‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 4 sur 26 · OD · texte numérisé non relu

OD

monde / pour être en jroit df demsknéer

* silence.

La Mothe prétend que ce début, condamné dans un poème épique ,

Jç chante le vainqueur des vainqueurs de la terre ,

■erait placé dans une ode. Oui , s'il était soutenu. « Cependant , dit - il., dans Tépopée

* comnle dans Vode , le poète se donne pour inspiré » ; et de' là il conclut yft^ style de Vode est le même qO^ celui d« l'épopée. Celte équivoque est de conséquence^ mais il est facile de la lever. Dans l'épopée , on suppose le poète inspiré , au lieu qu'on le croit possédé dans Vode,

Muse , dis-moi la colère d'Achille.

La muse raconte et le poète écrit : voilà l'inspiration tranquille.

Est-ce l'espnt divin qui s'empare de moi ?

C'est lui-même.

Voila l'inspiration prophétique.' Mais il faut bien^se consulter avant de prendre un si rapide essor ; par exemple , il ne convient pas à celui qui va décrire un cabinèt,de médaillc!& ; et après avoir dit , comme La MoÛie r

ODE. iS

■ Docte fureur, divine ivresse , En quels Ueux m'as-tu transporté?

Ton ne doit pas tomber dans de froides réflexions sar l'incertitude etT^iecurîté des inscriptions et des emblèmes.

Le haut ton séduit les jeunes gens , parce qu'il marque l'enthousiasme ; mais le difficile est de le soutenir , et plus l'essor est pré- ^mptueux , plus la chute sera risible.

L'air du délire est encore un ridicule q^e les poètes se donnent , faute d'avoir réfléchi ftur la nature de Yode. Il est vrai qu'elle a le choix entté toutes les progressions naturelles des sentimens et des idées , avec la liberté de franchir les intervalles, que la réflexion peut remplir ; mais cette liberté a des bornes , et celui qui prend un délire insensé pour Penthousiasme ne le conitaît pas.

L'enthoudasme est^ comme je Fai dit , la pleine illusion où se plonge l'âme du poète. Si la situation est violente , l'enthousiasme est passionné ; si la situation est voluptueuse , c'est un sentimékit doux et calme. Fdyez Enthousiasme .

Ainsi , dans Voele ', l'âme s'abandonne ou à llmagination ou .au sentiment. Mais la

marcbe du sentiment est donnée par la nature , et si riinagination est plus libre, c'est un nouveau motif pour lui laisser un guide qui réclaire dans ses écarts.

On ne doitûpais écrire sans idessein , et ce dessein doit^re bien conçu avant que Ton prenne la plume , aân que la réflexion ne vienne pas ralentir la chaleur du génie. Enr tçndez un musicien habile préluder sur ées touches harmonieuses , il semble voltiger en liberté d'un monde à l'autre; mais il ne sort point du cercle étroit qui lui est prescrit par la nature : Fart se cache , mais il le conduit, et dans ce désordre tout est régulier. Rieii' ne ressemble mieux à la marche de Y ode, Gravina en. donne une idée encore plus grande , en parlant de Pindare , dont il semble ^voir pris le style pour le louer plus magnifiquement. « Pindare , dit- il , pousse son vaisseau sur le sein de la mer , il déploie toutes les voiles , il affronte la tempête et les écucils , les flots se soulèvent et sont prêts à Ten- ^outir ; déjà il a disparu à la vue du spectateur , lorsque tout à coup il s* élance du milieu des eaux et arrive heureusement au rivage » . '

Cette allégorie, en déguisant le défaut essen-

tlel de Pindare , ne laisse pas de caractériser Vode , dont l'artifice consiste à cacher une marche régulière sous l'air de régarement, comme l'artifice de l'apologue consiste à cacher un dt^scin rempli de sagesse sous Tair de la naïveté. Mais ces idées, vagues dans les préceptes , sont plus sensibles dans les exemples. PZtudions l'art du poète dans ces belles oc^e^d'IIorace iJustumet tenacem^ etc., Descende cœlo , etc. , Cœlo iomintem , etc.

Dans l'une , Horace voulait combattre le dessein proposé de relever les murs de Troie et d'y transférer le siège de Terapire. Voyez le tour qu'il a pris. Il commence par louer la constance dans le bien. C'est par là , dit-il , que Pollux , Hercule, Rbmùlus lui-même s'est élevé, au rang des dieux. Mais quand il fallut y admettre le fondateur de Rome, Junon parla dans le conseil des immortels , et dit qu'elle voulait bien oublier que Roniulus fût ie sang des Troyens , et éonsentir à voir dans leurs neveux les vainqueurs et les maîtres du inonde , pourvu que Troiô ne sortît jamais ' de ses ruines et que Rome en fut séparée par riraipensité des mers. Cette ode est , pour la sagesse du dessein , un modèle peut- être unique ; mais ce qu'elle a de prodigieux ,

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c'est qu*à mesure 'que le poète approcHe de son but , il semble qu'il s'en écarte et qu'il a rempli son objet lorsqu'on le croit tout-à^ fait égaré.

Dans l'autre , il vent faire sentir à Auguste l'obligation qu'il a aux Muses non seulement d'avoir embelli son repos , mais de lui avoir appris à bien user de sa fortune et de sa puissance. Rien n'était plus délicat , plus difficile à manier. Que fait le poète ? D'abord il s'annonce comme le protégé des Muses.

Elles ont pris soin de sa vie dès le berceau ; elles l'ont sauvé de tout les périls ; il est sous la garde de ces divinités tutélaires , et , en actions de grâces , il chante Imu^s louanges. Dès lors il l|ii est permis de leur attribuer tout le bien qu'il imagine , et en partLculiçr la gloire de présider aux conseils d'Auguste , de lui inspirer la douceur , la générosité , la clémence : ^

Fos len& eonsilimn e^ daiis , et étto OaudHisalmœ.

Mats de peur que la vanité de son héros n'en $oit blessée , il ajoute qu'elles n'ont pas été moins utiles à Jupiter lui-même dans la guerre «ontre les Titans \ et sous le nom de Jupiter

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et des diyinité& céktstes qui président aux art» et aux lettres, il représente Au^ftte enviroiuié d'hommes sages, humains, pacifiques, qui modèrent dans ses mains l'uBage de la Ibjrce , de la force , dit le poète , rinstigatrice de tous les forfaits y

Pires omne nef as anùno moventes.

Dans la troisième , veut-il louer les Urioni'phes d'Auguste et Tinfluence de son géuie surla discipline des années roinaines ; il fait toir le soldat ûdèle y vaillant , invincible soufc ses drapeaux ; il le fait voir , sous Craasua , lâche déserteur de sa paU'ie et de ses» dieux , s*alliant avec les Parthes, et servant sous leurs étendards. U va plus loin, il remonte au»

beaux jours de la républûpie; et dans un di»^ cours plein d'héroïsme , qu'il met dans la bouche de Régulus , îi représente les anciens Bx>mains posant les armes et recevant de& chaînas de la main des- Carthaginois, en opposition avec les Romains du temps d'Auguste,, vainqueurs des Partbes , et qm vont , dit- il, subjuguer les Bretons,

Cet art de flatter est comme imperceptible :

le poète n'a pas même Fair de s'apercevoir du parallèle qu'il présente. On le prendrai»

pour un homme qui s'abandonne àsonîma-.

gination , et qui oublie les triomphes présens, pour s'occuper des m£|lheurs passés. Tel est le prestige de Vode,

C'est là qu^un beau désordre est un effet de l'art.

En réflé(îhissanl sur ces exemples , on voit que l'imagination , qui semble égarer le poète, pouvait prendre mille autres routes ; au lieu que dans Vode, où le sentiment domine^ la liberté du génie est réglée par les lois que la nature a prescrites aux mouvemens du cœur humain.

L'àme a son tact comme l'oreille ; elle a sa méthode comme la raison : or chaque son a un générateur , chaque conséquence un principe; de même chaque mouvement de Tâme a une force qui le produit, une impression qui le détermine. Le désordre de Vode pathétique ne consiste donc pas dans le renversement de cette succession , ni dans l'interruption totale de la chaîne^ miais dans le choix de celle des progressions naturelles qui ,est la moins familière , la plus inattendue, et, , s'il se peut , en même temps la plus favorable à la poésie : j'en vais donner un exemple pris du même poète latin. ^

Virgile s'embarque pour Athènes. Horace fait des vœux pour son ami , et recommande à tous les dieux favorables aux matelots ce navire où il a déposé la plus chère moitié de Jui-mén«e. Mais tout à coup le voyant en mer, il se peint les dangers qu'il court , et sa frayeur les exagère. Il ne peut concevoir Taudace de celui cyui le premier osa s'abandonner , sur un fragile bois , à cet élément orageux et perfide! Les dieux avaient séparé les divers climats de la tfrre par le profond abfmo des mers ; rirapiété des hommes a franchi cet obstacle ; et voilà comme leur audace ose ei^freindre toutes les lois. Que peut-il y avoir de sacré pour eux ? Ils ont dérobé le feu du ciel ; et de là ce déluge de maux qui ont inondé la terre et précipité les pas de la mort. N'a- 1- on pas vu Dédale traverser les airs, Hercule forcer les demeures sombr« s? II n'est rien de trop pénible, de trop périlleux pour les hommes. Dans notre folie , nous attaquons le ciel , et nos crimes ne permettent pas à Jupiter de poser un moment la foudre.

Quelle est la cause de cettc^ indignation ? Le danger qui menace les jours de Virgile : cette frayeur, ce tendre intérêt qui occupe Tâme ^u poète, est comme le ton fondamental de

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toutes les modulatioDS de cette ode^ à mon gré le chef-d'œuvre d'Eorace dans le genre ' passionné, quiest le premi^ de tous les genres. J'ai dit que la. situation du poète et la na^ taxe de son scget déterminant le ton de Vçde» Or sa situation peut être ou celle d'un, homme inspiré qui se livre à l'impulsion d'une cause surnaturelle, vehx: mente nova; ou celle d'un, homme que l'imagination on le seiUi" ment domine , et qui se livrie à leurs mouvez mens. Dans le premier cas, il doit soutenir le nuerveilleux de l'inspiration par la liardiesse des images et la sublimité des pensées^: nil mortale hquar. On en voit des. modèles, divins dans les. I:H^a{>h.èt^s : tel est I^ cantique de^Moïse, que lesageRoUina cité; tels^nt quelques-uns des psaumes de Da^, q)*e Rousseau a paraphrasés a«v«c beaucoup ^hapmoniç et de pompe; teUe.est la.prt^hétie de Joad dau3 XAtJiaUe de l'illustre Racine, le plus beau n^orceau de poésie lyrique qui soit sorti de la main des hommes , et auquel il, ne manque, pour, être unp odf^ parfoite, qu«la rondeur des. périodes dans la contezture des. vers.

Maâ a*où vient que mon ooBnr frémit d'un saint effroi ?' Est-ce. rSspjrit divin qui s'empare d^ moi^

CTest lui-même : il m'ëchauffe , il parle , me» yeax s^ourrent,. Et les siècles obscurs devant moi se découvrent. Lévites , de vos sons prétez-moi les accords , Et de ses mouvemens secondez les transports. ,

Cieux , éeom^z ma.yoix; terre , prête l'oreille.. Ne dis plus , ô Jacob, que top Seigueur sommeille. Pécheurs , disi^aràissez , le^eigneor se réveille. CoQiment en un plomb vil l'or pur s*est-il changé? Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé ? Pleure , Jéi;usalem , pleure , cité perfide , Des prophètes divins malheureuse homicide.

De son amour pour toi ton D^en s'est dépouillé; Tob encens à ses yeux est un encens^ souillé.

Où menez-vous ces enfans et ces femmes ?

|be Seigneur a détruit la reine des eités : . Ses prêtres sont captifs , ses rois sont rejetés ; Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses splennités. Temple , renver^*toi ; cèdres , jetez des flammes.

Jérusalem , objet de ma douleur , Quelle main, en ce jour tfaravi tbustes charmes ? Qui changera mes yeux en deux sources de larmes ^

Cour pleurer ton malheur ?

Quelle Jérusalem nouvelle Sort du fond du désert brillante de clarté , £t, porte sur le front une marque immortelle ?

Peuples de la^ terre» chantez; Jérusalem renait plus éharmante et plus belle.

D'où lui viennent de tous côtés Ces enfans qu'en son sein elle u^a point portés ? Lève , Jérusalem , lève ta tête altière ; Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés :

Les rois des nations^ devant toi proàt<î!'nî?s ,

De tes pieds baiseîit la poussière ; Les peuples à Ten'vi marcheut à ta lumière.

Heureux qui pour Siou d'une saiate ferveur

Sentira son âme embrasée!

Cieux , répandez votre rosée , Et que la terrç enfante son Sauveur.

Dans cette inspiration. Tordre des idées est le même que dans un simple récit : c'est la chaleur, la véhémence, Tëlévation, le pathétique , en un mot c'est le mouvement de l'âme du prophète , qui rend comme natu- ^-elle, dans l'enthousiasme de Joad, la rapidité des passages; et voilà, dans son essçr le plus hardi, le plus sublime, le seul égarement qui soit permis à Vode,

A plus forte raison, dans l'enthousiasme purement poétique , le délire du sentiment et de l'imagination doit- il cacher, comme je Fèii dit , un dessein régulier et sage , où l 'unité se concilie avec la grandeur et la variété. C'est peu de la plénitude, de l'abondance et de l'impétuosité qu'Horace attribue à Pindare , lorsqu'il le compare à un fleuve qui tombe des montagnes, et qui , enflé par les pluies, traverse de riches campagnes :

Fervet, îmmpri4\iqque ruif profujji4o Pindarus orc.

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