‹ Elémens de littératureChapitre 23 sur 32 · ESQUISSE · texte numérisé non relu

ESQUISSE

Quant à l'exagération des forces , des grandeurs , des facultés de l'être physique, comme lorsqu'on fait des héros d'une taille et d'une force prodigieuse , des animaux d'une grandeur énorme, des arbres dont les racines touchent aux enfers et dont les branches percent les nues , ces peintures exagérées son* ce

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qu*il y à de moins difficile : la justesse des proportions et des rapports en fait la v**âemblance.

Une autre sorte de prodige dont la poésie tire plus d'avantagé , c'est la rencontre et lé concours de certaines circonstances que le mouvement naturel des choses semble n'avoir jamais dû combiner ainsi, à moins d'une ex- ' presse intention de la cause qui t les arrange. On annonce à Mérope la mort de son fils ; on lui amène l'assassin, et l'assassin est ce fils qu'elle pleure. Œdipe cherche à découvrir le meurtrier de Laïus ; il- reconnaît que c'est luimême , et qu'en fuyant le sort qui lui a été prédit, il a tué son père et épousé sa mère.

Qreste est conduit à l'autel de Diane pour y être immolé , et la prêtresse qui va l'égorger se trouve être sa sœur Iphigénie. Hécube va laver dans lese&ux de la: mer le corps de sa fille PoUxène , immolée; sur le tombeau d'Achille ; elle voit flotter un cadavre , ce cadavre approche du bord , Hécube reconnaît Polydore son fils. VojLlà de ces coups de la destinée , si éloignés de l'ordre des choses, qu'ils semblent tous prémédités.

Tout ce qui est possible n'est pas vraisemblable , et lorsque * dans la combinaison des

ao.

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événejneas ou dans le jeu des' passions , nous apeDregOTîS une singularité trop étudiée , le poète nous devient suspect K l'illusion cesse avec la confiance : en cela pèche , dans Inès, l'affectation de donner pour jugeyà donPÈdre deux hommes dont l'un doit le haïr et l'absout, l'autre doit l'aimer et ïè condamne :

cette antithèse inutile est évidemment combinée à plaisir. L'unique moyen de persuader est de paraître de bonne foi ; or phfe là rencontre des incidens est étrange , phis , en la comparant avec la suite naturelle des choses , nous somme» enclins à douter de la bonne foi des témoin» : aussi eette espèce -de fable exigert-eJle beaucoup de 'réservé 'et de précaution,

La première règle est que chacun des mei** dens soit simple et naturellement amené; la seconde ,>qu'ils soient en petit nombre : par là le merveilleux dé leur combinaison se rapproche de la nature. Prenons pour exemple la fable du Cid : Rodrigue est obligé de réparer, par là mort du père de sa maîtresse , l'affront du soufflet qu'a reçu le sien. Il n'est pas possible d'imaginer dans nos mœurs une situation plus cruelle ; et Je sort, pour accabler deux amans, semble avoir exprès combiné cette opposition

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des intérêts les plus sensibles et des devoirs les plus sacrés. Voyons cependant d'où naissent ces combats de l'amour et de la nature : d'une dispute élevée entre deux courtisans sur une marque d'honneur accordée à Pun préférableraent à l'autre ; rien de plus simple ni de

, pins familier ; le spectateur voit naître Ja querelle; i^la voit s'animer , s'aigrir , se terminer •par cette insulte qui ne se lave que dans le sang , et sans avoir soupçonné l'artifice du poète, il se trouve engagé, avec les personnages qu'il aime, dans un abîme de malheurs. H en est ainsi de tous les sujets bien constitués : chaque incident vient s'y placer , comme de^ hri-méme, dans Tordre le plus naturel, et lorsqu'on .les voit réunis , ont est confondu de l'espèce de merveilleux qui résulte de ïeur ensemble. Toutefois, si ces incidens étaient trop

t accumulés, chacun dt eux fut-il amené naturellement, leur concours passerait la croyance : c'est ce qu'il faut éviter avec soin dans la composition d'une fable , et il me semble qu'on s'éloigne de plus en plus de cette règle en multiptiant sur la scène des incidens' mal en- . chaînés.

En suivant le fil des idées qui nous viennent ou dé l'expérience intime de nous mêmes, ou du

dehors par la voie des sens, nous. nous en s sommes fait de nouvelles^ et celles-ci ,. rangées sur le même plan , auraient dû garder les mêmes rapports ; mais l'opinion populaire et l'imagination poétique n'ayanfpas toujours consulté la raison , le système des possibles , qu'elles ont comme réalisé , n'est rien moins que soumis à l'ordre , et celui qui l'emploie a besoin de beaucoup d'adresse et de ménagement.

Le merveilleux surnaturel est tantôt une fiction toute simple et tantôt le voile symbolique et transparent de la vérité , mais ce n'est jamais que l'imitation exagérée de la nature. Rappelons- nous quelle en est l'origine , et nous verrons ensuite quel en sera l'emploi.

La philosophie est la mère du merveilleux, et la contemplation de la nature lui en a donné la première idée ; elle voyait autour d'elle une multitude de prodiges sans autre cause que le mouvement, qui lui-même avait une cause ; elle dit donc : Il doit y avoir au-delà et audessus de, ce que je vois un principe de force et d'intelligence. Ce fut l'idée primitive et génératrice du merveilleux : la cause unique et universelle , agissant par une loi simple , était pour le peuple, et, si l'on veut, pour les sages,

une idée trop vaste et trop peu sensible ; on la divisa en une multitude d'idées particulières , dont l'imagination , qui veut tout se peindre , fit autant d'agens composés comme nous : de là les dieux , les démons , les génies. {

Il fut facile de leur attribuer des sens plus parfaits que les nôtres , des corps plus agiles ou plus grands et plus forts , et jusque là le' merveilleux n'étant qu'une- augmentation de masse , de force et de vitesse , l'esprit le plus commun put , dans ces fictions , renchérir aisément sur le génie Je plus hardi. Dès qu'on a franchi. les bornes de nos perceptions , il n'en coûte rien d'élever le troue de Jupiter,, d'appesantir le trident de Neptune ,<de donner aux coursiers du soleil , à ceux de Mars et de Minerve , la vitesse de la pensée. Le P. Bouhours observe que , lorsque , dans Homère , PoHphème arrache le sommet d'une montagne , l'on ne trouve point son action trop étrange , parce que le poète a eu soin d'y proportionner la taille et la force de ce géant. Do même lorsque Jupiter ébranle l'Olympe d'un mouvement de ses sourcils , ej; que le dieu des mers , frappant la terre , fait craindre à celui des enfers que la lumière des cieux no

pénètre, dans les royaumes sombres , ces actions , mesurées sur l'échelle de la fiction , se trouvent danfe Tordre de la nature par la justesse de leurs rapports. Voilà , dit-on , de grandes idées : oui ; mais c'est une grandetn? géométrique à laquelle, avec de la matière , du mouvement et de l'espace , on ajoute tant que Ton veut.

. Mais lorsqu'on en vient au moral , la difficulté est, plus grande. Avec mes yeux je mesure le firmament; avec ma pensée je ne mesure que ma pensée. Que j'essaie d'imaginer un dieu ; quelque effort que j'emploie à lui donner une nature excellente , la sagesse , la sensibilité , l'élévation de son âme ne seront jamais que le dernier degré de sagesse , de sensibilité, d'élévation de la mienne. Je lui accorderai des sens que je n'ai pas , un sens , par exemple, pour entendre couler le temps, un sens pour lire dans la pensée, un sens pour prévoir l'avenir , parce qu'on ne m'oblige pas au détail du mécanisme de ces nouveaux organes ; je le douerai d'une intelligence à laquelle je supposerai vaguement que rien n'est caché , d'une force et d'une fécondité d'action à laquelle il m'est bien aisé de feindre que rien. ne résiste ; je l'exempterai

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des faiblesses de ma nature , de la douleur et de la mort , parce que les idées privatives sont comme la couleur noire , qui n'a besoind'aucune clarté ; mais s'il en faut venir à des qualités positives , par exemple le faire penser on sentir , il ne sera clairvoyant ou sensible , éfaqtient ou passionné , qu'autant' que je le sois moi-même. On a dit que Jupiter était descendu sur la terre pour se faire voir à Phidias , ou que Phidias était monté au ciel pour voir Jupiter. Cette hyperbole a sa vérité < . Ton conçoit comment l'artiste ? . par le caractère majestueux qu'il avait donné à sa statue , pouvait aroir ojbtenu cet éloge ; mais le physique est tout po#r le statuaire, et n'est rien pour le poète , s'il n'est d'accord avec le moral. Cet accord , s'il était parfait , serait la merveille du génie; mais il est inutile d'y prétendre : l'homme n'a que des moyens humains.

11 faut même avouer , et je l'ai déjà fait .

entendre, que si , par impossible, il y avait un génie capable d'élever les dieux au-dessus des hommes ^ il les peindrait pour lui seul. Si -, pa* exemple , Homère eut rempli le vœu de Cicéron : Humana ad deos transttilit , âivina maliem ad nos , le tableau de l'Iliade serait

sublime ; mais il manquerait de spectateurs* Nous ne nous attachons aux êtres* surnaturels que par les mêmes rapports qui les attachent à notre nature. Des dieux d'une sagesse inaltérable, d'une constante égalité , d'une Un-* passibilité parfaite , nous toucheraient aussi peu que des statues de marbre. Il faut , pour nous intéresser , que Neptune s'irrite , que Vénus se .plaigne, que Mars, Minerve, Junon se mêlent de nos querelles et se passionnent comme nous. Il est donc impossible , à tous égards , d'imaginer des dieux qui ne soient pas hommes; mais ce qui n'est pas impossible , c'est de leur donner plus d'élévation dans les sentimens , plus de dignité dans le langage que n'ont fait la plupart des poètes. Ce que dit Satan au soleil , dans le poëme de Mil ton , ce que Neptune dit aux vents, dans l'Enéide ; voilà les modèles du merveilleux.

, La bonne façon d'employer ces personnages est de les faire agir beaucoup , et de les faire parler peu. Le dramatique est leur écueil , aussi les a-t-on presque bannis delà tragédie ; le merveilleux n'y eçt guère admis qu'en idée et hors de la scène visible. Si quelquefois on y a fait voir des spectres , ils ne disent que quelques mots et disparaissent à l'instant.

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Bans la tragédie de Macbeth , après que ce scélérat a assassiné son roi , un spectre se présente et lui dit : Tu ne dormiras plus.

Quoi de plus simple et de plus terrible ? La grande difficulté est d'employer avec décence un merveilleux qu'il n'est pas permis d'altérer, comme celui de la religion. Il est absurde et scandaleux de donner aux êtres surnaturels qu'on révère les vioes de l'humanité. Si donc, par exemple , Ton introduit <Jans un poëme les anges , les saints , les personnes divines , ce ne doit être qu'en passant, et avec une extrême réserve : on ne peut tirer de leur entremise aucune action passionnée. Le saint Michel de-Raphaël est l'exemple de ce que je viens de dire: il terrasse le dragon, mais -avec un front inaltérable , et la sérénité de ce visage céleste est l'image des moeurs qu'on doit suivre dans 1 cette espèce de merveilleux ; aussi , dès que la scène du poëme de Milton est dans le ciel , sa fiction devient absurde et ne fait plus d'illusion. Des esprits impassibles et purs ne peuvent avoir rien de pathétique.

Le champ libre et vaste dé la fiction est donc la mytnologie , la magie , la féerie , dont on peut se jouer à son gré.

J'ai dit que l'impossibilité d'expliquer na-

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tûceliement les phénomènes physiques avatt réduit l'esprit humain à l'invention du merveilleux i et «'est ainsi qu'on a fait de tontes les causes secondes des intelligences actives , et plus ou moins puissantes selon leurs grades et leurs emplois. Les élémens en ont été peuplés : la lumière , Je feu , l'air <et l'eau ; les vents > les orages, $ous les météores]; les bois., les fleuves , les campagnes , les moissons , les fleurs et les fruits ont eu leurs divinités particulières. Au4ieu de chercher , par exemple , comment la foudre s'allumait dans la nue et d'où venaient les vagues d'air dontl'impulsion bouleverse les flots , on a dit qu'il y avait un dieu qui lançait le tonnerre , un dieu qui déchaînait les vents. , un dieu qui soulevait les mers. Cette physique , peu satisfaisante pour la raison , flattait le peuple , amoureux" des prodiges : aussi fut- elle érigée en culte , et après avoir perdu son autorité , elle conserve encore tous ses charmes.

La morale eut son merveilleux comme la physique , et le seul dogme des peines et de& récompenses dans l'antre vie donna naissance à une foule de divinités. *ïï avait déjà fallu construire au-delà des limites de l'a nature, un palais pour les dieux des vivans ;

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on daigna de même un empira aux dieux des morfs et des demeures aux mânes. Les dieux du ciel et les dieux des enfers n'étaient que des hommes plus grands que nature ; leur séjour ne pouvait être aussi qu'une image des lieux que nous habitons. Oneut beau vouloir varier, le ciel et l'enfer n'offrirent jamais que ce qu'on, voyait sur la terre. L'Olympe fut un palais radieux ; le Tartare , un cachot profond ; l'Elysée , une campagne riante.

Largior hic campas œther et lamine vestit •

- Purpureo ,■ solemque suif m, sua sidéra norunt.

JE ru vi, 640.

Le ciel fui embelli par une volupté pure et p«r une paix inaltérable. Des concerts , des fartins-, des amours , tout ce qui flatte les* son* de l'homme fut le partage dos immortels. Le tfalme et l'innocence habitèrent l'asile des ombres heureuses y les supplices de toute espèce furent infligés aux mânes criminels , mais avec peu d'équité , ce me semble , par les poètes mêmes les plus judicieux. La fiction n'en fut pas moins reçue et révérée , et le Tartare fut l'effroi des méchans , comme l'Elysée était l'çspoir des justes.

Un avantage moins sérieux que la poésie tira de ce nouveau système fut de rendre sen~

sibles les idées abstraites , 'dont elle fit encore des légions de divinités. La métaphysique se jeta dans la fiction , comme la physique et la morale. Les vices , les vertus , les passions humaines ne furent plus des dotions vagues.

La sagesse , la justice , la vérité, l'amitié, la paix , la concorde , tous ces biens et les maux opposés ; la beauté , cette collection de tant de traits et "de nuances ; les grâces , ces perceptions si délicates , si fugitives ; le temps même , cette abstraction que l'esprit se fatigue vainement à concevoir , et qu'il ne peut se résoudre à ne pas comprendre ; toutes ces idées factices et composées de notions primitives , qu'on a tant de peine à réunir dans une seule perception ; tout cela , dis-je ,- fut* personnifié. Un merveilleux qui faisait' tomber sous lès sens ce qui même eût échappé à l'intelligence la plus subtile ne pouvaitmanquer de saisir, de .captiver l'esprit humain : on ne connut bientôt plus d'autres idées que ces images allégoriques. Toutes les affections de l'âme , presque toutes ses perceptions prirent une forme sensible : l'homme fit des hommes de tout ; on distingua les idées métaphysiques aux traits du visage ; chacune d'elles eut un symbole , au lieu d'une définition , et ce fui

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sur la convenance; de l'image avec son objet que fut fondée \a vraisemblance. *■

On vient de \<oir toute la philosophie animée par la «fiction , et l'univers peuplé d'une multitude innombrable d'êtres d'une nature analogue à celle -de l'homme^ Bien de plu»

favorable aux arts, et surtout à la poésie.

La mythologie, sous ce point de vue , est l'invention, 'la plus ingénieuse de l'esprit lmmain, ..'«••

-Mais il eut v fallu (Jue Je système en fut com- .posé par un seul homme, où du moins sur ' un. pian suivi. Formé de pièces prises çà et là , et qu'on n'a pas même eu soin d'ajuster k l'une ik l'autre , il ne pouvait manquer d'être rempli dé disparates et d'inconséquences ; et cela n'a pas empêché qu'il n'ait fait les délices des peuples, et longs-temps l'Objet de leur adoration.: Quod finocere timent { Lucrèce) : tant la raison est esclave des sens ï Mais aujourd'hui que là fable n'est plus qu'un jeu , * nous lui passons , hors du poëme f toutes ses irrégularités , pourvu qu'au dedans tout ce qu'on nous présente' se concilie et soit . -d' accord. m

J'ai distingué ailleurs la fiction simple et l'allégorie. Je ne ferai que rappeler ici en peu

dô mots leur différence et leui?vempk>i. L'une embrasse tous les êtres fantastiques- qui. ont pris la place des causes naturelles , ou qui sont vernis à l'appui des vérités morales. .

Jupiter, Neptune , Plutoq ne sont pas doanés pour des symboles T mais pour des personnages aussi réels qu'Achille, Hector et Priam; ils ne doivent donc être, employés que dans les sujets où ils . ont leur Vérité relative aux; lieux , aux temps , à l'opinion. Les temps fabuleux de l'Egypte', * de la .Grèce- «t de l'Italie ont la mythologie pour histoire; l'idée

x du Minotaure est liée avec celle de Mtstos^ et lorsque vous voyea Philoctète,vôuatt'étes point surpris d'entendre parier de. ^apothéose

/ d'Hercule comme: d'iinrfait simple et connu. Les sujets pris 'dans ces temps-là reçoivent- • donc la Hjjfthblogie; mais il; n'est pas per-* mis* dé la transplanter, et s'il s'agit de Tbémistocle oUrde,Sodrate y elle n'a plus lieu: Il en est de même d«s sujets pris dans Fhistoire du Laùum : Çnée > Iule , Romulus lui-même, est dans lé système du merveilleux ; après cette époque , l'histoire est pins sévère , et n'admet que la vérité.

Ce que je dis de la fah|t doit s'appliquer à la magie : il n'y. a que les siyets pris dans un temps

où l'on croyait aux enchanteurs, qui s'accommodent de ce système : il convenait à la Jérusalem délivrée ; il n'eût pas convenu à la Henriade* • ,

Lucain s'çst conduit en homme consommé, lorsqu'il a banni de son poème le merveilleux' de. la fable! Si l'on eût vu l'Olympe divisé entre Pompée et César, comme entre les Grecs et les Troyens, cela n'eût fait aucune illusion. Il serait encore plus absurde aujourd'hui de mettre en. scène les. dieux d'Homère dans les révolutions d'Angleterre* eu cfe Suède. Mais combien plus choquant est le mélange des deux 'systèmes, tel qu'on^ le voit dans quelquesr-uns'dçs poètes italiens î II n'y a plus de merveilleux absolu pour les>sujete modernes que celui de la religion , et je «crois avoir fait sentir combien l'usage en est difficile.

Comme, la féerie n*a jamais été reçue v elle; no peut jamais être sérieusement employée ; niais elle aura Heu dans un poème badin. 11 eu est de même du merveilleux de l'apologue ; Cependant, j'oserai le dire, il y à , dans tes mœurs et Jes actions des animaux , des traits qui tiennent du prodige, et ne sont pas in* dignes de la majesté dé l'épopée. On en cité des exemples de fidélité , de reconnaissance ,

d'amitié , qui sont pour nous de touchantes leçons. Le chien d'Hésiode , qui accuse et convainc Ganitor d'avoir assassiné son maître ; celui qui découvre à Pyrrhus les meurtriers du sien ; celui d'Alexandre, auquel on présente un cerf pour le conibattre , puis un sanglier, puis un ours , et qui ne daigne pas quitter sa place ; mais qui , voyant paraître un lion , se lève pqur l'attaquer, « montrant manifestement, dijf JVf ontagne , qu'il déclarait celui-là seuljligne d'entrer en combat avec lui» ; le liok qui reconnaît. dans l'arène l'esclave Ândroclès qui l'avait guéri , ee lion , qui lèche la main de son bienfaiteur, s'attache à lui , le suit dans Rome , et fait dire au peuple qui le couvre de fleurs : Foilk le lion hôte de l'homme , voilà l 'homme médecin du lion; ce qu'on atteste des éléphans; ce qu'on a vu du lion de Chantilli ; ce que tout le monde sait de l'instinct belliqueux des chevaux ; enfin ce qui se passe sous nos yeux dans le commerce de l'homme avec les animaux qui lui sont soumis , donnerait lieu , . cerne semble, au merveilleux le plus -sensuble , si on l'employait avec goût. Le chien d'Ulysse en. est un exemple; et malheur à

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l'homme froid ' pour qui ce trait" touchant n'aurait pas asse^de noblesse !

A l'égard de l'allégorie , comme elle n'est pas donnée pour une vérité absolue et positive, mais pour le symbole et le voile de la vérité, si elle est claire ,- ingénieuse et décente , elle est parfaite ; mais il faut avoir soin qu'elle s'accorde avec le système que l'on a pris. Qnpeut partout diviniser la paix : mais cette idée charmante , qui en est le symbole (les colombes de Vénus faisant leur nid dans le casque de- Mars) serait aussi déplacée dans un sujet pieux , que Tétait , dans l'église des Célestins, le groupe des trois Grâces. L'allégorie des.

passions, «tes vices , des vertus, etc., est reçue dans l'épopée, quel que soit le lieu et le temps de l'action ; elle est aussi admise sur la scène lyrique : mais l'austérité de la tragédie «# permet plus de J'y employer. Eschyle introduit en personne la Force et la Néces- site ; le théâtre français n'admet rien de semblât* le. .

' Mais, soit en récita soit en scène , l'allégorie ne doit être qu'accidentefleetpassagère, et surtout ne jamais prendre la place de la passion , à moins que le poète , par des

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raison» de bienséance, ne soit obligé de jeter ce voile sur ses peintures. L'auteur de la Henriade a employé cet artifice - y mais Homère et Virgile se sont bien. gardés de faire des personnages allégoriques de la colère d'Achille et de 1 amour- de Didon. Le mieux est de peindre la passion tonte nue et par set ' effets, comme dans la tragédie. Toutes les fois que la nature est touchante et passionnée, le merveiUeux est an moins superflu.

1 Au reste , le grand art] d'employer le mer veilleux est de le mêler avec la nature, comme s'ils ne faisaient qu'un seul ordre de choses ,' et comnte s'ils n'avaient qu'un Mouvement commun. Cet art d'engrener les rôties de ce»

machines , etxTen tirer une action combinée , est celui cFHbmère aii plus haut degré. On en voit l'exemple dans llliade. L'édifice' dtt poème est fondé sur ce qu'il y a de plus naturel et de plus simple» , l'amont de Crysès - pour sa fille. On la lui a enlevée ; il la v redemande , on la lui reftlse ; die est captive d'un roi Superbe , qui rebute eë père afflige. Crysès , prêtre d'Apollon , lui adresse ses plaintes. Le dieu le protège et le venge ; il lance ses flèches empoisonnées dans le camp

des Grecs .'La contagion s'y répand , et Calcas annonce que le dieu ne s'apaisera que lorsqu'on aura réparé l'injure faite à son ministre. Achille est d'avis qu'on lui rende sa fille : Agamemnon , à qui elle est tombée $n partage , consent à la rendre ; mais il exige' une autre part au butin. Achille indigné lui reproche sqn avarice et son ingratitude. Agameranon , pour le punir , envoie prendre Briséis dans ses tentes ; et de là cette colère qui fut si fatale aux Grecs. La nature n'aurait pas enchaîné les faits avec plus d'aisance et' de simplicité ; et c'est dans cet accord facile-, dans cette intime liaison du familier et du merveilleux, que consiste la vraisemblance.

Quant à celle de l'action et des mœurs ,

voyez ACTION , INTRIGUE , CONVENANCES , MOEURS , UNITÉ , etC»

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