‹ Elémens de littérature (volume 5)Chapitre 4 sur 29 · HYPERBOLE · texte numérisé non relu

HYPERBOLE

mais exagérer, dans ce sens-là^ veut (dire aller aii-delà non de la Térité absolue , mais de la vérité relative. Celui qui exprime une chose comme il la sent n'exagère point , il rend fidèlement son sentiment ou sa pensée.

L'objet qu'il peint n'a pas tous les charmes qu'il lui attj-ibue ; le malheur dont il est accablé n'est pas aussi grand qu'il se Timagine;; le danger qui menace son ami ^. sa maîtresse,' ce qu'il a de chei', n'est ni aussi terrible ni aussi pressant qu*il le croit : mais ce n'est pas d'après la réalité même, c'est d'après son imagination qu'il les peint ; et pour en juger d'après lui et comme lui , on se met à sa place. Ainsi , dans l'excès de la passion , V hyperbole la plus insensée est elle-même l'expression de la nature et de la vérité.

Lorsque Despréaux a peint Vidylle comme une bergère en habit de fêté , il Ta parfaitement définie telle que nous la concevons.

IJne simplicité élégante en fait le caractère; et c'est par cette élégance, ennoblie , qu*elle se 45e distingue de Téglogue.

Chaque genre de poésie a son hypothèse distincte y et c*est ce qui en fait là différence. Or l'hypothèse de Féglogue et celle de V idylle ne sont pas la même.

Dans les temps et parmi des peuples où TexcessiTe inégalité des conditions et des fortunes n'aVait pas mis encore entre lés hommes •cette différence inhumaine à laquelle il est impossible de réfléchir sans s'attrister; dans des climats surtout où la beauté du ciel, la fertilité de la terre faisaient de la campagne lé plus délicieux séjour; où, d'un côté, l'heureuse ignorance- des besoins du luxe , et •de l'autre la facilité à vivre dans Taisance

avec peu de peine et de soin, rapprocliaient si fort rétat des bergers de celui des rois , que Jun touchait à Tautre; Téglogue et V idylle n'avaient pas deux hypothèses différentes , et ne devaient pas avoir deux noms.

Est venu le temps où dans la poésie cl^ampétre il a fallu non seulement distinguer V idylle de Téglogue , mais Tune et Tautre du ^ genre i'illageôis.

Les vices et ïes ridicules du peuple de la ville transmis au peuple des campagnes ,les astuces de riritérêf, les sottises deFamourpropre et de la vanité , les ititrigues dç la ga- - lanferie, lés dùpeHes réciproques, et dans tout cela , les mœurs paysannes combinées avec les mœurs bourgeoises, sont leèomique de Dancourt : rien ne ressemble moiûs à rinnoceftde et à fà simplicité pastorale ; et les modèles de ce (fornique , on les rencontre à cfiaqùe pas dans les environs de t'aris.

Mais pour trouvei* le sujet d'une égîogue , il feiit aller plus loin J encof e sont- ils rares partout : et quant aux Sûjetà de Yidytte , il n*en existe qu'en idée. Celles des idylles de Gesner qui. ont' quelque vérité soïit de simples églogues : Celles qui ont le pltîs de noblesse et d^élégance n'ont de modèle dans aucun pays.

j IDYLLE. 57

Dans les idylles de madame Deshoulières , la scène est an vîHage ; mais la femme sensible

f et tendre qnî parle atii ffifurs , aux ruisseaux , aux moutons , ri^est pas une de nos bergèrijs :

I c'est la mi^resse du cMteau.

' U idylle ne peut donc être prise que dans le

système fabuleux ou romanesque. Ce sont les bergers de Tempe , ou des bords du Lignon , que l'on y met en scène ; c'est le langage de TAminte , ou du Pastor .Fido , que parlent ces bergers ; et dians ce système , V idylle a sonrmerreilleux'coïmne l'épopée ; car elle est d'un tahps où non seulement les rois , mais les dieus! mêmes , daignaient tivre avec leis bergers :

HahUarunt Di quoqiu^ syWas, Dardaniusque Paris.

Ces* ainsi que Vidylle , comme nous l'eAtendônrs , sans cesser d*être simple , doit être noble et élégante.

Telle y aixnable]^en son. air , mais homhle daos so^ style ,, j Doit éclater sans pompe une él^ante idylle.

Elle ne inéle point dei^ diamans à sa parure , mais elle a un chapeau de fleurs. Voyez ! ioLocui:.

En -peinture^ Tcnicrs a fait. des scènes paysannes; Berghem , des églogues; le Poussin , des idylles : et pour exceller dans ce genre , il ne manquait à celui-ci que de petn- , dre les paysages, comme les Breugles et le Lorrain.

Dans les arts d^imitation la. vérité n'est rien , la vraisemblance est tout ; et non seulement on ne leur demande pas la réalité , mais oti ne veut pas même que la feinte en soit l'exacte ressemblance.

Dans la tragédie , on a très-bien observé que V illusion n*est pas complète; i® elle ne peut pas Fêtre , 2" elle ne doit pas Tétre. Elle ne peut pas l'être , parce qu'il est impossible de faire pleinement abstraction du lieu réel de la représentation théâtrale et de ses irrégularités. On a beau avoir l'imagination préoccupée , les yeux avertissent qu'on est à Paris , tandis que la scène est à Rome : et la preuve . qu'on n'oublie jamais l'acteur dans le personnage qu'il représente , c'est que dans l'instant même où l'on est le plus |mu , on

ILLUSION. * 5q

s'écrie : Ah ! que c'est bien joué ! On sait donc que ce n'est qu'un jeu : on n'applaudirait point Auguste , c'est donc Brisard qu'on applaudit.

Mais quand, par une ressemblance pai^faite, il serait possible de faire une pleine illusion , Tart devrs^it l'éviter, comme la sculpture l'évite en ne colorant pas le marbre, de * peur de le rendre effrayant.

E y. a tel spectacle dont V illusion tempérée est agréable , et dont V illusion pleine serait révoltante o^ péniblement douloureuse. Coin-, bien de personnes soutiennent le meurtre de Camille ou de Zaïre-, et les convulsions d'Inès empoisonnée , qui n'/uraient ^as la force de sputenir la vue d'une querelle san- ' glante , ou d'une simple agonie ? Il est .donc hors de doute que le plaisir du spectacle tragique tient à cette réflexion tacite et confuse', qui nous avertit que ce n'est qu'une feinte ^ et qui par là modère l'impression de la terreur et de la pitié.

Je sais bien que Téchafaud est la tragédie de la populace , et que des nations entières se sont amusées de combats de gladiateurs ; mais cet exercice de la sensibilité serait trop violent pour des âmes qu'une société douce

6o iLLUsiojr.

et Yojliiptuettse amollît , et qui denp^andent des

plâdsics délicats coiame leurs oi^anes.

Ce ne sera que lor^ue Fhabitude de ees plaisirs en aura émoussé le goût , et qa,e les âmes seront blasées , qu'on sera obligé d'employer, compile des ii^ueurs fortes, des may;ens yiolens de I;év€i^er en e^es une s^n-r sibilité presque éteinte; et c'est peut-être ainsi ^ que^ par la 4;o^:iJdauité -des jouissances et la satiété qpii les suit , un peuple poH se dçpraye et retourne à la barbarie.

Q^oi :quil en 3oit , il y a deux çfitpses à 4^s^;ing^e^ dans i'im^itation tragique, la yérité ab^ç(l{ne de ^'exen^le, .et la ressemblance im-* parfaite d^c l'kîatation. Orosmane, dans la foreur,^ 4fi ja^çi^sie , ;^ue Z^e , ,et l'instant d'âpre se tue lui-même de désespoir : voilà Vill^sion q\4 ne doit pas être complète. Un amour jaloux et furieux peut rendre féroce et barbai^e iinhpmme naturellement bon , sensible et ,généreu]c : voilà la vérité , d,ont rien ne nous détrompe , et dont l'impression nous reste , lors même qiie V illusion a cessé.

pans le comique, rien ne répugne i une pleine illusion ; et Tim pression du ridicule n'a pas besoin d'être tempérée comme celle du pathétique. Mais si d^s le eomique oi^ême

ILIiUSIOH. 6l

Viilwfîon était complète , le^sj^ectateur, troyai^t voir.la nature , «ouI^Ueraiti'art , et serait privé, ,par la force de ïiiiu^iony ^e Vup. des plaisirs .du spectacle. Ceci est comi^im à .tous îles genres.

Le plaisir d'être ^ii de çpra^n^ ^et ^e pitié sur les inalheurs de ses semblables, le.plfù^ir de rire $iux dépen^ 4^ faiblesses et des jçidicules d'autrui, ne ^nt pas les seuls que^uQ]!^ cause la scène : celi|iide voir à. quel degré ^ force», et de t'^rité ;p^uyeî»t ^IJear le .g4|^i^ rart,,ce)ui.d!admirer ^us letabl^ul^ ^Upériqrité^de la .peintiire sur le .modèle, SQffik perdu, si Villusiofi était complèle : ^t voilà .pourquqi., di^us ^rimitation niéme :^pi :réi|it , les accessoires qui,akèr<)nt la vérité, comnie la mesure de^ vers et' le inél^ge du n^eweilleu^ , i^iident f illusion plus douce; oari^i;^ aurions bien moki^ de plaisir à pr«n^e vfl.

l)eau po^me pour une histoire, qu'^ nqus souvenir çqnfilsément ,q|ie c'est uite ^ç^é^ticm du .génie.

rBour mieux m'entendre , imag^iez ,iu^e perspective si parfaitement peipte , que de Ipin eUe .vous .semble être .réeltement o^ un {nc^çeau !d'arclutectwe , ou un pay^ge élpigné : $Qi|t l'agrément de Tart sera perdu pour

6a ILLUSION.

vous dans ce- moment^ et vous n'enjouireE ' qtie lorsqu'en -approchant vous vous apercevrez que le pinceau vous en impose. Il en est de même de toute espèce>d'imitation : on veut jouir en même temps et de la nature et de Fart; on veut donc bien s'apercevoir que Fart se mêle avec la nature. Dans le comique même, il ne faut donc pas croire que la vérité de l'imitation en soit le mérite exclusif, et que le meilleur peintre de la nature soit le plus fidèle copiste : car si l'imitation était une parfaite ressemblance, il faudrait l'altérer exprès en .quelque chose , afin de laisser à rame le. sentiment confus de son erreur , et le plabir secret de voir avec quelle adrosse on la trompe. Il est pourtant vrai qu'on a plus à craindre de s'éloigner de la nature , que d'en approcher de trop près; mais entre la servitude et la licence , il y a une liberté sage , et cette liberté consiste à se permettre de choisir et d'embellir en imitant : c'est ce qu'a fait Molière, aussi-bien que Racine. Ni le Misanihrope^' ni \ Avare , ni le Tartufe , ne sont de serviks copies : dans les détails comme dans l'ensemble , dans les caractères ' eommie dans l'intrigue, ce sont des compositions phii ach«yées qu'on n'en peut voir dans la nature :

l£LU5IOJf. ç 63

la perfection y décèle Tart , et Ton' perdrait à ne pas Yj voir : pour en jouir , il faut qu on Taperçoive..

Mais jusqu'à quel point cette imitation peut>elle être embellie , sans que Taltération nuise à la vraisemblance et détruise V illusion? Cela tient beaucoup à l'opinion, à Thabitude, . à ridée que Ton a des possibles ; et la règle doit varier selon les lieux et les temps. La véritq même n'est pas toujours vraisemblable ; et à moins qu'elle ne soit très- connue j- elle n'est point admise si la vraisemblance n'y est pas. Dans les choses communes , il est aisé de conserver la vraisemblance ; mais dans l'extraordinaire et le merveilleux , c'est, une des plus grandes difficultés de l'art. Fajrez Vrai-,

SEMBLANGE.

Quelle est cependant cette àemx- illusion^ cette erreur continue et sans cesse mêlée d'une réflexion qui la dément, cette façon d'être trompé et de ne l'être pas? C'est quelque chose de si étrange en aj^arence et de si subtil en effet, qu'on est. tenté de le prendre pour, un être de raison ; et pourtant riea de plus réel. Chacun de uous n'a qu'à se souvenir qu'il lui est arrivé bien souvent de dire, en, même temps qu^'il pleurait ou qu'il frémU-

sait, à Métope : Ahî que cela est beau ! ce n'était pas la vétité qui était belle; car ii n'est pas beaa qu'une femme aille tuer xûi yenne homme , ni qu'une mère reconnaisse son fils au moment de le poignarder. C'était donc bien de Timitatioik' que l'on parlait ; et pour cela, ii fallait se dire à soi-^méme , c*est un memo/tge; et tout en te disant, on pleurait et on frémissait.

Fôttr expliquer ce phénomène , on a dit que V illusion rt la i*éflexion n'étaient pas simultanées, mais^ alternatives dans l'âme : subtHké graîttïite ; car sans ces oscillations conti»liuelles et rapifdes de l'erreur àfe vérité , leur mélange actuel s'explique , et l'on va voir qu'il est dans la nature.

L'âme est susceptible à la fois de <ËYerses impressions : par exemple , lorsqu'on entend une beBe musiqtie , 'et qu'eïi regardant une ' jolie femme on' boit d'un vin déKcieux , ces tfois plaisirs sont distinctement et simultanément go^és. Il» se nuisent pourtant l'nn à Taulre ; et moiits les impresÂons simultanées sont analogues, inoins îe sentiment en est vif : en sorte que si eHes sont contraires , le partage de la sensibilité entre elles est quelquefois si inégal , que Fune effleure i peine

' i£i>usioif. 6S

rame, tahdis que l'autre s'en s^sit.ct la pénètre profondémeni»

. En TOUS promenant à là oampagne^ qu'unr objet vous frappe et vous plonge dans la méditation , tcRR» le» autresi objets fue tous aper-cevreï passeront! «accessWenient devant vos yeUx sans vous distraire. Vous les aurez vuscependant, et ebacun d'eux aui^a laissé sa trace d«is votre souvenir. Que sera^t-il done arrivé ? qu'à cbaqtie instant rame aura eu deuit pensées , Tune fixe et profonde ; l'anû^e léger» et. fngitrre. Au contraire , je vous suppose plua légèrement occupé : l'idée qui vous suit ne laisse pa$ d'être continue et toujours présente 'y mais rimpr^uon accidentelle de nouveaux objets est d'autant plus- vive à Son tour, que la première est moin& profonde.

C'est ainsi qu'au spectacle deux pensées sont présentes à l'àme. L'une est que voua êtes venu voir représenter une £able , que le lieu réel de Faction est une salle de spectacle, que tous ceux qui vous environnent vimneUt' s'amuser comme vous, que les personnages que vous voyez sont des oomé<|iens, que les colonnes du palaia qu'on vous représente sont des couHsses peintes , que ces scènes ton- . ebanlesou terribles [ qne vous applaudissez

sont un poëmc composé à plaisir: tout cela est la vérité. L'autre pensée est V illusion : savoir, que ce palais est celui de^Mérope , que la femme que vous voyez si affligée est Mérope ' eile-^léme , que les paroles que vous entendez sont Texpression de sa douleuï*. Or, de ces deux pensées, il faut que la. dernière soit la dominante; et par conséquent le soin com-^ Kiun du poète , de Tacteur , du décorateur , doit être de fortifier rimpression. des vraisemblances et d'affaiblir celle des réa^tés.

Pour cela, le moyen le plus sûr,, comme le plus facile , serait de copier fidèlement et ser* vilement la nature; et c'est là tout ce t|u*on a . su faire quand le goût n'était pas formé.: Mais je l'ai dit: souvent , je le répète encore : la nature a mille détails ^ui seraient vrais, qui rendraient même l'imitation plus vraisemblable, et qu'il faut pourtant éloigner , parce qu'ils manquent d'agrément, ou d'intérêt, ou de décence,' et que nous cberchons au théâtre et dans rimitation poétique en général une nature exquisç, curieuse et intéressante.

Le secret du génie n'est donc pas d'asservir, mais d'animer son imitation : car plus rri/âf^ sion est vive et forte , plus elle agit sur l'âme, et par conséquent moins elle laisse de liberté

à la' réflexion et de prise à la vérité. Quelle impresision peuvent faire de légères invrai- * semblanccs sur des esprits émus., . troublés d'étonnement et de terreur? j\*avons-nous pas Vu de nos jours Phèdre expirante , au milieu d'une foule de petitSrmaîtrcsPN'avonsnqus pas yu Mérope , le poignard à la main^ fendre la presse de nos jeunes seigneurs, pour percer le coeur de son fils? et Mérope nous ^faisait frémir , et Plièdre nous arrachait, des ^ larmes. 1

Cest sur. ces exemples que se fondent ceux qui se moquent des bieiîséa|nces et des vraisemblances théâtrales : mais, si , dans ces mq^ mens de trouble et de terreur,, Târae, trop occupée du grand intérêt de la scène , ne fait aucune attention à ses irrégularités , il y a. des momens plus tranquilles, où le bon sens: en est blessé : la réflexion reprend alors tout son empire , la vérité détruit V illusion : or YiUusion , une fois détruite , i^ie s« reproduit pas l'instant d'après avec la même force; et il n'y a- nulle compar£|ison entre un spectacle, aiïi elle est soutenue , et .un spectacle. où à chaque instant on est trompé et détrompé.

ï^ilkiston , comme je .l'ai dit , n'a pas be* soin* d'être complète. «On ne doit. donc paA

s'inquiéter des invraisemblances forcées , et Ton peut se p<*rraettre celles qui contribuent à dtfnner au spectacle plus d'intérêt ou c^agrément.

Maïs quoi qu'on fasise pour en huposer , il est rare que YiUasiôn soît trop forte : on fait donc bien d'être sévère sur ce qui intéresse la •vraisemblance, et de n'accorder à Tart que les licences heureuses d'où résulte quckjue beauté.

Il faut se figurer qu'il y a sans cesse , dans rimîtation théâtrale , un combat entre la vérité et le mensonge : des deux im])ressions, afTaiblir celle qui doit céder , fortifier celle que l'on veut qui domine , voiîà le point o« se réunissent foutes les règles de l'art par rapport à la t^ai5em:blance , dont YiUusion est l'effet.

Quant aux moyens qu'on doit exclure , il en est qui rendent l'imitation trop «Payante et horriblement vraie , comme lorsque sous l^abit de l'acteur qui doit paraître se tuer , on cache une vessie pleine de sang , et que le sang inonde le théâtre ; il en est qui rendent grossièrement et bassement une nature dégoûtante , comme lorsqu'>on produit sur la scène l'ivrognerie et la débauche ; il en est

IMA01S. j6gj

qui soiàt pris datis un- naturel irisipidft et trivial , doni l'unique mérite e8% une plate vérité , connue lorscfa'on iwprésente ce qui se passe communément parmi le peuple. Tout cela doit étM. interdit à' rimitation poétique / dont le but est de plaire, non pas seulement à la multitude, mais aux esprits lès plus cultivés et aux âmes les plus sensi^es : suecès qu^ellë ne peut avoir qtt'auiant qu'elfe est décente , kâgéniense , exquise , digne , en un mot , qu'u»e raison perfenstipnnée et un sfentiment délicat en chérissent IV/Âf^zbft.

ïfiipwks Lon^n , ow » compris sous le nom, ^inpage tout ce qii'en poésie' on appelle' €Îescnption9 eX tadleoua^. Mais en parlant dU coloris du style , ©n attaché » ce mot une idée, beaucoup» plus précise , et par image an entend cette espèce de métaphore qui' , pour donner di la ^«ouleur à fa pensée , el rendre un obj^t sensible s'il ne Kest pas , ou plus-sensible s'il ne Fe&l pas: asse^' , le peint soû&'des traits qui ne sont pas: ]«s sien^ ». mais ceux 4'mi objet analogue*

La iliort de Laocoon , dans l'Enéide ,- est un tableau»; la petnture des serpens qui viennent rétouffer est une description ; Laocoon ardens est une image,

. Il est bien vrai que toute description n'est pas une peinture : Tanatomiste j le mécanicien décrivent et rie peignent pas , et c'est en faisant cette distinction que Boileau a dit très'injustement : Virgile peint ^ et le Tasse décrit. Mais nous parlons ici des descriptions animées par la poésie ou par l'éloquence.

Or , dans ce sens , la description diffère du tableau , en ce que le tableau n'a qu'un moment et qu'un, lieu fixe. Ainsi la description peut être une suite de tableaux ; le tableau peut être un composé limages ; V image elle-même peut former un tableau. Mais V image est le voile matériel d'une idée , au lieu que la description €t le tableau ne sont, le plus souvent , que le miroir de l'objet même.

Toute image est une métaphore ; mais ^ toute métaphore n'est point une image. Il y a des translations de mots qui ne présentant leur nouvel objet que tel qu'il est en lui-même, oomme par exemple la clef d'une voûte , le pied d'une montagne , au lieu que l'expression qui fait image peint avec les couleurs de

son premier objet la nouvelle idée à laquelle on l'attache , comme dans cette sentence diphicrate : Une armée ^de cerfs conduite par un lion est plus à craindre qu* une armée de riions conduite par un cerf; et dans cette réponse d'Agësilas , à qui Ton demandait pourquoi Lacédémone n'avait point de muraiUes : Voilà ( en montrant ses soldats ) les murailles de Laoédémone,

L'{V/iâgv suppose une ressemblance , renfei^me une comparaison, et de la^justéssede la comparaison dépend la clarté , la transparence de V image. Mais la comparaison est sous-entendue , indiquée ou développée. On dit d*un bomme en colère : il rugit ; on dit de méine : c*est un lion ; on dit encore : tel qu'un lion altéré de sang\ etc. // rugit suppose la comparaison ; (^est un lion j l'indiqup ; tel qu'un lion, la développe.

On demandera peut-être : Quelle ressemblance peut-il y avoir entre une idée méta<physique ou un sentiment moral et un objet matériel ?

i" Une ressemblance d'eflet dans leur ma* nière d'agir sur l'âme. Si par exemple le génie d*un homme ou son éloquence débrouille , dans i^on entendeiiient , le ahsîbs de^ mes

.pensées , en dUsipe Tobscui^ité , les rend distinctes et sensibles à mon imagination y m'en^^itaper-^evoir et saisir les rapports , je .me rappelle T^et que le soleil.^ >efi se kvant , produit sur le tableau de la nature ; je,trouire qu'ils font éclore , Tun à mes yejtix , l'autre à mon esprit;, une foule d'objets rnouveiuix , et je dis de. ce. génie créateur et fécond qu'ils e»t lumineux, comme je 4e dis.du 30leil. >X«oisqueje gpûj^e de l'absynthe , la sensation d'à- .mertume que mpn âme en reçoit Ini.déplMit et. lui donne, ppur la même boisson, uiie répiignaiiee presque .invincible ; s'il arrive donc que le/regret d|un bion qite j'oi pi^du me cause unq sejr>sation affligeante et pénible , et une forte répngnsmce pour ee qui) peut me rappeler le. souvenir de mon malbeur , je dis ' de; ce regret qu'il «steamer , jet; l'analogie de l'expression ayec le gentiment est ^A^ndée wr la ressembliance des; testions de Tâme. L'effet naturel des passif^s. est en \nons; bien souvent le même que celui des impressions des objets du dehors : l'amour, la colère, le dé$ir.tif»2ent lont sur le.sang l'effjat d^nn^tcbajenr/irrlente; la frayeur > c4ui .d:»iîi , .giwd fiH>y. Déjà toutes ces rmétapbores. de brûler de colère , diinpatwmce , et d amour ; d'être glacé d'ef-

Jroi ^ de frissonner de cxamte. Voilà ce que j'entends par la ressemblance d'e^fet.Cestftousce rapport que me semble aus» juste qu'ingénieuse la réponse de Marius , à qui T-on- reprochait d'avoir ^ daiis la guerre des Cîmbres , donné- le droit de bourgeoisie à Rome à mille étrangers qui s^étaient distingués, ff Les lois , lui disai^nan , défendent pareille cbose. » Il .répondit que le bruit des armes rivait empécbé d'entendre ce que disaient les lois.

2° tFae ressemblance dç mouvement. On vîent de voi^* que la première analogie des images porte sur le caractèire des sensations. Celle-^i porte sur leur durée et leur succession •plus lente ou plus rapide. Si nous observons d'aliojçd une analogie naturelle entre la progression de Ueu et la progression de temps , entre Fétfjndue successive et l'étendue perma- DiCnte , l'une peut donc être V image de Tautre, et le lieu nous peindra le temps. Un sourd et muet de naissance ,. pour exprimer- le passé , montrait l'espace qui était derrière lui, et Fespace qui était devant pour exprimer l'avenir. Nous les désignons à peu près de même : Les temps reculés. J'avance en âge.

Les années s'écoulent. Quoi de plus clair et

1^4 IMAOÏ.,

de plus juste tjne cette image dont se . sert Moiitagne , poiir dire qu'il s'occupe agréa- . bletnent du passé , sans s'inquiéter ât Tatvenir ? Les ans peuvent m'entMtner , mais h reculons. Cette aiialagie est dans la nature, parce que les objets se succèdent pour m6î flans l'espace comme dans la durée , et que ma pensée opère de même pour les conceroir dans leur ordre , soit qu'ils existent ensemble en divers lieux , ou soit que , dans un , même lieu , ils existent en divers temps.

ir j a de plus une correspondance naturelle entre la vitesse ou la lenteur des roonvemens du corps , et la vitesse ou la lenteur des i^^uvemens de l'âme; et en cela le pb!]rsi€[ue é| \e moral , l'intellectuel et le sensible t>nt une parfaite analogie entre eux , et par conséquent un rapport natàrellement établi entre les idées et les images. Voyez analogie.

Mais souvent la facilité d'apercevoir une idée sous une image est un effet de Thàbitude et suppose une convention. De -là vient que toutes les images nt-peavent ni ne doivent être transpèantées d'nne lafngue dans une autre langue , et lorsqu'oh dit qu'Une image né saurait se tradmi*e , ce n'c^t pas tant la àr-^ sette des mots qui s'y oppose , que le défaut

IJfAGE. . 75

d'exerdce éaus la Uaisçn de dieux idées»

Toute image tirée des coutumes étrongères n'est r|^ue parmi nous que par adoption , et si les esprits n^y sont pas habitués^ le rapport en sera difÇcile à saisir. Hospitalier exprime une idée claire en français comme en latin , daps son acception, primitive. On dit : Les dieux hospitaliers , un peuple hospitalier ; mais cette idée ne nous est pas assez familière pour se présenter d'abord , à propos d-un.

arbre qui donne asile aux voya^urs .: ainsi Vumbnun hospitalem d'Hprace , traduit à la lettre par un ombrage hospitalier ^ ne serait pas entendu sans le secours de la réflexion»

Il arrive aussi que ^ dans une langue , l'opinion attache du ridicule ou de la bassesse à des images, qui, dans une 4iutre langue, n'ouit rien ^ que -dç noble et de décent Xa métaphore de ces deux vers de Corneille :

Sur. les noires coulears d'un si triste tableau

n faut passer l'éponge , ou tirer le rideau , —

n'aurait pas été soutenable chez les Romains, où V éponge étai| un mot sale. . '

Que les araignées fassent désormais leur toile sur nos lances et sur nos boucliers , disaient les Grecs dans un 'chœur de tragédie.

Cette image ne serait plus soufferte dans la poésie héroïque.

Les anciens se donnaient une liceivpe que notre langue n'admet pas : dès qu'un même objet fallait sur les sens deux impressions simultanées , ils attribuaient indistinctement Tune à Tautre. Par exemple , ils disaient à leur choix : un ombrage frais ou. une fraîcheur sombre , frigus opacum. Ils disaient :

trépidus horror , une tremblante haiTeur. Ils disaient d'une forêt ," qu'elle était obscurcie d'une noire frayeur , au Keu de dire qu'elle était effrayante par son obscurité profonde , caligantem nigra' formidine lucum ; c'était prendre la^ cause pour l'effet. Nous sommes plus difficiles , et ce qui pour eux était une élégance serait pour nous uU 'contre-sens.

IVous n'avons pas laissé d'imiter quelquefois cette hardiesse. Racine a dit :

De ses jeunes erreurs désormais revenu.

Les anciens attribuaient aussi l'action même à ce qui n'en était que le sujet passif. Ils disaient : le trait fuit de la main : telum rnanufugit , et nous disons con[ime eux : Le coup part, la parole m'échappe , le trait lui échappe de la main.

Telle image est claire , comme expression simple, qui s'obscurcit dès»^ qu'on veut retendre. S enivrer de louanges est une façon de parler familière ; s* enivrer est pris là pour tin terme primitif j celui qui l'entend ne soi^pçonne pas qu'on lui présente la louango coinme une liqueur ou comme un parfum.

Mais si vous suivez Vimage , et qiie vous disiez : Un roi s'enivre des louanges que lui versent les flatteurs , ou que^les.flatteurs lui font respirer , vous éprouverez que celui qui a reçu s*erç,vrer de louange sans difficulté , sera étonné d'entendre verser la lot^ange , respirer la louange , et qu'il aura besoin de réflexion pour sentir que l'un est la suite de l'autre. La difficulté ou la lenteur de la conception vient alors de ce que le terme moyen est sous-ep tendu : verser et s* enivrer 2JinoncQnl une liqueur ; dans respirerai s'enivrer c'est une vapeur qu'on suppose. Que la liqueur ou la vapeur soit expressément énoncée , l'analogie des termes devient claire et frappante par le lien qui les unit. Un roi s*enivre d^ poison de la louange que lui versent les flatteurs ; un im, s'enivre du parfum de la louange qufi les flatteurs lui font respirer : tout cela n'est-îl p«?s naturel et sensible' ?

7# IJtfAGB.

, Le nectar que l'on aert au mattre du tonnerre , . Et dont nous enivrons tous les ^ux de la terre^ C'est la louange , Iris.

La Fontaine.

Démosthène a employé le terme moyen ^ • lorsqu'il a dit d'Ëschine : // sfomit contre \ fHm la vieille lie tie ses noirceurs ; mais il j s'en est dispensé , en disant de Philippe : // * boit sans peine les affronts. Aujourd'hui., ! boire les affronts et vomir les injures sont î des iméiges reçues dans les langues modernes^ j et familières dans U n6^e.' j

Les langues , à les analyser avec soin , ne ; sont presque tontes qu'un recueil d'images que l'habitude a mises au rang des dénomi- :

nations primitives ^ et que Ton emploie sans ■ ^en apercevoir. Quem ( usum ) nécessitas genuit , inopia coa^ta et angusûis ; post aut^m delectatio jucunditasque celebravit. , (Cicer. ) Il y en a de si hi^rdies , que les', .poètes n'oseraient les risquer si elles n'étaient pas reçues. Les philosophes en usent eux- , mêmes comme de ternes abstraits : percep- ^ tion , réflexion , attention , induction , tout cda est pris de la matière. On dit suspendre, précipiter son jugement , balancer les opinions , les recueillir , etc. On dit que Vâtr^

IXAGB. 79.

S* élève , quA les idées s^ élèvent , que le.^énie étincelle , que Dieu vole sur les ailes des vents , qvCil habite en lui-même ^ que son souffle anime la matière , que sa voix commande ait néant Tout cela est familier non seulement à la philosophie la plus exacte , mais à la théologie la plus austère. Ainsi , à l'exception de quelques termes abstraits , le plus souvent confus et vagues , tous les signes de nos idées sont empruntés des objets sen- . sibles. Il n*y a donc, pour Temploi des images usitées y d*autres ménagemens à garder que .les convfeqa^ces du style.

Il est des imagos qu'il faut laisser au peu?pie ; il en. esf qu'il faut réserver au langage héroïque ) il en est de communes à tous les styles et à tous les tons. Mais c'est au goût , formé par l'usage , à distinguer ces nucuiees.

Quant au choix des images rarement employées , ou nouvellement introduites dans .une langue , il faut y apporter beaucoup plus de circonspection et de sévérité. Que les images reçues ne soient point exactes^ que l'on dise de l'esprit , qu'<i/ est solide ; de la pensée , qu'^^/e est hardie ; de l'attention , qoiéUe est profonde. Celui qui emploie ces Jimages n'en garantit pas la jiistesse , et si qa'

8o ÏMAGÏ.

lui demande pourquoi il attribuera solidité » ce qu'il appelle uh ' souffle ( spiritus ) , la hardiesse à Tâctionde penser {cogitare)^, la profondeur à la direction du mouvement ( tende re ad) , car tel est le sens primitif d'esprit , de pensée et d'attention ; il n'a

; qu'un mot à répondre : Cela est reçu ; je

parle ma langue.

*Mâis s'il emploie de nouvelles images , on a droit d'exiger de lui qu'elles soient justes , claires, sensibles et d'accord avec elles-mêmes. C'est à quoi les écrivains , même les plus attentifs , ont manqué plus d'une fois.

Je viens de lire , dans Brumoi , que la comédie grecque , dans son troisième âge , cessa dêtre une mégère^ et devint, .... quoi ? un miroir. Quelle analogie y a-t-il entre un miroir et une mégère ?

Il y a des images qui , sans être précisément fhusses , n'ont pas cette vérité sensible . qui doit nous saisir au premier coup d*oeil.

Vous représentez-vous un jour vaste par le silence : dies per silentium vas tus ? II. .est vrai que ,* le jour des funérailles de Germanicus , Rome dut être changée en une vaste

. solitude , par Je silence qui régnait dans ses murs ; mais aprèô avoir dévclopjsé la pcn-«

IMAGC. 8l

sëe de Tacite , on ne saisit point encore son image,

La Fontaine semble Tavoir prise de Tacite :

Ci9.\çatz le fond des bois et leur vaste silence.

Mais ici V image est claire et juste : on se transporte au milieu d une solitude immense , où le silence règne au loin ; et silence vaste , qui parait hardi , est beaucoup plus sensible que silence profond , qui est devenu si familier.

Tacite lui-même a dit ailleurs : silentium va^ft/Tw; et Lucain après 4ui :

Cœsar, soUicitoper vasta yiUntia gresfu „ F'ix/amuUs audemàt parât

Traduisez Tibi rideni œquora- ponti de Lucrèce : la mer prend une face riante , est une façon de parler très- claire en elle-même , et qui cependant ne peint rien. La mer est paisible, mais elle ne rit point; et dans aucune langue rident ne peut se traduire , à moins qu'on ne change l'image. Il n'en est pas de même de la suivante :

Tibi Dedala tellus Submiftit^ores.

Dtfitingaons cependant une image confiaM d'une ima^e Yague. Celle-ci peut être claire > , quoique indéfinie : V étendue , V élévation, la profondeur, sont des termes vagues, mais clairs : il faut même bien se garder de déterminer certaines expressions dont le vague fait toute la force. Omnia pontus erat, tout n'était qu* un Océan, dit Ovide en parlant du déluge; tout ét^it Dieu, excepté Dieu même , dit Bossuet en parlant des siècles d'idolâtrie ; je ne vois le tout de rien , dit Montaigne; et Lucrèce, pour exprimer la gran*deur du système d'Épicure :

. . . . ^ Extra

Processit longe Jlammantia mcenia mundi,

Atqtte ontne immensum peragravit mente animoque.

Du monde il a franchi la barrière enflammée , Et s6n âme a d*iin vol parcouru l'infini.

N'oublions pas cet effrayant tableau que fait le P. La Rue du pécheur après sa mort :

Environné de r éternité , et rC ayant que son pécké entre sonD ieu et lui. N'oublions pas non plus cette réponse d'un moine de la Trappe, à qui l'on demandait ce qu'il avait fait là depuis quarante ans qu'il y était. Cogitavi jdf.es antiquos ^ et annos œtemçs in mente

hmbm. C'est le vague et Timmensité. de ees images qui en fait lalbree et la subliviité.

Potir s'assurer de la justesse et de la clarté d'une irnageen elie-mème, il faut se deman* der en écrivant : Que fais-je de mon idée? une eolonnè ? un ieuve ? une plante ? h'imajge ne doit rien présenter qui ne conyienne à la plante, à la colonne ^ au fleure, etc. JLa règle est simple, sûre et facile ; rien n'est pluç comtmun cependant que de ia -voir négliger ^ et stotout par les commencans fuî n'ont pas fait de leur langue une étude philosophique. . "

L'analogie de Y image avec l'idée eiigis en* core plus d'attention que la ju&tessé de Yimage en elle-même, comme étant plus difficile à saisir. J'ai dit que toute image su^pos<^ unt ressemblance, ainsi que toute <;6mparaisoB ; mais la comparaison développe les rapports ^ V image ne fait que les indiquer: il faut donc que Yimage soit au moins aussi juste que la oosnpavaison peut Fétre ; quelquefois néme la justesse n'y suffît pas , si le rapport est trop éloir gaé^ ou s'il n'est pas s^sez-cpunu. Les Greci appelaient lé poète^ Alcée la queue du Uon^ pour exprimer qlie o^était lui qui les animait aux combats ; et quoique , dans ie même sens et par la même ailusion^ no.us4isioiis se battre

les flancs , là quene du lion ne réveillerait paâ en nous la même idée. Mais que le bouclier fût là coupe de Mars , cette image de la discipline est intelligible pour nous, li'image qui ne s'applique pas exactement à l'idée qu'elle enveloppe l'obscurcit au lieu de la Tendre sensible : il faut que le yoile né fesse aucun pli , ou que du moins , ppur parter le langage des peintres ^ le nu soit bien ressenti sous la draperie.

' Après la justesse et la clarté d^ V image , je place la vivacité* L'effet que l'on se propo&ie étant d'affecter l'imagination , les traits qui l'affectent le plus doivent avoir la préférence. Tous les sens contribuent proportionnellement au langage figuré. Nous disons le coloris des idées , la voix du remords , la dujeté de Vâme , la douceur du caractère, V odeur de la bonne renommée. Mais les objets de la vue, plus clairs, plus vifs et plus distincts , ont l'avantage de se graver plus avant dans la mémoire, et de se retracer plus facilement. La vue esX par excellence le sens, de l'imagination ; et les objets qui se communiquent à l'âme par l'entremise des yeux vont s'y peindre comme dans un miroir : .aussi la vue est^lle celui de tous les sens qui enri-

fihit le plus le langage poétique. Après la vue, c*ést le touclier ; après le toucher c'est f oiue ; après Touïe, vient le goût; et l'odorat, le plus faible de tous, fournit à peine une image entre mille. Parmi les objets dn même sens, il e*i est de plus vife , de plus frappans , de plus favorables à la peinture; hiais le choix en est au-'dessus des règles : c'est au sentiment seul à le déterminer.

Observons^ seulement que de tous les sens le seul dont' les dégoûts soient insoutenables à la pensée , c'est l'odorat , et que la réminiscence d'un objet fétide est; la seule qui nous^ répugne invinciblement. Nous supportons

Un horrible mélange D'os et de chairs meui'tris et traînés dans la fange ^

nous ne supportons pas

De montagnes de morts prirés d'honneurs suprêmes. Que la nature forée à se veager eu^x-mômes , £t dont les troncs pouris exhalent dans les vents De quoi faire la guerre au reste des vivans.

Cest peu que Vimage soit une expression juste , il faut encore qu'elle soit une expression naturelle, c'est-à-dire qu'elle paraisse avoir dû se présenter d'elle-même à celui qui

remploie. Les pçiatres. nous . donnent un exepil>ie de la propriété des images : ils oou- P' ronaeiit les naïades de pierle&et de corail; les bergères , de fleurs 3 )e& pién^de^ , de pampre; Uranie, d'ié toiles, etc.

LesprQductions^ les accidens^ les.p)iéiiomènes de ia nature difFèreat suiyant Bas c^irmats., Il n'es^ .pas vraisemblable que . deifx amans qui n'ont jamais dû voir des palmiers en tirent Vimage de leur .union. Il ne ^onyient qi^'au peupjje du Levant , ou à des esr prits versés dans, la poésie osie^tale , d'exprir mer Iç. rapport des deu;x extrêmes par l'image du .cèd^e et de Th^i^ope.

L'habitai^t d'un climat j)luvieux compare la vue de ce qu'il aime à la vue d'un ciel sans nuages; Hiabîtant d'un climat brûlant la compare à la rosée. A la Chine, un empereur qui fait la joie et le bonheur de son peuple est semblable, au vent du midi. Voyez combien sont opposées Tune à l'antre les idées que présente V image d'un fleuve d^ordé , à un berger des bords du Nil , et à un berger des bord» de la Loire. Il en est de même de toutes les images locjiles; et Ton ne doit les transplanter qu'avec beaucoiup de précaution.

Les images sont au$si plus ou moins familières, suivant les mœurs, lés opinions, les

usage» ,ieâ eoMditiens , etc. Un peuple guér- " lier , to peuple pastear , «n peuple matelot, ont chacnn leurs images habituelles : ils les tirent des objets -^i les occapent, cpiî les affectent, qui les intéressent le phis. tJnchasseitr amôBretcc se compare au cerf qu'A a blessé :

Portant partoutle t rait «Jont je suis déchiré^

I7n berger dans fci même situation se compare \aipc fleurs exposées^ à «n vent brûlant qui les ^consume.' ^

. .' . . *■ Fhrih^s €autrwn Perditus immisi. yi^Cf*

C'est ce qu'on doit observer ayec un soin fiarticnlier dans la poésie dramatique. Brètannicus ne doit pas être écrît comme 'AthaUCy ni Polyeucte comme Cinna, Aussi les bons poètes n'ont-ils pas manqué de prendre la couleur des lieux et des temps ^ soit de propos délibéré, soit pa(r sentiment et par goût, l'imagination remplie de leur sujet , Tesprit imbu de^la lecture des auteurs qui devaient leur donner le ton. On reconnaît les prophètes dans AthaUe ^ Tacite dans Britanni- €us, Sénèque dans Cinna, et dans Polyeucte tout ce que le dogme et la morale de TEvangile ont de sublima et de touchant.

C'est un teureux choix d'images inuùtées parmi nous , mais rendues naturelles par ces* convenances, qpi fait la. piagie du style de Mahomet et à*Alzire, et qui manque peut^ être à celui d« Bajazet. Groirait-on que les harangues des sauvages de rAmérîque fussent du. même style que le rôle de Zamore ? En voici un exemple frappant. On propose à Tune de ces nations de changer de demeure; le chef des sauvages répond : «Cette terre nous a nourris , Ton veut que nous l'abandonnions ! Qu'on la fasse creuser , on trouvera dans son sein les osseméns de nos pères. Faut- il donc que lés osseméns de nos pères se lèvent pour nous suivre dans luie terre étrangère ? » Virgile a dit de ceux qui se donnent la mort :

Lucemque pcrosi

Projecere animas.

Ils ont fui la lumière et rejeté leur àme.

Les sauvages disent en se dévouant à la guerrcr Je jette mon corps tain de moi.

On a loi) g- temps attribué les figures du style oriental au climat^ mais on a trouvé des images aussi hardies dans "les poésies des

Islandais , dans celles des anciens Ecossais , et dans les harangues des sauvages du Ca-> n^dsL, que dans les écrits des Persans et des Arabes. Moins les peuples sont civilisés, plus, leur langage est figuré, sensible. C'est à mesure qulls s'éloignent de la nature, et non pas à mesure qu ils s'éloignent du soleil , que leurs idées, se dépouillent de cette écorce dont

, elles étaient revêtues , comme pour tombée sous les sens. . i

Il y a des phénomènes dans la nature, des opérations dans les arts, qui, quoique présens à tous les hommes , ne frappent vive-" ment que les yeux des philosophes'ou des ar^ tistes. Ces idées , d'abord réservées au langage des arts. et des sciences, ne doivent passer dans le style oratoire ou poétique qu'à me-, sure que la lumière des sciences et des arts se répand dans la société. L&ressort de la montre , la boussole , le télescope , le prisme, etc. ,

' foiomissent aujourd'hui au langage faïnilier des images aussi n^aturelles , aussi i^eu recherchées que celleii'^u miroir et de la balance. Mais il ne faut hasarder ces translations nouvelles qu'avec la certitude que les deux termes soient bien connus , e1i!»quc le rapport en soit juste et sensible.

go ' IMAGE.

^ Le poète lui seul , comme po^, [leutem^ ployer les images de tous les temps , de tous les lieux , de toutes les situations de la vie. De là vient que les morceaux é|âqyes ou lyriques , dans lesquels le poète parle lui-même en qualité d'homme inspiré, sont les phss.

abondans, les {ilus variés en images. Il a e«pendant lui-même dc^ ménagemens à gafdBr.

I" Les objets d'où il emprunte ses mé- .

tapHpres doivent être présens aux esprits cultivés.

a« S'il adopte un système , comme il y est souvent obligé, cekn, par exemple, de la théologie ou celui de la mythologie , celui de-. Newton , il se borne Itti-iâéme dans le chpii^ des images , et s'interdit tout ce qui n'est pas . analogue ausyst^e qu'il a suivi.

Quoi qbe le liante ait vouhi iguverpar^ THélicon , par Uranie , et par le ekœur des . mui^, ce n'est pas dans un suj«t conupe celui du ptirgatoive qu'il es^t déçimf de \eê i^> vpquer.

3» Les images que 'l'on emploie doivent être du ton général de la chose ^ ëlev^ dans le noble , simples dans le iatHMiér, siibl^s dans l'enthousiasme ,

Si cette règle a des exceptions , elles regar-

IMAGE. gi

<knt plus la comparaison que l'image : car V image n'a pas k temps de peindre et d'en^ noblir, comme fait la comparaison. Il faut pins d'un mot pour rendre noble et belle la ressemblance de riirésolution d^Èaée avec le mouvement de la lumière, réflëchie pa^* la .Aui&ce de l'eau dont un yase est rempli.

. Aiqtie animum nunc hue celèrent , nunc dividit Ulufi, Inpartesque rapit varias , perque omnia versât. .^Sicttt aquei tremulum f abris, nbi lumen àkenis, ..Sbiff repereussuru , aut rwUatUis imagina lunut .Omnia pervolitat late loea :jamque sub auras ^Erigitur^ summique ferit laquearia tecti.

Virg.

4® Si Iç poète adopte un perâcmnage , un .caractère , son langage est assujetti aux mêmes^ «convenances que- le style dramatique : il ne i^CHt de servir alors, pour peindre ses'sentipi^s et ses idées, que àes images quisoht

'^présentes au personnage qn il a pns.

è« Les images sont d'autant plus frappan- -tes que les objets en sont plus lamiliers ; et .comme on écrit surtout . pour son p^ys , le ' style poétique doit avoir naturellement une

- ^couleur natale. Cette réfieiion a fait dire à un homme de goût, qu'il serait à souhaiter pour Ja poésie française que Paris fût un port d«

ga ' IMAdE.

mer. C'est de toutes ces relations, observées , avec soin, que résuite l'art d'employer les images et de les placer à propos.

Mais une règle plus délicate et plus difficile à J)rescrire , c'est l'économie et la sobriété dans la distribution des images. Si Tobjet dç l'idée est de ceux que l'imagination saisit et retrace aisément et sans confusion , il n'a besoin pour la frapper que de son expression naturelle ; et le coloris étranger de Vimage n'est plus que de la décoration : mais si l'objet , quoique sensible par lui-même , ne se présente à l'imagination que faiblement, confusément, successivement, ou avec peine, Vimage qui le peint avec force , avec éclat , ramassé comme en un seul point, cette image vive et lumineuse éclaire et soulage l'esprit autant qu*clle embellit le style. C'est ce qui rend si admirable cette sentence de Bftcon : Celui qui a épousé une /emme , et qui a mis des en/ans au jour, a donné* des otages à la fortune.

On conçoit sans peine les inquiétudes et les soucis dont l'ambitieux est agité ^ mais combien l'idée en est plus sensible, quand on les voit voltiger sous des lambris dorés et dans 'les plis des rideaux de pourpre .'

IMA6E. 9^

iVo» eni^ gozoBi neque consularis Summovet liclor ntiserùs tumulius Mentis , et curas laqueata circum

Ttcta yofanteSf v Horace.

La Fontaine dit en. parlant du yenyage :

On fait un peu de brnit , et puis op te console.

Mais il ajoute :

Sur les ailes du temps la tristesse s'envole ;

Le ten^ps ramène les plaisirs. ,

£t je n'ai pas besoin de faire sentir iei quel agrément Fidëe reçoit de V image.

Le choc de «deux . masses d'air qui se re-poussent dans l'atmosphère est sensible par ses effets ; mais cet objet vague et confus n'affecte pas l'imagination comme la lutte des aquilons et du vent du miài^prœcipitem Africum decertantem izquilombus. Cette image est frappante an premier coup *d*œil ; l'esprit la saisit et Fembrasse.- Sénèque a critiqué le luctantes ventos de Virgile : « Ce qui est enfermé , dit-il , n'est pas du vent ; ce qui est du vent n'est pas enfermé» : comme si on ne . concevait pas bien nettement l'effort que fait Tair comprimé pour s*échapper et pour s'éten-

dre ; et cet effort pouvait -il être plas sensiblement exprimé ?

Quelle collection d*idées réunies et rendues sensibles dans ce demi-yers deLucain, qui peint la douleur errante et muette !*

Éfraviè sine ^oee dolor.

et dans cette image de Rome accablée sous le' poids de sa grandeur !

IVec se Romajerens.

et d$n5 ce tableau de' Sénèqœ ! Jfon miror si quando impetum'capit{Dèus) spectandi magnas viros collùctantei cum aUqui^ cala-miiate. Dieu se plaît à éprouver les grands bommes par des calamités. Cette idée serait belle encore , exprimée tout simplement; mais quelle force ne lui donn^ pas V image dont elle est revêtue ! Les grands boHunes et les calamités sont aux prises ; et le sjMCtateur du combat , c'est Dieu>

Quand l'image donne à Tobjet le caraotère de beauté qu'il doit avoir, qu*eUe le pare ^ 'sans le cacher, avec goût et. avec décence, elle convient à tous les styles at s'accorde avec tous les tons. Mais pour peu que le langage

figuré s'^fbî^e de ces fègles , il r«fh>iâit le pathétique^ il énerte Féloquence, ilètdaii sentiment sa simplicité tôuchanle , aux grâces leur ingénuité. Les images sont des Retire qm ^ pour hfe semées arec gotet , demandent une main délicate et légère. Cicéron a dit que le style oratoire en devait être étoile:

transkUurtty quod maxime tanquam' stel*- Us quihusdam notai et illuminât orattonem.- De Orat.

La poésie itUeniBéme perd soiii«reilt à }né^ ^^r le colofiâ de f image au coloris deTx>bjet ; et Tabbé Du Bos me semble s'être mépris dans ce qûll appelle 1a^ poésie du stylfe ^ )ors<{u'il Fa fait <^n^ter dans une stiite eokitiauelle iVimages qui se succèdent râpid^emêtit. C'«0t le mélaiige du style simple aved le style figuiré qui fnt le olïatni€'4e la poésie. Celtti-oi serittt tendu etfaligafft, s'il* était xsontinu : c'est le défaut du style oriental.

fin général) toutes l«s (o(s que la nature est beHé et touchante en «lle^tiéme, 'c'est dommage de la voiler. Il faut animer ce qui manque de vie et de mowenvent; il faut rendre sensible ce qui serait confus et vague ^ il faut colorer, embelKr ce qui n'a pas assez de couleur et d'éclat ; mais il faut ne rîein i>rodi-

guer j et se touveïiir^que dans un tableau il y a des ombres et des demi-teintes : si toutes les touches en étaient brillantes , il n'aurait plus aucun effet.

• Ce n*est- pas assez que Tidée ait besoin d'être embeUie, il faut qu'elle mérite deFétre. Une pensée triviale, rerêtue dhine ' irnage pompeuse ou brillante^ est ce^u*on appelle du *Pkébus: on croit voir une physionomie basse et commune ornée de fleurs et de diamans.

Cela reyieat à ce premier principe," que Vimage n*est faite que poiur rendre Tidée sensible. Si ridée ne mérite pas d'être sentie, ce n'est pas la peine delà colorer.

£n observant ces deux règles , savoir , de ne jamais revêtir l'idée ^ue pour Tembellir, et de ne jamais embellir que.ce qui en mérite k soin , ^n évitera la profusion des images , on ne les emploîra qu'à propos : c'est là ce ' qui fait la beauté du style de Racine et de La Fontaine: il est ricbe.et n'e$t point chargé : c'est l'abondance du génie que le goût ménage et répand. . .

La continuation de la même image est. une affectation que l'on doit éviter, surtout dans le dramatique, où les personnages sont tl^op 4mus pour penser à suivre une allégorie.

"C'était le goût du siècle de Corneille , et luimême il s'en est ressenti.

£n changeant d'idée, on peut immédiate^ ment passer d'une image à une antre : mais le retour du' figuré au simple est indispensable si Ton s'étend sur la même idée : sans quoi l'on serait obligé de soutenir la première image , ce qui dégénère en affectation ; ou de présenter le même objet sous deux images âxffê^ rentes , espèce d'inconséquence qui choque le bon sens et le goût. ,

Il y a des idées qui veulent être relevées ; il y en a qui veulent que l'image les abaisse au ton du style familier. Ce grand art n'a point de règles , et ne* saurait se raisonner. Entendez Lucrèce parlant de la superstition ; comme Vimage qu'il emploie agrandit son idée !

Humana ante oculosfœdequum 'vUajaceret In terris , oppressa gravi sub religione, Quœ caput a cceU regionUtus ostendebat.

Voyez des idées aussi grandes présentées avee toute leur force sous les traits les plus ingénus. « C'est le déjeuner d'un petit ver que le cœur et la vie d'un grand empereur, dit Montagn^ ;» et en parlant de la guerre ; « Ce furieux

jnonstre à tant de bras et à tamt de têtes ^ c'est toujours rhomme faible , caluniteux et misérable ; c'est une Iburmilière émue. L'homme est bien insenâé ! dit r il encore , il ne saurait foirer un cin>n , et il forge des dieuix par .doutaine. » Avec quelle gimplicité La Foiitainea peint une mort tranquille !

On sortait de la vie ainsi quq d'un banquet , Remerciant son hôte et faisant son paquet.

Ce qui rend cette familiarité frappante , c'est l'élévatiou d'àme qu'elle annonce : car il faut •planer au-dessus des grands objets pour les voir au rang des petites choses ; et c'est en général sur la situation de l'âme de celcd qui parle, que le poète âoit<se r^ler pour élever mn abaisser Vimagie.

Dans tous les mouvemens impétueux , comme, l'enthousiasme, la passion , etc., le style s'enfle de lui-même ; il se tempère ou s'affaiblit, quand Tâme s'apaise ou s*épuise : ainsi , toutes les foi^que la beauté du sentiiaent est dans le calme , VimiËge est d'autant plus beHe qu*dle ^t plus simple et plus familière. Les exemples de cette simplicité précieuse sont rares chez les modernes; ils sont communs chez les anciens : je ne peux trop

inviter les jeunes poètes à s'en nourrir Tesprit et rame.

Dans réloquènce , les images ne doivent jamais être forcées : il faut , dît Cicëron , qu'elles semblent s'être présentées' d'ellesmêmes : il porte la sévérité jusqu'à blâmer la voûte àes cieux , qui est aujourd'hi une expression commune: Veretunda débet esse trdnslatio , utdeducta esse in alienum locum, non irruisse, videatur. De Orat.

Quant à l'abus des images qu'on appelle jeux, de mots , cet.abus consiste dans la fausseté des rapports.

Les rapports du figuré au figuré ne sont que des relations d'une image à une image , sans que ni l'une ni l'autre soit donnée pour l'objet réel. C'est ainsi que Ton compare les cbaînes de l'amour avec celles de l'ambition ; et que l'on dit que cellesnci sont plus pesantes et moins fragiles.» Alors ce sont les idées mêmes que l'on compare sous des noms étrangers.

Mais c'est abuser des termes que d'établir une ressemblance réelle du figuré au simple : Vimage n'est qu'une comparaison dans le sens de celui qui l'emploie ; c'est la donner pour l'objet même; que de lui attribuer les

2BB91f

lOO IHACK.

mêmes rapports qu'à robjet,- comme dans^ CCS vers :

Brûlé de plus de feux que je n'en allumai.

Racine.

Elle fuit , mais en Parthe , en me perçant le cœur. ^

Corneille.

De la fiction à la réalité les rapports sont pris à la lettre , et non pas de la métaphore à la réalité. Par exemple , après avoir change Syrinx en roseau , le poète en peut faire une flûte; mais, quoiqu'il appelle des lis et des roses les couleurs d'une bergère, il n'en fera pas un bouquet. Pourquoi cela ?^ C'est que la métamorphose de Syrin^ est donnée pour un fait dont le poète est persuadé ; au lieu que les lis ^t les roses ne sont qu'une comparaison dans l'esprit des poètes. C'est pour n'avoir pas fait cette distinction si facile , que tant de poètes ont donné dans les jeux de mots, l'un des vices les plus opposés au naturel , qui (ait le charme du style poétique.

IMACllCAT.IOir.' tO»

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