‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 123 sur 205 · KYSTES DU VAGIN · texte numérisé non relu

KYSTES DU VAGIN

Anatomie pathologique. — Les kystes du vagin sont de deux espèces. Les uns sont formés aux dépens des follicules superficiels, Æystes follrculaires superficiels ; les antres se développent dans les follicules profonds, kystes folliculaires profonds.

Kystes folliculaires superficiels. — Hs sont situés au niveau de l'orifice du vagin, ou à 4 ou 2 centimètres au-dessus. On les rencontre plus souvent sur les parois antérieure et latérales que sur la paroï postérieure ; leur siége de prédilection est le voisinage de lurètre. Généralement il n’existe qu’un seul kyste; cependant on en a quelquefois observé plusieurs ; ils sont alors éloignés ou rapprochés les uns des autres. Leur volume varie depuis celui d’un gros grain de chènevis jusqu’à celui d’une noisette ; ils sont sessiles, de forme arrondie.

La paroi de ces kystes est constituée par la membrane muqueuse distendue, quelquefois même par une portion de cette membrane muqueuse, lorsque la tumeur est formée aux dépens d’un follicule logé dans l’épaisseur du derme; dans ces derniers, la transparence est très grande dès le début, et l’on peut apercevoir, à travers la pellicule qui circonscrit la tumeur, la couleur du liquide que contient le kyste, Les uns renferment un liquide clair, parfaitement incolore; d’autres ont une teinte légèrement cpaline ou rosée, blanchâtre, d’un gris de perle, d’un brun jaunâtre ou d’un vert glauque. Quelle que soit la couleur du liquide, celui-ci est visqueux, filant; la teinte brune est due souvent au dépôt de quelques globules sanguins.

Les parois de ces kystes sont constituées par la membrane muqueuse et par des lames de tissu cellulaire extrêmement mince; le feuillet interne est plus vasculaire que l’externe. Lorsque le kyste est ouvert et qu’on l’examine par sa face interne, on peut, en géuéral, distinguer le point où se trouvait l’orifice du canal excréteur; il existe là un petit renflement circulaire, ou bien une petite dépression en cul-de-sac conoïde ou fissurale, recouverte comme par un petit repli valvulaire.

Æystes folliculaires profonds. — On les observe dans la moitié supérieure du vagin et dans le voisinage du col de l'utérus; ils occupent généralement la paroi antérieure du conduit vulvo-utérin. Il est assez rare de trouver deux kystes de ce geure sur la même malade; ils peuvent se rencontrer en même temps que les kystes superficiels mentionnés plus haut,

A leur début, ils sont sessiles, sphériques ; plus tard , il$ deviennent ovalaires, pyriformes; ils se pédiculisent, s’allongent et se placent entre le vagin et les organes circonvoisins, et ne montrent quelquefois dans le vagin que leur extrémité inférieure. Généralement ils sont opaques, et s’il existe quelquefois de la transparence, ce n’est que quand, par le

82! AFFECTIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FiMME. fait de leur développement, ils ont distendu, aminci les membranes dartoïde et muqueuse du vagin,

Tant qu'ils ne sont pas volumineux, qu'ils n’ont pas acquis les dimensions d’une noix, on ne peut les reconnaître que par la saillie qu'ils forment dans Ja cavité vaginale. La membrane muqueuse a gardé sa coloration, son aspect normal ; les papilles, les rides du vagin ont conservé leur caractère. Mais, par le fait de leur augmentation de volume, le tissu du vagin, derrière lequel ils se sont développés, se laisse distendre, s’atrophie, et la membrane muqueuse devient lisse. Le kyste se présente alors, principalement vers la partie la plus saillante, sous l’aspect d’une tumeur d’un blanc grisâtre ou légèrement rosé, et dont la coloration est d’ailleurs en rapport avec la nature du liquide renfermé dans le kyste. La matière contenue dans ces poches est visqueuse, filante, et rappelle le mucilage de gomme ; les parois sont en général épaisses de 4 à 4 millimètres; elles sont constituées par la membrane muqueuse du vagin, qui recouvre plusieurs lames de tissu cellulaire filamenteux et la paroi interne du kyste. On trouve, dans l'épaisseur de ces parois, des vaisseaux dont le calibre cst assez considérable pour donner lieu à de petites hémorrhagies, lorsque lon fait l’extirpation de ces tumeurs, Il n’est pas très rare de les voir contracter des adhérences avec la vessie et le rectum, et entraîner ces viscères lorsqu'ils viennent à se pédiculiser et à pendre hors de la vulve.

Symplomatologie. — Les kystes du vagin forment, dans l’intérieur de ce conduit, une tumeur dont le volume varie avec le degré de développement du kyste et avec son siége ; il est évident que les kystes super ficiels deviennent beaucoup plus rapidement saillans que les kystes profonds; cette tumeur est molle, élastique, fluctuante; la pression ne détermine aucune douleur. Le doigt, appliqué fortement sur la partie saillante de la tumeur, repousse le liquide et vient toucher la paroi profonde du kyste. Lorsque la tumeur est pédiculée, on peut, en saisissant le pédicule entre les doigts, appliquer les deux parois l’une contre l’autre. En effet, le liquide fuit vers la partie la plus saillante du kyste, laquelle devient plus dure et souvent plus transparente. La tumeur est réducüble ; dans l'effort, elle fait dans le vagin une saillie plus prononcée, el se rapproche de louverture vulvaire. Il faut remarquer que celle propulsion n'est pas seulement bornéc au kyste, mais qu’elle existe en même temps pour l’utérus, la vessie ou le rectum, etc.

Ces tumeurs ne paraissent exercer aucune influence fâcheuse sur les diverses fonctions, les malades accusent seulement un peu de gêne dans les rapports sexuels et quelquefois dans la marche.

Gette affection est essenticllement chronique; la tumeur, dont il est

PULYPES DU YAGIN. 825 d’ailleurs fort rare de préciser le début, ne paraît se développer qu'avec une grande lenteur.

Il n'est pas extrêmement rare d'observer la rupture spontanée de ces kystes ; quelquefois, à la suite d’une violence extérieure ou du travail de l'accouchement, ils se vident, mais, en général, la tumeur ne tarde pas à se remplir de nouveau. Quelquefois cependant, lorsque l'ouverture est très large et que l’inflammation s’est emparée des parois de la poche, la guérison peut être complète. La rupture spontanée est plus fréquente pour les kystes superficiels que pour les kystes profonds.

Traitement. — Lorsque le kyste est peu volumineux, qu’il reste staonnaire, qu’il ne met pas obstacle aux rapprochemens sexuels, on peut l’abandonner à lui-même; mais, dans les conditions opposées, il faut faire disparaître la tumeur,

Si le kyste est superficiel, on fera une incision dans toute sa longueur, et l’on touchera sa paroi profonde avec l’azotate d'argent ; si Le kyste est profond, on aura recours à la même opération, mais celle -ci devra être faite avec pius de précautions, à cause du voisinage de la vessie ct de l’urètre; on fera vider la vessie et l’on introduira pendant toute lopération une sonde dans l’urètre, Si ie kyste est pédiculé, on pourra l’extirper en excisant le pédicule avec des ciseaux.

$S IV. — Folypes du vagin.

Ce que nous avons dit des kystes pédiculés du vagin nous dispense de nous étendre longuement sur les polvpes de ce canal. En effet, on observe à peu près les mêmes symptômes; là, en effet, on trouve de la gène dans les fonctions de la génération, et quelquefois dans la marche, lorsque la tumeur est assez volumineuse pour distendre le canal vulvoutérin ou faire saillie hors de la vuive ; [à on peut constater, lorsque le poids est considérable, un prolapsus du vagio, le déplacement du rectum ou de la vessie, une déviation de l’urètre.

Il faut, avant de tenter une opération pour débarrasser la malade de son polype,bien s'assurer de la nature de la tumeur. En effet, une hernie à travers la paroi du vagin, une cystocèle ou une rectocèle vaginale pourraient faire croire à l’existence d’un polype; il en serait de même du prolapsus du vagin; mais il est inutile d'établir le diagnostic différentiel de ces diverses affections, il suffit que le chirurgien soit prévenu pour qu'il n'y ait aucune espèce d'erreur.

Les polypes du vagin seront enlevés par l’excision, Si cependant le pédicule était large, si on lui soupçonnait une vascularité notable, il serait bon d'appliquer une ligature entre le point d'implantation et celui

où l’on fait la section. L'’écrasement linéaire pourrait être appliqué à cette espèce de tumeur.

$S W, — Cancer du vagin.

Le cancer primitif du vagin est fortrare; presque toujours les dégé nérescences carcinomateuses de ce conduit sont déterminées par la propagation du cancer de l'utérus ou du rectum, Nous n’insisterons pas sur cette espèce d'affection, qui ne nous paraît pas offrir de particularités intéressantes.

ARTICLE V

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