‹ Elémens de musique théoretique et practiqueChapitre 85 sur 99 · E LE MENS DE M U S I QU E · texte numérisé non relu

E LE MENS DE M U S I QU E

mm Quand une fois on connoît le mode , & ' ^J' qu'on s'en efl affuré par les moyens différens que nous venons d'indiquer , la baffe fondamentale coûtera peu de peine.

Car dans chaque mode , il y a trois fons fondamentaux.

i °. La tonique du mode , ou le fon prinpal , qui porte toujours l'accord parfait majeur ou mineur , félon que le mode eft majeur ou mineur.

Mode majeur d'Z/J'. ut mi fol ut. Mode mineur de LA. la ut mi la,

2°. La dominante tonique , qui eft la quinte au-defîus de la tonique , &: qui , foit dans le mode majeur , foit dans le mineur , porte toujours un accord de feptieme , compofé d'une tierce majeure fuivie de deux tierces mineures.

roit être en mi mineur , fur - tout fi la note mi étoit longue. On en voit un exemple dans le quatrième A&e de Zoroaftrc , où le premier air des Sacrificateurs d'Ariman commence ainfi à deux tems , fol mi\ \ f[, , chacune de ces notes étant une blanche. Cet air eft en fol mineur , & non pas en mi \, majeur , comme on feroit d'abord tenté de le croire. Or on reconnoit qu'il eft en fol mineur , par les modes relatif* qui fuivent , ôc par les notes de repos.

Théorique et pratique, 195

Uominante tonique* ■ — '

1 II. Part.

Mode majeur à'I/T. fol fi rè fa. Ch.XIII.

Dominante tonique.

Mode mineur de LA. mi fol ^ fi ré.

30. La fous -dominante , qui efl la quinte au-deffous de la tonique , & qui porte un accord compofé de tierce , quinte & fïxte majeure, la tierce étant majeure ou mineure, félon que le mode eiï majeur ou mineur.

Sous-dominante.

Mode majeur d'I/T. fa la ut ré.

Mode mineur de LA. ré fa la fim

Ces trois fons , la tonique , la dominante tonique & la fous - dominante , contiennent dans leurs accords tous les fons qui entrent dans la gamme du mode ; enforte que le chant étant donné , on peut trouver prefque toujours lequel de ces trois fons doit être mis à la baffe fondamentale fous une note du chant. Cependant il arrive quelquefois qu'aucun de ces fons ne peut être employé. Par exem-

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ï^6 Elemens de Musique

pie, je fuppofe que je fois dans le mode d'ut, **• V^R*' & que je trouve dans le chant ces deux notes confécutives la fi : fi je me borne à mettre a la baffe fondamentale un des trois fons ut, fol, fa , je ne trouverai pour le chant la fi , que

cette baffe fondamentale fa fol ; or une telle

fucceffion de fa k fol eft interdite par la cinquième règle de la baffe fondamentale , fuivant laquelle toute fous - dominante comme

fa y doit monter de quinte -, de forte que fa ne peut être fuivi que â'ut dans la baffe fon-

damentale , & non pas de foL

Pour obvier à cela , on renverfe l'accord de fous - dominante fa la ut ré, en accord fondamental de feptieme de cette manière, ré fa la ut ; ce qu'on appelle le double emploi {Art. zo5. )? parce que c'eft une féconde manière d'employer l'accord de la fous-dominante : on donne par ce moyen au chant

la fi, cette baffe fondamentale ré fol 3 dont la marche eft. conforme aux règles.

Voilà donc quatre accords ut mi fol ut, fol

fi ré fa , fa la ut ré , ré fa la ut , qu'on peut

employer dans le mode majeur d'ut. On trou-

Théorique et pratique. 197

vera de même dans le mode mineur de Za -

, II. Part.

ces quatre accords 9 ^ XHL

la ut mi la , mi fol ^ fi ré , ré fa la fi , fi ré fa la ,•

& dans ce mode on change quelquefois le dernier de ces accords en fi ré fa ^ la , fubftituant le fa % au fa naturel ; par exemple , fi j'ai ce chant dans le mode mineur de la ,

m^faH f°I M k> ie ^era^ Porter à *a Pre" miere note mi l'accord parfait la ut mi la , à

la faconde fa % l'accord de ieptieme fi ré fa ^ la , àlatroiiiemeyî?/^ l'accord de dominante tonique mi fol ^ fi ré, & enfin l'accord parfait la ut mi la , à la dernière.

Au contraire fi j'ai ce chant, toujours dans le mode mineur , la la fol ^ la , le fécond la étant fyncopé ; je lui donnerai la même baffe qu'au chant mi fa ^ fol ^ la; avec cette feule différence , que je pourrai fubfiituer le fa naturel au fa % dans l'accord fi ré fa ^ la, pour mieux défigner le mode mineur.

Outre ces accords dont nous venons de faire mention , & qu'on peut regarder comme les principaux du mode , il y en a encore

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ÏÇ)8 E LEMEN S DE M U S I QU £

beaucoup d'autres ; par exemple , cette fuite

RT' de dominantes CL XIII.

#/ /a /e y^/ r/r jra yz /rai /<2 ré fol ut ,

qui fe termine de part & d'autre par la tonique ut y appartient toute entière , ou au moins peut être cenfée appartenir (gggg) au mode d'ut; parce qu'aucune de ces dominantes n'eft dominante tonique , excepté fol , qui eft la dominante tonique du mode d'ut ; & que

{§§§§ ) ^e disiez// <^e ce/z/è'e appartenir , pour deux raifons : i°. parce qu'il n'y a proprement que trois accords qui appartiennent eiïentiellement & primitivement au mode d'ut ; favoir, ut portant l'accord parfait , fa portant celui de fous-dominante , & fol portant celui de dominante tonique , auxquels on peut joindre l'accord de feptieme ré fa la ut , \art. 10S. ]; mais on regarde ici par extenjîon la fuite des dominantes dont il s'agit , comme appartenante au mode d'ut , parce qu'elle conferve à l'oreille l'impreffion de ce mode. 2°. Dans cette fuite de dominantes il en eft plufieurs qui appartiennent auffi à d'autres modes ; par exemple la , dominante fimple , appartient naturellement au mode do. fol; fi, dominante fimple, à celui de la &c. Ainfi ce n'eft qu'improprement &par extenjîon , comme on l'a déjà dit , qu'on regarde ici ces dominantes comme appartenantes au mode à'ut.

d'ailleurs l'accord de chacune de ces domi-1 — L...L ïi. nantes n'eft formé que des fons qui appartien- ^P^J| nent à la gamme d'ut.

Mais ii je formois cette baffe fondamentale

&r la ré fol ut ,

en rendant le dernier ut dominante tonique en cette forte ut mi fol Ji\, ; alors le mode changeroit à ce fécond ut, & on entreroit dans le mode de fa ; parce que l'accord ut mi fol fi\f indique la dominante tonique du mode de fa : d'ailleurs ii eft évident qu'on change de mode , puifque fi\, n'appartient point à la gamme d'ut.

De même fi je formois cette baffe fondamentale

7 7f 7 6 ut la ré fol ut ,

en rendant le dernier ut fous-dominante en cette forte ut mi fol la , ce dernier ut indiqueroit le mode de fol , dont ut eft la fousdominante.

De même encore fi dans la première fuite de dominantes , je faifois porter la tierce ma-

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^ jeure au premier ré en cette forte ré fia % la Ch.XIIL ut ' ce ™ devenu dominante tonique , m 'indiquerait le mode majeur de fol; & le fol qui le fuivroit , portant l'accord fi ré fi , retomberait dans le mode d'ut , d'où l'on étoit parti.

De même enfin û dans cette fuite de dominantes, on faifoit porter au fi le fia ^ en cette forte , fi ré fia ^ la ; ce fia % indiquerait qu'on eft forti du mode d'ut , pour entrer dans celui de fil.

De-là il eir. facile de former cette reo-Ie pour reconnoître les changemens de mode dans la baffe fondamentale.

i°. Lorfqu'on trouve une tonique dans la baffe fondamentale , on eu dans le mode de cette tonique ; & le mode eu majeur ou mineur , félon que l'accord parfait eft. majeur ou mineur.

2°. Lorfqu'on trouve une fous-dominante , on eu dans le mode de la quinte au - deffus de cette fous-dominante ; & le mode eft majeur ou mineur , félon que la tierce eft majeure ou mineure dans l'accord de cette fousdominante.

Théorique et pratique, 201 30. Lorfqu'on trouve une dominante to-7f^^r nique , on eft dans le mode de la quinte au- CLXIIL deiTous de cette dominante tonique. Comme la dominante tonique porte toujours la tierce majeure , on ne peut s'afïurer par le fecours de cette feule dominante , fi le mode eft majeur ou mineur : mais il n'y a qu'à jetter les yeux fur la note fuivante , qui doit être la tonique du mode où l'on eft ; on verra par la tierce de cette tonique fi le mode eft majeur ou mineur.

243. Tout changement de mode fuppofe un repos ; & quand le mode change dans la baffe fondamentale , c'eft prefque toujours ou après la tonique du mode où Ton étoit , ou après la dominante tonique de ce mode , cenfée pour lors tonique à la faveur d'un repos qui doit néceftairement s'y trouver : de-là vient que les repos dans un chant annoncent ordinairement un changement de mode qui doit les fuivre.

244. Toutes ces règles jointes à la table des modes que nous avons donnée ( Art. 134.) ferviront à connoitre dans quel ton on eft au milieu d'une pièce , fur - tout dans les

202 Elemens de Musique ~~ endroits effentiels, comme les repos (hhhh). Ch.XIU. ^e Joins ici Ie monologue d'Armide avec la baffe continue & la baffe fondamentale. Les changemens de mode fe diftingueront aifément dans la baffe fondamentale , par les règles que nous venons de donner à la fin de l'article 242. Ce monologue fervira de leçon de compofition aux Commençans. M.

Rameau le cite dans fon nouveau fyftême de Mufique , comme un exemple de modulation exaéte & très-fïmple. ( Voyei la planche 6 & les fuivantes. ) ( lui ).

{Jthhh ) Deux modes font d'autant plus relatifs , qu'ils ont plus de fons communs ; par exemple , le mode majeur d'ut & le mode majeur de fol, ou le mode majeur d'ut & le mode mineur de la : au contraire deux modes font d'autant moins relatifs , qu'ils ont moins de fons communs : par exemple , le mode majeur d'ut, 6k le mode majeur do.fi, &c.

Quand on fe trouve entraîné par la fuite de la modulation , c'eft-à-dire par la manière dont on a formé la baffe fondamentale , dans un mode éloigné de celui par lequel une pièce a commencé , il faut y refter peu , parce que l'oreille s'empreffe toujours de revenir au premier mode.

( iiii ) Il faut bien remarquer que nous donnons la baffe fondamentale , la baffe continue , & en général h

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