CANCER DE L'UTÉRUS
anémiques par la fréquence des hémorrhagies, mais n’a aucune action sur le cancer. Il serait aussi fastidieux qu’inutile d'énumérer tous les prétendus spécifiques des cancers utérins, lesquels n’ont pas même les avantages de ceux que nous venons de mentionner. Que dire, en effet, des préparations d’or, de mercure, de phosphore, d’arsenic, du soucis officinal, etc., etc.? Lorsqu'il existe un cancer utérin, il faut se contenter, à l’aide d’un traitement palliatif, de calmer les accidens de chaque jour et extirper, si faire se peut, toutes les parties dégénérées. Nous avons donc à étudier : 1° le traitement palliatif; 2° Le traitement curatif.
4° Traitement palhatif. — Lorsque le cancer est encore à son début, peut-on en retarder l’évolution à l’aide d’une bygiène convenable ? La seule prescription qu'il soit possible de faire dans ces circonstances est de recommander aux malades de garder le repos, d'éviter la constipation, et de suivre un régime fortifiant sans être excitant. Si la malade était forte, vigoureuse, si sa santé n’était pas altérée, il serait indiqué de pratiquer une petite saignée dans les cas où l’on observerait une congeslion trop vive du col. Mais lorsque le cancer est ulcéré, il est d’autres accidens à combattre, et ceux-ci peuvent être utilement attaqués par un emploi judicieux des moyens suivants : s’il existe des hémorrhagies, on administrera à l’intérieur des médicamens astringens, l'extrait de ratanhia, le perchlorure de fer à la dose de 12 à 20 gouttes dans une potion de 100 grammes, l’eau de Rabel, etc. En même temps on prescrira des injections astringentes, l’eau glacée, le tannin, etc. Il sera quelquefois nécessaire de porter sur la surface ulcérée, sur les fongosités qui se développent, des substances astringentes ou caustiques ; c’est ainsi que l’on peut introduire dans le vagin, jusque sur le coi, un tampon de ouate imbibé de créosote, de perchlorure de fer, que l’on peut toucher les fongosités avec le nitrate d'argent, avec le caustique de Filhos ; enfin dans quelques cas il peut être utile d’exciser les fongosités saillantes et pédiculées afin de diminuer l’étendue des surfaces malades. Ti est bien entendu que ces opérations ne sont que palliatives, et que souvent on est obligé de toucher vigoureusement avec le fer rouge ou avec un caustique fa surface sur laquelle a porté l'instrument tranchant afin de faire cesser l'écoulement sanguin, lequel est parfois très considérable.
Nous savons que le cancer utérin, depuis son début jusqu’à sa terminaison, donne lieu à un écoulement vaginal dont les caractères changent avec les diverses phases de la maladie. Au début, on se contentera de faire disparaître ce liquide au moyen de lavages fréquens ; on cherchera à le diminuer à l’aide des astringens; le tannin, l’alun, l’acétate de plomb, etc., peuvent être utiles dans ce cas. Mais lorsque le liquide prend une odeur fétide, il est indiqué de faire des injections désinfec-
804 AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME. tantes avec le chlorure de chaux, la créosote étendue d’eau, avec le chlorure ou le sulfate de fer, etc., etc.
Nous avons dit que le cancer de l’utérus, surtout lorsqu'il était arrivé à sa période d’ulcération, Géterminait des douleurs souvent atroces; il est extrêmement important de combattre ces symptômes, qui ne laissent point le moindre repos aux malades et réagissent de la manière la plus funeste sur leur état général. L’opium pris à l'intérieur produit quelquefois d’heureux résultats; mais bientôt l’action de ce médicament cesse par l'effet de l'habitude, et il peut être avantageusement remplacé par la ciguë, qui elle-même n’agit que d’une manière temporaire. Les applications topiques sur le col, les injections narcotiques, les applications locales de poudre de morphine, d’extrait d’opium, de belladone, de chloroforme, deliqueur des Hollandais (Aran), etc., procurent quelquefois du soulagement. Par contre, il arrive malheureusement trop souvent qu'elles ne donnent aucun résultat, Dans ces derniers temps on a préconisé les douches d’acide carbonique; plusieurs malades ont été immédiatement soulagées, mais les succès n’ont pas été aussi constans que pouvaient le faire supposer les premières tentatives qui ont été faites dans les hôpitaux de Paris. Néanmoins, c’est un moyen qu’il ne faudrait pas oublier de recommander; c’est peut-être celui qui, jusqu’à présent, a donné les résultats les plus favorables.
En même terups on tàchera de soutenir les forces de la malade à l'aide d’un régime réparateur, des toniques, et peut-être pourra-t-on retarder la mort et rendre l'existence plus supportable.
2° Traitement curatif. — Est-ce bien l'expression de traitement curatif que nous devons employer ici ? Nous l'avons déjà dit, possède-t-on une observation parfaitement authentique de cancer de l'utérus radicalement guéri par une opération chirurgicale ? Néanmoins cette opération peut encore être tentée dans quelques circonstances ; lorsque le cancer est limité à la portion vaginale du col, qu’il est possible de l'enlever entièrement, que la santé de la malade n’a pas subi d’atteintes profondes, peut-être est-il permis dans ces cas d'espérer que la récidive se fera attendre et que les jours de la malade pourront être prolongés.
Deux méthodes sont employées pour faire disparaître les tumeurs cancéreuses : 1°'la cautérisation ; 2 l'amputation du col.
1° Cautérisation. — Cette méthode est d’une grande ressource pour détruire les fongosités qui recouvrent la surface du col utérin, pour arrêter les hémorrhagies qui peuvent être fournies par ces fongosités ou par les ulcérations ; mais elle ne saurait être conseillée pour amener l'extirpation de toute la masse cancéreuse ; le fer rouge, en effet, ne produit que des eschares superficielles et nécessite des applications beaucoup trop nombreuses; le caustique Filhos agit avec plus
CANCER DE L'UTÉRUS. 80 d'énergie, c’est-à-dire pénètre plus profondément ; mais sait-on toujours où il s'arrête? Par conséquent il peut produire des accidens, même entre les mains du chirurgien le mieux exercé à l'emploi de ce moyen; les pâtes arsenicales, etc., n’ont pas plus d’action sur le cancer utérin que sur celui des mamelles. Nous pensons donc que si l’état général et local justifiait une opération pratiquée dans le but d’extirper complétement le cancer, c’est à l’amputation du col qu’il faudrait avoir recours. |
2° Amputation. — L'amputation du col utérin a été surtout introduite dans la pratique par Lisfranc, qui, dans une statistique qui a été l'objet de critiques extrêmement vives de la part de Pauly, a annoncé un très grand nombre de succès. Nous n’avons pas à nous occuper de ce point; on sait maintenant, grâce aux progrès de l'anatomie pathologique, qu'un grand nombre de tumeurs, considérées alors comme des cancers, n'appartiennent pas à ce genre d'affection, et, nous le répétons, ce que nous demandons à l’amputation du col, ce n’est pas une guérison radicale, mais bien une guérison temporaire : mais on ne peut se dissimuler les dangers inhérens à nne semblable opération. Les principaux viennent de l’hémorrhagie immédiate ou consécutive, de la métro-péritonite et de la lésion accidentelle des organes voisins. M. Robert a ouvert une fois le cul-de-sac recto-vaginal du péritoine malgré toutes les précautions qu’il a pu prendre. L’hémorrhagie est grave à la fois par elle-même et par le traitement qu’elle réclame. Elle oblige souvent à tamponner le vagin, et la présence du tampon provoque de graves accidens d’inflammation. Pour amputer je col de la matrice, il faut abaisser l'organe tout entier et l’on sait que cette manœuvre est fort dangereuse. Nous ne décrirons pas cette opération, dont les différens temps ont été parfaitement exposés par Lisfranc (1). Contentons-nous d’en faire rapidement l'appréciation.
L'amputation du col utérin par l’écraseur linéaire offre-t-elle moins de chances d’accidens? L’'hémorrhagie immédiate est fort rare, lhémorrhagie consécutive est également moins fréquente que daüs l’amputation avec l'instrument tranchant ; de plus, à moins de cas exceptionnels, il n’est pas nécessaire d’abaisser l’utérus. Aussi les statistiques d’amputatation du col faites à l’aide de ce procédé sont plus favorables que celles qui ont été pratiquées à l’aide du bisiouri. Nous pensons donc que c'est à ce moyen que l’on devrait d’abord avoir recours. A la vérité, on lui a reproché de couper le col suivant une surface oblique dont la partie saillante correspondrait à utérus, et, par conséquent, de laisser une partie de la tumeur cancéreuse dans sa partie centrale; mais cette
(1) Lisfranc, Clinique chirurgicale de la Pitié, t. HI, p. 633. Paris, 1843.
disposition ne paraît pas constante : souvent on a trouvé la surface du col amputé parfaitement plane.
Nous n’insisterons pas davantage sur cette opération, qui n’est:indiquée que dans des cas tout à fait exceptionnels; elle n’a, nous le répétons, aucun rapport avec les excisions partielles des fongosités dont nous avons parlé plus haut.
Quant à l’amputation partielle du corps de utérus, à l’extirpation de la matrice cancéreuse, qu’il nous suffise de dire qu’elles ont été tentées. Un succès obtenu par hasard ne saurait légitimer une semblable tentative.
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