‹ Elémens de littérature (volume 4)Chapitre 5 sur 26 · ODE. 4D · texte numérisé non relu

ODE. 4D

Il faut, s'il ^i'est permis de suivre rîmage , que les torrons qui vittnnent grossir le fleuve se perdent dans son sein; au lieu que dans la plupart des odes qui nous restent de Pindare , ses sujets sont de faibles ruisseaux qui se perdent dans de grands fleuves. Pindare , il est vrai, mêle à ses récits de grandes idées et de belles images; c'est d'ailKnrs lin modèle dans l'art de raconter et de peindre en touches rapides. Mais pour le dessein de ses odes^ il a beau dire qu*il rassemble une ipulHtude de choses , afin de prévenir le dégoût de l'uniformité; il néglige trop l'unité etTensemble: lui-même il ne sait quelquefois comment revenir à son héros, et il l'avoue de bonne foi. II est facile sans doute de l'excuser par les circonstances; mais si la nécessité d'enrichir des sujets stériles et toujours les mêmes par des épisodes intéressans et variés , si la gêne où dfevait être son génie dans ces poèmes de commande , si les beautés qui résultent de ces écarts suffisent à son apologie, au moins n'autorisent-elles personne à l'imiter : c'est ce que j'ai voulu foire entendre.

Du reste , ceux qui nv connaissent Pindare que par traditiQn s'imaginent qu'il est sans cesse dans le transport, et rien ne lui res-

semble moins ; son style n'est presque jamais pa^bionné. Il y a lieu de croire que, dans celles de ses poésies où son géiûe était en liberté , il aurait plus de véhémence ; mais dans ce que nous avons de loi , c'est de tojis les poètes lyriques le plus tranquille et le plus égal. Quant à ce qu'il devait être en diàntant les hértfs et les dieux, lorsqu'un suyet sublime . et fécond lui donnait Ue»

d'exercer son génie , le précis d'une de ses odes en va donner une idée ; c*est la première de Py thiques ,. adressée à Hiéron , tyrab de Syracuse ^vainqueur dans la course des chars. « Lyre d'Apollon , dit le poète , c'est toi qui donnes le signal de là joie , c'est toi qui préludes au concert des Muses. Dès que tes ik>n5 se font entendre, la foudre s'éleint, l'aigle s'endort sous le sceptre de Jupiter ; ses ailes rapides s'abaissent des deux colés, relâchées par le soraaieil ^ wdm sombre vapeur se répand sur le bec recourbé du roi d^s oiseaux ,,et appesantit ses paupières ; son dos s'élève , et son plumage s'en^ au doux frémissement qu'excitent en lui tes accords.

Mars, l'implacable Mars, laisse tomb^ sa lance, et livre son cœur à la volupté. Les dieux mêmes sont sensibles au charme

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des. vers inspirés par le sage Apollon, et émanés du sein profond des Muses. Mais ceux que Jupiter n'aime pas ne peuvent souffrir ces chants divins. Tel est ce géant à cent têtes , ce Typhée accablé sous Ae *poids de l'Etna , de ce mont , colonne du ciel , qui nourrît des neigeât éternelles , et du flanc duquel jaillissent à pleine source des fleuves d'un* feu rapide et birillant. L*Etna vomit le plus souvent des tourbillons d'une famée ardente , mais la nuit des vagues enflammées coulent de sOn sein et roulent des rochers avec un bruit horrible jusque dans Tabime des mers. Cest ce monstre rampant qui exhale ces torrens de feu; prodige incroyable pour ceux qui entendent raconter aux Voyageur^ comment, enchaîné dans les goufires profonds de l'Etna , le dos courbé de ce géant ébranlKs et soulève sa prison , dont le poids l'écrase sans cesse. »

De là Pindare pàçse à l'éloge de la Sicile et d*Hîéron , fait des vœux pour l'une et pour Fatitre) et iBnit ^ar exhorter son héros à fonder «on règne sur la justice et la vertu.

Il n'est guère possible de rassembler de plus belles images , et la faible esquisse que l'en ai dbnnée suffit, je crois , pour le per-

suader. Mais comment sont-elles amenées ?

Typliée et TEtna , à propos des vers et du cLant ; Téloge d'Hîéron , à propos de l'Etna et de Typhée ; voilà la marche de Pindare.

Ses liaisons le plus souvent ne sont que dans les mots , et dans la rencontre accidentelle et fortuite des idées. Ses ailçs , pour me servir de l'image d'Horace , sont attachées avec de la cire ; .et quiconque voudra l'imiter éprouvera le destin d'Icare. Aussi voyez dans Vode à la louange de Drusus, Qualem ministrum , etc. , avec quelle précaution , 'quelle sagesse le poète latin suit les traces du poète grec.

« Tel que le gardien de la foudre , l'aigle à qui le roi des dieux à donné l'empire à^s^ airs , l'aigle est d'abord chassé de son nid par Tardeur de la jeunesse et la vigueur de son naturel. Il ne connaît point encore l'usage de ses forcées; mais déjà les vents lui ont appris à se balancer sur ses ailes timides. Bientôt d'un, vol impétueux il fond sur les bergeries. Enfin le désir impatient de la proie et des combats le lance contre les dragons, qui , enlevés dans les airs, se débattent sous ses griffes tranchantes. Ou tel qu'une biche , occiipée au pâturage , voit tout à coup paraître un jeune

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lion que sa mère a écarté do sa inameUa et qiii vient essayer au carnage une dent nouvelle encore ; tels les habi tans des Alpes ont vu dans la guerre le jeune Drnsus. Ces peuples , long- temps et partout vainqueurs, ces peuples vaincus à leur tour par Thabileté prématurée de ce, héros , ont reconnu ce ^jue peut un naturel formé sous de divins auspices , et rinfluence de Vâme d'Au<»uste sur les neveux des Nérons. Des grands hommes naissent les grands hommes. Les taureaux , les coursiers héritent de la vigueur de leurs pères. L'aigle audacieux njengendre point la timide colpmbe. Mais dans Thomme , c'est à l'instruction à faire éclore le germe des ver-/ tus naturelles , et à la culture à leur donner des forces. Sans l'habitude des bonnes mœurs, la nature est bientôt dégradée. O Rome ! que ne dois-tu pas auxNérons? Témoins le fleuve Métaure et Asdrubal vaincu sur ses bords, et ritalie, dont ce beau jour, ce jour serein dis^ sipa les ténèbres. Jusqu'alors le cruel Africain se répandait dans nos villes comme la flamme dans les forêts, ou le vent d'orient sur les mers de Sicile. Mais depuis ^ la jeunesse romaine marcha de victoire en victoire , et les temples , saccagés par la fureur impie des Carthaginois,

' Tirent leurs antels relevés. Le perfide Amnibal dit enfin : Nons sommes des cerfs timides en proie à des loups tavissails. Nous les poursuivons , nous dont le plus beau triomphe est de pouvoir leur échapper î Ce peuple qui , fuyamt Troie enflammée , à travers les flots , apporta dans les villes d*Ausonie ses dieuT , ses enfans , ses vieillards; semblable aux forêts cfui renaissent sous la hache qui les déponi&e , ce peuple se reproduit au milieu des débtis et du carnage , et reçoit du fer même cffii Ife frappe une force , une viguttit nawréilt. L'hydre mutilée tenaissait moins ob^ihéarelftt sous les coups d*Hercule , indigné de se ràit vaincu. Thébes etColchos n'ont jamais tu de monstre plus terrible. Vous le submergeas , il reparaît plus beau ; ttnls luttez contre hn , il se relève de $a chtite ; il terrasse son vainqueur , sans se donUer même le temps de l'affaiblir. Noii , je n'enverrai plus à Car^hage les nouvelles de mes trioinphes ; ttmt est perdu , tout eit désespéré par la défaite d^Asdrubal. »

Il faut avouer qu'Horace doit à ^indare c^ »n d'agrandir ses sujets ; mraîs le^ ëioge^ qrfîl donne à son maître ne l'otrt pa« avetigié •ur le manque de liaison qui était le défaut

«^ ïkiidfre » âom U aT»îl à se gavaatiir en l'imitant.

Noîis afoofi peift ie ce» eian^66 d'un délice aatarel et vrai , j« yoia p7tîs<|i«er partout le poète qui compose ^ et c^'est là ee qu'on doit otiliUer : Ujiw^ khmqiie ommmm fenis persua^io ( Scaliger ) , je le répéterai sans, cesse.

L'aie de v^lé bit le clMmue des poésies de GhftttUeu^ on voit qu'il pense comme il écrit, et quil est tel qu'il se peint lni-méme« Qn ne s'attend pas à le voir cité à cèté de Fiodare et d- Horaee> ^ ^e ne connais cependant anenne ode^ française qui remplisse fnieux ridée d'un beau délire , que ce morceau de son ^itre au chevaUer de Bouillon :

Hoirewx ipii , se liyraa;^^ à la pliilosa^hie , A trouvé dans son sein uu asile assuré ;.

jusqu'à ce vers ^

Je sais mettre , en dépit de Tâge ^ui me glace » Mes souvenirs à la place De l'ardeup de mes plaisirs.

Passons-lui les négligences , les longueuirs , le déÊUftt dlïarmonie , quelle marche libre «t naturelle ! <pds mouvemens I quels tableaux !

rheurcox enchaînement! le beau cercle d 'idées ! l'aimable et touchante poésie ! Celui qui est sensible aux beautés de Fart est saisi de joie , et celui qui est sensible aux mouvemcns de la nature est saisi d'attendrissement en lisant ce morceau , comparable aux plus belles odes • d'Horace.

Nous avons tous, droit d'exiger du poète qu'il nous parle le langage de la nature , et qu'il nous mène par les routes' du sentiment et de la raison. Il vaut cependant mieux s'égarer quelquefois , que d'y marcher d'un pas trop craintif, comme on a fait le plus souvent dans ce genre tempéré qu'on appelle Yode philosophique. Son mouvement naturel est celui de l'éloquence véhémente , c'est-à-dire du sentiment et de l'imagiiiation , animés par de grands objets. Par exemple , ïyrtée appelant aux combats les Spartiates , et Démosthène les Athéniens , doivent parler le même langage ; à cela près que l'expression du poète doit être encore plus hardie et plus impétueuse que ceiUe de l'orateur.

Une ode froidement raisonnée est le plus mauvais de tous les poèmes ', ce n'est pas le fonds du raisonnement qu'il en faut bannir ; mais la forme dialectique. « Cet enchaînement

de discours, qui n'est lié que par le sens », et' que La Bruyère attribue au style des femmes , est celai qui convient ici à Vode, Les pensées y doivent être en images ou cin sentimens , lés exposés en peintures , les preuves en exemples. Kaimond de Saint - Mard a eu quelque raison de reprocher à Rousseau une roarche trop didactique. Mais il donne à La Mothesur Rousseau une^ préférence évidemmeht injuste. La première qualité d'un poème est la poésie , c'est-à-dire /a chaleur , l'harniionie et le coloris ; il y en a dans les odes de Rousseau; il n'y en a point dans celles de La Mothe. Il manquait à Rousseau d'être philos<^he et sensible ; son génie ( s'il en est sans beaucoup d'âme ) était dans son imagination; mais avec cette faculté imitative , il s'est élevé au ton de David ; et personne , depuis Malherbe , n'a mieux senti que Rousseau la coupe de notre vers lyrique.

La Mothe pense davantage ; mais il ne peint presque jamais , et la dureté de ses vers est un supplice pour l'oreille. On ne conçoit pas comment l'auteur à'Inês a si peu de chaleur dans ses odes. Il était persuadé sans doute qu'il n'y fallait qiie de l'esprit ; et le succès incompréhensible dé ses premières* odes ne

fit que rengager plus avanl; dans l*opii|ioii

qui régaralt.

Comment un écrlvaim ausai jodleieiKK , en étudiant Pindare , Horace y Anacvéon , ne s'est-il pas détrôn^pé de 1^ fausse idée qu'il avait pvi^e du g^nre dont ils soA^les àEio4èles? comment s'est - il mépris au caisaqtère vaèma de ces poètes , en tâckant de les imiter? H fjait de Pindare un extravagant qui parle sans cesse de lui , il fiait d'Horace, <|ui' est tout images et sentimens, un froid et subtil moraliste ; il fait du voluptueux , du nal^ ^ du léger AnacréoiL , un bel esprit qui s'étudîie à dire des gentillesâes.

Si La Molhe est didactiqinp, il l'esté |^ <|«e Rousseau , et l'est avec moios d'agrémenil :

s'il s^égare , c'est avec ua sapag-froidi^ rend son enthpusiasme ris^hle; les objets qu'il parcourt niç sont Hés que par des que vois^je A et que voù-je encore ? C'est une galerie d»

tableaux, et, qui pis est, de tabWuii niisl peintt». Ce n'est paS: ainsi qu^ rimagination d'Horace voltigeait , ce n'est pas niême ainsi que s'égarait celle de Findare. Si l'un on l'autre abandonnait soii si^et principal, ii s'attachait du moins à son épisode , et ne se

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jetait p«iiit au hasard sur tout ec qui se pr/é* seatait à luif

IjSl Mothe «'est pa» pins heureux UHwquil imite Anacréon , il avoue lui-mém« qu'il a été obligé, de se feindjre un amour chiménique, et d'adopjter des mc&Urs qui n'étaient pas Tes sienne^ : ce n'était pas le moyeu d'imiter celui à^ tous ]t^ poètes anciens qui avajAle pluft>de aji^t1^;el.

Ma^& avant de pas^or à Vode anaciiéontiqqe , rendions, justice àk Jtfalherbe. Cest à lui qiifi Vode est nedevabk â^s progrès qu'elle a faits parmi nous. Non seulement il nous a fait sentir le premier de quelle cadence et de quelle harmoniei les vers français étaient su&ceptibles ; mai& ,, ce qui me semble plus précieux encore , i^ uous a donné des mo> dèles djois Tart de vajrier el de soutenir les mouvemens de Vode , d'y répandre la chse , leur d'une éloquence véhémente , et ce dé<sovdre apps^e^t 4e& aentimens et des idées^ qui fait le style passionné. Li^ea les premières Sitances de Vode quji con^nence pa)r ç^ vefi :

Que cUrez-Vous , races futures , Si q«elqqofoÎ3 un Trai disooiim Tous récite les ayentuces Jîc nos abomioables jours?

Le stylp en a vieilli sans doute ; mais pour les mouvemens de lame , Vode française n'a eu rien encore de plus sensible ni de plus véhément. '

On a raison de citer avec éloge son ode à Louis XIII : pleine de verve , tiche en images , variée dans ses mouvemens \ elle a cette i^arche libre et fière qui convient à Vode héroïque. Seulement je n'aime pas à voir uni poète exciter son roi à la vengeance contre ses sujets. Les muses sont des divinités bienfaisantes et conciliatrices ; il leur appartient djapprivoiser les tigres , et non pas de rendre les hommes cruels.

Ce n'est pas que l'ode ne soit quelquefois guerrière ; mais c'est la valeur qu'elle inspire , c'est le mépris de la mort, c'est l'amour de la patrie , de la liberté , de la gloire ; et , dans ce genre , les chants prussiens sont à la fois des modèles d'enthousiasme et de disci- ' pline. Le poète éloquwit qiii les' a faits , et le héros qui prend soin qu'on les chante , ont également bien connu l'art de remuer les esprits.

Si l'on savait diriger ainsi tous Ips genres de poésie vers leur objet politique, ce don de séduire et de plaire , d'instruire et de per-

suader , d'exalter Timagination , d'attendrir et d'élever rame, de dominer enfin les hommes par l'illusion et le plaisir, ne serait rien moins qu'un frivole jeu.

' Je viens de considérer Vode dans toute «on étendue ; mais quelquefois réduite à un seul mouvement de Tâme , elle n'exprime qu'un tableau. Telles sont les odes voluptueuses dont Anacréon et Sapho nous ont laissé des modèles parfaits.

Un naturel aimable fait l'essence de ce genre ; et celui qui a dit d' Anacréon que la persuasion l'accompagne-, Suada Anacreontem sequitur , a peint le caractère du poète et du poème en même temps.

Après La Fontaine , celui de tous les poètos qui est le mieux dans sa situation, et qui communique le plus l'illusion qu'il se fait à lui-même , c'est à mon gré Anacréon. Tout ce qu'il peint , il le voit ; il le voit", dis-jc , des yeux de l'âme ; et l'image qu'il fait éclore est plus vive que son objet. Dans sa tasse , a-t-dn représenté Vénus feiidant les eaux à la nage , le poète , enchanté de ce tableau , l'anime ; son imagination donne au bas-relief l'a couleur et le mouvement.

Trahit ante corpu4 undam ; Secat indejluctus ingens Roseis deœ quod ufmm Supereminet papiUis , Tenero subestque collo ; Jdedio deinde sulco.

Quasi lilium implicatum FioUsy renidetilla, Placidum maris per œquor,

Horace , le digtte omule de Pindwe et d' Anacréon, a fait le partage des genres deTo^fe. Il attribue à la lyre de Pindare Les louanges des dieux et des héros, et à^cdled'Anacréon, le charme des plaisirs, les artîficçs de Famour , ses jaloux transports et ses tendres alarmes. ^^

Et side Te'ia Dices lahorantem in uno Penelopen nfitreamque Circen,

JJode anacréontique rejette c« que la pasrsion a de sinistre.' Ou peut Vy peindre daji5 toute son ivresse , mais avec les couleurs de la volupté. 'L'ode de Sapho , que Loi;i|pLn a citée et que Boileau a si bien traduite « est l^e modèle peut-être inimita]>le d'uji^ amour k^ la fois voluptueux et l^nilantT

ODE. ^ ^g

Du reste ^ les tableaux les plus rians de la nature , les mouvemens les plus ingénus du cœur humain , l'enjouement , le plaisir , la mollesse , la négligence de Ta venir ^ le dou^c emploi du' présent , les délices d'une vie dégagée d'inquiétudes , rkonime enfin ramené parla philosophie aux jeux de son enfance, voilà les sujets que choisit la muse d'Anàcréon. Le caractère et le génie du Français lui sont favorables : aussi a-t-elle daigné nous sourire.

Nous avons peu à'odes anacréontiques dans le genre voluptueux , encore moins dans le genre passionné; mois beaucoup dans le genre galant , délicat , ingénieux et tendre. Tout le monde sait par cœur celle de Bernard , Tendres fruits des.pleurs de J' Aurore , etc. £b. voici une du même yduteur , qui n'est pas aussi connue , et qu'on peut citer à côté de^^tô d'Aïuacréon :

Jttpiter , |nréte>-mor ta foudre , S*écria Lycoris ud jour :

Donne , que je réduise en poudre Le temple ou j^ai connu TAmour.

Aiftidë , que né suSs-|e aM&ëe De ta massue et de tes traits , Pour Venger la terre stlarmée , Et pu^ir un dtett que je hais !

6o QDE.

aiédée , easeigoe-moi T usage De tes plus noirs enchautemeiis:

Formons pour lui quelque breuvage . Égal au poison des amans.

Ah ! si dans ma fureur extrême Je tenais ce monstre odieux ! .. .

Le voilà , lui dit l'Amour même , Qui soudain parut à ses yeux.

Venge-toi ; punis , si tu l'oses.

Interdite à ce prompt retour , Elle prit un bouquet de roses Pour donner le tbuet à l'Amour.

On dit même que la bergère , Dans ses bras n*osant le presser, Eii frappant d'une main légère.

Craignait encore de le blesser.

Le sentiment, la naïveté", Tair de la négligence, et une certaine mollesse voluptueuse cjans le style, font le charme de Vode anacréontique ; et Chaulieu , dans ce genre , aurait peut-être effacé Anacréon lui-même , si , avec ces grâces qui lui étaient naturelles , il eût voulu se donner le soin d'être moins diffus et plus châtié. Quoi de plus doux , de plus élégant que ces vers à M. de la Farrè ?

O toi ! qifi de n)on âme est la chère moitié , Toi , qui joins la délicatesse Des sentimens d'une maltresse A la solidité d'une sûre amitié ;

ODE. Si

La Farre, il faut bientôt que la Parque cruelle

Vienfae rompre de si doux nœuds ;

Et malgré nos cris et nos vœux , Bientôt nous'essuîrons une absence éternelle.

Chaque jour je sens qu*à grands pas J'entre dans ce sentier obscur et difficile

Qui va me conduire là-bas

Rejoindre Catule et Virgile.

Là sont des berceaux toujours verts.

iàssis à côté de Lesbie ,

Je leur parlerai de tes vers

Et de ton aimable génie ;

Je leur raconterai comment

Tu recueillis si galamment

La Muse qu'ils avaient laissée ;

Et comme elle sut sagement ,

Par, la paresse autorisée ,

Préférer ^ vec a grément ,

Au tour brillant de la pensée ,

La vérité du sentiment.

Voltaiile a joint , à ce beau naturel de Chaulieu , plus de correction et de coloris ,i et ses poésies familières sont pour la plupart d'excellens modèles de la gaîté noble et de la liberté qui doivent régner dans Vode anacréontique.

Le temps de To^/e bachique est passé. C'était autrefois la mode de chanter à table. Les pdètes composaient le verre à la main , et leur ivresse n'était paé simulée. Cet heureux délire.

6a ODE.

a produit des chansons pleines de verre et d*enthotlsiasnie. J'en ai cité quelques exemples dans l'article de k« chanson, fin voici deux qu'Anacréon n'eût pas désavouées :

Je ne changerais pas , pour la coupe «tes rois ,

Le petit vrrre que tu vois :

Ami , c'est qu'il est fait de la même fougère Sur laquelle cent fois Reposa ma bergère.

L'autre roule sur la même idée , mais le même sentiment n'y est ^as.

Tous n'avez p«8 , humble fougère', L'éclat des fleurs qui parent le printemps :

Mais lean begutés ne dorent guère , Les vôtres plaiteut en tout temps.

Vous offres des secours charmans Aux pUiairs les .plus doux qu*pp %oMe sur la terre : Vous servez de lit aux amans , Aux buveurs vous servez de verre.

Bans tous les genres que je viens de parcourir, non seulement Y ode e^ dramatique dans la bouche du poète , mais elle le devient expre^émcnt lorsque le poète introduit et fait pflrïer tm autre personnage : on en voît deâ exem|](les dans Pindare , dans Anabréon , dans Sapho , datis Horace , etc. Mais celui-ci

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est, j« crois , le piemier qui ait mis Vode en dialoglie ; et Tei^emple c^'il en a laissa , JDonec gratus eram tibi, est lîn modèle de délicatesse. Voyez LTBSQpx et charsoh.

Le earactère de ce spectacle a si foit y«H'é ^kpuis quelque temps , qu'il serait difïiGiie de le bien définir, à moins d^en distinguer deux genires^ l'un pris dans l'bypothèse du merveilleux , l'autre réduit à la simple nature. J'examinerai l'un et l'autre ; et après en avoir balancé les avantages récqnroques , je tâcherai de les concilier.

Le premier de ces deux systèmes lut celui de V opéra français , inventé par Quinault et peiiectionné par son inventeur. Voici quelle^ en est l'hypothèse.

Le caractère de l'épopée* est de transporter la scène iàe 1a tragédie dans l'imagination du lecteur. Là , profitant de l'étendue de son théâtre , elle agrandit et varie ses tableaux , se répond dans la fiction , et manie à son gré tons les ressorts du merveilleux. Dans Vopéra^ la mufi^e dramatique; à son tour, jalouse des

avantages que - la muse épique a sur elle , essaie de marcher son égale ou plutôt de la surpasser, en réalisant pour les yeux ce qui , dans les récits ,'ne se peint qu'en idée. Pour bien concevoir ces deux révolutions, supposez qu'on ait vu sur le théâtre une reine de Phénicie , f|ui , par ses grâces et sa beauté , eût attendri , intéressé pour elle les chefs les plus vailians de Tarmée de Godefroi , en eût même attiré quelques-uns dans sa cour, y eût donné asile au fier Renaud dans sa disgrâce , Teût aimé , eût tout fait pour lui , et Teût vu s'arracher aux plaisirs pour suivre la gloire : voilà le sujet d'Arraidc en tragédie. Le poète épique s'en empare ; et au lieu d'une reine, tout naturellement belle, sensible, intéressante, il en fait une enchanteresse ; dès lors , dans une action simple , tout devient magique et surnaturel. Dans Armide, le don de plaire est un prestige ; dans Renaud , 1 amour est un enchantement ; les plaisirs qui les environnent, les lieux. mêmes qu'ils habitent , ce qu'on y voit , ce qu'on y entend , la volupté qu'on y respire, tout n'est qu'illusion; et c'est le plus' charmant des songes. Telle est Armide embellie des mains de la muse héroïque. La muse du théâtre la réclame et la

reproduit sur la scène avec toute la pompe du merveilleux. Elle demande, pour varier et pour embellir ce brillant spectacle ,' les mêmes licences que la muse épique s* est données ; et appelant à son secours la musique , la danse , la peinture , elle nous fait voir , par une magie nouvelle , les prodiges que sa rivale ne nous a fait qu'imaginer. Telle est Armide sur le théâtre lyrique ; et voilà l'idée qu'on peut se former d'un spectacle qui'réunit les prestiges de tous les arts.

Dans ce composé tout est mensonge , mais tout est d'accord; et cet accord en fait la vérité. La musique y fait le charme du mer- ~ veilleux , le merveilleux y fait la vraisemblance de la musiqife : on est dans un monde nouveau ; c'est la nature dans l'enchantement et visiblement animée par une foule d'intelligences, dont les volontés sont ses lois.

Une intrigue nette et facile à nouer et à dénouer ; des caractères simples ; des incidens qui naissent d'eux-mêmes ; des tableaux variés ; des passions douce» , quelquefois violentes , mais dont l'accès est passager ; un inféré*' vif et touchant, mais qui par intervalles laisse respirer l'âme : tels sont les sujets de Quinault.

es opÉikA/

La passion qu'il a préfiérée est de toutes la plj^s féconde en images et en scntlmens ; celle où se succèdent avec le plus de iiatiyrel toutes les nuances de la poésie , et qui réunit le plus de tableau:x rians et sombres tour à tour.

L'autre système est celui d'ApostoLo-Zeno et de Métastase , mais renforcé et plus tragique que la tragédie elle-même, c'est-à-dire plus noir, plus sanglant , plus pressé daiis la tissu de l'action, et d'u,ne eipressionplusoutçée, soit dans la pantomime , soit dans Taçcent des passioijs.

Il est aisé de sentir combien ce nouveau genre a d'avantage sur le premier d|] câté de l'émotion ; et ce que j'ai dit de la pantomime peut s'appliquer à ce nouveau genre. C'est là, sans contredit , que la musique passipx^née trouve à produire ses grands effets ; et si l'on ajoute à ces avantages l'extrem^e facilité d'emprunter du théâtre français et de. celui de^ Grecs les tragédies les plus intéressantes,' et de n'avoir qu'à les réduire à leurs situations pittoresques pour les accommoder au tbâtiFe lyrique, on s'expliquera aisément la préférence que les poètes , les musiciens , le publie lui-même ont donnée, au moins pour quelr que temfs, à ce genre nouveau.

Mais TaBcien genre ne laisse pas d'avoir de son côté des avantages dignes de nda regrets^ et auxquels je ne saurais croire qu'on ait renoncé san^ retour. Le premier de ces avantages est la convenaince.> le second , la variété ; et le troisième , la riel^esse et la pompe.

Sur un théâtre pu tout est prodige , il parait tout simple que la façon de s'exprimer ait soii chaîne comme tout le reste. Jifais à un spectficle où tout se passe comme dans la nature et selon l'exacte yévité, par quoi sèraiton préparé à entendre , comme en Italie , Fabius, Régulus^ Thémistocle, Titus, Adrien, parler en chantant ? Nous accoutamera<t-on de même à entipdre ks Horaces, Camille^ Auguste, Comélte , Agrippine ou Brutus s'exprimer ainsi ? les Italiens s'y sont habitués, me direz-vous ; je répondrai que les Italiens n'écoutent point la scène , et ne s'occupent que du chant.

Quelques-unes de nos tragédies , dont les sujets tiennent au merveilleux, répugnent moins à la forme lyrique : il en reste encore an théâtre français cinq ou six dont l'action est réductible en pantomime , et qui peuvent , souffrir l'espèce de mutilation que l'on exerce à V Opéra, Mais quayud celUs-cl auront été

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gâtées, on sera obligé d'inventer soi-même ; et Corneille , Racine et Voltaire ne seront plus défigurés.

Voltaire, dans ses derniers jours , ne pouvait voir sans un violent chagrin qu'on se permît ainsi d'estropier nos belles tragédies. Il entendait parler d'ÉleCtre ; il tremblait pour Alzire, pour Sémiramis, pour Tancrède et pour l'Orphelin de la Chine , et à tie propos on a feint qu'en s'adressant à la Muse lyrique , il lui avait parlé en ces mots :

D'un suppliant à son heure dernière ^ Muse , dit-il , écoutez la prière.

Daignez laisser tout son enchantement A. V Opéra , lieu magique et charmant , ce jOù les beaux vers , la danse , la musique , » L'art de tromper les yeux par les couleurs , » L'art plus heureux de séduire les cœurs , » De cent plaisirs font un plaisir unique ».

La Tragédie a son trône àt^aris .■ Nous arracher des larmes et des cris , , C'est son partage : elle est terrible et sombre , C'est son génie ! elle ne permet pas Que les plaisirs accom'pagnent ses pas :

Sur des tombeaux elle gémit dans Tombre.

Laissez-la donc aux pleurs s'abaudoimer.

De temps eu temps vous serez sa rivale:

Mais votre plaiute aura quelque intervalle , Et les Amours viendront vous couronner. •

iTonjours austère en sa mAle énergi» ,

Elle n'a point de fête à nous donuer.

Son éloquence est sa seule magie.

Sur son thc4tre , où règne la douleur , On n'attend point ces doux momens de joie , ' Ce calme heureux où Tâme se déploie , On l'eApérance interrompt la douleur.

Vous vous plaisez à cet heureux mélange.

A tout moment vous voulez que tout change; De vos tableaux conservez la couleur.

En sons notés faire mugir Oreste , Changer OEdipe en acteur dopera , La coupe en main faire chanter Thieste , C'est faire un monstre , et quelqu'un le fera. Ce n'est pas tout, le Velche applaudira ; £t si le goût n'y met d'heureux obstacles , Sur les débris de nos deux grands spectacles La barbarie enfin triomphera.

Si au théâtre des illusions, et des illusions agréables^ on ne porte plus que des sens blasés et que des âmes engourdies ; et si, pour sortir d'une espèce d'assoupissement léthargique , on a besoin de rapides secousses et de violentes agitations, il n'est pas douteux que les compositeurs feront bien de tâcher sains cesse à produire ce qu'on appelle aujourd'hui exclusivement des effets ; mais en serions-nous réduits là , et de douces émotions ne sont-elles plus des effets pour nous ? Je sais bien que . cette douceur sans mélange de force serait

de la lùoUesse , et finirait bientèt par dégénérer en langueur : mais il y a loin de ce mélange à la continuité d'un spectacle triste et/uneste d'un bout à Tautre. C'est ce qu'on a fait dire à Piccini , en parlant d' Atp qn'èn Itti avait défendu de mettre en musique , parce qu'il n'était pas , disait-on , assez fort.

Hélas ! disait le cfaàBfre d*Ausonie , Atys me platt , il m'inspire , il in*«nieut. Laispes-ïe moi. Chaisuii suit soa géoie:

On ne fait bien qu'ea faisant oe ^'on veut.

Vous demandez que jo sois pathétique ; Je le serai ,, mais fion pas frénétique :

Le chant n'est pas un limg cri 4e douleur , Et ma palette a plus d'une couleur.

D'un lieu charmant, que le plaisir décore »

Pourquoi bannir la tendre volupté ?

* Atys ressemble à ces beaux jours d'été :

D'un doux éclat il brille à son aurore.

Vers te midi , sou»ua ciel plus brûlant , On voit l'oragcavancer à pas lents ; Mais sous l'ormeau Ton peut danser encore.

Enfin le soir , un nuage orageux Tonne , épouvante , et diss^e les ienx.

Yernet et mei , nous aiaM>n8 ces contrastes ; Et n'en déplaise aux froids enthousiastes Du genre noir , j'oserais parier Qu'on s'eunuira de ne voir que dn sombre.

Entremêlons la lumière avec l'ombre :

opii&A. 71

Le don de|>laire est Fart de varier»

Laissez-moi donc , fùt-œ dans Yélé^ , Da clair-obscur employer la magie ; Car je suis peintre , et non pas teinturier.

C'est par cette magie du clair - obscur rfutii est possible, à ce que je crois, de con> cilier les deux genres et d'en jéunir les avantages.

Rien de plus beau sans doute , rien de plus pr^eux que ces récitatifs passionnés, que ces airspatkéthiques et décHirans dont les Italiens nous ont donné tant de modèles, et dont ils ont eux-mêmes enrichi Y opéra français. Mais les passions violentes ne sont pas les seules ({ui donnent lieu à une expression qui touche et qui pénètre l'âme. La tendreisse, l'inquiétude , Tespérance , la volupté s'animent ; et (fest par le contrasté et la variété de , ces cHraetères , mêlés avec des passions plus fortes, (fue la mélodie enchante l'oreille, sans la rassasier jamais. Or Quinault n*a presque pas une fable qu'on ne puisse citer pour modèle de ccftte variété si feitorable à la musique , lorsqu'on saura y accommoder ses poèmes , et X^yxs; donner plus d'énergie dans les momens passionnés. Je me borne à l'exemple de \ opéra d'Alceste.

Ce théâtre s'ouvre par les noces d'Alceste et d'Admète , et Tallégresse publique règne autour de ^ces heureux époux. Lycomède , roi de Scyros , désespéré de voir Alceste au pouvoir de son rival , feint de leur donner une fête. Il attire Alceste sur son vaisseau , et Tenlève en» présence d'Alcide, autre rival d'Admète, mais rival généreux et qui sait vaincre son amour. A cet enlèvement , le trouble et la douleur prennent la place delà joie. Alcide s'embarque avec Admète pour aller délivrer Alceste et la venger. Lycomède , assiégé dans Scyros , résiste et refuse de rendre sa captive : Teffroi règne durant Tassant» Alcide enfin brise les portes, la ville est prise j Alceste est délivrée , et la joie reparaît avec elle. Mais a l'instant la douleur lid succède : on ramène Admète mortellement blessé ; il est expirant dans les bras d' Alceste. Alors Apollon descend des cieux ; il annonce que SI quelqu'un veut se dévouer à la mort pour lui; les destins consentent qu'il vive; et Tespérance vient suspendre la douleur. Cependant nul ne se présente pour mourir à la place d'Admète , et c'est l'instant où il va expirer. Le trouble , l'effroi , la, douleur régnent de nouveau sur U scène. Tout à coup parait

OPIÊRA. p;^

A<lmète environné de son peù}i!e qui céfèbre son retour à la vie. Il va revoir Alceste , il est 3tu comble du bonheur. Apollon a promis que les arts élèveraient un monument à la gloire de la victime qui se serait immolée pour lui. Ce monument s'élève ; et dans l'image de celle qui s*est dévouée à la mort , Admète reconnaît sa femme : à Tinstant même tout le palais retentit de ce cri de douleur ; Alceste est morte ! Tallégresse se change en deuil , et Admète lui-même ne peut sotilfrir'la Vie que le ciel lui rend à ce prix. Mais vient Alcide, qui lui déclare Tameur qu'il avait pour Alceste , et lui propose , s*il veut là lui céder, d'aller forcer Fenfer à la lui rendre. Admète y consent , pourvu qu'elle vive ; et l'espoir' de revoir Alceste suspeud les regrets de sa* mort. Alcide descend aux enfers ; et les obstacles qui l'arrêtent redoublent encore l'intérêt : Pluton, touché du' courage et de l'amour d' Alcide , lui permet de ramener Alceste à la lumière ; on le revoit sortant des enfers avec elle , et ce triomphe répand la joie dans tous les cœurs.

Mais à peine Admète a-t*il revu son épouse , qu'il- est jobligé de la céder; et leurs adieux soint mêlés de larmes. Alceste prési*nte sa main à son libérateur; Admète au désespoir veut

TOMK VI. 7

)4 QPÉnh.

s'éloigner; Alcide Tarréte^ «t refuse le pm

qu'il avait demandé.

Non non , vous ne devez pas croire Qu'un vainqueur des tyrans sott tyran à son tour. Sur l'enfer , sur la mort j'emporte la victoire.

Il ne manf|uait plus à ma gloire

Que de triompher de Tamour.

A. la place d'une fable ainsi variée , prenez rintrigue d'une tragédie dont l'intérêt soit eontinii , pressant et douloureux sam mélange et sans intervalle; retranehez*«n tvus tea développemens , toutes lés gradations, tout les morceaux d^éloquence po^^que , et serrez les situations de manière qu'elles se pi^essent çt se suceèdeni sans relâche ; alors vous aurez une suite de talileaux et de scènes très-pa^é-* tiques ; rien ne languira , je l'avoue , le spectateur se sentira remué d'un Bout à fautre de l'action ; il aura un plaisiv approchant de celui que lui ferait la tragédie ; mais ce plaisir ne sera pas Tenchantement d'une musique mélodieuse et variée dans ses tons et dans ses couleurs. Il entendra des traits d'harmonie épars et mutilés, des coups d'archet pleins d'énergie; mais il entendra peu de chant. Un tel spectacle pourra plaire dans sa nourveanfé , idsais à la longue il pavaîtra monotone ef

OP£&A. *jS

triste 9. et il laissiera désirer le clmniie d'un spectacle fait pour enivrer tous les sens.

Cette même succession d'incidens , de situations et de tableaux, que suppose et qu'exige une musique variée , contribue aussi à là ri-^ chesse et à la pompe du spectacle , et il n'a jamais tant de magnificence que dans le genre du merveilleux : la raison en est bien sensible*

i<* Les décorations font une partie essea* tielle du spectade de Vopéra-y et Ton aeikt Combien les sujets pris dans ïe merveilleux sont plus favorables au décorateur et au ma^ cbiniste , que les sujets pris dans Fhtstoire. Le changement de lieu que les poètes italiens se sont permis, non seulement d'un acte à < l'autre, mais de scène en' scène, et à tout propos y et contre toute vraisemblance, aâièhe des décorations où l'architectore, la peinttire et la perspective peuvent éclater avec magnificence ; et la grandeur des théâtres d'Italie donne un champ libre et vaste au génie des décorateurs. Mais combien plus -fécotïd en spectacles inattendus et variés ne doit pas être le système ou> de la fable ou de la magie?

D^ns un poème , quel qu'if soit ^ si les évé-« nemens sont conduits par des moyens n«turcls , le lieu ne petrt changer que par ce»

7iS opifiA.

moyens mêmes. Or , dans la nature, le temps, l'espace et la vitesse ont des rapports itrimuables. On peut donner quelque chose à la vitesse ; on peut aussi étendre un peu le temps fictif au-delà du réel ; mais à cela près le chângeroA'nt de lieu nVst permis qu'autant qu'il est possible dans des intervalles âonnés. Le poème épique a la liberté de franchi^ l'espace, parce qu'il a celle de franchir la durée. Il nVp est pas de même du poème dramatique : le temps lut mesure l'espace", et la natilte lemouvement. Un char, un vaisseau peut aller un peu plus ou un peu moins vite ; lé temps fictif qu on lui accorde peut être un pem plus ou nn peu moins long : mais si on abuse de cette licence, il n'y aura plus d'illusion. Ainsi, par exemple , si le premier acte du Régiilns dv^ Métastase se pasj^ait à Carthage , et ïe second à Rome , ce poème aurait beau être ly-r riquo , ce changement de scène choquerait le bon sens.

Mais dans un spectacle où le merveilleux règne, îl y a deux moyens de changer de lieu qui ne sont pas dans la nature , et qui sqnt dans la vraisemblance. Le premier est" un changement pas«îf : c'est le lieu même qui se? traasforme, pon par un accident naturel ^

epmnoe lorsqu'un palais s*einbrase ou qu'un temple s'écroule , mais par un pouvoir surnaturel , comme lorsqu'à la place du palais et des jardins d'Armide, paraissent tout à coup un désert, des torrens, des précipices : c'est ce qui ne peut s'opérer sans le secours du merveilleux. Le second changement est actif; et c'est dans la vitesse du passage qu'est le prodige. On ne den^nde pas quel temps emploient les dragons d'Armide à traverser les airs. Leur vitesse n'a d'autre règle que la pensée qui les suit.

a^ La danse , qi^i est l'une des plus brillantes décorations du spectacle lyrique, ne peut avoir lien que dans des fêtes ; et les fêtes doivent tenir à l'action du moins comy e incidens : il est naturel que les* plaisirs , les amours et les grâces présentent , en dansant, à Enée^ les armes dont Vénus sa mère lui fait don; il est naturel que les démons, formant un complot funeste au repos du monde ^ expriment leur joie par desmouvemens furieux et terribles ; il est naturel que des chasseurs y dès bergers, ou (dans le merveilleux) des nymphes , des sylvains , des fées , des génies embellissent la scène par des jeux et par des . eoncerts ; mais presque toute réjouissance est

7^ QPi&A% ^

exclue d'un opéra dont Taetion est grav« et tragique, d'un bout à l'autre : lesItalieBs n'ont {nts-méme tenté d^y introduire des fêtes ^ e6 $'ils se donnant lé plaisir d'y Yoir des danses^ ce n'est jamais qu'au moment de l'éntp^aet»^ et dan^ des ballets détachés et d'un genve QOTt< traire à celui du spectacle.

La difficulté de bien plaeer les fêtes àaiXL» Y opéra vient donc de ce ogie le tissu de Tac^* tion est trop serré et l'intérêt trop sérieux; et cette difficulté seiia presque ternjouis invinicible dans le tragique austère : car c'est le propre de la tr£^édie que l'action n'ait point ^relâche,, que tout y inspire la crainte* ool la pitié, et que le danger ou le malheur des persoi^ages intéresâans croisse et tfedovbl^ de scène en scène. St donc on veut avoir de»

fêtes et des'dauMs à^l'o^yer^, il est de l'essence dé ce spectacle que Faction n'en soit affigfeanfe^ ou terrible que par intervalle , et qaey les passions qui Raniment ayant des momens de nepos, quelques rayons d^espérance efde joie viennent de temps en tiranps éclairer le ttiéàttel

Quinault, en formant- le projet de réunir tous^ les moyens d'enchanter les yeux et l'oreille , sentit donc bien qu'il devait prendre ses stqets dans le système de la' fable ou daifa-

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