FONGOSITÉS UTÉRINES
Lyon), composés d’iodure de potassium, de belladone et de ratanhia, incorporés à un corps gras, au beurre de cacao, par exemple; mais le moyen le plus énergique est la cautérisation.
Les cautérisations des ulcérations de l'utérus se pratiquent à l’aide de caustiques et du fer rouge. L’azotate d’argent ne convient que dans les excoriations superficielles ; le nitrate acide de mercure agit avec beau- .Coup plus d'énergie: il a donné des résultats très satisfaisans, mais il offre l'inconvénient de provoquer la salivation. Le chlorure de zinc, la pâte de Vienne, les caustiques Filhos, ont également été appliqués avec avantage. Enfin, un des agents les plus puissans pour le traitement des ulcérations de l'utérus est la cautérisation avec le fer incandescent : elle est très peu douloureuse ; elle permet d'attaquer les tissus à la profondeur voulue. C’est certainement la médication qui rend le plus de services dans les cas de ce genre.
$ V. — Fongosités utérines.
Cette affection a été signalée pour la première fois par Récamier. Nous avons vu, avec lui, quelques-unes de ces malades : et depuis nous en avons observé un grand nombre de cas, tant dans notre pratique particulière que dans les hôpitaux. Des leçons cliniques assez nombreuses ont appelé l'attention sur ces faits, et l’histoire des fongosités utérines n’a pas tardé à trouver place dans le cadre nosologique.
Déjà, en 1846, M. Robert (1) avait publié la description des fongosités utérines enlevées à l’aide de la curette et avait indiqué quelques précautions à prendre pour pratiquer l’abrasion de la membrane muqueuse de l'utérus. Mais bientôt les observations se sont multipliées ; quelques thèses inaugurales, parmi lesquelles nous signalerons celles de MM. Babu, Ferrier, Juteau, furent faits sur ce sujet; enfin, dans ces derniers temps, M. J. Rouyer a publié une monographie très remarquable sur ce genre d'affection (2). | |
Anatomie pathologique. — Si l'on examine les lambeaux enlevés à l'aide de la curette utérine, on voit qu'is ont en général une épaisseur de 4 millimètre à 4 millimètre 1/2, présentant deux faces , une libre, lisse, recouverte par l’épithélium, au-dessus duquel on aperçoit un lacis vasculaire généralement fin, de couleur rouge, quelquefois violacée; une adhérente, hérissée de petites villosités très fines, dues à l’action de la curette, un peu veloutée, d’un blanc gri-
(1) Bulletin de thérapeutique, t. XXI, p. 344. (2) Rouyer, Études cliniques sur les fongosilés de la muqueuse Ulérine, etc. Thèse, Paris, 1858, n° 253.
sâtre ou rosé, très peu vasculaire. La membrane muqueuse est soulevée par de petites granulations formant quelquefois de petites saillies hémisphériques, sessiles ou pédiculées; ces dernières, qui sont presque sphériques, ressemblent assez à des grains de groseille et sont implantées sur la surface de la membrane muqueuse. Ces granulations sont opaques ou transparentes, jaunâtres comme de petits polypes vésiculaires, rosées, et même rouges. SOUS la membrane muqueuse on trouve, soit de petits caillots sanguins, soit de petites masses à surface spongieuse, violacée, qui rappellent le üssu placentaire et contenant dans leur intérieur un noyau central assez dur, que l'on peut sentir sous le doigt. Dans d’autres circonstances, ces granulations sont extrêmement nombreuses, serrées les unes contre les autres, grosses comme des graines de millet et de chènevis; elles donnent à la membrane muqueuse un aspect chagriné; leur corps offre une couleur blanchâtre ; élles ressemblent parfaitement à de petits grains glanduleux.
Ces granulations se trouvent dans la cavité utérine ; très rarement leur siége est limité à la cavité du col. Quelquefois on voit les granulations du col franchir l’orifice du museau de tanche et former une petite tumeur fongueuse vasculaire, dont le pédicule est embrassé par l’orifice du col. Nous avons observé plusieurs cas de ce genre qui auraient pu faire croire à l'existence d’une tumeur encéphaloïde faisant saillie dans le vagin.
Quel est le point d'implantation de ces fongosités? faut-il admettre, avec MM. Robert et Richet, qu’on les trouve surtout dans les points où se fixe le placenta? Les observations ne sont pas Encore assez nombreuses pour que cette question puisse être décidée.
Dans quelques cas, l'existence de ces fongosités est le seul état pathologique qui puisse être constaté; par contre, On observe chez certains sujets la tuméfaction ou des ulcérations superficielles du colutérin, l'augmentation de volume de l'utérus, le ramollissement du tissu propre de cet organe, et un agrandissement de sa cavité.
Symptomatologie. — Les fongosités utérines déterminent le plus souvent, au début, une augmentation de l’écoulemeut menstruel; bientôt les hémorrhagies deviennent presque continuelles ; il semble aux malades que les époques menstruelles se renouvellent plus fréquemment. Quelquefois l'écoulement sanguin est constant ; seulement ilest beaucoup plus abondant au moment des règles. Ces hémorrhagies déterminent de l’anémie, qui se montre avec tout le cortége des symptômes qui lui sont propres; les pertes sanguines sont assez souvent précédées d’une leucorrhée plus ou moins abondante. Les malades accusent des douleurs quelquefois très vives à la région lombaire, à la région sacrée, à l'hypogastre ; les sonffrances éprouvées dans cette der
FONGOSITÉS UTÉRINES. 173 nière région paraissent présenter un caractère particulier que les malades cherchent à exprimer; elle remonte vers la région épigastrique et porte au cœur, disent-clles. Fréquemment il existe une douleur qui s’étend d’une des régions iliaques dans le membre correspondant ; l'intensité de la douleur est assez souvent en rapport avec l’abondance de l'écoulement sanguin. Les souffrances et les hémorrhagies paraissent augmenter par le coît.
Si on explore les organes génitaux, on trouve le corps de l’utérus plus volumineux et plus mou qu’à l’état normal, les deux lèvres du museau de tanche sont plus épaisses, érodées, couvertes d’ulcérations superficielles, l’orifice du col est quelquefois assez élargi pour pouvoir admettre l'extrémité du doigt ; il est des cas dans lesquels l’exploration la plus attentive ne fait découvrir aucune espèce de lésion,
La marche de cette affection est lente en général, et les symptômes présentent des intermittences assez fréquentes ; il n’est pas rare de rencontrer des malades qui ne viennent demander les secours de l’art que quand les souffrances sont très vives, ou quand elles sont épuisées par les pertes abondantes de sang.
Étiologie. — Presque toutes les malades chez lesquelles les fongosilés utérines ont été observées, avaient été plusieurs fois enceintes : un grand nombre avait fait des fausses couches. Cette affection s’observe surtout vers l’âge de vingt-cinq à trente-cinq ans. « Toutes les femmes chez lesquelles j'ai rencontré ces fongosités, dit M. Richet, avaient eu des enfants, et chez celles dont j'ai pu recueillir l’histoire, l’accouchement be remontait pas au delà de deux ans. Il paraît donc probabie que les fongosités sont dues à un travail phlegmasique de l’utérus consécutil à un accouchement, et surtout à un avortement. »
Nous avons eu occasion d'observer plusieurs fois des fongosités utérines chez des femmes dont la mère avait présenté des symptômes semblables à ceux que les malades accusaient elies-mêmes.
Diagnostic. — Le diagnostic des fongosités utérines n’est pas toujours extrêmement facile ; cette affection peut être confondue avec les polypes utérins. Il est évident que cette dernière affection se présente lorsqu'elle est arrivée à un certain degré avec des caractères qui ne permettent de la confondre avec aucune autre; mais au début, alors que des hémorrhagies sont les seuls accidens qui se manifestent, le chirurgien peut conserver des doutes, car on sait que la métrorrhagie est, avec la douleur, le seul signe des fongosités utérines. On sait que les polypes ne deviennent guère douloureux qu’à une période assez avancée de leur développement ; néanmoins ce signe, dans un grand nombre de circonstances, ne saurait avoir une grande valeur, car tant que l’on ne peut, à l’aide du toucher, constater l'existence
17h AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME.
d’une tumeur polypeuse, on ne peut se prononcer avec une certitude absolue. L'erreur, dans ce cas, ne serait pas très grave, car lorsque l'on est appelé à traiter un polype encore contenu dans la cavité utérine, la thérapeutique est la même que celle qui est destinée à combattre les fongosités utérines.
Il est, en général, facile de reconnaître le cancer aux inégalités du eol de l'utérus; mais si la maladie avait débuté par la cavité utérine, on serait exposé à commettre une erreur si on pratiquait le toucher avant que le mal n’ait envahi le col.
Pronostic. — Abandonnées à elles-mêmes les fongosités utérines peuvent-elles disparaître spontanément ? Rien dans les faits jusqu'alors observés ne peut ni confirmer ni infirmer cette proposition. En présence de l'état d’anémie qui peut affecter les malades, il faut avoir recours à un traitement énergique ; l’opération exigée par cette affection la fait disparaître complétement. Dans l'immense majorité des cas, elle n’a pas de suites fâcheuses ; on a eu cependant de graves accidens à déplorer.
Traitement. — Les fongosités utérines ne peuvent disparaître que par un traitement chirurgical : on fait l’abrasion de la face interne de l'utérus; cette opération se pratique à l’aide d’une curette spéciale ; elle se compose d’une tige de fer du volume d’une plume à écrire, creusée dans une longueur de 6 centimètres environ, d’une gouttière assez profonde, large de 5 millimètres à peu près; l'instrument, à peu près rectiligne, décrit près de son extrémité une légère courbure dont la gouttière occupe la concavité. Cet instrument étant introduit avec précaution et lentement dans l'utérus, on [lui imprime un mouvement de rotation sur son axe; les bords mousses de la gouttière suffisent pour détacher des lambeaux de la muqueuse friable, et après deux ou trois tours de l'instrument sur lui-même, on peut le retirer ; la malade éprouve quelques douleurs pendant trois quarts d'heure ou une heure, rarement plus longtemps; celles-ci disparaissent par le repos et par des fomentations opiacées à la région hypogastrique.
En général, les hémorrhagies s'arrêtent après une seule abrasion, quelque minime que paraisse la quantité du tissu enlevée; mais il n’en est pas toujours ainsi, et alors on a recours à une seconde abrasion et au besoin à une cautérisation avec le nitrate d'argent. Il faut laisser entre chaque opération au moins huit jours d'intervalle, afin que l'excitation ou Pirritation locale ait eu le temps de se calmer.
Ilest indispensable, avant de pratiquer cette opération, d'étudier l’état desorganes génitaux d’abord pour le diagnostic, puisafin de déterminer s’il n’existe pas de complication, et enfin pour connaître exactement la direction de l'utérus. S'il existait une inclinaison antérieure ou postérieure, il