I. — Plaies et contusions du vagin
Nous n'avons que peu de chose à dire des plaies et des contusions du vagin ; nous avons déjà exposé en partie l'histoire de cette espèce de lésion en décrivant les fistules vésico et uréthro-vaginales, Il nous reste cependant à mentionner les plaies superficielles, c’est-à-dire limitées à une partie seulement de la cloison vésico-vaginale ou recto-vaginale.
Cette espèce de solution de continuité est rare, et peut-être se présenterait-elle plus souvent à l’observation si elle entraînait des accidens. Cependant, on a vu des hémorrhagies assez abondantes survenir à la suite d’une solution de continuité du vagin ; c’est ce que prouve le fait suivant observé par Vanhaesendonck, de Stennbergen {1) : |
Une jeune fille, âgée de vingt-quatre ans, perdait, depuis deux jours, par les parties génitales, une quantité de sang tellement considérable que son état inspirait les craintes les plus sérieuses. Le docteur Ginneke avait inutilement essayé de combattre cette hémorrhagie survenue sans cause connue et qu'il croyait provenir de la matrice. Appelé en consultation, M. Vanhaesendonck se trouva en présence d’une malade extrémement inquiète, présentant le facies décoloré, les membres et tout le corps froids, le pouls petit, Étonné de l’insuccès des remèdes déjà employés par son collègue, M. Vanhacsendonck n’hésita pas à croire à un avortement, d'autant plus que la malade accusait des maux de reins violens. En conséquence, et malgré les dénégations de ja jeune fille, qui prétendait avoir été réglée peu de jours auparavant, l’auteur crut devoir s'assurer par la vue et le toucher du véritable état de choses. Voici ce qu’il observa: Après avoir écarté les grandes lèvres, il lui fut facile de voir que l’hémorrhagie n'avait point sa source dans la matrice, mais qu'elle provenait du vagin même, où existait une lésion artérielle. Le volume du jet artériel et la situation du vaisseau blessé dénotaient que celui-ci n’était autre que l'artère vaginale. La jeune fille prétendait que, tout d’un coup et sans cause connue, elle avait perçu dans les parties génitales une sensation de rupture et qu’au même moment elle s'était sentie mouillée. Quoi qu’il en soit de cette explication, que M. Vanhaeseandonck a le bon goût de ne pas discuter, pèrce que sans doute il n'a vu là qu'un accès de folie érotique, ce chirurgien n’avant pu réussir à lier ni à tordre l'artère blessée, y appliqua un tampon
(1) Geneskundige courant, 1855, n° 86,
d'ouate imbibée d’une solution saturée d’alun. Ce moyen n'ayant pas arrêté l’hémorrhagie, la cautérisation avec la pierre infernale fut employée, ainsi que l'introduction dans le vagin de boulettes de charpie imprégnées de l’eau styptique de Looff (hydrolé de chlorure de fer), et maintenue à l’aide d’un bandage en T, qui ne fut enlevé que le troisième jour, E’hémorrhagie ne reparut plus.
IE. Corps étrangers dans Le vagin.
Les corps étrangers que l’on peut trouver dans le vagin sont fort nombreux ; les uns sont d’un petit volume et restent fixés dans le conduit par leur extrémité aiguë qui s'implante dans les parois, les autres sont volumineux et restent dans le canal par le fait de la pression que les parois distendues exercent sur le corps étranger lui-même. Nous nous occuperons surlout de ceux ci, car les premiers, dès qu'ils sont signalés à l'attention du chirurgien, peuvent être extraits avec la plus grande facilité.
Quels que soient les corps étrangers laissés dans le vagin, qu’ils aient été introduits dans un but thérapeutique, comme les pessaires, les morceaux d’éponge préparé, etc., qu'ils aient été conduits dans le canal par les malades eux-mêmes, ou par une main étrangère, dans un but de libertinage, ils provoquent la même série d’accidens, par conséquent ils doivent être étudiés dans un même paragraphe.
La présence d’un corps étranger dans le canal vulvo-utérin détermine plusieurs effets sur lesquels il est important de fixer l'attention. 1° Ils provoquent la sécrétion d’un liquide muco-purulent plus ou moins abondant; 2° si le corps étranger n’est pas percé à son centre, il empêche l'écoulement des liquides qui sortent de l'utérus; 3° Ja pression que le corps étranger exerce sur le col vésical ou sur le rectum, détermine de la dysurie, de la constipation; 4° ils finissent par ulcérer et détruire les cloisons vésico-vaginale et recto-vaginale ; 5° dans quelques cas plus rares, les parois vaginales ulcérées et en contact peuvent se réunir, et l’on observe une oblitération du vagin au voisinage du corps étranger.
IL est indispensable, lorsqu'un état morbide exige application d’un pessaire, de déplacer cet instrument tous les deux ou trois jours, de faire des injections dans le vagin et de ne replacer le pessaire qu'après Javoir complétement nettoyé. L’oubli de ce précepte a été souvent la cause d’accidens ; non-seulement la présence de ce corps étranger entretient un écoulement extrêmement fétide, mais encore les cloisons qui séparent le vagin de la vessie et du rectum, se perforent, et il s'établit des fistules souvent incurables.
Il n’est pas très rare de voir les corps étrangers du vagin s’encroûter
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de matières calcaires qui rendent leur extraction extrêmement douloureuse.
Ilest en général facile de reconnaître la présence d’un corps étranger dans le vagin, malgré le défaut de commémoratifs, car si l'on voit des malades qui finissent par oublier qn’elles ont porté un pessaire, il en un plus grand nombre qui avouent difficilement la nature et la cause de leur maladie. Le toucher par le vagin fait reconnaître que ce canal est moins profond, le doigt sent un corps dur qui ne présente quant à sa forme, à sa consistance, rien qui rappelle le tissu de utérus. L’introduction d’une sonde dans la vessie, du doigt dans le rectum, permet de constater que les cloisons du vagin sont perforées.
Il peut arriver cependant des cas dans lesquels le diagnostic présente des difficultés, lorsque, par exemple, la présence du corps étranger a déterminé le développement de fongosités qui sont d’abord atteintes avec le doigt et ne permettent pas d'arriver jusqu’au corps étranger ; on peut croire alors à une affection cancéreuse, mais l’état général, les antécédens mettent le plus souvent sur la voie.
Dès que la présence d’un corps étranger dans le vagin sera constatée, il faudra procéder à son extraction : les doigts, les pinces à pansement ou à polypes suffisent presque toujours. Si cependant le corps étranger était trop volumineux, il faudrait le couper avec des pinces incisives et le retirer par fragments. Dans un cas, Lisfranc fut. obligé de faire une incision à la partie postérieure de la vulve.