‹ Elémens de littératureChapitre 20 sur 32 · VIES. I · texte numérisé non relu

VIES. I

Mais dé quelque façon qu'on entrelace les limes, l'omfle exige qull n'y ait jamais ée suite deux finales pleines ni deux muettes àe âuxereas sons , comme vainqueur* et combat, victoire et couronne. Elle demande aussi que la rime ne change qu'au repos absolu. C'est une règle trop négligée. • '

Dans les vers rimes deux à deux , le sens peut finir au premier , et lé seeond peut commencer une nouvelle période. Mais dans les vers entrelacés , la rime et la pensée doivent se clore ensemble , si l'on veut que ]a période poétique soit nombreuse et bien arrondit.

C'est ce qu'on désire souvent dans les poésie* de Çhaulieu. Qui croirait, par exemple, que ces vers fussent d'une pièce rimée ?

Il faut encor que mon exemple, '

Mieux qu'une stoïque leçon , Tapprenne à supporter le faix de la vieillesse , A braver l'injure des ans.

Si la rime enjambe d'un sens à l'autre; la pensée a parcouru son cercle avant que l'harmonie ait achevé le sien': l'esprit est en repos ; l'oreille est encore en suspens.

Quoique nos vers n'aient point de mesure précise, le caractère <î u i les distingue ne laissa

pas de !se faire sentir. Le vers de douze syllabes , l'alexandrin , a de la noblesse , de la pompe , de l'harmonie ; et malgré cette éga*» lité continue et invariable 4e ses deux hémistiches qui semble le rendre monotone , un écrivain qui a de l'oreille et assez d'art pour donner à son style le mouvement de la pen r sée ou du sentiment qu'il exprime , saura bien varier encore la coupe et le rhythme du \>ers~ J'en indiquerai les moyens avant de finir cet article. ,

Le vers français de dix syllabes répond au vers héroïque italien que les Anglais ont adopté; avec cette différence, que dans le vers français le repos est constamment après la quatrième!

syllabe , et que levers italien s'appuie tantôt sur la quatrième , tantôt sur la sixième ; en sorte qu'il est divisé par son repos en quatre et six , ou en six et quatre. Ce changement de coupe répugnerait à notre oreille. Mais les vers, héroïques italiens étant féminins , 9ans mélange , ils seraient monotonies s'ils avaient tous la même coupe ; au lieu que de notre vers de dix syllabes la marche est régulière et n'est point fatigante; il coule de source , il est doux sans lenteur, est rapide sans cascade, et l'inégaliié des deux hémi^ehes, avec le

VERS. ICJI'

mélange des finales alternativement sonores et muettes, suffit ponr le sauver de la monotonie. Le vers de Luit syllabes , qui répond au vers gficonique , - •

Cuijlavam reîigas cornant,

a du nombre et de l'Impulsion , et il est susceptible de tous les mouvemens de la passion et de l'enthousiasme. Le vers de sept syllabes a de la vitesse , de 1* légèreté , et la gaîté surtout en est le caractère. Qu'un poète , avec de Foreille, ait bien étudié les Siemens de l'harmonie de notre langue , il trouvera donc aisément dans nos vers les moyens de tout exprimer. *

J'ai observé , dans l'article nombre , que le vers métrique des anciens , même le plug régulier , Thexamètre , n'était pas toujours harmonieux , et Ta raison en est que la précision de la mesure ne suffit pas à f harmonie de la parole. Elle y contribue, elle y ajoute; mais sans le choix des mots les plus expressifs par le son en même temps que par le nombre , sans le mélange et la succession des voyelles et des consonnes les plus sensiblement analogues au caractère de la pensée , du sentiment ou de l'image, la mesure en poésie serait

ty% VERS.

ce qu'elle est en musique , lorsqu'elle est dénuée du charnte de la mélodie et de l'expression de l'accent. ,

De même aussi que la musique, sans çtre mesurée , peut être harmonieuse par l'heureux choix des modulations et des accords , la poésie , sans observer une mesure exacte, un mouvement réglé, peut se donner encore une harmonie très-sensible , et nos beaux vers en soift la preuve. Là* nombres n'en sont pas égaux; mais lorsqu'ils sont mis à leur place et qu'ils ont ensemble un rapport asse* ' marqué avec le mouvement de la pensée , du sentiment ou de l'image , l'oreille en est encore ravie ; «insi , sans être comparables aux vers de Virgile du côté du rbytkme , les vers de Racole ne laiseent pas d'avoir une harmonie enchanteresse , et celui qui, cemme Racine , saura dernier à un certain nombre de syllabes , sAns mesure précise > cette har- monie plus libre et cependant si rare encore, aura un très-grand avantage à écrire en vers plutôt q*'en prose. C'est ce que La Mothe n'a Cas senti, l'ai observé d'aikkiws que la rime a pour nous l'attrait d'une curiosité piquant* , et que la surprise que &ous<eau*e cette difficulté vaineu* avec une adresse ingénieuse

est pour tous encore un plaisir. J'ai reconnu de plus qu'on était quelquefois redevable à la rime d'âne heureuse singularité d'idées incidentes ou de mots imprévus qu'elle faisait trouver* Ep&n je n'ai rien dissimulé de ce qui la rend chère à l'oreille et secourable pour la atéwoirç. Pcpe* *ïme.

- J%j«»wte encore qu'il dépend de nos poètes •de donner* tates vers * sinon- toute la précision du nombre 4$ de la mesure , au moins une apparence de cadence métrique qui en impose a^réafeJenrent àr l'oreille» Et ce, que je n'ai fait qu'énoncer ailleurs , je vais tâcher de -le rendre sensible»

Je fonderai mes observations sûr la récita*toon la pk» cadencée T sans dissimuler ce* pendant qu'il serait mai de L'affecter soit an fthéâtrey soit à>l* lecture* V*is, cjuoiqu'il faille

> scander les vers latins point en faire sentir exactement le nombre , l'altération que la

** mesure éprouve quand on récite ma turelleineut n'empéefee pas un* oreille délicate et juste de sentir k rondeur pérhldtqUè dn vers ; «t de deux nmrce*** thrpëésie récités avec la même négligence pour la meswe , la nraltittidfe même» ne laissera pas de distinguer le plus aaftneiHera, Il en est du vers français comme

Ig4 VER&

du vers latin : quoi que l'on donne- au sens et à l'expression , la beauté physique du nombre n'échappe ja»ais à l'oreille , et le vers dont la» scandaison aie plus d'harmonie est encore celui qui en a le 'plus ,' nafurelle- .* ment déclamé.

J'ai dit que le vers asclépiade des anciens „ avait servi de modèle au vers héroïtipie français ; et en effet, un asclépiade*est un vers français de la plus parfaite Régularité.

« Pâstôr , cùm tràh&êt pêr ir^tè nàvïbus. s>

Mais cela n'est ,pas réciproque, Dftns l'un et l'autre la quantité numérique des syllabes • 4t le repos sont bien les mêmes, mais la valeur prosodique des sons et la place.de chaque nombre e$t déterminée, dans le latin et ne l'est pas dans le français : il est même impossible , vu la rareté de nos dactyles,, de faire continûment , dans notre langue , desasclépiades réguliers ; et quand cela serait facile , il faudrait l'éviter : en voici la raisou. L 'asclépiade . est invariable . dans toutes, ses parties, et par conséquent monotone, aussi ne l 'employait-on jamais. que dans de petits , poèmes lyriques , et le plus souvent météde 1

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quelque antre espèce de vers. Vuyez strophe.

Nous avons destiné au contraire notre vers de douze syllabes , sans jpictti* mélange , à l'épopée , à la tragédU , aux poèmes dont l'étendue exigerait le plus de variété.

D'ailleurs y plus l'asclepiade est compassé dans sa mesure , plus il s'éloigne de la liberté, du langage naturel : il ne convient donc»

point à la poésie dramatique , dont le style doit être si près de Ja nature ; et dans toutes les scènes qui animent l'épopée , eHc est dramatique elle-même. Enfin le caractère de notre langue* est d'appuyer sur la pénultième ou sur la dernière syllabe des mots , et presque Jous, les pieds de l'asclepiade s'appuient sur l'antépénultième et glissent sur les deux suivantes. C'en est assez pour faire sentir que nous ne pouvons ni ne devons affecter l'asclepiade pur ;

Mais n'y aurait-il pas moyen de varier les nombres de l'asclepiade sans en altérer lé rhythme , comme on varie les notes de musique sans' altérer la mesure du chant ? C'est ce que j'ose proposer. Et si quelqu'un regarde cette idée comme fantasque et chimérique , je le préviens que dans Racine , Voltaire , La. Fontaine , Quinault , que j'ai ac- *

19$ ^ ▼«as.

tuellement sous les yeux , il y a milty vers mesurés comme j'entends qu'ils peuvent l'être. Je n ? -en cherchais qu& quelques, exemples , j'en ai trouvé sans nombre , et je ne propose aux jeunes poètes 'que d'essayer par réflexion ce que leurs maîtres ont fait sans y penser , et par un sentiment exquis de la cadence et de ^harmonie. Figurons * nous d'abord les deux pieds de l'asclépsade. <

N'est- il pas vrai que, sans altérer la mesure de ces deux nombres isocrones , on peut les remplacer par l'un de ces équivalens ?

Prenons ensuite un asclépiade pur , « Gens hùmànâ ruït pér vëtïfûm nëfas.; »

et n'y changeons que les dactyles :

Au sein tàmûltueûx de là* guerre civile.

Ils sont ensevelis sous Vb masse* posante. .

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