‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 138 sur 205 · TUMEURS DE L’'AISSELLE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L’'AISSELLE

les femmes, à la suite des affections cancéreuses du sein. Personne n’ignore combien est rapide la propagation du cancer dans cette région, et avec quel soin on doit explorer l’aisselle quand on fait l’opération du cancer. Rarement, au contraire, une affection cancéreuse débute par les ganglions de l’aisselle; cependant on en a observé quelques cas chez l'homme et chez la femme. Ces tumeurs présentent tous les caractères des cancers : elles sont bosselées, déterminent des douleurs lancinantes, et donnent, lorsqu'elles s’ulcèrent, une grande quantité de sang ; elles doivent être extirpées comme les tumeurs cancéreuses des autres régions.

B. Les engorgemens tuberculeux des ganglions de l’aisselle sont assez fréquens; ils surviennent d’une manière lente; ils sont insensibles, sans changement de couleur à la peau ; leur volume est variable. Dans quelques cas, ils prennent une extension considérable, au point d’égaler en volume la tête d’un adulte. La tension de ces tumeurs n’est pas toujours identique : tantôt elles ont la dureté du squirrhe, d’autres fois elles sont assez molles pour se laisser écraser sous le doigt. M. Goyrand en a extirpé une qui était granuleuse, formée d’un grand nombre de lobes distincts ayant quelque analogie avec des hydatides solidifiées.

La marche de ces dégénérescences est lente ; mais il est rare qu’elles cessent de s’accroître. Lorsqu’elles ont acquis un grand développement, elles déterminent par leur présence des accidens assez sérieux; elles compriment le plexus brachial, les vaisseaux axillaires, causent des douleurs violentes dans tout le membre, en déterminent le gonflement, l'infiltration ; en s’accroissant par la partie supérieure, elles soulèvent la clavicule. Il n’est pas rare de les voir s'engager sous cet os, et venir faire saillie à la partie inférieure et latérale du cou.

L’extirpation est le seul remède à l’aide daquel on puisse faire disparaître ces tumeurs. Les pommades fondantes que l’on a tant vantées contre les engorgemens Iymphatiques ne les font pas même diminuer de volume ; il ne faudrait donc pas continuer l'emploi d’une médication aussi infidèle, dans la crainte de voir la tumeur se développer au point de rendre l’opération plus difficile et plus dangereuse. Il faut donc se hâter d'opérer, et il n’y aura de contre-indication que si la suppuration a déjà envahi la tumeur, et si elle envoic- des‘prolongemens qui puissent faire craindre qu’on ne puisse l’enlever en entier.

Diagnostic des tumeurs de l’aisselle. — La tumeur osseuse formée par la tête de l’humérus déplacée dans l'aisselle, celle qui est formée par le fragment inférieur de l'humérus fracturé à sa partie supérieure, ne peuvent laisser de doute qu'entre une fracture et une luxation de l'humérus. Elles ne peuvent être confondues avec aucune des autres tumeurs de l’aisselle : Pélat du moignon de lé Fpaule, la nature des mou-

vemens communiqués au bras, la nature de l’accident, ne peuvent occa= sionner aucune incertitude, Quant au diagnostic différentiel de la frac= ture et de la luxation, il a été traité dans un autre article. Nous ne nous: en occuperons pas ici (voy. Zuxations de l'humérus, t. TI, p. 369).

Les autres tumeurs solides sont les dégénérescences cancéreuses, les engorgemens ganglionnaires, Les premières seront faciles à reconnaître, s’il existe déjà un cancer du sein: mais si elles se sont développées spontanément, il est plus facile de les confondre avec les secondes Toutefois nous ferons remarquer que l’indolence des engorgemens gan= glionnaires contraste avec les douleurs lancinantes des dégénérescences cancéreuses, Les tumeurs cancéreuses sont en général isolées ; les ganglions dégénérés, au contraire, forment le plus souvent un chapelet constitué par l’agglomération d’un grand nombre de tumeurs. Il est fréquent de voir, dans ces cas, le chapelet se prolonger au-dessus de la clavicule, et d’ailleurs, comme le traitement doit toujours être le même, lextirpation, une erreur de diagnostic ne saurait être préjudiciable au malade ; elle ne pourrait que changer le pronostic, qu'il sera toujours facile d'établir d'une manière exacte après avoir étudié Ja tumeur, Cependant, si une tumeur cancéreuse était prise pour un simple engorgement ganglionnaire, il pourrait y avoir du danger à attendre Jongtemps pour en faire l’extirpation; aussi, si le chirurgien conservait quelques doutes, nous conseillons de faire l’extirpation : car si l'on a enlevé un cancer, on aura fait une opération indispensable ; si l'on à enlevé un ganglion tuberculeux, on aura pratiqué une opération qui, à la vérité, aurait pu être retardée, mais qui, en définitive, était le seul mode de traitement qui devait être mis en usage.

Mais lorsque le ramollissement s’est emparé de ces tumeurs, le diagnostic devient plus difficile; soulevées par les battemens de l'artère axillaire, elles peuvent faire croire à lexistence d’un anévrysme: Xci le diagnostic est d’une très grande importance ; la ligature d’une artère ne remédier…a pas à une dégénérescence ganglionnaire et fera courir des dangers au malade. Si l’on rencontrait une tumeur anévrysmale au lieu de ganglions engorgés, le danger ne serait pas moins. grand. Il importe donc de déterminer exactement la nature de la mas ladie ; mais, nous Le répétons, ceci est quelquefois très difficile. Lorsque les tumeurs sont mobiles, on peut les déplacer, les isoler de l’artère axillaire; si ces tumeurs offrent des battemens isochrones à ceux du pouls, elles ne présentent pas ces mouvemens d'expansion que l'on rencontre dans l’anévrysime. Le bruit de souffle s’observe seulement dans les tumeurs anévrysmales, Les causes des deux affections sont essentiellement différentes : l’état genéral du sujet, les maladies concomitantes, feront dans quelques cas reconnaître une tumeur ganglion:

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