TRADUCTION
Les opinions ne s'accordent pas sur Tes-* pèce de tâche que s'impose le traducteur , ni sur l'espèce de mérite que doit avoir eu la traduction. Les uns pensent que c'est une folie de vouloir assimiler deux langues dont le génie est différent; que le devoir du traduc- ' teur est de se mettre à la place de son auteur autant qu'il est possible , de se remplir de son esprit, et de le faire exprimer dans la langue adoptive, comme s'il se fut exprimé lui-même s'il eût écrit 'dans cette langue. Les autres pensent que ce n'est pas asseas.: ils veulent retrouver dans la traduction non seulement le caractère de l'écrivain original , mais le génie de sa langue , et , s'il est permis de le dire , l'air du climat et le gqut du terroir;
Ceux-là semblent ne demander qu'un on»*
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▼rage utile ou agréable ; ceux-ci , plus curieux-, demandent la production d'un tel pays et le monument d'un tel âge. La première de ces opinions est communément cellerdes savans.
La délicatesse des uns, ne cherchant que des jouissances, non seulement permet que le* traducteur efface les taches de l'original, qu'il le corrige et l'embellisse , mais elle îui reproche , comme une négligence , d'y laisser desincorrections : au lieu que la sévérité des autres lui fait un crime de n'avoir pas respedté ces fautes précieuses , qu'ils se rappellent avoir vues , et qu'ils aiment à retrouver. Vous copiez un vase étrusque , et vous lui donne»
l'élégance grecque ; ce n'est point là ce qu'on? vous demande et ce que Ton attend dé vous.
Chacun a raison dans son sens. Il s'agit , pour le traducteur, de se consulter, et de voir auquel des deux goûts il défère. S'il s'éloigne trop de l'original , il ne traduit plus ,- il unité ; s'il le copie trop servilement , il fait une version , et n'est que translateur. N'y aurait-il pas un*milieu à prendre?
Le premier et le plus indispensable de»
devoirs-du traducteur est de rendre la pensée ; et les ouvrages qui ne sont que pensés sont
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aisés à traduire dans toutes les langues. La clarté , la propriété , la justesse , la précision , la décence font alors tout le mérite de la traduction , comme du style original : et si quelques-unes de ces qualités manquent à celuici, on sait gré au copiste d'y avoir suppléé. Si au contraire il est moins clair ou moins précis , on l'en accuse , lui ou sa langue. Pour la décence , elle est indispensable , dans quelque langue qu'on écrive. Ci en de plus choquant, par exemple, que de voir le plus grave et le plus noble des historiens traduit en proverbe**! es halles. Mais jusque là il n'est pas difficile de réussir, surtout dans notre langue, qui est naturellement claire et noble. Un homme médiocre a traduit Y£ssai sur ' t entendement humain , et Ta traduit assez bien pour nous, et au gré de Locke luimême.
Mais si un .ouvrage profondément pensé est écrit avec énergie , la difficulté de le bien rendre commence à se faire sentir : on chercherait inutilement , dans la prose si travaillée de d' Ablancourt , la force et la vigueur du style de Tacite.
Quoique la brièveté donne toujours, sinon plus de force , au moins plus de vivacité à la