CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS
ceux-ci ne doivent plus être attribués à la compression du col de la vessie, mais aux changemens de rapport du canal excréteur de l'urine.
La marche des corps fibreux de l'utérus est essentiellement chronique ; les tumeurs mettent quelquefois des mois et même des années à parcourir les différentes périodes de leur évolution.
Il nous reste maintenant à étudier les divers modes de terminaison de chacune de ces tameurs et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur les fonctions de l'utérus.
Les corps fibreux renfermés dans l'épaisseur du tissu utérin sont ceux qui se développent avec le plus de lenteur. Dans quelques cas, lorsqu'ils se trouvent dans le voisinage de la surface interne ou externe de l'utérus, elles font une saillie qui va toujours en augmentant, et finissent par se pédiculiser; dans ce cas, le pédicule est formé en partie par les fibres de l'utérus, distendues et allongées. Dans des circonstances assez rares, elles déterminent l’inflammation et le ramollissement du tissu qui les entoure. Dance (1) a rapporté un cas dans lequel le corps fibreux était au centre d’un foyer purulent; il était séparé du tissu de la matrice par une cloison de 5 millimètres d’épais= seur environ, Dans quelques cas, la couche utérine qui recouvre la tumeur se rompt par le fait des contractions qu’elle provoque, et le corps fibreux se trouve éliminé spontanément. Ce mode de terminaison a été observé quelquefois à la suite du travail de l'accouchement, beaucoup plus rarement en dehors de la parturition. Quoi qu’il en soit, le corps fibreux tombe dans la cavité utérine où il détermine, par sa présence, des contractions tout à fait semblables à celles de l’enfantement, et se trouve expulsé par le même mécanisme que le fœtus, au milieu d’un écoulement sanguin plus ou moins abondant.
Les corps fibreux qui se développent sur la face péritonéale .de Putérus, peuvent se pédiculiser chaque jour davantage; le pédicule devient plus grêle, et ils finissent par s’isoler complétement, et par tomber dans la cavité abdominale où ils restent à l'état de corps flottans dans le péritoine. Nous avons déjà parlé de cette disposition en décrivant l’anatomie pathologique ; ces tumeurs peuvent rester libres ou adhérentes pendant de nombreuses années sans causer le moindre malaise. Il est extrêmement rare de voir ces tumeurs adhérer aux parois abdominales, et se présenter à travers les tégumens détruits por l'ulcération. M. Pineau (2) en a observé un exemple.
Quant aux corps fibreux développés sur la face interne de la matrice, la marche est un peu différente. Nous savons que le col résiste quelquefois,
(1) Archives générales de médecine, 1826.
(2) Bulletin de la Société anatomique, 1826.
soit à cause de sa rigidité, soit à cause da volume du corps fibreux, quine peut agir à la manière d’un coin pour sortir de la cavité utérine ; dans ces cas, on voit la matrice augmenter de volume comme dans la grossesse, faire saillie au-dessus du pubis. Il n’est pas très rare de voir des efforts d'expulsion se montrer à chaque époque menstruelle et provoquer des hémorrhagies extrêmement abondantes; d’autres fois, au moment des époques menstruelles, le col s’entr’ouvre, le corps fibreux s'y engage, puis il se referme, et l’on ne peut plus constater la présence du corps étranger. M. Berneaudeaux (1) en a rapporté un exemple.
Mais lorsque la tumeur fait saillie dans le vagin, et à plus forte raison à l’orifice vulvaire, on observe une autre série de phénomènes : outre l'ulcération et la destruction de la membrane muqueuse vaginale, dont nous avons déjà parlé, on constate une altération profonde de la tumeur. Celle-ci, irritée par le contact de l'air et des liquides sécrétés autour d’elle, s’ulcère, contracte des adhérences avec Îles parties voisines; son tissu devient mou, friable, fongueux ; il s'établit un écoulement purulent extrêmement fétide; ce pus se trouve souvent mélangé à des détritus gangréneux, qui proviennent de la tumeur, et les malades ne tardent pas à succomber épuisées par les pertes de sang, l'abondance de la suppuration, et surtout par l’intoxication putride, si on ne parvient pas à faire disparaître cette tumeur.
Terminons cet exposé de symptômes que provoquent les corps fibreux par les désordres que ces tumeurs peuvent déterminer relativement aux fonctions de l'utérus. Lorsque le col est libre, la fécondation peut avoir lieu, mais les tumeurs volumineuses empêchent parfois les grossesses d'arriver à leur terme, soit en s’opposant à la dilatation régulière de la matrice, soit en provoquant des hémorrhagies; cependant il n’est pas très rare de voir la grossesse parcourir régulièrement toutes ses périodes. Les tumeurs saillantes dans la cavité utérine, dans le col, dans le vagin, constituent une cause de distocie. Si quelquefois le fœtus peut glisser sur le côté d’une tumeur peu volumineuse, d’autres fois la tête du fœtus la repousse en bas, allonge le pédicule, et l’on ne peut terminer l'accouchement qu'après avoir coupé ce pédicule préalablement étreint par une ligature. Les corps fibreux interstitiels et péritonéaux n'apportent d’obstacle sérieux à l'accouchement que quand ils sont situés dans le voisinage du col et qu’ils en empêchent la dilatation, qui reste incomplète, malgré la violence des contractions ; dans ces circonstances, on peut observer une rupture de Ja matrice ; mais souvent les forces de la mère s’épuisent, et elle finit par succomber, elle et
(1} Berneaudeaux, Thèse citée, p. 45.
CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. 793 l'enfant, si l’on ne peut terminer artificiellement l'accouchement. Dans les cas de ce genre, il faut se hâter d'enlever le corps fibreux s’il est possible ; chez quelques malades, on à été contraint de pratiquer l'opération césarienne. Enfin, après l’accouchement, la présence d’un corps fibreux peut empêcher la matrice de revenir sur elle-même, et il en résulte une hémorrhagie des plus graves, et qui a été assez souvent suivie de la mort, La perte de sang se trouve augmentée par Îles efforts d'expulsion que détermine la tumeur elle-même ; aussi a-t-on conseillé lorsque lhémorrhagie est abondante, lorsque les contractions utérines et les douleurs sont très intenses, d'aller à la recherche de la tumeur, d’exciser le pédicule après avoir préalablement appliqué une ligature. Si l'hémorrhagie était peu abondante et les douleurs légères, il serait prudent d'attendre que les accidens puerpéraux fussent passés, car on ne peut se dissimuler les dangers d’une opération de polype faite dans de semblables conditions (4). (
Étiologie. —Les causes des corps fibreux 4e l’utérus sont complétement inconnues ; on les observe généralement vers l’âge de trente ans; ils sont excessivement rares chez Îles jeunes filles. Madame Boivin en à cependant observé quelques exemples; les femmes Ilymphatiques, célibataires, y seraient-elles plus exposées que les autres?
Diagnostic. — Le diagnostic des corps fibreux est souvent fort difficile au début. Nous croyons être dans le vrai en disant qu'un très grand nombre de ces tumeurs échappent au chirurgien, même lorsqu’elles déterminent quelques-uns des accidents que nous avons exposés. Elles ne peuvent être reconnues d’une manière tout à fait certaine que lorsqu'elles forment une saillie à la région hypogastrique, ou dans le rectum, ou bien quand on peut faire pénétrer l’hystéromètre dans la cavité utérine; mais est-il prudent d’user de ce moyen d'exploration? Enfin, lorsque le corps fibreux se présente à l'orifice du col, on ne saurait conserver aucun doute sur la nature de la tumeur; la marche de la maladie, la forme de la tumeur la feront toujours distinguer d’un cancer utérin ou d'un renversement de l'utérus. Le diagnostic de ces deux affections se trouve exposé dans d’autres paragraphes.
Pronostie. — Les corps fibreux de l'utérus constituent une affection grave. À la vérité, ces tumeurs peuvent rester longtemps stationnaires, et même se développer considérablement sans déterminer d’accidens graves; mais, d’un autre côté, ils peuvent, par les hémorrhagies qu'ils provoquent, amener l’anémie, l’affaiblissement progressif et la mort. Nous savons les désordres que peut déterminer une semblable affec-
(1) Oldham, Guy's hospita! reports (Journal de chirurgie, page 184, 1844).
tion, et quelles sont les conséquences de semblables tumeurs pendant la grossesse, pendant le travail et après la parturition.
A la vérité, ces tumeurs peuvent être à tout jamais enlevées par une opération chirurgicale; mais cette opération n'est pas sans gravité ; de plus, une seule opération n’est pas toujours suffisante pour débarrasser la malade, non pas qu'il y ait récidive, en ce sens qu’un corps fibreux puisse se développer dans le point où une première tumeur a été enlevée, mais on sait que ces tumeurs sont souvent multiples ; et d’ailleurs, lorsqu'on excise le pédicule au niveau du col utérin, est-on bien sûr d’avoir enlevé toute la tumeur. Nous savons, en effet, que la constriction exercée par le col rétrécit la tumeur au point que l’on croit avoir tout enlevé, alors qu’une portion de la masse fibreuse reste encore dans la cavité utérine,
Traitement. — Toutes les préparations pharmaceutiques sont absolument impuissantes contre de semblables productions. Nous ne pensons pas devoir insister sur le traitement médical, ni même mentionner toutes les préparations qui ont été conseillées contre ces tumeurs; le chirurgien qui ne pourra agir pour enlever les corps fibreux à l'aide d’une opération, devra donc se borner à prescrire quelques for mules banales, afin de tranquilliser les malades ; la seule précaution qu’il devra prendre dans sa prescription, est de ne rien ordonner qui puisse avoir une action fâcheuse sur la constitution.
À l’aide de ceintures, de corsets habilement construits, il cherchera à prévenir les incommodités qui résultent du poids de ces tumeurs ; il surveillera les fonctions urinaires et:digestives, et combattra ces désordres par des moyens appropriés; enfin il luttera contre les hémorrhagies à l’aide des divers hémostatiques. Le seigle ergoté, le perchlorure de fer pourront souvent avoir une utilité réelle; enfin, si la malade était anémique et affaiblie par des pertes considérables, il y aurait lieu de lui prescrire des toniques, des ferrugineux, etc.
Mais lorsque la tumeur provoque des accidens qui mettent la vie de la malade en danger et qu’elle est accessible aux instrumens, il faut l'enlever à l’aide d’une opération chirurgicale ; il est évident que ces opérations ne s'appliquent qu'aux tumeurs interstitielles et sousmuqueuses, et que toute opération dirigée contre les tumeurs souspéritonéales est impraticable, |
L'acuïté des douleurs, l'abondance des hémorrhagies, la perte incessante des forces, en un mot là menace d’une mort certaine, alors que rien-tie peut retarder la terminaison fatale, peuvent seuls justifier une opération pratiquée pour enlever une tumeur interstitielle.
Dans un cas, M. Huguier enleva d’un coup de bistouri le col utérin allongé, et dont une des lèvres renfermait un corps fibreux; mais l’opé-
CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. 795 ration est loin d'être toujours aussi simple, du moins dans son manuel opératoire. I! faut aller découvrir dans la cavité utérine le siége de la tumeur, faire sur le tissu utérin une incision simple ou cruciale, puis procéder à l’énucléation &u corps fibreux.
On ne peut se dissimuler les dangers inhérens à une semblable opération ; d’ailleurs, à combien de mécompte ne s’expose-t-on pas en portant le bistouri sur le tissu utérin pour une affection de ce genre. Nous avons vu plus haut que le diagnostic était peu certain; mais ce n’est pas tout : on est convaincu qu’il existe un corps fibreux, mais on ignore s’il est adhérent au tissu de l'utérus: dans ce dernier cas, on sera contraint de faire des déchirures, dont il est impossible de calculer les conséquences, on ignore s’il existe du côté du péritoine une couche assez épaisse pour ne pas être détruite entièrement ; on conçoit quelle série d’accidens pourrait résulter d’une perforation de ce genre. Enfin, est-il toujours possible de calculer les difficultés que l’on éprouvera pour faire franchir à la tumeur le col utérin, que l'on ne peut dilater que dans une certaine mesure. A la vérité, on cite des cas de succès de tumeurs interstitielles, enlevées par énucléation : Amussat (1) en a publié deux, M. Maisonneuve en a communiqué un autre à l’Académie de médecine (2); mais combien de revers n’a-ton pas eu à déplorer! Aussi ne craignons-nous pas d’être taxé de timidité en rejetant cette opération et la réservant pour les cas extrêmes, ainsi que nous l’avons formulé plus haut.
Il n’en est plus de même lorsque la tumeur est sous-muqueuse ; on peut avec moins de dangers procéder à son extirpation.
Un grand nombre de procédés opératoires ont été conseillés pour enlever les corps fibreux, ou, comme on les désignait il y a encore peu de temps, les polypes fibreux de l'utérus ; la cautérisation, le brorement, l'arrachement, la torsion du pédicule sont aujourd’hui abandonnés ; on n'a plus recours qu’à la /2gature ou à l’excision.
4° La ligature, telle qu’elle était pratiquée autrefois, avait un inconvénient grave : elle était douloureuse, elle forçait, si on faisait usage d’un serre-nœud, à laisser dans le vagin, et quelquefois dans le col utéria, un instrument toujours gênant; de plus, lorsque le pédicule était étreint par un fil de chanvre, de soie où de métal, la tumeur se flétrissait, tombait en gangrène ; de là une odeur nauséabonde, puis d’une fétidité repoussante, qui n’était pas sans inconvénient pour la malade; de plus, Pinflammation que déterminait la constriction pouvait se propager au tissu utérin et même au péritoine, Ces inconvéniens se trou-
(4) Mémoire cité, p. 15 et 36.
(2) Bulletins de l’Académie de médecine; t XIV, p. 722.
796 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME, vaient cependant contre-balancés par l'absence d’hémorrhagie et par l'iputilité de l’abaissement de l'utérus. Aujourd’hui ce procédé a été perfectionné, et au lieu de se borner à faire simplement la ligature, on coupe, à l’aide d’un fil ou d’une chaîne métallique, avec une lenteur calculée à lavance, et l’on obtient la section du pédicule sans hémorrhagie ; on à tout l’avantage de l’excision sans en avoir les inconvéniens. Ge procédé, vulgarisé et généralisé par M. Chassaignac, est désigné par ce chirugien, sous le nom d’écrasement linéaire. Le reproche que l'on pourrait faire à l'instrument de M. Chassaignac, est de ne pouvoir être introduit dans la cavité utérine alors que le polype y est encore enfermé; un simple serre-nœud, pourvu d’une chaîne suffisamment forte, pourrait être utilement appliqué dans ce cas.
2° L'excision est une méthode très simple, très rapide, mais elle expose à des hémorrhagies. Nous avons vu que les vaisseaux renfermés dans le pédicule de la tumeur étaient généralement très grêles, aussi les hémorrhagies sont-elles rares ; cependant on en à observé plusieurs exemples ; deux fois Dupuytren futobligé de recourir au tamponnement, Dans la crainte d’une hémorrhagie, on devra, recommande-t-on, toujours s'assurer si on ne sent pas battre une artère dans le pédicule ; il n’est peutêtre pas d'ouvrage où ce précepte soit formellement recommandé ; mais croit-on qu'il soit facile de constater des battemens dans le pédicule d’un polype contenu dans la cavité utérine, et d’ailleurs combien de vaisseaux seront trop peu volumineux pour offrir des pulsations appréciables au doigt, et fourniront une hémorrhagie fort sérieuse! Nous n'insistons donc pas sur ce symptôme, plutôt imaginé dans le cabinet que constaté au lit du malade, On a reproché encore à l’excision d'exiger l'introduction dans l’utérus d’instrumens volumineux, trauchans, pouvant blesser cet organe, de nécessiter souvent l’abaissement de l'utérus. Nous pensons donc que, dans l’état actuel des choses, l'excision par ligature ou l’écrasement linéaire, comme on voudra l'appeler, est encore la méthode à laquelle on devra donner la préférence.
Aussitôt après l'opération, la malade sera surveillée avec soin, et le chirurgien se tiendra prêt à combattre les accidens inflammatoires qu’il n'est pas rare d'observer à la suite de cette opération.
$ IX. — Cancer de l'utérus.
L'utérus est, avec la mamelle, un des organes les plus fréquemment affectées de cancer.
Anatomie pathologique. — Toutes les formes de cancer ont été observées à l'utérus, les plus communes sont l'encéphaloïdeet le squirrhe; le cancer colloïde, le cancer épithélial sont beaucoup moins fréquens.
CANCER DE L'UTËRUS, 797 M. Lebert n’a trouvé que 6 cas de cette dernière espèce sur 59 malades affectées de cancer de l'utérus.
Nous n'avons pas à signaler ici les caractères anatomiques de ces différentes espèces de cancer, ces détails ont été exposés dans nos généralités ; nous nous contenterons d'exposer les caractères anatomiques que ces dégénérescences prennent dans le tissu de l’utérus et les désordres qu’elles provoquent du côté de l'utérus lui-même et des organes cir- COnvoisins.
Le cancer de l'utérus se montre d’abord, dans lPimmense majorité des cas, au col; le cancer primitif du corps de l'utérus est excessivement rare ; à la vérité, on trouve assez souvent le corps de l’utérus envahi par la dégénérescence, mais ce n’est qu'une conséquence du progrès du mal. Dans quelques cas, le cancer débute par la partie supérieure du vagin et gagne, par voie de propagation, le tissu du col ét celui de l'utérus.
Au début de la maladie, avant que le cancer ne soit ulcéré, le col a déjà subi des altérations importantes ; il est notablement augmenté de volume; sa surface est inégale, bosselée, dure dans certains points, molle dans d’autres. Si la malade vient à succomber dans cette période, et si l’on coupe le col uiérin, on trouve le tissu cancéreux d’un blanc brillant ou rosé, fibreux, filamenteux dans certains points, mou et pulpeux dans d’autres. À une période plus avancée, les fibres propres du col utérin ont disparu par le fait de l’action du tissu morbide, et bientôt on observe des ulcères plus ou moins profonds; ceux-ci se couvrent de végétations plus ou moins saillantes, saignent au moindre contact; peu à peu la dégénérescence marche en profondeur, l’ulcère est anfractueux; il se prolonge jusque dans le tissu de la matrice; ses bords sont épais, durs, calleux, recouverts de granulations rouges, violettes ; la surface ulcérée se recouvre assez souvent d’une couche pulpeuse plus ou moins épaisse, offrant une teinte grisâtre, prend une couleur chocolat lorsque Île sang s’infiltre dans son épaisseur.
Au bout d’un certain temps, on voit la dégénérescence envahir les tissus circonvoisins; elle atteint le vagin, le perfore ; des désordres analogues se montrent du côté du rectum, et alors la vessie et le rectum communiquent avec le vagin et avec l'utérus lui-même détruit par les progrès du mal.
En même temps que l'élément cancéreux creuse le tissu utérin, on voit se développer sur la surface du col des tumeurs de volume et de consistance variables. Tantôt ce sont des saillies lobulaires, inégales, d’une dureté squirrheuse qui s’épanouissent autour du col: tantôt du fond de l'ulcère s’élèse un énorme champignon, mou, friable, constitué par du tissu encéphaloïde ramolli, remplissant tonte ja partie supérieure
du vagin; tantôt on voit sur les bords de lulcère s’élever de petites masses très dures. Chez quelques malades, la cavité utérine se remplit de tissu encéphaloïde développé sur le fond de l'organe envahi par la dégénérescence; chez d’autres, enfin, on trouve des masses que M. Lebert (1) désigne sous le nom de tumeurs papillaires, qui n’offrent ni la dureté du squirrhe ni la mollesse de l’encéphaloïde, et qui, au lieu de lobules, présentent de petites saillies comme papillaires, ne dépassant guère quelques millimètres de longueur. Ces tumeurs ne s’ulcèrent pas très profondément, et se détachent quelquefois par fragmens assez volumineux.
Le corps de l'utérus conserve en général son volume normal, malgré une destruction fort étendue du col; cependant la propagation de la dégénérescence à tout le col, la distension du tissu utérin par des productions développées dans son épaisseur détermine parfois une augmentation très considérable du volume de cet organe; le tissu de l'utérus est souvent ramolli et facile à déchirer. La cavité utérine est élargie, remplie d’une bouillie jaune verdâtre, couleur chocolat; on trouve quelquefois de petits foyers purulents disséminés dans l'épaisseur du tissu utérin.
Le vagin est généralement diminué de longueur ; sa membrane muqueuse est épaissie, ramoilie, souvent d’un rouge foncé, quelquefois d’un blanc jaunâtre ; elle est ulcérée autour du col. Ce travail de désorganisation peut s'étendre à toute la longueur du canal, depuis l'extrémité utérine jusqu’à la vulve.
La vessie est quelquefois plus petite qu’à l’état normal; sa membrane muqueuse est ramollie, d’un rouge violet; le voisinage de la tumeur cancéreuse a déterminé une cystite; nous savons que le réservoir de l’urine est assez souvent envahi par le cancer. Nous dirons la même chose du rectum qui, englobé dans les masses cancéreuses, se confond en un seul paquet avec tous les organes contenus dans la cavité du petit bassin.
Les ganglions lymphatiques participent assez souvent à l’altération cancéreuse, les ganglions pris les premiers sont ceux qui avoisinent l’utérus; de là la maladie se propage très loin dans le bassin sur les côtés de la colonne vertébrale en longeant les gros vaisseaux ; lorsque le cancer envahit le vagin, les ganglions inguinaux participent à la dégénérescence.
li est assez fréquent de trouver des masses cancéreuses dans d’autres ‘points de l’économie.
Symptomatologie. — Un des premiers symptômes qui se manifeste est l'irrégularité de [a menstruation; les malades éprouvent des pertes plus ou moins abondantes en dehors des époques normales ; elles
(4) Lebert, Trailé des affections cancéreuses, p. 224,
CANCER DE L'UTÉRUS. 799 ressentent des douleurs vagues à l'hypogastre et à la base du sacrum, elles accusent un sentiment de pesanteur au fondement; on remarque dans beaucoup de cas un écoulement vaginal assez prononcé. Peu à peu les forces diminuent, la face pâlit, il y a de l’amaigrissement. Si à cette époque on pratique le toucher, on trouve un léger abaissement de l’utérus, le col utérin paraît plus volumineux, bosselé, il est dur dans certains points, plus mou dans d’autres. À l'examen par le spéculum, on trouve une coloration inégale; la membrane muqueuse est rouge dans certains points et beaucoup plus pâle dans d’autres.
Au bout d’un certain temps les hémorrhagies sont plus fréquentes, la leucorrhée plus abondante, le liquide qu’elle fournit est quelquefois légèrement rosé. Les douleurs sont plus vives et plus étendues; elles se propagent jusqu'à la partie supérieure des cuisses ; les symptômes généraux sont plus prononcés. Le toucher fait reconnaître une ulcération plus ou moins profonde, anfraciueuse, inégale; autour de lulcère, on constate des bosselures assez dures, quelquefois des excroissances fongoïdes volumineuses, de véritables champignons; bientôt le vagin et les organes circonvoisins sont envahis, des troubles notables de la miction et de la défécation se manifestent. La miction est douloureuse et difficile, souvent il existe des émissions involontaires d’urines; ce liquide est souvent trouble et mélangé à des matières floconneuses; d’autres fois on observe de la constipation, des vomissemens et parfois de la diarrhée, Quelquefois enfin la vessie ou le rectum se perforent et le vagin n’est plus qu’un vaste cloaque qui donne passage aux fèces ou à lurine.
Le toucher fait facilement reconnaître les désordres provoqués par la dégénérescence, désordres dont nous avons tracé le tableau en décrivant l’anatomie pathologique. L'application du spéculum est extrêmement douloureuse, d’ailleurs elle est complétement inutile pour poser le diagnostic. Par la palpation abdominale, il est quelquefois possible de sentir les tumeurs à la région hypogasirique.
À une période encore plus avancée, les symptômes locaux et généraux augmentent de gravité, les hémorrhagies sont fréquentes et abondantes, quelquefois elles cessent pendant quelques temps pour reparaître ensuite ; le vagin donne passage à un liquide roussâtre renfermant des débris de la masse cancéreuse exhalant une odeur extrêmement fétide; les douleurs deviennent on ne peut plus vives, parfois même elles sont intolérables ; les vaisseaux du bassin sont comprimés par ces masses cancéreuses, il en résulte une infiltration des membres inférieurs et de la vuive. La face devient pâle, anémique; elle est d’un jaune-paille caractéristique de la cachexie cancéreuse; la maigreur est excessive, et la mort, soit par une maladie intercurrente, soit par l'épuisement graduel, finit par mettre fin à ces longues souffrances,
La marche du cancer de l'utérus est essentiellement chronique. S'il est rare d'observer des cas dans lesquels la maladie marche avec une grande rapidité, il est également peu fréquent de la voir rester stationnaire ou même marcher avec lenteur ; M. Lebert assigne à cette affection une durée moyenne de seize à dix-sept mois.
Étiologie. — Les causes du cancer de l'utérus sont aussi obscures que celles des affections cancéreuses des autres organes, on l’observe tout aussi bien chez les femmes vierges que chez celles qui ont abusé du coït; chez les femmes qui ont eu des enfants, que chez celles qui ont été stériles ; les accouchemens laborieux, les polypes de l'utérus, les inflammations de cet organe ne semblent pas avoir une action bien réelle sur le développement du cancer. L'hérédité a été regardée par certains auteurs comIpe étant une prédisposition aux affections cancéreuses ; nous nous sommes déjà expliqué sur ce point; le cancer de l’utérus ne fait pas exception à la règle que nous avons établie.
Cette maladie se montre principalement de l’âge de trente-cinq à cinquante ans; on l’observe plus souvent au delà de cet âge, c’est-à-dire après l’époque où les femmes cessent d’être réglées que de l’âge de vingt- Cinq à trente-cinq ans.
Diagnostic. — Le cancer de l'utérus peut être confondu avec : 4° la métrite chronique, mais dans cette affection le corps de l'utérus est très développé, alors que le col est encore intact; si l’inflammation occupe le col, linduration est plus uniforme, la coloration plus égale, l’état général reste satisfaisant, la leucorrhée n’est point fétide, les douleurs ne sont pas très vives et se calment facilement par la position horizontale ;
2° Les ulcérations du col de l'utérus; elles sont moins profondes, moins anfractueuses ; il existe d’ailleurs dans le cancer des tumeurs résistantes au toucher, des noyaux très durs, qui n’offrent aucun des caractères de l’engorgement qui accompagne les ulcérations du col ;
3° Les déplacemens de la matrice; il suffira d’un peu d’attention pour établir le diagnostic; en effet, la marche de la maladie est essentiellement différente, Il n’y aurait que le cas où la matrice faisant saillie par l'orifice vulvaire et couverte d’ulcérations pourrait faire croire à un cancer ; mais il suffit de rappeler que les tumeurs cancéreuses font rarement saillie en dehors de Ja vulve; d’ailleurs les fongosités cancéreuses se présentent avec des caractères tout à fait pathognomoniques; on aurait encore pour s’éclairer la marche de la maladie et les antécédens de la malade.
h° Quant au diagnostic du cancer avec les fumeurs gommeuses, syplalitiques, il suffit de les mentionner pour éviter toute erreur, Si l’on conservait quelque doute, le diagnostic ne tarderait pas à Clre