero : mea dextera .illa , meafides , mea promissa , quum te , si rempuhUcam conservarémus , omnium honorum prœsidio , quoad viveres , non modo munitum ,. sed etiam omatum fore poUiccbar.

Huicy huic màçro puero , vestro ac liberorum vestrorum supplici , judices , hocjur-

dicio , vivendi prœcepta dabitis Qui

etiam me intuetur, me vultu appellàt , meam quodammodo flens fidem in^»lorat ; ac repetit eam quam ego patri suo quondam , pro sainte patrice , spoponderira dignitatem.

* KOMBRE. 19

"Miseremini Jarnilice y judicesy mlsereminiyb/'' tissimi patris , iniseremini filii : nomen clarissimum et fortissimum vel generis , s>el vetustatis , vel hominis causa y reipubUcœ reservate. ( Pro Flaceo. ) '^ .^

Op voit par ces exemples avec quel art Cicëron plaçait le verbe , selon qu'il avait plus ou moins 4e rapidité ou de lenteur : spopon^ derim dignitatem ; reipubUcœ reservate.^Ët ce miseremini déchirant , qui le rendra jamais dans notre langue ? Telle était la magie de cette prose inimitable , et si Ton ne veut pas m'en croire , qu'on écoute. Çicéron luimême , parlant de l'art qu'il y employait. Si dans cette phrase , dit-il : Neque me divitiœ movent , quitus omnes Africanos et CasUos' multi venalitii mercatoresque superarunt , j'avais mis , par exemple ; multi superarunt mercatores venalitiique ; tout était perdu :

perierit tota res. Il n'aurait pourtant fait que déplacer le verbe. De même, ajoute t il , dans celle-ci : Neque vestis , aut çœlatum aurum et argentum me movet ; quo nostros veteret Marcellos Ma^imôsque multi eunuchi e Syria Mgyptoque vicerunt ; si j'avais dit vicerunt ^unuchi e Syria JEgyjf toque , voyez combien un léger déplacement des mots aurait réduit-

à rien et Texpression et la pensée , quoiqu'il n'y eût pas un seul mot de changé. Videsne ut, ordine verhorum paulum commutato , iisâem verbis , stante sententia , ad nikihim omi\ia recida^t , quum sint ex aptis dissolu ta ? Au contraire , il cite un endroit d'tine harangue de Gracchus où l'orateur a né> gligé le nombre : Abesse non potest, quin ^jusdem hominis sitprobos improbare , qui improbos probet. Combien la phrase n'eûtelle pas été mieux construite , observe«^t-rI , si Gracchus avait dit : Quin ejusdem hominis sit qui improbos probet , probos improbare ? . \ ■

On a Reproché à Cicéron l'usage trop fréquent de Vesse videatur Mais on vient de voir que sans videatur il savait clore ses périodes , et que non seulement il variait les. mots ,' mais qu'il variait aussi avec le pins grand soin le nombre de ses désinences.

Je terminerai cet article par les préceptes généraux qu'il nous donne à l'égard du /îomf^re , .dans le livre de Oratore , en faisant parler l'orateur Crassus ; et de ces préceptes chacun s'appliquera ce qu'en peut comporter sa langue.

Efficiendum est illud "modo vobis , ne

JluatortHio- ,ne\^ag€ittr , ne insistât intertus^ nèexcurrat Urhg^us, ifeque semper ntendum

estperpetuitate sedsœpè carpenda mem-

bris mintttioîibus oratio est ; fjuœ tatnen ipsa mcmb^àsum nuriieri^ vîneienda, *

Ncque vospceon aut herous itte cônturhet.

Ipsioccurrentorationi: ipsi , inquam , se afférent, et respondebùnt non vocatî. Consuctudo modo ilUz sit scribendi atque dicendi, un senteniiœ verbis finiantur eorumque verborum ^unctio nascatiir aproceris numcris ac libetis , maxirtée heroo , et pœone priore aut cretico ; sed varie , disèincteque consid€tt, Notattir en im'' maxime similitudo in conquieseendo : et si primi , etpostremi itlé pedes sunt hac ratione servati \ medii passant latere; modo ne circuitus ipse verhorum f sit aut bre.vior qvam aures expùctent , aut longior quam vires atque anima patiatur.

Çlausulas autem dili^entius etiam servandas esse arbitrer quam superiora : quod in his maxime perfectio atque absolutio judicatur. Nam versus œque prima et média ^ et extrema pars attenditur ; qui debilitatiir ^ in quaçumque sit parte ti^ibatum. In oratione autem , prima pauci cernunt ; postrema , plerique : quœ , quoniam apparent.

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et inteUiguntur , varianda sunt y ne aut animorum judicUs repudientur aut aurium satietate. ( Pe Orat. 1. 3. )

Telle fut la théorie de celui des hommes qui , dans sa langue , a donné le plus d'harmonie à la prose.

' Le plu5 souvent je me .dispense , ou plutôt je m'abstiens de le traduire , pour trois raisons : 1^ parce que , même en fait de goût , ce qui a force de loi doit être cité à la lettre ; 2» parce que j'ai de la répugnance à priver le lecteur des charmes d'une langue qui m'enchante moi-même ; Z^ parce que je ne suppose pas qu0 ceux à qui l'étude de l'éloquence peut être nécessaire ignorent la langue de Gicéron. Les traductions n'ont d^à fait que trop de lecteurs paresseiu. .

Lobsqu'bh Italie on eutend un habile im* proTÎsateiir prélndet sur le clavecin , se laisser Û'abord remuer > les fibres par les -vibrations harmoniques y et quand tons les organes du sentiment et de la prisée sont en mouvement , chanter des vers faits inpromptu sur un sujet donné,' s'animfer 'en chantant, accélérer luimême le mouvement de l'air sur lequel il tiompose, et produire alors des idées, des images, des sentimens, quelquefois même d'assez longs traits de poésie et d'éloqitfence , dont il serait incapable dans un travail plus réfléchi, tomber en£n dans un épuisement pareil à celui de la Pylhonisse ; on reconnaît l'inspiration et .l'enthousiasme des anciens poètes, et Ton est en même temps saisi d'éton^ nement et de pitié : d'étonnement , de voir réaliser ce délire divin qu'on croyait fabuleux ; et de pitié , dç voir ce grand effort de la nature employé à un jeu futile , dont tout la

^4 ' OfltK. ,

succès, pour l'improvisateur, est d'avoir amusé quelques auditeurs curieux , sans que des peintures , des sentimens , des beaux vers mêmes qui lui sont échappés ,. il reste plus de trace que des sons de sa voix.

C'étaient ainsi saas doute que s'animaient les poètes lyriques anciens; mais leur verve était plqs dignement^ plus utilemeirt employée, f ils nes'epsposaientp^s aucapïice«dc rraptomptu', ni au défi d'un sujet stérUe, iagrat ou frivole'; ils méditaient leua-s cbaîits j ils «c^dbanaknt eux-méme^ des sujete gtmres et sublimer : ce n'était pas un^erck de ciiriouxoisiFstjiii excitait l^ur enthousiasme;. c'était une armée un milieu de laquelle, au son d«s trompettes gnerlabres, iU ch^t^eat la valeur, l'amour de la patrie , les charmes de la liberté, les présages de,]%^ victoire, ou l'honficaf de mourir les armes à Ja main ; c'était un peuple ait milieu duquel ilfi célébraient la majesté des lois, filles du ciei , et l'empire de la vertu ; c'étaient des jetfx lttnèbi?es , ou y devant un tombeauchargé de trophées «t de tauriers , ilâ recommandaient à l'avenir iaBiémt>ire d'un homme vaillant et ju^e, qui avait vécu et qui était mort p^tur son pays ; c'étaient des festins où , assis à .côté des rois, ils chantaient les héros, et don-

naient à ces rois la généreuse envie d'étie célébrés à leur tour par un chantre a^s^ élo- « quent; c'était un temple, où ce chantre sae^ semblait inspiré par les dieux, dont il esahtait les bienfaits, dont U faisait adorer la puissance.

La plus juste idée , en un mot , que Toai puisse avoir d'un poète lyrique ancien ., dans le genre élevé de Vode, est celle d'un vertueux enthousiaste qui accourait, la lyre à lamaii^, ou dans le moment d'une sédition , pour calmer les esprits ; ou dans le moment d'un désastre , d'une calamité puhlique , pour rendre l'espérance et le<;ourage aux peuples; ou dans le moment d'uh succès glorieux , pour en consacrer la mémoire ; ou dans une solennité, pour en rehausser la splendeur; ou dans des.

jeux , pour exciter l'émulation des combattaus par les chants promis au vainqueur, et qu'ils préféraient tous au prix de la f ictoire. Telle fut Vode chez les Grecs» On a vu , dans l'article lyrique , combien elle a dégénéré chez les Romains et chez les notions modernes. ,

Uode française n'est plus qu'un poème de .

fantaisie , sans autre intention que de traiter en vers plus élevés , plus animés , plus vifs en couleur, plus véhémens et plus rapides , un

.a6 ODE.

sujet qu'on choisit soi -même ou qui quelquefois est donné. On sent combien doit être rare un Téritable* enthousiasme dans la situation tranquille d'jun poète qui , de propos délibère, se dit à hii-méme : faisons une ode , imitons le délire , et ayons Tair d'un homme inspiré. Quoi qu'il en soit, voyons quelle est la nature de ce poème.

\lode ^tait l'hymne, le cantique et la chanson des anciens ; elle embrasse tous les genres , depuis le sublime jusqu'au familier noble : c'est le sujet qui lui donne le ton , et son caractère est pris dans la nature.

Il est naturel à l'homme de chanter , Yoîlà le genre de ^ode établi. Quand , comment , et d'où lui vient cette envie de chanter? voilà ce qui caractérise \ode\

Le chant nous est inspiré par la nature , ou dans l'enthousiasme de l'admiration , ou dans le délire de la joie, ou dans l'ivresse de l'amour, ou dans la douce rêverie d'une âme qui s'abandonne' aux sentimens qu'exite en , elle l'émotion légère des sens.

Ainsi , quels que soient le sujet et le ton de ce poëme , le principe en est invariable :

toutes les règles en sont prises dans la situation de celui qui chante , et dans là natui;;^

ODB. 37

même du chant. II est donc bien aisé de distinguer quels sont les sujets qui conviennent essentiellement à iWe. Tout ce qui agite rame et Téléve au-dessus d'elle-même, tout ce qui rémeut voluptueusement , tout ce qui la plonge ^ans une douce langueur, dans une tendre mélancolie; les songes ictèressans dont l'imagination Foccupe ; les tableaux variés qu'elle lui retrace ; en un mot, tous les sentimens qu'elle aime à recevoir et qu'elle se plait à répandre , sont favorables à ce poème.

On chante pour charmer ses ennuis , comme pour exhaler sa joie ; çt quoique dans une douleur profonde il semble qu'on ait plus dq répugnance que d'inclination pour le chant, c'est quelquefois iin soulagement que se donne la nature. Orphée se consolait , dit-on , en exprimant ses regrets sur sa lyre :

Te » dulcit coraux , te solo in littore secum , , ". Te 'veniente die , te decedente canebat.

Georg. IV.

Achille oisif dans sa colère charmait\ en chantant sur la lyre , Tinqniétude de son àme indignée , et la pénible violence de ses

ressentimens : c'est une des belles fictions d*Homère.

La saj»essc , ïa vertninême n'a pas dédaigné le secours de la lyre : elle a plié ses leçons anx règfi*s du nombre et de la cadence ; elle a

^ même permis à la voix d'y mêler Tartifice dii chant,, soit ponr les graver plus avant dans nos âmes, soit pour en te«ipér<fr la rigueur par le charme des accords , soit pour exercer sur les hommes le double empire de 1 éloquence et de l'harmonie , de la rabon et du

]#entiment. Ainsi le genre de Voàe s'est étendu, élevé , ennobli ; mais on voit que le principe en' est toujours et partout le même : pour chanter il faut être ému. Il s'ensuit que Vodc est dramatique , c'est-à-dire que ses j)ersoniiages sont en action. Le poète même est acteur dans Vode ; et s'il n'est pas affecté des sentimens qu'il exprime , Vode sera froide et sans âme : elle n'est pas toujours également pa^iônnée ; mais elle n'est jamais , comme l'épopée, le récit d'un simple témoin . Dans Anacréon j'oublie le poète , je ne vois que l'homme voluptueux. De même, si Vode s'élève au ton.

sublime de l'inspiration , je veux croire entendre un homme inspiré ; si elle fait l'éloge de la vertu , ou si elle en défend la cause , ce

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