CHAPITRE VI
Formation de l'échelle diatonique des Modernes % ou gamme ordinaire,
55*l\JOus venons de montrer dans le
1^1 Chapitre précédent, comment fe
forme l'échelle des Grecs,/, ut, ré, mi,
ton majeur eft de 80 à 81 ; cette différence entre le ton majeur & le ton mineur, eft ce que les Grecs ont appelle comma. Elle eft infenlible à l'oreille , quoique
réelle.
On peut remarquer que cette différence d'un comma fe trouve entre la tierce mineure jufte '& harmonique s & la tierce mineure altérée ré fa , que nous avons icmarquée dans l'échelle {Note 1); car nous avons vu que cette tierce mineure altérée eft dans le rapport» de 8g à 8 1 avec la tierce mineure jufte.
Théorique et pratique. 39 fa, fol, la, par le moyen d'une baffe fondamentale compofée feulement des trois fons fa, c' ^£ ut, fol: mais pour former l'échelle ut, ré, ml, fa, fol, la, fi, UT, qui efl en ufage aujourd'hui, il faut néceflairement ajouter à la baffe fondamentale le fon ré, & former avec les quatre fons fa , ut , fol, ré, la baffe fondamentale fuivante ,
ut , fol, ut, fa, ut , fol, ré , fol, ut 3 Voyei E. d'où l'on tire le chant ou la gamme ut , ré , mi, fa, fol, la , fi , UT
(0) En effet , ut de la gamme appartient à i'harmonie tfut qui lui répond dans la baffe -, ré, qui efl le fécond fon de la gamme, apparue) Les valeurs des fons feront les mêmes dans cette, échelle que dans la première , à l'exception du la\ car ri étant f , fa quinte fera g : de forte que l'échelle fera
9 5 ± 1 £7 il , 1 T 4 3 2 Ji6 8
ut
, ri, mi, fa, fol, la, fi, UT,
où Ton voit que le la de cette échelle eft différent de celui de l'échelle des Grecs , & que le rapport de ces deux la efl: celui de^àj, c'efl-à-dire de 81 à 8c ; donc ces deux la différent encore d'un comma-
C iv
40 Elemens* de Musique tient à l'harmonie de fol, fécond fon de la
<LPAR/ baffe ' miy troiueme fon de la gamme » ^P31" v ^/v 'tient à l'harmonie dV, troifieme fon de la
baffe , &c.
56. De -là il s'enfuit que l'échelle diatonique des Grecs eft plus fimple que la nôtre , du moins à quelques égards ; puifque l'échelle des Grecs ( Chap. V, ) eft formée du feul mode $ut , au lieu que la nôtre eft primitivement & originairement formée du mode ffut {fa, ut\ fol, ) & du mode de fol, {uty fol, ré. )
Auiîi voit -on que cette dernière échelle eft compofée de deux parties , dont l'une, ut, ré, mi, fa, fol, eft dans le mode d'ut, & l'autre, fol, la, fi, ut, eft dans le mode de fol.
57, C'eft pour cette raifon que le fon fol fe trouve répété deux fois de fuite dans cette gamme -, la première comme quinte à\it qui lui répond dans la baffe fondamentale -, la. féconde , comme o&ave de fol, qui fuit immédiatement ut dans cette baffe. Du refte ces deux fol confécutifs font d'ailleurs parfaitement à Funiffon : c'eft pour cela qu'on fe con-
Théorique et pratique, 41 tente d'en dire un feul quand on chante la=^ gamme ut, ré, mi, fa, fol, la, fi , UT: çhap%v^ mais cela n'empêche pas qu'on ne pratique un repos, exprimé ou fous - entendu , après le fon fa. Il n'y a perfonne qui ne s'en apperçoive en entonnant foi -même la gamme.
58. Donc l'échelle des Modernes peut être regardée comme compofée de deux tétracordes disjoints & parfaitement femblables, ut, ré, mi, fa, & fol, la, fi , ut, l'un dans le mode d'ut, l'autre dans celui de fol. Au refte, nous verrons dans la fuite par quel artifice on peut faire que l'échelle ut, ré, mi ,fa , fol, la , jî, UT, (oit regardée comme appartenante au feul mode d'ut. 11 faut pour cela faire quelques changemens à la baffe fondamentale que nous venons de donner : c'eft ce qui fera, expliqué plus au long ( Chap. XIII. ).
59. L'introdu£tion du mode de fol dans la baffe fondamentale , fait que les trois tons fa , fol, la, fi, peuvent fe fuccéder immédiatement en montant dans l'échelle -, ce qui ne fauroit avoir lieu {Art. 48.) dans l'échelle des Grecs, parce qu'elle efl formée du feul mode d'ut. D'où il s'enfuit ;
41 E LEMEN S DE Mu S I QU &
a—*"-1 i°. Qu'on change de mode toutes les foU
[ Part s^'l tzi qu'on entonne trois tons de fuite. ithap.FI. L o
2 . Que h on entonne ces trois tons de fuit e^ dans la gamme ut., ré, mi, fa , fol , la y fi, UT , ce ne peut être qu'à la faveur d'un repos , exprimé ou fous - entendu , après le fon fa; enforte que les trois tons fa, fol , la, fi, font cenfés appartenir à deux tétracordes dirTerens.
6o. On ne doit donc plus être étonné de l'eïpece de difficulté qu'on éprouve à entonner naturellement trois .tons de fuite en montant; puifqu'on ne le fauroit faire fans changer de mode , & que n* on refte dans le même mode , le quatrième fon au-defTus du premier fon ne fera jamais fupérieur que d'un demi- ton au /on qui le précède, comme on le voit dans ut , ré , mi , fa , & dans fol , la , fi, ut , où il n'y a qu'un demi-ton de midi fa, & defik ut.
6i. On peut encore obferver dans l'échelle ut, ré, mi, fa, que la tierce mineure àxx ré au fa n'eft pas jufte , par les raifons qui ont déjà été expofées {Art. 46.) Il en eft de même de la tierce mineure la ut\, Se de la tierce majeure fa la : mais chacun de ce* for*
Théorique et pratique. 43
fait d'ailleurs des confonnances parfaitement
juftes avec les fons correfpondans de la balle * AR^f
fondamentale.
62. Les tierces la ut, fa la, qui étoient jufles dans la première échelle i font faillies dans celle-ci j parce que dans la première échelle la étoit tierce de fa , & qu'ici il eff. quinte de rè , qui lui répond dans la baffe fondamentale.
63. Ainfi on voit que l'échelle des Grecs renferme moins de confonnances altérées que la nôtre (p) ; & cela vient encore de i'introduclion du mode de fol dans la baffe fondamentale, (q)
(p) Dans l'échelle des Grecs , le la étant tierce du 7%, on a une quinte altérée entre la & rè : mais dans la nôtre , la étant quinte du rè , donne deux tierces altérées fa la <k la ut , & une quinte aufli altérée la mi9 comme nous le verrons dans le Chapitre fuivant. Ainfi il y a dans notre échelle deux intervalles de plus d'altérés que dans l'échelle des Grecs.
(7) On pourroit nous faire ici une forte d'objection. La gamme des Grecs , nous dira-t-on , a une baffe fondamentale plus fimple que la nôtre, & outre cela moins de confonnances altérées ; pourquoi néanmoins la nôtre nous paroît - elle plus facile à entonner que celle des Grecs ? Celle - ci commence par un femi - ton ; au lieu que l'intonation naturelle femble nous porter à
•44 Elemens de Mu szquè 4-^:— - On voit auffi que la valeur de la dans
I Part
Cha. »y échelle diatonique, valeur fur laquelle les Auteurs ont été partagés , dépend uniquement de la baffe fondamentale, & quelle fera différente félon que ce la aura fa ou ré pour baffe. Voye^ h note (0).
monter d'abord d'un ton , comme nous faifons dans notre gamme. La réponfe à cette obje&ion eft , que la gamme des Grecs eft à ia vérité mieux difpofée que la nôtre pour la {implicite de la baffe , mais que la nôtre eft difpofée plus naturellement pour la facilité de l'intonation. Notre gamme commence par le fon fondamental ut, & c'eft en effet par ce fon qu'il faut commencer; c'eft celui d'où partent &: d'où dépendent tous les autres , 6c pour ainfi dire , qui les renferme ; au contraire ni la gamme des Grecs , ni la baffe fondamentale de cette gamme, ne commencent par ut-, mais c'eft de cet ut qu'il faut partir pour diriger l'intonation , foit en montant , foit en defeendant ; or en montant depuis ut , l'intonation dans la gamme même des Grecs, donne ut ri mi fa fol la ; & il eft fi vrai que le fon fondamental ut eft ici le vrai guide de l'oreille , que fi avant d'entonner ut, on veut y monter en paffant par le fon de la gamme le plus immédiatement voifin de cet ut% on ne peut y parvenir que par le fon fi & par le demiton fi ut. Or pour paffer du fi à fut par ce demi-ton, il faut nécessairement que l'oreille foit déjà préoccupée du mode à' ut , fans quoi on entonneroit le ton Jiut% , &: on feroit dans un autre mode»
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