‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 148 sur 205 · PHLEGMONS ET ABCÈS DE LA MAIN · texte numérisé non relu

PHLEGMONS ET ABCÈS DE LA MAIN

Nous devons faire remarquer que ces phlyctènes sont souvent très douloureuses lorsqu'elles sont remplies de liquide. Les souffrances se manifestent lorsqu'on exerce une pression sur la partie malade: mais lorsque la sérosité a été évacuée, la compression cesse d’être pénible. IL est facile de se rendre compte de ce phénomène quand on sait que derrière un liquide incompressible on trouve les papilles de la peau à nu et enflammées; dès que le liquide est évacué, toute doulenr cesse même à la pression. Si cependant la phlyctène venait à être déchirée, les papilles exposées à l'influence des agens extérieurs seraient irritées davantage, la douleur serait très vive, et l’on pourrait voir survenir une inflammation sous-cutanée. On observe à Ja plante du pied, sur les parlies latérales de cet organe, au talon, une inflammation analogue due à la

pression des chaussures, à des marches forcées, etc.

L'inflammation anthracoïde se développe principalement sur le dos de la main, cependant on la rencontre quelquefois sur la face palmaire. M. Bauchet en a observé un cas : la maladie occupait l’éminence thénar, l’abcès s’ouvrit par trois petits trous ; le lendemain, l’ulcération avait détruit les parties restées saines entre les ouvertures, et au fond de Ja solution de continuité on apercevait le bourbillon.

IT. Abcés sous-cutanés. Cette affection est très fréquente ; on l’observe le plus souvent chez les individus qui se livrent à des travaux manuels très pénibles. Presque toujours elle a pour point de départ une inflammation du derme autour d’un durillon. La pression exercée par les instrumens de travail sur la saillie cornée qui constitue le durillon détermine une exhalation de sérosité avec inflammation congestive du derme. Si l’ouvrier cesse son travail, l’inflammation superficielle phlycténoïde disparaît au bout de 24 ou 36 heures ; mais si Ja douleur n’est pas très vive, le malade continue son travail : c’est alors que les frottemens, les pressions incessantes déterminent l’inflammation sous-cutanée du üssu cellulaire. Dans d’autres cas l'inflammation sous-cutanée succède à une écorchure ou à une piqûre, quelquefois à un panaris qui s’est propagé au tissu cellulaire de la paume de la main.

À son début, cette affection est caractérisée par une douleur vive, augmentant par la pression, siégeant dans la paume de la main et s’irradiant à l’avant-bras et même au bras: il existe une rougeur, quelquefois très limitée, d’autres fois s'étendant à toute la face palmaire de la main ; le gonflement est généralement peu considérable, l'extension des doigts assez pénible. Bientôt l'inflammation envahit le tissu cellulaire compris entre la peau et l’aponévrose : là elle se trouve en général limitée par les sillons de flexion qui formentune espèce d'M dans la paume de la main; les brides fibreuses qui fixent dans ces points la peau à l’aponévrose s'opposent pendant un certain temps à la propagation de

Pinflammation d’un des départemens de la main au département voisin : mais la phlegmasie gagne plus souvent les espaces interdigitaux et la face dorsale de la main, où elle se propage et s'étend avec une grande rapidité.

À cette période la douleur devient plus vive, elle est lancinante, s’exaspère par la pression; la rougeur et le gonflement sont plus prononcés, les mouvemens des doigts sont pénibles. Le pus finit par se réunir en foyer, perfore le derme ; mais rencontrant une conche épidermique dure, résistante, il ne peut se faire jour au dehors qu'avec une grande difficulté, aussi trouve-on dans la paume de la main une vaste phlyctène remplie de pus : c'est alors que l’on voit ces abcès désignés par M. Velpeau sous le nom d’abcés en bouton de chemise. Xl existe deux collections purulentes communiquant par un canal plus ou moins étroit. La longueur de ce canal est mesurée par l’épaisseur du derme, et des deux collections de pus, l’une est entre le derme et l'aponévrose, l’autre entre la face superficielle du derme et l’épiderme, Quelquefois le derme résiste, alors le pus décolle la face profonde de la peau et va se faire jour dans les points où elle offre moins de résistance, dans les espaces interdigitaux, par exemple. Enfin dans des cas plus fâcheux l'inflammation gagne les tissus situés plus profondément, et envahit le tissu cellulaire sous-aponévrotique ; la maladie se présente alors avec des caractères spéciaux que nous allons étudier tout à l'heure.

On comprend combien il est important de reconnaître de bonne heure ces abcès et d'ouvrir un libre passage à la suppuration. On doit redouter, en effet, plusieurs espèces de désordres, qui sont :

1° Le décollement de l’épiderme, circonstance qui n’est pas grave par elle-même, mais qui est toujours fâcheuse, en ce sens que souvent, sous la couche purulente, on trouve la surface du derme excoriée, ulcérée, et que la cicatrisation de ces parties nécessite souvent un temps assez long ; d’ailleurs il est nécessaire qu’il se fasse une nouvelle couche d’épiderme, et celle-ci sera encore assez longtemps avant d'acquérir la solidité et la résistance nécessaires pour que les malades puissent reprendre leurs travaux, L’inconvénient qui résulterait d’avoir laissé le pus s’accumuler sous l’épiderme serait donc pour le moins de prolonger inutilement Ja convalescence.

2° Le décoilement de la peau a des inconvéniens plus sérieux. Remarquons d’abord que l'ouverture par laquelle le pus peut s'engager est en général très étroite, et que le foyer tend toujours à s'étendre : de plus celui-ci se vide mal, et si l’on n’a soin d'élargir l'ouverture avec le bistouri, la guérison se fait attendre pendant un temps fort

long, heureux quand le pus ne s’est pas frayé un passage dans les parties profondes de la main.

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