‹ Elémens de littératureChapitre 19 sur 32 · TOME TIXI. .. l · texte numérisé non relu

TOME TIXI. .. l

* 1Ô2 VMS.

pieds , la mesure >4& v ers éïait inaltérable.

« Pândftur ïnterèa dômûs ômmpotêntïs Ô-

» limpï. . .

» Lûctântès vêntôs têmpèstâtësquê sbnôrâs.

» Sïïvêstrèm tenùï mûsâm mëtfïtâris avên£.

» Illa vël intact» segeûs për sûmma vblàrêt . »

Au .contraire/ nos vers rhythmiques ont tous, à Félision près, le même nombre de syllabes ; et entre mille , il n'y en a pas deux de suite ddnt la mesure soit égale , à compter ' le nombre des temps.

Nos vers réguliers sont de douze , de Six ,

. de huit- ou de sept syllabes; c'est * ce qu'on

appelle mesure. Le vers de douze est coupé

par un repos après la sixième , et le vers de

. dix , après la quatrième : le repos doit tomber

sur une» syllabe sonore , et le vers doit tantôt

finir par une sonore , tantôt par une muette :

c'est ce qu'on appelle cadence. Toutes les

syllabes du vers , excepté la finale muette >

« doivent être sensibles à l'oreille , et c'est ce

qu'on appelle nombre,

La syllabe muette est celle qui n'a que le son de cet e faible qu'on appelle muet ou féminin; c'est la finale de vie et de flamme. Toute autre voyelle a un son plein.

VEBS. ifft ■

Dans le cotifs' flu vers Ye féminin n'es admis sans élision qu'autant qu'il est soutenu d'une" oôrisonne'l comme dans Rome et dansifbtner S'il est seul, sans articulatic» , comme à la findèp/e et d'année , il ne fait pas nombre!, et ? Fort est obligé de piaeer après lui une voyelle qui Fëlidc 1 , comme vi 'active, anne* abondante . ' '■" ' '

On peut élîder Ye muet final quand même il est articulé, «t soutenu d'une consonne J mais on n'y est pas ^obligé. GÎoire durable , et gloir éclatante'^ sont &<& -choix du poète. •■ - Si l'on veut que f*: '.quiet articulé fasse nombre, il faut éviter qu'il soit suivi, d'une •voyelle ; comme si l*on- vent qu'il s'élide , il * faut qu'une voyelle initiale lui succède immédiatement. Dans la liaison et hommes illustres , Ye muet d'hommes ne s'élide point ; Y s finale y met obstacle. -*

Le repos de l'hémistiche ne. peut tomber que sur une syllabe pleine. Si donc le mot finit par une syllabe muette , elle doi*s*éfider,' et l'hémistiche s'appuyer sur la syllaifé»tftii la* précède.

Il n'y a d'élision que pour Ye muet , la rencontre de deux voyelles sonores s'appelle hiatus 9 et l'hiatus est banni au vers. Je crois

avoir prouvé qu*on a eu tort 4e i'eil exclure. Quoi çu'il en soit, l'usage a prévalu. F. HiÀTtta* Le repos de l'hémistiche eatfbne. suspension dan» le sens : ma» la- plus légère y suffit; et pourvu qu'il n'y ait pasunec<mtinuitèttbsofoe, c'en est assez. Ainsi , entre le nominatif et le verbe, entre le verbe et son régime, entre Te substantif et son adjectif, entre deux termes comparas ou relatifs l'un a l'antre, la suspension est assez sensible , si la «voix y peut faire la plus petite pause. C'est même un art que de ménager £e temps en tempe , dans la coupe du vers i des repos plus 'marqués que les reposde l'hémistiche. F&jrez AUWANnaïK.

J'ai dit que la finale du tiers est tour à tour sonore et muette. Le vers à finale sonore s'appelle masculin : les Anglais le nomment vers K à rime simple ; et les Italiens , vers tronqués , Le vers & finale muette ttwpçéie féminin ; les Anglais et les Italiens Innomment vers à rime double. Dans le vers français la finale muette est ptas. faible* que dans le vers italien : niais l'une*»! aussi brève que l'autre , et c'est de la durée , non de. la qualité des sons , cjue ré» **lte le nombre du vers. Voyez muït.

Cette finale sur laquelle la voix expire n'étant pas assez sensible à i'oreittè pour foire

nombre, on la regarde comme superflue , et on ne la compte pas. Le vers féminin , dans toutes les. langues , a donc le même nombre de syllabes que le vers masculin , et de plus sa finalenâtette ou brève.

Les vers masculins sans mélange auraient une marche Brusque et heurtée ; les vers fé*minins sans mélange auraient de la douceur, mais de la mollesse. Au moyen du retour al ter» natif ou périodique de ces deux espèces de vers, la dureté de l'un et la mollesse» de l'autre se corrigent mutuellement ; et la variété qui en résulte est , je crois , un avantage de notre poésie sur celle des Italiens , dont la finale est toujours faihle , excepté dans les vers lyriques.

On a voulu jusqu'à présent que la tragédie et l'épopée fussent riraées par distiques, et que ces distiques fussent tour à tour mascu~ lins et féminins. On a permis les rimes croisées au poème lyrique, à la comédie, à tout ce qu'on appelle poésies familières et poésies fugitives. Ainsi la gène et la monotonie soatt pour les longs poèmes , et les plus courts ont le double avantage de la liberté et de la và-r riété. N'est-oe pas plutôt aux poèmes d'une longue étendue, qu'il eut fallu permettre les rimes croisées? Je le croirais plus juste, non

seulement parce que les vers masculins et féminins entrelacés n'ont pas la fatigante monotonie des distiques , mais parce que leur marche libre , rapide et fière , donne du mouvement au récit , de la véhémence à l'Action , du volume et de la rondeur à la période poétique. On a pris pour de la majesté la pesanteur des vers qui se tiennent comme enchaînés deux à deux, et qui se retardent l'un, l'autre : mais la 'majesté consiste dans le nombre, le eoloris, l'éclat et la pompe du style. Le morceau le plus majestueux de la poésie française, la prophétie de Joad dans Athalie , est écrit en rimes croisées , et qui plus est en vers de douze et de huit syllabes entrelacés. J'ajouterai que la nécessité gênante et continuelle de deux rimes accouplées amène souvent des vers faibles et superflus.

•Les vers à rimes croisées sont tantôt delà même mesure , tantôt de* mesure inégale ; et dans l'un et dans l'autre cas, ils sont ou symétriquement ou librement entremêlés : symétriquement , comme dans les stances; librement, comme dans les pièces de vers qui ont pris le nom de poésies libres.

, Dans les stances , les vers de mesure illégale qui s'entremêlent avec le plus de grâce et dhaiy

vr. as. r 1S7

morne sont les vers de douze et de huit, et les vers de douze et de six. La cadence des - vers de sept brise celle des vers de huit, et n'est point analogue' à l'harmonie du vers de douze ; les vers de sept ont une marche sautillante qui leur est propre , et ils veulent être isoles.

Le vers de dix syllabes se mêle quelquefois aux vers de douze, niais en laissant une mesure vide , ce qui est pénible à l'oreille; et ce n'est jamais dans 4a stance que ce mélange doit avoir lieu. Voyez stance.

Les vers de mesure inégale , bien assortis dans les poésies familières, en font l'harmonie et le charme.

Dans le poème lyrique , et singulièrement dans le récitatif $ cet art d'entrelacer des vers d'inégale mesure, et d'en croiser les rimes pour donner à la période une forme plus élégante , exige une oreille exercée. C'était l'un des seerets de la magie de Quinault.

Quelqu'un cependant s'est moqué de l'attention qu'on y donnait, et a demandé si, sans ce mélange de rimes , les Grecs ne faisaient: pas 4 e bonne musique? Que ne\de-taandait~il de même si , sans la forme çjte.

Malherbe avait donnée à nos stances fran-»

l88 # TER».

çaises, Pindare et Horace n'avaient pas fait de belles odes? Assurément la cime n'est pas plus nécessaire à la poésie qu'à la musique : maïs, si dans une langue la poésie est telle qu'au défaut d'une prosodie régulière et sensible, la rime .en marque la mesure , les intervalles et -les repos , et si par habitude l'oreille s* est fait un plaisir tle ces finales consommantes , le sentiment de l'harmonie naît en partie de cet enlacement, et Quinault, ainsi que Malherbe, a eu quelque mérite à l'y faire contribuer. H doit y avoir entre la phrase poétique et la phrase musicale une exacte correspondance, L'une se modèle sur l'autre : c'est la coupe de* vers qui en décide la forme ; c'est la rime qui / la divise , et qui en marque à l'oreille les articulations. Il n'est donc pas. indifférent an musicien que le poète, dans le mélange des vers et l'entrelacement des rimes , ait bien on mal dessiné , divisé , développé , circonscrit la phrase ou la période poétique ; et nous parler de la musique grecque, et à propos de la nôtre, pour nous persuader que des rimes entremêlées au hasard , ou des rimes artistement en- . trdacées dans nos vers, sont une chose indif* feinte, c'est, en même temps se moquer de la, rime H de la raison.

Page 1