ABCÈS DE L'AISSELLE
la gêne dans les mouvemens du bras; la douleur augmente rapidement ; elle devient très vive, lancinante, est accompagnée de fièvre quelquefois intense, de frissons, enfin de tous les symptômes d’une réaction violente. La peau de l’aisselle est rouge, tendue, et l’on sent la fluctuation. Quelquelois le pus est situé si profondément, que malgré les douleurs vfolentes du malade, malgré les signes de la formation du pus, élancemens, frissons, la peau de laisselle a conservé sa coloration normale, et qu’il est impossible de sentir la fluctuation.
La cause de ces abcès est souvent inconnue : quelquefois ils succèdent aux abcès superficiels qui se sont étendus dans la cavité axillaire ; d'autres fois ils sont consécutifs à des inflammations ganglionnaires résultant le plus souvent de plaies de la main ou des doigts.
Leur marche est très rapide : le pus se forme de très bonne heure: aussi peut-on rarement en espérer la résolution, et le chirurgien doit-il faire tous ses efforts pour empêcher les décollemens.
Les émissions sanguines locales seront d’une faible ressource si la maladie date de plusieurs jours. Les saignées générales pourront être utiles pour calmer lintensité des symptômes généraux ; dans tous les cas, comme on à peu d'espoir de voir avorter la maladie, elles seront faites avec ménagement et proportionnellement à la force et à la constitution du sujet. Mais le point le plus important est d'ouvrir de bonne heure une large issue au pus. L'incision devra être faite à la base de l’aisselle : ce n’est que dans des cas fort rares que l’on sera obligé de faire des incisions sur les parois de la poitrine, et encore faut-il, alors, établir une contre-ouverture à la base de la région axillaire.
Lorsque l’abcès est causé par l’inflammation des ganglions Iymphatiques, la maladie marche avec moins d'intensité; elle se termine, dans beaucoup de cas, par résolution et par induration. Toutefois cette lenteur ne sera pas une contre-indication à l’ouverture de l’abcès lorsque la fluctuation sera sensible. 11 nous semble superflu de reproduire la discussion entre Sabatier et Delamotte, Le premier conseille d'ouvrir les abcès de l’aisselle le plus tard possible ; le second au contraire préfère les incisions faites de très bonne heure. 11 n’est peut-être aucun chirurgien qui ne pense que les vastes abcès et même les foyers superficiels du creux axillaire ne doivent être ouverts aussitôt que l’on sent Ja fluctuation, ou que les symptômes généraux indiquent que du pus s’est déjà formé dans le fond de la cavité axillaire; en effet, dans beaucoup de cas on ne sent la fluctuation que fort tard, et si l’on attendait, il serait à craindre que le pus ne se fût déjà frayé un passage au milieu des tissus, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment.
Nous avons dit que le foyer devait être largement ouvert, et nous
insistons sur ce point. En effet, une petite incision ne remplirait qu’imparfaitement le but, ne permettrait pas au foyer de se vider facilement, et l'on pourrait encore craindre des décoilemens. La compression du foyer pourrait permettre de chasser le pus ; mais il se formera un vide, l'air pénétrera dans la cavité, et l’on aurait lieu de redouter tous les accidens que l’on observe lorsque l'air séjourne en contact avec du pus. Une large incision dans la partie la plus déclive du foyer, avec absence de toute compression, tel est le moyen que nous conseillons pour vider ces abcès. Les chirurgiens partisans des incisions étroites invoquent l’importance et le nombre des vaisseaux axillaires ; mais les nerfs et les vaisseaux les plus importans sont logés dans la paroi externe de l’aisselle, entre le grand pectoral et le grand dorsal, appliqués sur lhumérus. Si donc on dirige le bistouri de manière que son tranchant soit vers la cavité thoracique, et si on le plonge vers le tiers interne de la base de l’aisselle, on n’aura point à redouter d’hémorrhagie, Les branches que l’on pourrait atteindre avec le bistouri sont celles qui vont se rendre au grand et au petit pectoral, et elles n’offrent pas assez d’importance pour que leur lésion doive faire craiadre ces larges ouvertures.
Aussitôt après l'ouverture de ces abcès, le pus s’écoule librement, la cicatrisation se fait de haut en bas, c’est-à-dire du sommet vers la base de Paisselle.
Cependant, dans certains cas, il est difficile d’obtenir la cicatrisation complète de la plaie. Le décollement de la peau, les mouvemens du bras qui entraînent à chaque instant les tégumens, la présence des poils qui irritent les lèvres de la solution de continuité, déterminent des ulcères souvent très rebelles.
Lorsque l’abcès occupe le sommet de Paisselle, la fonte purulente du tissu cellulaire détermine une excavation profonde dont les parois ne peuvent être rapprochées, et qui au contraire s’écartent dans les mouvemens du tnembre supérieur, de manière à détruire tout le travail de cicatrisation ; des fistules sont le résultat de cette disposition. La guérison de ces fistules est assez difficile à obtenir. Évidemment on l’obüendrait plus facilement en condamnant le bras à l’immobilité :; mais ce moyen a l'inconvénient de souder des parties qui naturellement sont assez éloignées les unes des autres et doivent jouir d’une grande mobilité pour permettre l’écartement du bras. Malgré la roideur et la gêne qui résultent de ce mode de traitement, c’est encore le meilleur moyen dont on puisse faire usage, On a employé la compression : ce moyen, en rapprochant la base de laisselle des parties profondes, a, dans quelques cas, été suivi de succès. On à vu quelquefois ces fistules guérir spontanément lorsque les malades prennent de Pembonpoint; le régime