‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 25 sur 26 · Tome vi. Jl · texte numérisé non relu

Tome vi. Jl

$on , pour un besoin qu'il satisfait en présence des spectateurs? Etait-ce la du sel attiqae?

Un des avantages de Molière fut donc dé trouver Paris assez civilisé pour pouvoir peindre même les mœuEss bourgeoises, et faire parler ses personnages les plus comique^ d'un ton que la décence et la délicatesse pût avouer dans tous les temps. J'en excepte , comme on le sent bien, quelques licences qu'il s'est données, sans doute pour complaire au bas peuple, mais dont il pouvait se passer.

Un autre avantage pour lui , ce fut que les * 'mœurs de. son temps ne fussent pas assez polies pour se dérober au ridicule* et qu'il y eût dans les caractères assez de naturel encore et de relief pour donner prise à la comédie.

L'effet inévitable d'une société mêlée ^ et continue , où , successivement et de proche en proche , tous les états se confondent , est d'arriver enfin à celte égalité de surface qu'on nomme polâesse ; et dès, lors, plus de vices ni de ridicules saillans. L'avar,e est avare, mais dans son cabinet; le jaloux est jaloux^ mais au fond de son âme. Le mépris attaché au ridicule fait que tout le monde l'évite j et souples dehors de la décence , l'unique loi des mœurs publiques, tous les vices sont déguises : au

fOKsiE. 363

lieu que dans un temps où la malignité n'est j>a« encore raffinée , l'aniour-propre n'a pas encore pris tontes ses précautions ; chacun se tient moins sur ses gardes ; et le poète comique trouve partout le ridicule à découvert.

Or, du temps de Molière, les moeurs avaient encore cette naïveté imprudente ; les états n'étatent pas confondus , mais ils tendaient à rétre ; c'était le moment des prétentions maladroites, des imitations gauches^ des mé^^ prises de la vanité, des duperies de la sottise, des affectations ridicules, de toutes ks bévues «nfin où Tamour-propre peut donner.

Une édueation plus cultivée , le savoir-vivre qui est devenu notre plus sérieuse étude, l'attention si recommandable à ne blesser ni r>opinion ni les usages , la bienséance des dehors , qui du grand monde a passé jusqu'au p^iple , les leçons mêmes que Molière a données ) soit pour saisir et révéler les ridicules d'autrni , soit pour mieux déguiser les siens ^ ont mis la comédie comme en défaut ; . et presque tout ce qui lui resterait à peindre lui est sévèrement interdit. *

On permet de donner au théâtre à chaque état les vices, les travers, les ridicules qui ne sont pas les siens : jnais ceux qui lui sont pro-

Page 1