‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 135 sur 205 · ABCÈS DE L’AISSELLE · texte numérisé non relu

ABCÈS DE L’AISSELLE

sont les phlegmons érysipélateux ; d’autres enfin se forment dans les parties profondes de l’aisselle : ils peuvent dépendre de Pinflammation du tissu cellulaire, des ganglions Iymphatiques ; ou bien ils sont symptomatiques d’une affection des articulations ou des os circonvoisins. Nous étudierons successivement : 4° les abcès sous-cutanés ; ® les abcès phlegmoneux superficiels; 30 les abcès profonds, les abcès ganglionnaires ; h° les abcès froids où symptomatiques.

4° Abces sous-cutanés. — Désignés sous le nom d’abcès tubériformes, causés, de plus souvent, par le frottement des vêtemens, par l'irritation des follicules sébacés, le défaut de propreté. Ils se montrent en général sous la forme de masses circonscrites, comme furonculeuses, quelquefois uniques, d’autres fois agglomérées ; ils ont peu de tendance à s'étendre en largeur, et moins encore vers les parties profondes; ils déterminent, lorsqu'ils sont un peu volumineux, une douleur assez vive qui augmente dans les mouvemens du bras. Cette douleur, toutefois, n'est pas assez vive pour provoquer des symptômes généraux. La marche de ces abcès est assez lente; ils se terminent presque toujours par suppuration, Quelquefois cependant l’inflammation, la douleur, disparaissent ; et l’on trouve un ou plusieurs petits noyaux durs, mobiles, qui diminuent lentement de volume et qui finissent par disparaître.

Rarement un traitement général est indiqué, rarement même les émissions sanguines locales sont nécessaires ; des soins hygiéniques et de propreté, la précaution d'éviter Le frottement des vêtemens, suffisent dans presque tous les cas pour prévenir le développement des accidens. Si cependant la douleur était un peu vive, on appliquerait un cataplasme émollient, Si l’abcès est d’une petite étendue, on peut en abandonner l’ouverture à la nature; dans le cas contraire, on donpera issue au pus, afin d'éviter des décollemens ou l’amincissement de la peau.

2 Abcès superficiels. —1ls ont leur siége dans le tissu cellulaire souscutané, mais dans un feuillet plus profond que les précédens, et peuvent par conséquent s'étendre dans les régions circonvoisines : c’est ainsi qu’on les a vus envahir la paroi latérale de la poitrine, et même se propager en avant du muscle grand pectoral.

Ils sont souvent accompagnés d’une douleur vive avec réaction violente, fièvre, chaleur de la peau, état saburral des voies digestives.

Ces abcès reconnaissent les mêmes causes que ceux que nous avons examinés précédemment; ils en sont même assez souvent la suite. Peuvent-ils succéder à des piqûres, à une inflammation développée à la main, à l’avant-bras? Cela est au moins douteux, ainsi que nous le verrons en traitant des phlegmons gauglionnaires.

Is sont beaucoup plus graves que les abcès tubériformes ; ils décollent les tissus, amincissent la peau ; ils peuvent même, dans quelques circonstances, fuser dans les parties profondes de l'aisselle et donner lieu à une Sûüppuration très étendue et fort grave.

Le traitement consiste en des émissions sanguines locales qui pourront au début calmer l’intensité des symptômes inflammatoires; mais au bout de quelques jours cette médication devient inutile ; il faut se hâter, à l’aide de larges incisions, d'ouvrir uné issue au pus, afin d'empêcher sa migration dans le tissu cellulaire, de prévenir le décollement des tégumens et la formation d’abcès profonds.

3° Abcès profonds. — Ils siégent dans l’excavation axillaire; ils commencent soit par l'inflammation du tissu cellulaire lui-même, soit par l'inflammation des nombreux ganglions lymphatiques contenus dans l’aisselle ; ils s'étendent avec une grande facilité dans toutes les régions voisines et peuvent donner lieu aux accidens les plus graves. On les a vus passer entre la clavicule et la première côte, et se prolonger jusque sur la partie inférieure et latérale du cou; en avant ils fusent entre la partie inférieure du grand pectoral et la paroi antérieure de la poitrine, entre le petit pectoral et les côtes, et ils arrivent même sous la peau en traversant les interstices celluleux des muscles. Chez une femme observée par M. Velpeau, le pus s'était porté jusque dans le médiastin antérieur, dans le tissu cellulaire sous-pleural, et s'était fait jour entre la cinquième et la sixième côte. En arrière, la migration du pus produit des désordres extrêmement étendus : M, Velpeau les a vus remonter entre le grand dorsal et le trapèze, ou bien entre le rhomboïde, le grand dentelé et la région dorsale dun thorax. Quelques auteurs pensent que Je pus peut perforer les muscles intercostaux et la plèvre, et s'épancher dans la cavité thoracique. Mais Boyer croit que la crainte de voir la perforation d’une membrane séreuse « n’est pas aussi fondée qu'on se l’est imaginé, attendu que dans linflammation du tissu cellulaire qui unit Îles parois des grandes cavités à la membrane séreuse qui les tapisse, on observe que cette membrane, lorsque la maladie se termine par Suppuration, s’épaissit et devient une barrière impénétrable au pus (1). » L'observation à démontré que l’épanchement de pus dans la poitrine, à la suite des grands abcès de l’aisselle, était incontestable. M. Velpcau à trouvé, sur le cadavre d’une jeune fille, un empyème de la partie supérieure de la poitrine : le pus était arrivé par le sommet du thorax.

Ges abcès se développent en général assez brusquement. Les malades ressentent dans l’aisselle une douleur sourde, profonde; ils accusent de

(1) Boyer, Maladies chirurgicales, t. P:.48.

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