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eèlui de la mag^)?. Par là il rendit son théâtre fécond en prodiges ; il se facilita le passage dé la terre aux cieux, des cieux aux enfers , se soumit la nature^ s'empara de la fiction, ouvrit à la tragédie la carrière de l'épopée , et réunit les avantages de Tun et de l'autre poëme en un seul.
Du reste, pour juger du genre q^'a pris notre poète , il lie feilt pas se boi^ner à ce qu'il a fait : aucun ées ékf^ qui dévalent le seconder lï'était au jfirénie degré que le sien ; il a été obligé <ïe remplit so'uvent , avec de froids épisodes, un temps qu'il eût mieux employé s'il avait eu plus de secours. Il ne faut pas même le juger tel que nous le voyons au Ijiéâtre ; et sans parler de la musiqur, il serait ridicule de bornier* Tidée qu'on doit avoir du speoi»cle ée Ftfsêe et dfe Phaëton , à ce qu'on peut exécuter dans un espace aussi étroit avec aussi peu de moyens. Mais qu'on suppose la musique , la' danse , la décoration, les machines , le talent des acteurs , soit pour le chant , soit pour l'action , au ïnéme degré que la partie essentielle des poëmes d^Atys, de Thésée ou ^A'rrnide^ on auta l'idée de ce spectacle tel que l'aVîrtt conçu le génie de Finventeuf . Ea^ tibéorie de ce système sera
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pent-étre encore plus sensiblement énoncée dans les vers (|ue voici ;
Le chact lai-mêtne est fabuleux, magique; Que tout soit donc magique et fabuleux K ^ Avec le chant , tantôt, sombre et tragique , Tantôt serein , tendre et voluptueux.
Si vatis voulez entendre Cornélie, César , Brutus , Orosmane , ou Néron , Le vieil Horace , ou la fière Emilie ; C'e^t au théâtre où fleurissait Clairon Qu'il faut aller. Vous cherchez la nature ; Là tout tout est vrai dans sa noble peinture. Mais attirés par de plus doux accens , Aimez-vou? mieux , dans une liPureuw ivres.sc , De tous les arts jouir par tous les sens ?
De Y Opéra la muse enchanteresse Va vous causer ces songes ravissais.
L'illusion e«t son brillant empire :
Là tout s'exalte et se met au niveau.
N'étes-vous pas daus un monde nouveau?
Faites - vous donc à l 'air qu'on y respire . Ainsi Quinault , que l'on attaque eu vain , L'avait conçu , ce spectacle divin .
Tout est fictif dans son hardi système.
Hormis le cceur , qui sans cesi>e est le même. Ah ! plût au ciel qu'il revint ce Quinault , Avec sa plume élégante et flexible , l^lier au chant le langage sensible D'Atys y d'Ëglé , d'Armide et de Renaud I
Qui chantera l'amoar tendre et tinikide', Si ce n'est pas Atys et'Sangaride ?
Qui chantera ramour fier et jaloux , Mieux que Roland et M édée en courroux ?
Qui chantera , si ce n'est pas Armide ?
Ce n'est pourtant pas encore là le dernier degré de beauté où notre opéra peut atteindre. Du temps de Lulli , la musique ne connaissait pas bien ses forces ; et ce langage passionné » ces accens déchirans , ces traits si énergiques de mélodie et d'harmonie, que Pergolèse, Léo , Galuppi et leurs dignes émules ont inventés depuis un demi- siècle, Liilli n'en avait point ridée. Soit donc qu'en essayant les moyens de Lulli , Quinault se fût accommodé à la faiblesse de son art ; soit qu'ayant lui-même plus de douceur, de grâce et de mollesse dans le génie et dans le style , que de vigueur et d'éntrgie, il eût suivi son propre naturel , il est certain qu'il n'a poussé aucune des passions jiisqu'au degré de chaleur dont elles étaient susceptibles. Quinault n'est pas assez tragique : Métastase l'est davantage , mais dans quelques momens ; et ces momens sont rares. C'est de Racine et de Voltaire qu'il faut apprendre à l'être, même dans l'opéra; et sans le dépouiller de sa magnificence , sans lui ôter aucun de ses charmes, il est possible
3s OPBAA.
d'y répandre le fe« des passions a son plus haut degré.
Mais le plus grand avantage du genre merveilleux , c'est d'épargner aux poètes une infinité de détails et d'éclaircissebens qu'exige une action toute prise dans la nature; et c'est pour cela qu'on a trouvé beaucoup plus facile de transplanter à \ opéra les sujets du théâtre grec , qui sont tous fabuleux , que ceux du théâtre moderne ; car dans une action, purement historique , il faut tout expliquer , tout motiver , tout rendre vraisemblable \ au lieu que dans une action dont un décret de la destinée , un oracle , un ordre des dieux est le premier mobile , tout est préparc d*un seul mot. Mais comme le théâtre grec , où la fatalité domine , ne laisse pas d'être pathétique, et ne l'en est même que davantage , le poème lyrique peut l'être aussi dans le système du merveilleux , qui , fécond en prodiges et ei^ révolutions soudaines , donnera lieu à des retours fréquens de l'une et de l'autre fortune, et à toute la variété des mouvemens du cœur humain.
Voilà y selon moi , les moyens de concilier les deux genres et d'en réunir les beautés.; voilà peut-être aussi une réponse satisfaisante
aux reproches que Ton a faits va genre febn* leiix de l'ancien opéra français.
« Un Dieu , a-t-on dit , peut étonifer ; il peut parai^e grand et redoutable ; mais peut>it intéresser ? Comment s'y prendra-t-il pour n0iis toucher ? »
Le Dieu ne tous touchera point ; mais les malheurs dont i) sera la cause vous toucheront, et c'est assez. Dans la tragédie de Phèdre, est-ce Venus ou Neptune qui nous touchent?
est-ce Apollon ou \e% Euménides, dans la tragédie d'Oreste ? est-ce Tdracle, dans Œdipe?
es«-ee Diane , dans l'une et l'autre Iphigénie ? serait-ce Jupiter, dans X opéra de Didon? avons- Bous besoin de nous intéresser à Cybèle pour être émus et attendris sur le malheur d'Atys? Ce serait sans doute une grande bévue que 4e vouloir faire d'un personnage merveilleux l'objet de l'intérêt théâtral : il n'en doit être que le mobile , et ce mot tranche la difficulté,
c( Mais supposé , dit-on , que la cdère d-uu Dieu , ou sa bienveillance , influe sur le sort d'un héros , quelle part pourrais-je prendre à une action où rien ne se passe en conséquence de la nature et de la nécessité des choses ? »
Vous ne prenez donc aucune part au malheur de Phèdre , brûlant d'un ameur inces-
S4 OPÉEA.
tttetu et adultère , parce qu'on le dît allumé par la colère de Vénus ? aucune part an malheur tfOreste , parce qu'un ordre des dieux l'a condamné au parricide ? aucune part a la fuite d'Ënée et au désespoir de Didon ^ parce que telle a été la volonté de Jupiter ? Je demanderai à mon tour si ce ne sont là , comme / on Ta dit , que des jeux propres à émouvoir des enfans ? Tout ce que vous direz de Vopém^ je le dirai de ces tragédies , et il sera égale* ment faux que le merveilleux y soit incom-paUbU avec Vanité d^acHon , et qu'il en fasse une suite d'incidens sans nœud , sans liai-' son, sans ordre et sans mesure. Et qu'importe que le ressort , le mobile de l'action soit naturel ou merveilleux ? Souvenez-vous qu'il est merveilleux dans presque toutes les tragédies grecques ; et l'action n'en est pa| ,moins une , moins régulière , ni moins complète : elle n'en est même que plus simple et plus étroitement réduite à l'unité.
« Mais comment, nous dit-on encore, en nous prenant par notre faible , comment le style musical se serait-il formé dans un pays où Ton ne fait chanter que des êtres de fantaisie , dont les accens n'ont nul modèle dans la nature ?
OP£KA. ÔSt
Le style musical aura été en France tout ce que Ton voudra ; mais le merveilleux n'y ^it rien : soit parce que les dieux et les personnages allégoriques n'étant que des hommes sur la scène , rien n'empêche qu'on ne les fasse parler et chanter comme des hommes ; soit parce qu'il est absolument faux qu'on ne lasse chanter dans X opéra français que des êtres de fantaisie , puisque Roland , Thésée , Atys , Armide , Amadis sont des hommes comme Régulus et Caton ; soit enfin parce que les accens des êtres même fantastiques ou allégoriques , comme l'Amour , la Haine , la Vengeance , ont pour modèles*, dans la nature, les accens des mêmes passions. En supposant donc à Tancienne musique française tous les défauts qa*on lui attribue^ il sera vrai que le système du merveilleux était associé avec une mauvaise musique ; mais non pas que le caractère de cette musique fût adhérent au système du merveilleux.
« Des dieux de tradition pourraient- ils émouvoir un peuple et l'intéresser comme les> objets de sonculte et de sa croyance ? d
A cela je réponds : il n'est pas besoin de croire au merveilleux pour qu'il. nous fasse illusion. Dans la poésie dramatique comme
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dans 1 '^>opée , rillusioB n*est jamab eoïkiplète; elle n'exige donc pas une croyance' sérieuse , mais une adhésion de l'esprit aa système qui lui est offert , et on obtient cette adhésion a tous les spectacles du monde. V^.
VKKTSZLLEnX Ct ILLUSION.
Qaefaodrait-il penser du goât d'an peuple , s'il pouvait souffrir sur ses théâtres vn Her» cnle en taffetas couleur de chair , nii Apollon en bas blancs et en habit brodé ?
Il faudrait pepser que ce peuple a donné quelque chose aux bienséances diéàtrales ; que , par égard pour la décence, il a permis que les dieux et les héros ne fussent pas nus s«ir la scène , qu'il veut bien les supposer vêtus comme on Tétait dans le pays et dans k temps où l'action s'est passée : et si cet oonvenances ne sont pas assez bien gardées , c'est une négligence à laquelle il est facile de vemédier. Est-ce bien sérieusement qu'on critique des bas blancs et un. habit brodé?
Est-ce que l'idée du Dieu de la lumière manqi^ d'analogie avec l'éclat de l'or ? Et que fait la couleur ou dés bas ou des brode* quins ? Supposez même .que dans cette partie on ait manqué de goût , le génie de Quûiault est^il responsable des maladMsse»
OPÉRA. Sj
dû taîUeur de FOpéra ? 1« genre de Corneille et de Racine est-il mauvais ou ridicule, parce que nous arbns vu long - temps Auguste et Agamemnon en longue perruqne et en chapeau avec un panache , Hermione et Camille avec de grands paniers ? et si dans Yopém de Dtdon l'ombre d'Anchise vêtue en moine sort ridiculement du parquet , sans qu'auci^ne vapeur l'annonce et Tenvironne, est-ce la faute du poète B
Je me souviens d'avoir entendu tourner ^1 ridicule les ciels de l'Opéra^ parce qud^ c'étaient dies lambeaux de toile. £h ! [tes ckls de Claude Lorrain ne sont-ils pas dea lambeaux de toil^ ? Demandez que les cids' soient peints à foire illusion ; demandez de même que les dieux et les héros soient vêtus avec goût, selon leur caractère; mais ne jugez ni de Racine, Ai de Quinault, ni.
de Métastase par les négligences accidentdles qui vous choquent sur leur théâtre ; et ne nous donner pas pour nn défkut du genre , ce qui est commun à tou& les genres et ce qui leur' est étranger à tous.
On demande « si le bon goût et le ban sens permettraient de personnifier tous les êtres que Timagination des i>oètes a enfantés ^
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un génie aérien , tin jeu , un ris , un plaisir^
une heure , une constellation , etc. » .
Pourquoi non, si la poésie leur a donné une existence et une forme idéale , si la peinture Ta secondée , et si nos yeux par elle y sont accoutumés? La fable et la féerie une fois ^reçues , tout le système en existe dans notre imagination.Dèsqu'Armide paraît, on s'attend à voir des génies ; dès que Vénus ou F Amour s'annonce , on serait surpris de ne pas voir les Grâces , les Jeux ,■ les Plaisirs. Le Guide a peint les Heures entourant le char de TAurorè ; il en fait un tableau divin : pourquoi ce qui nous charme dans le tableau du Guide choquerait-il le bon sens et le^ goût sur le théâtre du merveilleux ? '
On, a voulu tourner en ridicule Tallégoric de la Haine dans V opéra d'Armide ; et après en avoir fait un détail burlesque , on a dit : « Voilà le tableau dé Quinault » .
Une parodie n'est pas une critique , comme une injure n'est pas une raison. Jamais allégorie , je le répète , ne fut plus juste , ni plus ingénieuse. Elle est d'auiant plus belle, qu'en laissant d'un côté à la vérité simple tout ce qu'elle a de pathétique , de l'autre elle se saisit d'une idée abstraite qui nous serait
échappée , et dont elle fait un tableau frappant. Je vais tâcher de me faire entendre.
Armide aime Renaud et désire d*» le haïr :
ainsi ^ dans Fâme d* Armide , Taniour est en réalité , et la haine n'est qu'en idée. On ne parle point le langage d*une passion que T-on ne sent pas. Le poète ne pouvait d^nc , au naturel ; exprimer vivement que l'amour d' Armide. Comment s'y est-il pris pour rendre sensible, actif ^et théâtral le sentiment qu'Ar-n mide n'a pas dans le cœur? Il en a fait un personnage : et quel développement eèt jamais eu le T^ef de ce tableau , la. chaleur et la véhémence de ce dialogue ?
LAHAIITE.
Sors, tors du sein d' Armide; Amonr , brise ta chaîne.