II. Zatéroflexions
Elles sont, dans l'immense majorité des cas, combinées avec les antéversions, ou des rétroversions, ou des abaissemens de l'utérus; presque jamais on ne les trouve isolées.
Lorsque les malades accusent une douleur plus vive d’un côté que de l’autre, on pourrait être en droit de supposer une déviation du côté où les phénomènes morbides se montrent avec le plus d'intensité; mais il ne faudrait pas, d’après ce seul symptôme, formuler un diagnostic. On a cru que la latéroflexion à gauche déterminait plus souvent la constipation que la latéroflexion du côté droit. Nous n’insisterons pas davantage sur cette affection, qui ne présente, à part la direction de la plicature de l'utérus, aucune particularité importante.
D. lenversement de l'utérus.
On décrit sous le nom de renversement de l'utérus, une affection caractérisée par un déplacement tel que le fond de l'organe se déprime, s'enfonce dans la cavité utérine et même vient faire saillie, par sa face interne entre les lèvres du col.
On distingue au renversement de l'utérus quatre degrés. Dans Île premier, le fond de l'utérus a subi une simple dépression en dedans
« comme le col d’une fiole de verre, » selon la comparaison de Mauriceau ; dans le second, le fond de lutérus est descendu jusque vers l’orifice du col, ou a franchi même une partie de cet orifice ; dans le troisième, le corps de l'utérus est complétement retourné sur lui-même et fait saillie dans le vagin ; dans le quatrième, enfin, l’utérus a entraîné avec lui la partie supérieure du vagin et pend hors de la vulve.
Anatomie pathologique. — Il est facile de se rendre compte des modifications que l'utérus a subi dans sa configuration; au lieu d’une surface arrondie, globuleuse à sa partie supérieure, cet organe présente une dépression dont la profondeur est en rapport avec le degré du renversement. Les trompes et les ovaires, attirés par le fait du renversement, s'engagent plus ou moins dans la dépression ; l’entonnoir que forme l'utérus du côté de la cavité abdominale, recoit les anses d’intestin qui flottent dans le ventre. A l'extérieur, au contraire, on trouve une tumeur globuleuse, arrondie, rouge, qui fait saillie dans le vagin. Lorsque le renversement est considérable, le col entr’ouvert forme un bourrelet circulaire autour de la tumeur.
Le tissu utérin est congestionné, gonflé ; presque toujours il est le siége d’une inflammation chronique. Chez certaines malades, la tumeur, étranglée par le col, porte des traces d’une gangrène plus ou moins étendue. La membrane muqueuse, desséchée, dure, rugueuse, se couvre d’an épithélium plus ou moins épais, et lorsque la tumeur fait saillie au dehors, irritée sans cesse par le frottement, par le contact de l’urine, elle offre des traces d’uicérations plus ou moins profondes. fl n'est pas très rare de trouver l'utérus adhérent aux organes qui se sont précipités dans la cavité qu’il forme à la partie supérieure. Enfin, lorsque le renversement est la conséquence du développement de tumeurs, de corps fibreux, de polypes, par exemple, on trouve ces productions adhérentes au tissu de l’utérus.
Symptomatologie. — Lorsque le renversement est brusque, rapide, les malades ressentent des douleurs qui parfois sont extrêmement vives ; quand, au contraire, il ne s’est opéré qu'avec lenteur, les souffrances sont bien moins violentes; il n’existe qu’un sentiment de tiraillement, de pesanteur.
Lorsque, à la suite d’un accouchement, le renversement se produit brusquement, on observe une hémorrhagie extrêmement abondante ; quelquefois même elle est assez forte pour faire périr les malades ; dans quelques cas heureux, une syncope vient arrêter l'écoulement sanguin. Si la malade résiste à ces premiers accidens, la douleur se calme peu à peu, mais l'organe renversé est le siége d’un écoulement sanguin continuel, et qui devient plus abondant à l’époque de la menstruation. Ces pertes incessantes de sang ue tardent pas à altérer pro-
RENVERSEMENT DE L'UTÉRUS. 165 fondément la covstitution de la malade, qui se trouve plongée dans une anémie profonde. Cet affaiblissement progressif est beaucoup moins rapide lorsque l'écoulement sanguin ne se montre qu’au moment des époques menstruelles, mais il existe alors un écoulement leucorrhéique très abondant, qui n’est pas sans influence sur l’état de santé. À ces désordres locaux, il faut joindre les troubles du côté de la miction ou de la défécation : la marche est très pénible, souvent même impossible,
Les symptômes généraux ont aussi une importance assez grande : chez un certain nombre de malades, ils se bornent à une dyspepsie plus ou moins opiniâtre; chez d’autres, on voit survenir tous les accidens qui caractérisent une inflammation du péritoine, et les malades finissent par succomber. |
Si l’on palpe la paroi abdominale, on constate l’état suivant: le ventre a conservé toute sa souplesse, la palpation détermine peu ou point de douleur. Lorsque le renversement est un peu prononcé, on sent une dépression à la place occupée normalement par l'utérus; cette dépression augmente, si on tire sur le placenta encore adhérent à la paroi utérine. Si on plonge le doigt dans le vagin, on sent une tumeur convexe à une profondeur qui varie avec le degré du renversement. Dans le renversement au premier et au deuxième degré, le doigt doit être engagé dans la cavité du col, tandis que, dans les deux autres, on trouve la tumeur au fond du vagin plus ou moins raccourci. Si on cherche à déterminer la position et l’état du col, on constate qu'il a conservé à peu près ses caractères normaux dans le premier degré ; dans le second, on aperçoit une masse rougeâtre qui se présente entre ses lèvres écartées; dans Île troisième, il forme un bourrelet circulaire qui étrangle la tumeur formée par le fond de l’utérus ; dans le quatrième, enfin, la tumeur pend, comme nous lavons dit, en dt de la vulve; elle présente une forme bilobée ; les deux lobes sont séparés par le bourrelet circulaire du col.
Étiologie. —— Le renversement de la matrice est, dans la plupart dés cas, consécutif à un accouchement ; la brièveté du cordon, l'enroulement du cordon autour du cou du fœtus sont avec raison considérés comme une Cause pr édisposante de cette affection. Les contractions trop vives au moment de l’ expulsion du fœtus, l'accouchement dans la position verticale, surtout lorsque la matrice est restée dans linertie et qu’une puissance d’une nature quelconque se joint à la pression du paquet intestinal, les tractions violentes et prématurées peuvent être cause du renversement de la matrice.
On à vu quelquefois le renversement de l'utérus survenir quelques jours après l'accouchement; il faut accuser, dans ces cas, comme cause
prédisposante, le retard que la matrice éprouve à revenir sur elle-
même ; les efforts qui peuvent être faits dans cette circonstance, tels que la toux, la défécation, les vomissemens, etc., peuvent être regardés comme cause efficiente. Doit-on, dans ces cas, considérer le renversement comme prituitif, ou bien invoquer un renversement au premier degré, survenu pendant le travail, qui serait resté inconnu et se serait aggravé par suite d'efforts ?
Où constate quelquefois des renversemens de l’utérus en dehors de la parturition ; mais alors il faut admettre que la matrice se trouve dans des conditions qui rappellent la distension par le produit de la conception. L’hydropisie de la matrice, la distension par l'accumulation des menstrues, par des corps fibreux, etc., peuvent sans aucun doute favoriser le développement de l'affection dont il est ici question.
Diagnostic. — Le diagnostic du renversement de l'utérus est en général facile; le palper abdominal, le toucher vaginal, et quelquefois la seule inspection, suffisent pour faire reconnaître la nature de la maladie. Cependant, lorsque le renversement est produit par un polvpe, ül n'est pas toujours facile de savoir ce qui appartient à l’utérus et à la production accidentelle. L’utérus est en général plus souple, plus sensible, d’une couleur plus foncée. On ne saurait confondre le renversement avec l’abaissement: dans cette dernière affection, il existe un oriice, celui du col, qui manque dans le renversement.
Pronostic. — 11 est grave. Le renversement rapide et complet fait souvent périr les malades par hémorrhagie. Il faut remarquer, en outre, que le déplacement est extrêmement rebelle. A la vérité, ila été quelquefois possible d’obterir la guérison complète: on rapporte même deux cas de réduction survenues spontanément à la suite d’une chute: mais il est à craindre que, après la réduction, les malades ne restent exposés à des récidives. Enfin, on en a vu quelques-unes vivre assez longtemps avec un renversement qui n'avait pas été réduit, mais elles ont fini par succomber à une débilitation progressive, ou à une inflammation déterminée par le déplacement lui-même.
Traitement. — Nous n'avons pas à nous arrêter ici sur les précautions qu’il convient de prendre pour prévenir le renversement de la matrice à la suite des accouchemens; ce point se trouve exposé avec détail dans les traités spéciaux, nous nous cententerons d'indiquer le traitement propre à faire disparaître cette affection où à diminuer les accidens quand on n’a pu en triompher.
Lorsque le renversement est récent et peu considérable, les dernières contraction de la matrice suffisent quelquefois pour opérer le redressement. Hors de ces conditions, il faut procéder à la réduction de l’organc. Les difficultés sont généralement en raison directe du degré de renversement et de l'ancienneté de la maladie.