Tome v. Iq
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bras, et de incs mains glacées je tâte leur tombeau ; j'entends le torrent qui gronde en roulant entre les pierres qui les couvrent.
O torrent! que viens- tu me dire? tu m'ap* portes le souvenir du passe. Les enfi^s de Fingal étaient sur toiv rivage comme une forêt dans un terrain fertile. Ils étaient perçans , Ips fers de leurs lances ! Celui-là était audacieux qui se présentait à leur colère.
Filten le grand étoit ici ; tu étais ici , Oscur , ô mon fils! Fingal lui-même était 'ici, puissant et fort, avec les cheveux blancs de la vieillesse : il s'affermissait sur ses reins nerveux , et il étalait ses larges épaules : malheur à celui qui rencontrait son bras dans la bataille! Le fils de Morny arriva , Gaul, le plus robuste des hommes : il s'arrêta sur la montagne, semblable à un chêne; sa voix était comme le son des torrens; il cria': Pourquoi le fils du puissant CoFval veut-il régner seul? Fimgal n'est peu^assezfortpour défendre son peuple , pour en être le soutien; je suisfoH comme la tempête sur T Océan ^^ comme l'ouragan sur les montagnes : cède, fils de Corval, etfifchis devant moi. Il descendit de la montagne comme un rocher; il retentissait dans ses armes.
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* Oseur s'avança, et s'arrêta pour Tat-.
t^dre : Oscur, mon fils, voulait rencontrer l'eniiemi ; mais Fingd vint dans sa force , et sourit aux menaces insultantes de Gaul. fls s'élancèrent l'un contre Tautre , se pressèrent dans leurs bras nerveux , et luttèrent dans la plaine. La terre était sillonnée par leurs ta-r Ions ; le bruit de leurs os était semblable à celui d'un vaisseau ballotté par les vagues dans la tempête. Leur combat fut long; ils tombèrent avec la nuit sur la plaine retentissante , comme deux chênes tombent en entrelaçant leurs branches et en ébranlant. la montagne : le robuste fils de Morny est terrassé, le vieillard est vainqueur.
» Belle , avec ses tresses d*or, &on cou poli , et son sein de neige , belle comme les esprits des montagnes , quand ils effleurent dans leur course la surface d'une bruyère paisible pendant le silence de la nuit; belle comme l'arc des cieux, la jeune Minvane arrive : FingaJ, dit-elle avec douceur, reiids-moi mon frère; rends-Tnoi Tespérancè de ma race , la terreur de tous , excepté de Fingal. Puis-je reftiser , dit le roi , ce que demande l'aimable fille des montagnes? Emporte ton frère, ô Minvane!
plus belle que la neige du nord. Telles furent
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tes paroles, 6 Fingal! Hélas! je n'entencl^ plus les paroles de mon père : privé de la vue , je suis appuyé sur son tombeau : j'entends 4e sifflement des vents dans la forêt, et je n'entends plus la voix de mes ainis : le cri da chasseur a cessé, et la voix de la guerre ne retentit plus autour de^inoî. »
Voilà l'ode héroïque de ces pci^les sauvages , et voici leur ode amoureuse : c*est une fille tjui attend son amant.
« Il est nuit, et je suis seule , abandonnée sur la colline des orages. Le vent soufHe sur la montagne ; le torrent gémit au bas de ce rocher ; aucune cabawe ne m'offre un asile contre la pluie ; je suis abandonnée sur la colline ides orages^ »
» Lève-toi , ô lune ; sors du sein de tes nuages ! Etoiles de la nuit , paraissez ? Quelque lumière.ne me guidera-t-elle pas vers le lieu où rq>ose mon amant , fatigui^ des travaux de la chasse , son arc détendu à ses cètés et ses chiens Iraletans antoar de lui ?. . . . Je suis obligée de m'arrêter ici, seule , sur le rocher couvert de mousse qui borde ce ruisseau. J'entends les mun^ures du vent et des flots ; mais je n'entende point la voix de mon amant !
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» Pourquoi ne viens - tu point , 6 mon Shalgar ! pourquoi Je fils de la coUine tardet-iJ à remplir s^ promesse ? Voici l'arbre , le rocher , le ruisseau murmurant. Tu m'avais
promis d'être ici avant la nuit Ahî où est
allé monSlialgar I pour toi j'ai quitté la maison ■ de^ mon père; je voulais fuir avec toi. Nos familles ont été long-temps ennemies; mais Sbalgar et moi no\is né sommes point ennemis.
»v.O:vent, cesse uti moment ! ruisseau', suspends un instant ton innrmure î Que ma voix se fasse entendre sur la bruyère ; qu'elle frappe 4es oreilles du chasseur que j'attends-. Shalgar \ «'est moi qiii t'appelle; vdicî l'arbre et. le rocher. Shalgar î 6 mt»n amant ! me voici : pourquoi tardes- tu à paraître? H^âs! rien ne me répond !
» Ënân la lune parait , ks eaux brillent dans la vaHée ; les rochers sont grisâtres sur , la surface de la colline j mais je ne le vois point sur le sofnmet ; ses chiens ', en Je devançant , ne m'annoncent point sa préidenee : resterai-je donc ici solitaire et abandonnée' ?'
» Mais quels objets aperçois -je couchés devant moi sur la bruyère?*... Serait-ce mon amant et mon frère ?..., I^rlejs-inoî ,
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mes amis Hélas ! ils ne me répondent
point ! la crainte glace mon cœur Ah î ils
«ont morts ! leurs épées sont teintes de sang. O mon frère ! mon frère ! pourquoi as- tu tué mon Shalgar ? pourquoi , ô Shalgar ! as-tu tué mon frère ? Vousm'éliez si chers l'un et Fautre ! Que dlrairjeipour célébrer vot^-e mémoire ? Tu étais beau sur la colline , dans la foule de tes compagnons ; il était terrible dans le combat. . . Parlez-moi , écoutez ma voix , enfans de ina tendresse. . . Mais hélas ! ils se taisent pour toujours ; le froid habite dans leur sein.
» O vous , ombres des morts ! faites- vous entendre du haut de ce rocher , du sommet de la montagne des vents ; parlez , et je^ne
serai point effrayée Où ètes-vous allées
vous reposer ? dans quelle caverne de la colline vous trauverai-je ? Mais le vent ne m*apportei point de réponse ; je ne distingue point, 4ans les orages de la colline , les sons faibles ,de la voix des morts.
i> Je vais m'asseoir ici dans ma douleur ; j'attendrai le matin dans les larmes. Elevez un tombeau , ô vous , amis des mort^ ! mais ne le fermez pas avant que j'arrive. Je sens |na vie s'échapper de moi comme un songe.
Pourquoi resterais-je après mes amis ? il vaut
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mieux que je repose aVec eux sur le bord de ee ruisseau. Quand la niiit descendra sur la colline^ qu^^nd le yentisoufflera sur la btuyère, mon ombre s'assiéra sur les nuages et déplorera la mort, do mes amis. Le chasseur écoutera du fond de sa cabane ; il craindra ma voix , mais U l'aimera , parce que ma voix sera douce pour mes amis; car ils étaient chéris à mon cœur. »
Si telle était l'éloquence dés bardes , il ne faut pas s'étonner qu'un tyran les eût fait détruire : le courage et l'élévation d'âme que ces poètes inspiraient aux peuples s'accor-r daient mal avec le projet qu'il avait de lès ^tsservir. Ce trait de prudence et d'atrocité d'Edouard I** fait le sujet c^'une ode de Gray, la plus belle peut-être dont l'Angleterre se glorifie , , et dans laquelle , faisant parler un barde échappé au glaive , le poète semble inspiré par le génie d'Ossian.
J*ai dit que Ton trouvait le grand caractère de Tode antique dans les poésies des hébreux , parce que l'enthousiasme en est sincère et que l'objet en est sérieux et sublime^: ce n'est point, un jeu de l'imagination que les cantiques de Moïse et de David ; ils chantaient J'uç et l'autre avec mjie verve que l'on appcl-f
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leraît génie , si ce n*était pur Tinspiration même de l'esprit dWin. C'est cette inspiration et les éfans rapides qu'elle donnait «à leur âme que les poètes allemands ont imités de nos jours. Ils se sont'êiTorcés de ployer leurlangue aux formules des vers latins » et de la cadencer sur les mêmes nombres : Jeur oreille en est Satisfaite , et c'est un plaisir qui'aucuAe nation n'a droit de leur disputer. Mais le vague de leurs peintases,. TalMgorie continuelle de leur style , les détails reekercHés de leurs descriptions < font trop voir que leur enthousiasme est simulé.
Le seul de ces poètes qui ait donné à Todè lecaraetère antique^ c'est le célèbre M. Gléim , dans ses chants d% guerre prussiens. On Ta appelé , avec raison , le lyrtée de son pays ; on l'a' comparé aux bardes des Germains e^ aux scaldes des anciens Danois.
Gleim est prussien; il parle en homme persuadé dé là justice des armes de son r*»i ; et le rôle qu'il a pris est celui d'un ^enadier plein de génie et de courage.
« Le mérite de ces chants de guerre, disent les auteurs du Journal étranger., consiste dans une ,extrême simplicité unie à beaucoup d<> verve , d'harmonie et de force. » Les traits
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suWans., quoique affaiblis par la traduction , en peuvent donner une idée.
Ils sont pris du chant de victoire , ' après la bataille de liowositz,
« Le héros , assis sur un tambour , méditait sa bataille , ayant le firmament pour tcnte^ et là nuit autour de lui. En méditant , il dit : Ils. sont en grand nombre ; mais fu$sent-i]s ^ encore plus nombreux , je les battrai.'
» 11 vit Tailrore et il vit nos visages enflammés de désirs : ah ! combien le bonjour qu'il nous donna était ravissant !
» Libre , comme un Dieu, de crainte et de terreur , plein de sensibilité , il est là et ôi&-^ tribue les rôles de la grande tragédie.
» Cependant le soleil se montra tout à coup sur la carrière du firmament , et tout à coup nous pûmes voir devant nous.
» Et nous vîmes une armée innombrable qui couvrait les montagnes et les vallées , et ( ce qui est bien permis à des héros ) nous fûmes étonnés pendant un clin d*œil et nous reculâmes la tète de Tépaisseur d'uQ cheveu ; mais pas un seul pied ne recula.
» Car aussitôt nous pensâmes à Dieu et à la patrie : soudain , soldats et officiers furent ~ remplis du courage des lions.
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» Ef nous nous approchâmes de Tenneroi à granils pas égaux. Halte ! cria Frédéric , halte ! et ce ne fut qu'un même pas.
» Il s'arrête , il considère Tennemi et ordonne ce qu'il faut faire. Aussitôt , comme le tonnerre du Très-Haut, on vit la cavalerie s'élancer , etc. »
L'ode française a de la pompe , du coloris , de l'harmonie ; mais elle est peu rapide , et encore moins passionnée : c'e^t que jamais nos poètes lyriques n'ont été animés d'un véritable enthousiasme. Quel moment que la mort de Henri iv, si Malherbe avait eu l'âme de Sully ^ et si , frappé , comme il devait l'être, de ce monstrueux parricide , il avait fait éclater sa douleur , ou plutôt celle de la patrie , qui voyait massacrer son père dans ses bras ! Malherbe, Racan, Rousseau lui-même ont voulu être élégans, nombreux, fleuris; ils n'ont presque jamais parlé à l'âme. Leurs odes sont froidement belles ; et on les lit comme lis les ont faites , c'est-à-dire sans être ému. Ployez ODE.
Les modernes ont une autre espèce de "j^oëm^ lyrique que les anciens n'avaient pas, et qui mérite mieux ce nom , parce qu'il est récUement chanté : c'est le drame appelé qpe/w. Voyez ot»£RA.
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