FLEXIONS UTÉRINES. AA
Valleix a beaucoup insisté sur ce point; il pense que l’altération du tissu précède la flexion. D’après Scanzoni, cette partie est d’une couleur jaunâtre, les tissus sont plus lâches, manquent d’élasticité ; il y aurait donc un commencement de dégénérescence graisseuse. Virchow n'a pas constaté cette dégénérescence; il est vrai, comme le fait remarquer M. Becquerel, que ses investigations n’ont porté que sur des jeunes filles ou des jeunes femmes, chez lesquelles la flexion est pour ainsi dire normale, tandis que s’il avait étudié la flexion sur des utérus dont on aurait constaté antérieurement la rectitude , peut-être serait-il arrivé à d’autres résultats.
2° D'après Scanzoni, l'angle formé au point infléchi peut intercepter et mème boucher complétement l'orifice interne du col utérin, Hl est possible qu’il en soit quelquefois ainsi et que la cavité utérine ait perdu ses communications avec l'extérieur, mais cette disposition n’est pas Constante, Dans un très remarquable ouvrage, et qui est destiné à jeter une vive lumière sur les rapports réels des différens organes, BI. Legendre à fait voir que, même dans un utérus très fortement in fléchi, la cavité utérine pouvait conserver toute sa perméabilité (Æ)}.
Nous n'avons pas à nous arrêter sur les altérations que déterminent les phlegmasies de l'utérus; il est aussi fréquent de les rencontrer à la suite des flexions que des autres déplacemens.
9° Nous avons dit que le corps de l'utérus conservait sa mobilité, c'est-à-dire qu’il pouvait être repoussé dans sa direction normale ; ce phénoméne se présente lorsque la maladie est récente ; mais, quand elle est ancienne, on trouve des adhérences, des brides, souvent très résistantes. La fréquence de ces adhérences a fait dire à Virchow que souvent les flexions sont consécutives à des péritonites du petit bassin : mais Scanzoni fait remarquer que ces brides ne sont pas tendues et qu’elles ne peuvent, par conséquent, être considérées comme cause de la flexion. M. Becquerel nie complétement l’action de ces brides dans la production de la flexion.
La pression exercée par le fond de l'utérus sur les organes circonvoisins détermine quelquefois des désordres assez sérieux pour qu'il soit nécessaire de les signaler. Citons 4, la pression exercée sur les veines du petit bassin, en particulier du rectum et de la vessie, et causant des varices de la vessie, des hémorrhoïdes ; 2° la pression exercée sur la vessie et sur le rectum, et consécutivement l’inflammation chronique de la membrane muqueuse de ces deux organes.
Symptomatologie. — Quelle est la part qu’il faut attribuer à la
(1) E.-Q. Legendre, Analomic chirurgicale homolographique, tab. XVII, in-folio, Paris, 1858.
flexion dans les symptômes que l’on observe chez les femmes affectées d’un semblable déplacement ? Nous rappelerons ici ce que nous avons dit en décrivant les déviations. Il est difficile de distinguer les accidens qui sont causés par la flexion de ceux qui appartiennent à finflammation chronique de l'utérus, et on sait que cette complication existe dans l’immense majorité des cas, alors que le praticien est appelé à constater l'existence d’une flexion.
Il est certain qu’on voit un grand nombre de flexions, soit congénitales, soit acquises, qui ne provoquent aucun symptôme appréciable : faut-il invoquer ici l'absence de complication ou le faible degré de la flexion? Il est tout au plus permis de se demander si la flexion ellemême ne prédispose pas à l’engorgement , à l’inflammation chronique du corps de l’utérus.
Scanzoni a insisté beaucoup sur les symptômes de la flexion utérine ; il signale des coliques utérines plus où moins violentes, la difficulté de la miction et de la défécation, des troubles dans la menstruation, des écoulemens leucorrhéiques, etc. ; mais ce sont là tout aussi bien les symptômes Ge linflammation chronique de l’utérus que de la flexion: aussi l’auteur lui-même convient-il du faible degré d'importance qu’il faut attacher à ces accidens morbides, puisqu'il ajoute : « Aussi sommesnous aujourd’hui convaincu que les flexions de la matrice n'acquierent quelque importance, ne sont suivies de dangers sérieux que lorsqu'elles se compliquent d'une autre altération dans la texture de cet organe (1). » Cette opinion avait été déjà formulée de la manière la plus nette par M. Aran (2) et M. Becquerel. Nous avons déjà exposé l'opinion de M. Aran lorsque nous avons parlé des déviations; il nous a fait voir que si, dans quelques cas, on avait constaté des symptômes dans les cas de simples déviations, il fallait accuser la susceptibilité de ces malades.
Quant aux symptômes qui peuvent être constatés par l'examen direct, nous les exposerons en décrivant les flexions en particalier.
Étiologie. — Nous avons vu précédemment que les flexions pouvaient être divisées en deux catégories : 1° celles que l’on observe chez les jeunes enfans et chez les jeunes filles, et qui, chez certains sujets, peuvent persister pendant toute la durée de la vie; 2° celles qui sont pour ainsi dire accidentelles, qui se montrent ou se reproduisent à une certaine époque, Nous avons à nous occuper surtout de ces dernières an point de vue étiologique, C’est surtout vers l’âge de trente à trente-cinq ans, époque où Les accouchemens et les avortemens sont les
(1) Scanzoni, loc. cit., p. 77.
(2) Aran, loc. cit. (Gañelte des hôpilaux, 1856).
FLEXIONS UTÉRINES. 709 plus fréquens, qu’on les observe le plus souvent ; les femmes marites prématurément, c’est-à-dire à une époque où l'appareil génital n’a pas encore acquis tout son développement, paraissent plus fréquemment atteintes de flexions utérines. Les accouchemens laborieux peuvent encore être invoqués comme cause de flexion, Enfin il est possible qu'un certaig nombre de malades doiventieur infirmité à l’imprudence qu’elles ont faites en se levant trop tôt après leurs couches,
Diagnostic. — Les flexions utérines sont en général faciles à reconpaître; cependant on peut les confondre avec un engorgement chronique de l’utérus et surtout avec une tumeur fibreuse peu considérable développée dans une des parois de la matrice; la saillie qu’elle détermine peut être prise dans ces cas pour le fond de l'utérus, mais le diagnostic sera précisé de la manière la plus absolue à l’aide du cathétérisme utérin.
Pronostic. — Les flexions ne sont pas graves par elles-mêmes; on doit cependant les considérer comme une condition fâcheuse, si on admet qu’elles puissent rendre plus graves et plus rebelles les diverses alfections utérines intercurrentes.
Traitement. — L'opinion que nous avons émise à propos du traitement des déviations utérines peut être parfaitement reproduite ici.
Il ne faut pas toucher aux flexions qui ne déterminent aucune espèce d'accidens. S’il existe, au contraire, des désordres du côté des organes de la génération, il faut les faire disparaître ; mais n'oublions pas qu’on doit toujours faire la part des affections concomittantes, qu’il faut d’ abord diriger ses soins vers les inflammations chroniques, les engorgemens, les ulcérations, et ce n’est que quand on aura triomphé de ces états morbides qu'il est permis de songer à attaquer la déviation elle-même. Il ne faut pas oublier que les moyens dirigés contre les flexions utérines sont loin d’être toujours efficaces et qu ils ne sont pas sans danger ; en effet : 4° il n’est pas toujours possible, à l’aide des diverses espèces de redressement, de relever la courbure de l'utérus; 2° il est extrêmement fréquent de voir le déplacement se reproduire aussitôt que l'on à enlevé l'instrument, ce que l’on comprend facilement, si l’on se rappelle les altérations qui ont été signalées dans le tissu utérin au niveau du point fléchi; 3° l'introduction des instrumens dans la cavité utérine détermine souvent des douleurs extrêmement vives, provoque des métrites, des péritonites plus ou moins étendues, des phlegmasies péri-utérines ; on a signalé un certain nombre de cas de morts survenues à la suite de l'emploi des redresseurs. Nous pensons donc que l'emploi des diverses espèces de redresseurs doit être proscrit dans l’immense majorité des cas; peut-être serait-on autorisé à faire quelques tentatives dans les cas de stérilité, si on arrivait à ne pouvoir invoquer d’aulre cause que l'oblitération de l’orifice interne du col au niveau de la courbure.