PARALYSIE DES MUSCLES DE L'ÉPAULE
bras Ctait également impossible. La sensibilité tactile, comme la sensibilité de la peau, était intacte. Après trois semaines de traitement à son domicile sans résultat, cet homme, ainsi que nous venons de le dire, entra à l’hôpital de la Clinique. Un mois après environ (deux mois du début), M. Dachenne, sur notre invitation, examina ce malade. Voici les phénomènes qu’il constata : perte complète de tous les mouvemens exécutés par le deltoïde; l’élévation de l'épaule du côté malade était possible, assez puissante même, mais évidemment moins énergique que du côté opposé. Dans le mouvement des épaules en avant et en dehors, l’omoplate droite restait en place, tandis que du côté sain elle exécutait son mouvement normal. La flexion de l'avant-bras sur le bras était perdue complétement ; dans les efforts que faisait le malade pour exécuter ce mouvement, on ne sentait se contracter aucun des muscles fléchisseurs, pas même le long supinateur, le seul qui fût paralysé à l’avant-bras. Extension de l’avant-bras sur le bras en partie conservée, mais très faible ; mouvemens de rotation en dehors de l’omoplate complétement perdus ; conservation de la rotation de l’humérus en dedans.
En résumé, ce malade présentait une paralysie datant de deux mois, ct siégeant dans les muscles de l'épaule et du bras: mais ces données ne pouvaient suffire pour établir le pronostic. M. Duchenne eut recours à l'exploration électro-musculaire, et voici les phénomènes qui furent constatés chez ce malade :
Abolition de la contractilité électrique dans les muscles deltoïde biceps, sous-épineux, petit rond et long supinateur, et diminution seulement de cette propriété dans les muscles triceps brachial et grand pectoral ; sensibilité de la peau partout normale ; sensibilité, à peu de chose près, abolie dans les muscles privés de contractilité électrique.
M. Duchenne porta, en conséquence de cette constatation, le diagnostic et le pronostic suivans : paralysie atrophique de quelques muscles animés par les plexus cervical et brachial. Les muscles qui ont perdu leur contractilité électro-musculaire s’atrophieront inévitablement, quoi qu’on fasse, et lorsque Pinflax nerveux leur sera rendu (au bout de quelques mois), on pourra y rappeler les contractions et les mouvemens par l’électrisation localisée.
Ge pronostic a été effectivement vérifié : les choses se sont passées comme l'avait pronostiqué M. Duchenne. Malgré l'application des boutons de feu au niveau des plexus cervical et brachial, malgré des galvanisations répétées et énergiques, les muscles privés de la contractilité et de la sensibilité électrique se sont rapidement atrophiés, au point qu’au bout de quelque temps il était devenu impossible d’en constater l’existence; ceux au contraire dont la contractilité n’était pas abolie, mais
seulement dimiauée, recouvrèrent presque immédiatement leur force et leurs usages. Les choses en restèrent à ce point jusqu’au neuvième mois, et alors apparurent pour la première fois depuis l'accident des phénomènes de sensibilité dans’ les muscles atrophiés sous l'influence de l'agent électrique. C'était là le signe précurseur du retour de la nutrition. En effet, on vit reparaître peu à peu la fibre musculaire dans le deltoïde et le biceps, et aujourd’hui, ainsi qu'ont pu le constater toutes les personnes qui assistaient à notre clinique, ces muscles, qui étaient réduits à un état membraneux, ont déjà acquis une épaisseur suffisante pour pouvoir être aisément saisis entre les doigts et former relief sous la peau. Le mouvement n’était pas encore rétabli; mais les faits précédens analogues que M. Duchenne a eu l’occasion de voir ne lui permettent pas de douter du retoar prochain de la contractilité volontaire sous l'influence des excitations électriques répétées.
Le second malade est un jeune homme de vingt ans qui, le 5 octobre 1853, tomba sur l'épaule droite de la hauteur d’un wagon. Ne pouvant plus se servir de son membre, dans lequel il éprouvait de fortes douleurs, il entra immédiatement à l'Hôtel-Dieu dans le service de M. Jobert (de Lamballe). |
A cette époque, le volume de l’épaule était considérablement augmenté; la pression y déterminait une douleur vive, surtout à la partie antérieure. Les mouvemens spontanés de ce membre étaient impossibles. L'exploration la plus atientive ne put découvrir aucun des symtômes dus soit à la luxation de l'épaule, soit à la fracture de la clavicule.
Au bout de quelques jours, le gonflement avait disparu, mais la paralysie subsistait, Six semaines après le début de la maladie, M. Duchenne constata que ce malade avait complétement perdu l’usage du deltoïde, des rotateurs en dehors de l’humérus et des fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras.
A l'examen électro-musculaire, M. Duchenne reconnut que les muscles n’avaient perdu qu’une faible partie de leur contractilité électrique. Il en déduisit un pronostic favorable, et annonça que non-seulement les muscles ne s’atrophieraient pas, mais que très probablement ils allaient recouvrer leurs mouvemens volontaires assez rapidement par la faradisation localisée.
Après avoir vigoureusement excité chacun des muscles avec un courant à intermiltences rapides pendant huit à dix minutes, le deltoïde se contracta volontairement, faiblement il est vrai, mais d'une manière très notable. Les fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras ne paraissaient avoir rien gagné. Quelques jours après, l'élévation du bras se faisait encore mieux, et le malade commençait à fléchir l’avant-bras sur le