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PARALYSIE DES MUSCLES DE L'ÉPAULF

Les paralysies des muscles de l’épaule, et en particulier du deltoïde, avaient déjà été remarquées depuis longtemps. Cette affection est, en effet, loin d'être rare, mais ce n’est que depuis quelques années seu-

lement que lon est arrivé à en déterminer la nature d’une manière exacte.

La paralysie de l'épaule qui survient à la suite des contusions de cette région est primitive, lorsqu'elle se produit immédiatement après l'accident ; elle est consécutive, quand elle se montre seulement plusieurs jours après la lésion de l'épaule, Il faut remarquer qu’il est assez rare que l’on puisse dès le début faire la part du défaut de mouvement qui reviént à la douleur que provoquent les contractions musculaires de celle qui est déterminée par le défaut d’action des muscles. Aussi M. Duchenne (de Boulogne) a-t-il proposé de diviser ces paralysies en paralysie récente, c’est-à-dire survenant du premier au sixième septénaire, et en paralysie ancienne, se manifestant à une époque plus ou moins éloignée.

Cette affection s’observe le plus ordinairement à la suite d’une chute sur le moignon de l'épaule; quelquefois peut-être à la suite d’une chute sur le coude ou sur la paume de la main, le membre étant dans l'extension.

Un grand nombre de théories ont été invoquées pour expliquer le développement de ceite espèce de paralysie. Elles peuvent se réduire à cinq principales : telles sont :

1° Déchnrure des nerfs, — Des observations incontestables prouvent que les nerfs peuvent être déchirés à la suite de violentes tractions faites pour réduire les luxations de l'épaule, Flaubert en a rapporté deux exemples : les quatre dernières paires du plexus brachial étaient déchirées au milieu des muscles scalènes.

2° Compression des nerfs. — Il est assez difficile dans les paralysies qui succètent aux lésions de l'épaule de faire la part qui revient à Ja compression des filets nerveux. Il est cependant démontré que la compression du plexus brachial peut être suivie de paralysie ; c’est ce que prouve le fait suivant, observé dans notre service à l’hôpital des Cliniques. Un ancien marin, âgé de trente-quatre ans, était affecté d’une paralysie brachiale avec atrophie musculaire. La perte des mouvemens était tout à coup survenue pendant le sommeil et persista pendant un certain temps. Nous supposâmes l'existence d’ure exostore syphilitique comprimant les plexus cervical et brachial, ct nous <ou-

PARALYSIE DES MUSCLES DE L'ÉPAULE. 881 mimes le malade à un traitement approprié. La guérison ne se fit pas longtemps attendre.

3° Contusion des nerfs. — La contusion du nerf circonflexe est considérée comme une des causes les plus fréquentes de paralysie du deltoïde ; la disposition anatomique de ce nerf enroulé autour du col huméral, extrêmement favorable à la distension, à la compression, explique ce degré de fréquence. Lorsque la paralysie est limitée au muscle deltoïde, elle peut être parfaitement expliquée par la lésion isolée du nerf circonflexe ; mais lorsqu'elle a envahi tout ou partie des muscles du bras et même de l’avant-bras, il faut invoquer des désordres plus étendus. Dans ces cas, le plexus brachial peut être comprimé entre la clavicule et la première côte.

h° Commofion nerveuse. — D'après M. Malgaigne, ce serait là Ja cause la plus commune et la plus énergique de la paralysie. La perte des mouvemens résultant de la commotion présente ce caractère qu'elle a ses effets immédiats au moment de l'accident, et que les désordres vont toujours en diminuant; et si l’on étudie avec soin la marche de la maladie dont nous nous OCCUPOns, nous ne trouvons rien de commun avec la marche de la commotion, Jamais dans la commotion on ne voit les symplômes se montrer quelques jours après la chute, aller en s’aggravant pour rester quelque temps stationnaires et finir par disparaître, et c’est ce qu’on observe le plus communément dans la paralysie des muscles de l’épaule. Aussi croyons-nous que la commotion nerveuse ne doit être accepiée comme cause de paralysie du deltoïde que dans des cas tout à fait exceptionnels, et nous ne connaissons aucune observation incontestable où cette théorie puisse trouver son application.

5° Lésions du tissu musculaire. — M. Empis pense que certaines paralysies du deltoïde sont dues à des lésions du tissu musculaire. Il est évident que l’action des muscles ne pourra s'exercer dans toute son intégrité s’il existe une lésion de leur tissu ; mais les altérations musculaires n’amèneront pas la paralysie. Il y a quelquefois défaut d'action ; mais On ne peut appeler paralysie un état qui dure souvent à peine quelques heures. 6

En résumé, à part ces cas de déchirures des filets nerveux, accident peu fréquent d’ailleurs, les paralysies deltoïdiennes sont dues le plus souvent à la contusion des filets nerveux et quelquefois à la compression; la commotion des nerfs et l’attrition du tissu musculaire ne peuvent être invoquées que dans des cas tout à fait exceptionnels,

Symptomatologie. — La paralysie deltoïdienne s'annonce quelquefois par un cengourdissement précurseur, un sentiment de froid sur lequel Boyer avait appelé l'attention ; mais ces phénomènes passent le

plus souvent inaperçus, et sont dans le pius grand nombre de cas attribués à la contusion elle-même. Bientôt on observe une paralysie plus ou moins complète des mouvemens, avec ou sans paralysie de la sensibilité. Tantôt la paralysie est limitée au deltoïde : les mouvemens d’élévation et d’abduction du bras sont abolis ; tantôt les muscles de l'épaule, du bras, de l’avant-bras même, sont frappés d’impuissance. Ge n’est pas ici le lieu de signaler les troubles fonctionnels qui résultent de ces désordres ; nous nous contenterons de les indiquer. La sensibilité catanée est quelquefois intacte ; le plus souvent elle est affaiblie, émoussée, et elle n'est abolie que quand les nerfs ont été contus ou déchirés.

Mais il est un point extrêmement important dans l’histoire de cette affection ; c’est la profondeur de Ja lésion. Ainsi il peut se présenter deux cas essentiellement différens, alors que rien au premier aspect, et à ne s’en rapporter qu'aux signes et aux moyens d'exploration ordinaires, n’eût pu faire pressentir d'avance cette différence. Chez certains malades, la paralysie guérit au bout de quelques semaines, tandis que chez d’autres non-seulement la paralysie persiste plus longtemps, nonobstant l'emploi persévérant des moyens de traitement les plus actifs, mais il s’y joint bientôt une atrophie des muscles paralysés, puis au bout d’un temps assez long et quelquefois un an après l'accident, la nutrition et le mouvement commencent à peine à renaître, Mais hâtonsnous de dire que le pronostic peut toujours être précisé de la manière la plus nette et la plus exacte, grâce à un signe nouveau et d’une grande valeur dû aux persévérantes recherches électro-physiologiques et pathologiques de M. Duchenne (de Boulogne). Ce signe, qui permet d'apprécier immédiatement l'étendue et la gravité de la lésion nerveuse, et de prédire le retour prochain de la motilité, ou d’annoncer que la récupération des fonctions musculaires n’aura lieu qu’après que les muscles auront passé par les périodes successives d’atrophie et de régénération nutritive dont la durée ne saurait être moindre de plusieurs mois ; ce signe, c’est la persistance ou l'abolition temporaire de la contractilité musculaire électrique.

Les deux observations suivantes feront mieux comprendre que toutes les descriptions la valeur de ce moyen de diagnostic :

Le premier de ces malades est un homme d’environ trente-cinq ans, qui est entré à la Clinique dans les premiers jours d'avril 4853. Get homme avait fait, trois Semaines auparavant, une chute sur l'épaule, chute de sa hauteur seulement, l’épaule ayant porté sur le pavé. Bien qu’il n’eût point ressenti de douleur vive au moment de la chute, il fut surpris, après s'être relevé, de ne pouvoir plus ni éloigner le bras du corps, ni lui imprimer Je moindre mouvement soit en avant, en arrière où en dehors, La flexion de Pavant-bras sur le

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