IMAGINATION
plus on y réfléchit , plus ils se développent. If est vrai qu'il faut avoir le talent de rapprochtîr les circonstances et de rassembler des détails qui sont épars dans le souvenir : mais dans la. contention de l'esprit la mémoire rapporte, comme d'elle-même , ces matériaux qu'elle a recueillis , et chacun peut SQ convaincre , s'il veut s'en donner la peiue , que V imagination , dans le physique , est un talent qvtoa a sans le savoir. ' • »
On confond souvent avec Y imagination un don plus prééieux encore , cel^i de s'oublier soi-même ; de se mettre à la place du personnage que l'on veut peindre ; d'en revêtir le caractère ; d'en prendre les inclinations , les intérêts, les sentimens ; de le faire agir comme il agirait ; et de s'exprim€r sou6 son nom comme il s'exprimerait Im-méme^ Ce talent de disposer de soi diffare autant de Vimagination que les affections intimes de l'âme diffèrent de l'impression faite sur les sens. Il veut être cultivé par le commerce àes hommes , par l'étude de la nature et des modèles de l'art 2 c'est Texerciee de toute la vie ;encore n'est-^ô point assez. Il suppose de plus, une sensibilité , une souplesse, une activité dans l'âme, que la nature seule peut donner.
iXAGiHATioir.- ro5* .
il n'est pas hesoin , comiDe on le croit , â^> Toir éprouvé les passions pour les ren^i^Cii^ xnais il Éiut avoir dans .16' coéùr ce priàcipé»/ d'activité q^ en est le germe, ^oonme il est celui du génie. Aussi', entsre mille poètes qui' savent peindre ce qui frappe les yeux ^ -à péâne* s'en trouve-t^il un qui sache^évelopper ce qur s^ passe au fond de Tâme. ha plupart cod— naissent, assez la nature pour avoir imaginé ,'. comme Racine, de faire exiger d'Oreste, par- Hermione, qu'il imI^olàt Pyrrhus à l'autel ; mais quel autre qu'un homma de. génie aurait conçu ce vetour si naturel et-srsnblime ?
Pourquoi Fassassiner '? qû'a-t-îl (ait 7 à quel titre ^ ■ Qoiie'l^idU?'
Les alarmes de Métope sur le sort d!Egiste , sa douleur ^ son désespoir à la,nouvell.e de ^a mort, la révolution qui se fait en ellcr en le reconnaissant , ^ont des moîivemens.
que la nature indique à tout le 'monde ; mais ce retour si vrai , si pathétique : '
Barbare , il te reste une mèrc/ ^ ^ , • .
Je serais mère encor sans toi , sans ta^fureur.
'Cet égarement où rexcès dil piîril éloul^
la crainte dans l'âme d'itfie mcre. éperdue : j
^Çkbieii , cet étranger , c'est mon fils ^ c'^st^moa sfin^.^
C«s: > traits^ ; dis - je ^ i» ^e préscéntent qu'à i^n» fp&ète qili estilevenu^érope par La forcer
'(kpFfllwsion. II. en est de mémÊ du Qu*!£ mourifit àsk Ytel Horoae y et de tous ces: infou -' Vetnens sublimes dans .leur slmplidté') qkii» semblent , quand ik sont: placés- , être venus: ^oHi^X^&XL'^jnèmeh* Lorsquole-Yteux Priani^ am pieds dA^Ile » ^it ^n se comparant »
Pé>fl0: «.Cômlnett suisf je -plus jBalbenreuaD <fwe lui I Aprèsî t^t de ' calaMiitus', lâ. fartuno i^tpérieu^ irfaî Tlâdtrît à. oset oe que: jamm i^Qrtel n'osa ayant moi : elle m'a réduit à baisè^ la main* hoitdcide , i.ef teinite enoor» du sang de mes enfan.s. » On se persuade que, dans la inénie situati^n^ on lui eût fait tenir le même langage ;; mais cela ne .parait si simprè que parce qu'on y voit la nature ,
^ et pour la peindre avçç cette yérit^^ il faut Favoîr , non pas Squs les yeux ., non pas dans ridée , mais au JFondi de l'âmp.
Ce sentiment , «Jans son plus haut degré de chaleur , n'est autre chose que l'enthou- .
siasme , et m on appelle ivresse , délire pu^ fureur , la persuasion que l'on n'est plus soimême , niais celui que l'on fait agir ;' que l'on n'esta plus où Ton est , mais présent à ce qu^on Veut pei^idlSs ; rettlbousiasiWé <îst tout cela. Mais on se tromperait si , sur la
foi âfi Clcéron , Ton iatten'dait f(iut <ies seules Ibrees de la narfurô.tei 4n souffle divin dobt il' «appose qtfe lea p6ètefi> SQi&t mimés : PoctaAi natura ipsa nxalene..,' et mentes •viriButs-excitari , et quasi Âèninà quodam spiritu io^ ^ari,
II faut avoir proftmdéihtsiit sondé lé' coeur liumain , pour en saisît avec pr^isîôn les mouvemeris variés et rapides , pour devenir soi-même , dans la vérité de la nature , Mérope , HeÉraione , Priam ^ et tour à toui; . chacun des. personnages que l'on fait {lerler et agir. Ce que Platon appelle mairie suppose donc beajf coup de;»agesse, et je doute tjue Locke et Pascal fussent. plus philosophes que Racine et Molière.
Castelvetro déûnit la poésie pathétique TjrovamenLo e essercUamenta délia personne iugeniosay e\ non délia furiosa. Non, sans doute , l'enthousiasme n'est pas une fur^eur vague et aveugle ; mais c'est la passion du moment, dans sa vérité, sa chaleur natiù^elle : c'est la vengeance , éi Ton fait parler Atifée ; l'amour , si Ton fait parler Ariane ; la douleur et l'indignation , si l'on fait parler Phiioctète. Il arrive souvent que Vimagination 4tt poète 'est frappée . «t cfoe ^b cœur n'est
ioi8 iMAOrwATioir. '
• pas ému. lA'loïts îi peint vivement tous l<% : signes de la passionr , mais il n'en a point le
langage. Le TasSe, après la mort de Clorinde, -avait Tancrède devant les yeux; aussi Fa-tril -peint comme d'après natùi'e :
- . Di movirtiento , al marrno gU occhiaJfUsi^ ■ Alfin spargendo un. lagrimoso rivo > In un lunguido ahime proruppe.
Mais pour le faire parler , ce n*était pas assez de le voir , il fallait être un ^utre lui- ' . même , et c'est pour n'avoir pas été dans cette pleine illusion , qu*il luia fait tenir un lan> gage peu naturel.
Virgile au contraire avait en même temps et X imagination frappée et l'âme remplie de son objet , et Tune et l'autre profondément émues , lorsqu'il a peint et fait parler Didon dans tes bea x vers :
' TuUa éUcentemjafndudum. aversa tuetur.
Hue illuc vohens oculos / totumque pererrat LumifUbus tackis , et sic accensa pro/atur :
Nec tièi divaparens, generis nec Dardanus autor. Perfide, etc.
L'homme du monde qui pouvait It mieux
IHIT.ATipir. lô^
parler de l'enthousiasme, M. de Voltaire qous dit qae Tenthousiasine raisonnable est le partage des grands poètes. Mais comment Tenthousiasme peut-il être gouverné par le raisonnement? Voici sa réponse : a Un poète desâne d*abord l'ordonnance de son tableau; la raison alors tient le crayon. Mais veut-il animer ses personnages et leur donner, le caractère des passions ? alors V imagination s'é^chauffe, Tenthousiasme agit: c'est un coursier qui a'emporte dans la carrière , mais sa carrière est régulièrement tracée. a> H le compare au grand Condé , qui méditait ave« , sagesse et combattait avec fureur.