‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 129 sur 205 · II. — Prurit vulvarre · texte numérisé non relu

II. — Prurit vulvarre

Le prurit vulvaire s’observe principalement chez les femmes qui ont passé l’époque critique; peu commun chez celles qui sont encore au moment de leurs époques menstruelles, il est fort rare chez les jeunes filles. Le vice herpétique, le repos au lit, la station assise, la fatigue ont été considérés comme causes de cette affection, Ilen est de même de la malpropreté ou des lotions trop fréquemment répétées,

Tantôt jes démangeaisons sont continues avec des périodes d’exacerbation, tantôt elles se développent à des époques irrégulières, plusieurs fois pendant le jour ou pendant la nuit, dans quelques cas elles sont franchement intermittentes.

Les démangeaisons qui caractérisent cette affection sont extrêmement pénibles, à tel point que les malades pâlissent, maigrissent,- ont de la fièvre, quelques-unes ont des dérangemens du côté de l'appareil digestif, on observe dans certains cas de la rétention ou de l’incontinence d'urine.

Si l'on examine les parties génitales, on ne trouve aucune lésion qui puisse expliquer de semblables accidens, quelquefois on trouve les grandes lèvres tuméfiées, hypertrophiées, ainsi que les nymphes. Lorsque la maladie est causée par la malpropreté, on trouve de la matière sébacée déposée entre les replis des organes génitaux et fortement adhérente aux tégumens.

Cette affection est extrêmement rebelle. Lisfranc conseillait les saignées du bras et tirait une quantité de sang proportionnelle à la vigueur de la constitution des malades. Ce moyen uni à des soins de propreté aurait procuré des guérisons assez rapides.

Les lotions narcotiques, émollientes, astringentes, caustiques même, ont été appliquées avec des succès variés. Les lotions avec la solution de sublimé, avec un liquide tenant du calomel en suspension, ont procuré quelques guérisons.

Si les démangeaisons affectaient la forme intermittente , il serait indiqué de prescrire du sulfate de quinine.

S Ÿ.— Éléphantiasis et esthiomène dc la vulve,

L'éléphantiasis des parties génitales de la femme offre la plus grande analogie avec l’éléphantiasis des organes génitaux de l’homme. Cette affection se montre principalement sur les nymphes, puis par extension elle ne tarde pas à envahir les grandes lèvres. L'aspect général de la tumeur éléphantiasique est exactement le même que celui de la même ialadie développée au scrotum, sur les bourses ; l'affection se montre dans les mêmes conditions hygiéniques, s’observe dans les mêmes pays. Il est à remarquer qu’elle semble beaucoup plus rare chez la femme que chez l'homme, D'après M. Clot-bey, cette différence tiendrait à la répugnance que les femmes éprouvent à se laisser examiner et traiter.

Le seul traitement que l’on puisse diriger contre cette maladie est l'extirpation des parties hypertrophiées. Les récidives à la suite des opérations qui paraissaient être les plus complètes sont très fréquentes.

A côté de l’éléphantiasis de la vulve nous placerons une autre affection qui offre la plus grande analogie avec elle, c’est l’esfhiomence de la vulve.

ÉLEPHANTIASIS ET ESTHIOMÈNE DE LA VOLVE. 8/5

Elle est également rare : nous en avons observé, il y a quelques années, un cas à l'hôpital des Cliniques chez une jeune femme où nous avons constaté l'état suivant :

La petite lèvre du côté droit a sa hauteur augmentée du double de ce qu’elle est habituellement; sa projection en avant est quadruple de ce qu’elle devrait être normalement : elle fait une saillie de 4 centimètres.

La peau qui la recouvre a perdu ses caractères normaux. Au lieu de la surface humide que présente une membrane muqueuse, on trouve les caractères de la peau. Il y à une foule de petites dépressions répandues à la surface de cette petite lèvre. Sa consistance est un peu plus ferme qu’à l'état normal; Île doigt, appliqué dessus, ne laisse pas la dépression caractéristique de l'œdème. I n’y a point d’autre sensation douloureuse que celle résultant du froissement qui a lieu pendant la marche.

Dans l'intérieur de la valve, il y a un autre point malade qui correspond à la partie externe droite et un pen inférieure de lurèthre. La colonneantérieure du vagin, qui arrive jusqu’à l’orifice uréthral, est saine. Il y a là deux mamelons qui présentent une altération manifeste; l’un, qui est supérieur, est gros comme un pois, d'un bianc opalin, ferme, et présente un peu l'aspect d’un cartilage, quoiqu'il n’en ait point la dureté. Au-dessous est un autre mamelon rouge, granulé, comme s’il y avaitune inflammation des follicules uréthraux, qui sont groupés en assez grand nombre à la partie inférieure du inéat urinaire, Ces deux mamelons sont exempts d’ulcérations. Cette partie altérée qui correspond à l'orifice uréthral ne se continue pas avec la petite lèvre hypertrophiée. La malade n'éprouve point de douleurs aux petits mamelons, point de démangeaisons ni d'élancemens ; la petite lèvre qui pend produit seule de la gêne.

L'induration de l'orifice uréthral pourrait être confondue avec une induration cancéreuse on cancroïde. Mais ces cancroïdes, quelle que soit la région où on les trouve, sont constitués par des tumeurs plus dures que celles qui se rencontrent ici, ces cancers Son! toujours plus où moins entamés à leur surface, ou du moins il y à une exsudation humide qui se concrète. Rien de semblable chez notre malade. Ajoutez à cela l'absence complète de douleur; tandis que les cancroïdes déterminent des douleurs vives instantanées, ou du moins des démangeaisons.

Il existe là un esthiomène à forme particalière désignée sous le nom de végétante hypertrophique par M. Huguier. Un des caractères de cette maladie est l’absence de douleur, de sécrétion ; nous l'avons chez notre malade.

Les petits mamelons furent saisis avec une érigne pour les attirer au dehors, puis excisés. Il fallut aussi retrancher la petite lèvre hypertrophiée; on l’enlèva d’un coup de ciseaux,

v , A la suite de semblables opérations dans cette région il s’écoule souvent une quantité considérable de sang, et ilest bon de se prémunir en vue de cette éventualité. Si l’on voit des vaisseaux, on les liera ; si le sang s'écoule seulement en nappe, on passera dessus un pinceau imbibé d’une solution de perchlorure de fer à 35°.

Souvent cette production de petites tumeurs amoncelées à la vulve amène un rétrécissement tel que l'introduction du doigt dans le vagin est impossible, comme il s’en est présenté un cas dans la pratique de M. Monteforte. |

M. Huguier ({) a publié un travail complet sur l’esthiomène de la vulve. Il en décrit trois espèces principales, ce sont :

A. L'esthiomène superficiel, ambulant ou serpigineux, qui se montre principalement sur le mont de Vénus, sur la face externe des grandes lèvres, dans les plis génito-cruraux, sur les parties latérale et antérieure du périnée, sur l'extrémité postérieure des grandes lèvres. Gette affection présente deux variétés qui sont : 1° l’esfhiomène érythémateux, dans lequel les parties sont d’un rouge obscur, bleuâtre, sans tubercules et sans induration circonscrite, sans éruption, ni vésiculeuse, ni pustuleuse. 2° L'esthiomène super ficiel et tuberculeux, caractérisé par le développement de tubercules plus ou moins saillans, souvent isolés, quelquefois confluens et se confondant presque par leur base ; ces tubercules finissent par se ramollir, par suppurer; on trouve alors à leur centre une ulcération plus ou moins étendue à bords déchiquetés, Les progrès de cette ulcération sont quelquefois tels que la peau restée intacte entre deux tubercules est détruite et que les tubercules communiquent entre eux. Cette variété offre la plus grande analogie avec le lupus ou esthiomène de la face.

B. L'esthiomène perforant. Son siége de prédilection paraît être le vestibule, le voisinage du méat urinaire, la fourchette, les parties latérales de l’orifice vulvaire , lextrémité inférieure du vagin, Panus, l’extrémité inférieure du rectum. Un des caractères de cette espèce est de détruire profondément les tissus. Ainsi on a vu l’esthiomène développé au vestibule détruire toutes les parties molles qui séparaïent le clitoris de l’urèthre et arriver jusqu’au niveau du ligament sous-pubien. Pour peu que cette espèce soit ancienne, on trouve une cavité anfractueuse, irrégulière, souvent très profonde. Cet ulcère laisse suinter une sérosité aqueuse, purulente, se couvre de croûtes plus ou moins épaisses ; les tissus qui environnent lulcère sont épaissis, infiltrés, légèrement endurcis.

(1) Huguier, De l’esthiomène, ou dartre rongeante de la région vulvo-anale, in Mémoires de l'Académie de médecine, 1849, €. XIV, p. 501.

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