M HYMNE
L'hymne sacrée , dans sa sublimité , est Texpression solennelle de l'enthousiasme de tout un'peuple , le concert et Taccord d'une multitude d'âmes qui s'élèvent à Dieu, soit en admiration des merveilles de la nature , soit en adoration des prodiges de la grâce , soit dans un transport unanime de reconnaissance et d'amour , ou dans un mouvement de crainte, d'étonnement et de respect
Ainsi , dans V hymne , tout doit être en sentimens et en images. L'élévation en est le caractère ; car toutes les pensées ^ toutes les relations en sont de l'homme au Créateur , et ce n'est pas en disant de l'Être suprême , comme dans VHymne attribuée à Orphée , qu*« son aspect les plus hautes montagnes tremblent ^ et que les mers frissonnent dans leurs profonds ahimes ; ce n'est pas non ^ plus en lui disant , comme dans V hymne
HYMNE. ' 5l n
attribuée à Cl^éanthe,: Fous voulez les biens et les maux^ dans les conseils de yotre loi ; ce n'est pas, dis-je , ainsi qu'on louera PEte^nel ; car il ne résulte de ce galimatias oriental , ni une haute idée de sa puissance , ni une haute idée de sa justice. La goutte d'eau de l'Océan , le grain de sable des montagnes , ne sont rien en parlant de celui qui d'un souffle a créé les mondes., et dire de , lui quW a voulu les biens et les. maux selon les conseils de sa loi , c'est le louer comme un flatteur peut louer un tyran.
Le sublime n'est pas dispensé d'être raisonnable , et le jirrai sublime est celui qui est à la fois si simple et si frappant, qu'il saisit tout d'i^n coup et sans peine tous les esprits. Tel doit être celui de V hymne ; car ïhymne est faite pour la multitude , et en mén^e temps qu'elle doit être religieuse , elle doit être morale ; or elle sera l'un et l'autre , si elle donne de l'Etre suprême l'idée qu'on eA doit avoir pour l'adorer avec crainte et avec amour ; , si , en louant les saints , elle est la leçon la plus touchante des vertus qu ils on( pratiquées ; si , en célébrant les mystères , elle y fait voir autant de moti& d'espérance et de reconnaissance que d'objets de cuite et defoi.
' 5a HYU^E.
Les diK^eiine^ hymnes dé l'églbc ont !« mérité de la simplicité , mais n'ont que celui-c^ là. il faut en cxcepfer quelques /?n)jc^ qui ont une heanté réelle , comme le Èies iras et le Veni, Èancte ^piriius.
Les nouvelles hymnes dohnent , pour la plupart , dans Pefxcèg coritraii'e à la simplicité : elles sont brillantées, ornées jusqu'au luxe , pleines d'imagination , dénuées de sen* timent, et, en deut molSj élégantes et froides. Les auteurs pensaient à Horace en les composant ; c'eût été à DUVid, et surtout à Moïse, qu'il eut fallu penser.
La fameuse hfmnt dfe Sâmetiil : Suipete , genres , e^t un amas d'aiitithèses qui ne répandent ni chaletir ni lumière ^ et le compliment à la Vierge ^
Intvare sanétûm tjuid paifehas , Facta Deiprius ipsa templum ?
est spirituel , tuais déplacé : ni l'enthousiasme lii la ^été n'oht de cet esprit-là.
Lorsque Vhfmne n*est pas sublime, elle doit être onctueuse et touchante: /lie doit prendre tour à tour le caractère- de Bossuet dansées Elévations d'une âmbàDieu, ou celui de FénéJon et de François de Saies dans leurs œuvres mystiques. ,