‹ Élémens de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 15 sur 205 · Hypertrophie par ampliation de la vesste · texte numérisé non relu

Hypertrophie par ampliation de la vesste

Cette espèce se présente sous deux formes distinctes : dans l’une, les parois de la vessie ont augmenté d'épaisseur; dans l’autre, elles sont amincies.

1° Ampliation de la vessie uvec épaississement des parois. — Gette affection se développe à peu près dans les mêmes conditions que la précédente; l'urine ne pouvant sortir par le fait d’un obstacle tel que : rétrécissement de l’urèthre, bypertrophie de la prostate, fongus vésical qui fait l'office de valvule, s’accumule dans la vessie, distend cet organe, el, par le fait de la contraction violente de la tunique musculeuse, celieci s’hypertrophie. La stagnation de l’urine pent provoquer une inflammation chronique dont le résultat est une hypertrophie de la tunique muqueuse,

Si l'on compare la vessie des sujets présentant une semblable disposition avec celle des individus dont l'organe a éprouvé une diminution notable, on constate, si elle contient un calcul, qu'il existe un grand intervalle entre la paroi vésicale et le corps étranger. Les vessies de ce genre n'ont point ces cellules ni ces colonnes charnues saillantes que nous avons Signalées dans la forme d'hypertrophie décrite plus haut.

Il est, en outre, un caractère anatomique fort intéressant qui à élé constaté plusieurs fois, c’est l’adhérence de la vessie avec la paroi abdominale. Par le fait de l'ampliation excessive de l'organe, le péritoine se trouve refoulé vers la partie supéricure; ilen résulte donc qu'une assez grande étendue de là face supérieure de la vessie se trouve en contact avec la face postérieure de la paroi abdominale antérieure, avec laquelle, pour peu qu'un travail phlegmasique se développe, elle ne tarde pas à contracter des adhérences, ce qui, joint à l'état morbide déjà existant, s'oppose à ce que la vessie puisse revenir sur ellemême.

9 Ampliation de la vessie avec amincissement ou sans altérations des parois, — Gctte variété s’observe également à la suite de rétention d’urine, mais dans les cas d'inertie de l'organe, et surtout lorsqu'il y

NÉVRALGIES DE LA VÉSSIE. ; 287 a paralysie de la vessie, les fibres musculaires se laissent distendre, s'amincissent; La vessie peut acquérir des dimensions extrêmement considérables et il n’est pas rare de voir son sommet atteindre lombilic.

M. Civiale fait remarquer que la vessie ainsi distendue ne forme point, comme dans le cas où elle a conservé toute son énergie, une tumeur dure, arrondie, saillante à la région hypogastrique ; la palpation fait reconnaître une espèce d’empâtement ; la Percussion annonce dans ce point la présence d’un liquide dont on constate le siége et la nature par le cathétérisme. Ce phénomène est facile à comprendre : dans le cas de rétention d'urine sans paralysie, la vessie se contracte fortement et forme une tumeur dont on peut facilement suivre le contour, tandis que dans ceux où la vessie à perdu sa contractilité, les parois restent molles et flasques, et la pression pousse le liquide vers les points qui offrent le moins de résistance.

Les fibres musculaires de la vessie ne sont pas atrophiées, mais amincies par le fait de la distension, quelquefois même elles ont conservé leur épaisseur normale, La membrane muqueuse présente parfois des traces d’inflammation, surtout au voisinage du col; d’autres fois elle est d’une pâleur extrême ; dans quelques cas elle se couvre de points Saillans, de villosités ou de fongosités plus ou moins volumineuses.

Traitement, — Cet affection sera combattue par des moyens qui ne sont malheureusement que palliatifs; on débarrassera la vessie du liquide qu'elle renferme à l’aide du cathétérisme, et cela assez souvent pour que cet organe ne soit pas distendu outre mesure, puis on tâchera de guérir la paralysie de la vessie ou de faire disparaître l'obstacle qui s'oppose au cours de l'urine. |

Névralqies de la vessie,

On désigne sous le nom de névralgies de la vessie toutes les affections douloureuses de cet organe. Les névralqies idiopathiques sont celles qui se montrent sans qu’il y ait altération organique de la vessie ou des appareils voisins, et les névralgies symptomatiques paraissent causées par une affection de Ja vessie ou des organes avec lesquels elle se {trouve en rapport; telles sont : les affections calculcuses du rein ou de la vessie, les rétrécissemens de l’urèthre, les affections de Ja prostate, les valvules du col de la vessie, les affections utérines, celles de l’extrémité inférieure de l'intestin, telles que les hémorrhoïdes, les fissures à l'anus, etc., etc. Nous ne décrirons pas cette espèce de névralgie qui n'est qu'un symptôme d'autres alfeclions qui ont trouvé place dans cet ouvrage. Nous nous contenterons de décrire la névralgie tdiopalhique.

Celte affection assez fréquente occuperait suivant certains auteurs le

corps de la vessie ou le col de cet organe ; cette distinction nous semble plutôt déduite de vues théoriques que de l'observation clinique.

Étiologie. — Les causes de la névralgie idiopathique de la vessie sont fort obscures; on a invoqué le vice rhumatismal, la répercussion d’un exanthème ou d’une hémorrhagie habituelle, mais on sait quelle valeur il faut attribuer à ce genre de causes. Les chutes sur le périnée, Jes excès vénériens, les frottemens déterminés par la sonde, la résistance trop longtemps prolongée au besoin d’uriner, l'accumulation de matières dans le rectum, sont indiquées comme prédisposant particulièrement à la névralgie du col de Ja vessie. Dans quelques cas, la chlorose et la pression exercée par la tête de l’enfant pendant le travail de l’accouchement paraissent avoir été l’origine de l'affection qui nous occupe. Mais l'influence du froid semble avoir une action peut-être moins contestable,

La névralgie de la vessie est plus fréquente chez l'homme que chez la femme. I n’est pas très rare de la voir survenir immédiatement après la disparition d’une névralgie dans un autre point.

Symptomatologie. — Les malades ressentent tout à coup, sans cause appréciable, quelquefois pendant le cours d’une attaque de rhumatisme qui diminue ou cesse tout à fait, une douleur vive dans la région de la vessie, s'étendant vers les uretères et l’urèthre, et se propageant au périnée, au rectum et vers les symphyses sacro-iliaques. Un frisson quelquefois intense précède ou suit souvent cette première manifestation de Ja maladie.

La plus petite quantité d'urine ne peut être conservée dans la vessie ; elle provoque une douleur vive qui empêche les malades de rester cou chés ou assis, aussi les envies d’uriner sont-elles extrêmement fréquentes, la miction est très douloureuse; le liquide en passant dans Purèthre détermine une sensation de brûlure qui s'étend jusqu’au méat, Des sensations analogues se manifestent du côté du rectuin, les malades font des efforts violens de défécation, ils semblent menacés d’une chute du rec+ tum. Lorsque les envies d’uriner ne sont pas très fréquentes, c’est-à dire lorsque les malades peuvent conserver un peu d'urine dans la vessie, il existe entre chaque miction des intervalles pendant lesquels les douleurs sont beaucoup moins intenses et même disparaissent tout à fait.

L'urince expulsée est rougeâtre lorsqu'elle est peu abondante ; dans le cas contraire, elle est presque incolore et laisse déposer un léger sédiment muqueux; le pénis se gonfle de manière à donner l'idée d’un boursouflement et non de l'érection ; le clitoris, les grandes et les petites lèvres sont le siége d’un phénomène analogue.

Dans quelques cas les malades ne peuvent rendre une seule goutte d'urine, alors la vessie se distend, s'élève au-dessus du pubis ; les angoisses sont portées au plus haut degré, on observe une agitation ex-

NÉVRALGIES DE LA VESSIE. 289 trême, ct tous ces accidens se calment en grande partie dès que l'urine peut s’écouler au dehors.

Ces douleurs excessives ne déterminent point de symptômes généraux, car, à part les momens de crises dans lesquels le pouls est légèrement accéléré, il n'existe pas de fièvre, et les malades conservent leur appéut.

Les névralgies de la vessie se présentent sous la forme de crises dont la durée est variable et dont les retours sont fort irréguliers, la maladie affecte donc le type rémittent ; les douleurs les plus vives paraisse montrer principalement le soir et la nait, Dans quelques cas on les à vues prendre le type franchement intermittent.

Diagnostic. — La névralgie de la vessie peut être confondue avec la Cystite, mais l'état des urines, la fièvre et les douleurs continues de la cjstite meutront facilement sur la voie; chez les névralgiques, les douleurs et tous les accidens cessent immédiatement après les accès; les malades recouvrent Loute leur santé, sans avoir à passer par une périodt de convalescence.

On ne confondra pas la névralgie de la vessie avec le catarrhe vésical, dont la durée est si longue et dans lequel l'urine laisse déposer une si grande quantité de mucosités.

L'interruption brusque du jet d'urine est commune à l'affection calculeuse et à la névralgie dans la vessie. On sait que dans la première ce phénomène est dû au déplacement de la pierre, qui, faisant Poffice de soupape, vient s'appliquer sur le col de Ja vessie ; dans la seconde, il est dû à la contraction très énergique du col vésical ; mais l'exploration à l’aide de la sonde fait reconnaître la présence du calcul ; d’ailleurs laffection calculeuse se présente avec des caractères qui lui sont propres et qui manquent dans la névralgie de la vessie, i

Pronostic. — La névralgie de la vessie n’est point une affection grave; à la vérité, elle détermine des douleurs extrêmement vives, mais en général elle disparaît assez facilement ; le seul accident sérieux que l'on ait à craindre est la distension cxagérée, par conséquent une diminution de Ja contractilité des fibres musculaires et une prédisposilion à la paralysie; on s’est en outre demandé si les contractions très violentes de la vessie ne pourraient pas amener l'hypertrophic des parois de cet organe avec diminution de sa cavité. L'’incontinence d'urine à été observée à la suite de la névralgie du col, M. Civiale pense que cette affection peut déterminer le catarrhe vésical; mais nous nous demanderons avec M. Le Roy (d'Étiolles) si l’on n'aurait pas pris pour des névralgies du col de la vessie, des catarrhes vésicaux commençans.

La névralgie rhuratismale qui se montre dans une saison froide et

humide, paraîtrait plas rebelle que celle qui se montre dans des circonstances opposées ; on à vu des névralgies disparaître tout à coup, el remplacées par des névralgies du cair chevelu, du front, etc.

Traitement. — On cherchera d’abord à soustraire le malade aux causes qui auraient pu déterminer la névralgie de la vessie ; si le temps est froid et humide, le malade gardera la chambre et même le lit; un régime doux, des boissons émollientes seront en même temps prescrites avec avantage ; si Ja douleur est très vive et la congestion du côté du bassin très intense, on pourra, à moins de contre-indication, faire une application de sangsues au périnée. Les narcotiques, les douches et les fomentations froides au périnée, les révulsifs à la peau, tels que les frictions avec la pommade stibiée, les bains prolongés, pourront encore apporter du soulagement ; si la névralgie présentait le type intermittent, on administrerait avec avantage le sulfate de quinine seul ou associé à une faible dose d’opium.

Lorsque la rétention d'urine est absolue, faut-il procéder au cathétérisme ? Nous devons rappeler que, dans les cas de névralgie de la vessie, cette opération est extrêmement douloureuse et difficile; qu'elle ne procure pas le soulagement que l’on serait en droit d’en attendre. Aussi quelques auteurs, Léveillé entre autres, pensent-ils qu'il vaut mieux attendre la fin de la crise que d'introduire une sonde; ce dernier moyen serait réservé pour les cas où la vessie serait trop distendue, Dans la névralgie du col, la présence d’une bougie fine dans la vessie, paraît avoir donné de bons résultats. D’après M. Mercier, les guérisons ainsi obtenues ne seraient pas durables.

Baumgartner (1) a obtenu un succès complet dans un cas très grave et très rebelle, à l’aide des injections de nitrate d'argent : il mit dans 100 grammes d'eau distillée, 16 grammes d’une solution renfermant 5 centigrammes de nitrate d'argent pour 32 grammes d’eau distillée ; malgré ce succès nous n’oserions conseiller un semblable moyen.

ARTICLE VIII

Dans son état d’intégrité parfaite, la vessie possède une double propriété : 4° elle est destinée à recevoir l'urine qui coule incessamment par les uretères ; 2° elle doit chasser au bout d’un temps donné, par

l'urèthre, le liquide accumulé dans sa cavité; si Prune cu l’autre de ces deux fonctions vient à être troublée, il y à Incontinence ou rétention

(1} Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1843, p. 59,

d'urine, Ces deux espèces de troubles fonctionnels que nous étudierons plus loin, et qui sont déterminées par un grand nombre de causes, peuvent être la conséquence d’une paralvsie de la vessie. La paralysie porte-t-elle sur le corps de l'organe ? la vessie ne se contracte pas, et ne peut par conséquent chasser l'urine. Porte-t-elle sur le col ? l'urine n’est plus retenue dans le réservoir, il y a incontinence, Cette distinction est établie plutôt théoriquement que d’après l'observation clipique, aussi ne décrirons nous ici que la paralysie du corps de la vessie, réservant ce que nous avons à dire de la paralysie du col lorsque nous étudierons l'incontinence d'urine.

1° Paralysie du corps de la vessie, — Cette affection est déterminée par un grand nombre de causes qui peuvent être rangées sous les chefs suivants :

1° Paralysie symptomatique de troubles du système nerveux. Les lésions traumatiques et les affections organiques du cerveau ou de Ja moelle épinière, les hémorrhagies, la commotion et la compression cérébrales, déterminent, on le sait, des paralysies de toutes les parties du corps, la vessie elle-même n’en est pas exempte. Nous n’avons pas à insister sur ce point : la paralysie de la vessie n’est pas une maladie particulière, mais bien un des élémens d’une maladie beaucoup plus étendue; elle suit la même marche que celle des autres organes, et cesse si les causes qui les ont produites viennent elles-mêmes à disparaître ; la compression des nerfs qui, de la moelle vont se rendre à la vessie, détermine également la paralysie de cet organe.

2° La paralysie est assez souvent une des conséquences d’une affection de Ja vessie, ou d’une distension considérable de ce viscère, par suite de laccumalation d’une certaine quantité d'urine. Combien, en effet, ne voit-on pas d'individus, qui après avoir retenu fort longtemps leur urine, éprouvent une certaine difficulté à uriner, et finissent par rendre une petite quantité de liquide, leur vessie se vide incomplétement ; puis, au bout de peu de temps, le besoin d’uriner se fait de nouveau <entir, la vessie vidée en partie est revenue sur elle-même, ses fibres musculaires ont repris leur propriété normale, et le sujet urine avec abondance. Ici la paralysie a été momentanée ; elle est le plus souvent incomplète ; mais dans quelques cas elle est complète, on est obligé d’avoir recours au cathétérisme ; ce phénomène se trouve indiqué de la manière la plus nette dans une observation d’Ambroise Paré (BP où il est question d’un jeune serviteur qui, « portant en croupe une honneste demoiselle, » ne rendit point son urine, la sonde amena au dehors une pinte de liquide; depuis il ne s’en est point ressenti, Cette paralysie

(1) À, Paré, liv. XVIT, ch. L.

momentanée peut devenir définitive si cette distension est souvent renouvelée ; c'est ce qui arrive lorsqu'il existe un obstacle, soit dans l’urèthre, soit au col de la vessie, soit au niveau de la région prostatique de l’urèthre. M. Mercier (1) cite un cas de paralysie survenue à la suite de Pobstacle qu’une valvule du col vésical apportait à la miction ; l’obstacle fut levé, à l’aide de plusieurs incisions, et ce n’est qu’à grand'peine que l'on put rendre à la vessie sa contractilité normale.

3° La paralysie de la vessie s’observe encore pendant le cours des fièvres graves, mais ici la paralysie n’est qu’une complication de la maladie elle-même; dans ce cas, il n’y a rien à faire contre la paralysie : on se contentera de prévenir les accidens que provoquerait la distension exagérée de l'organe; on sondera le malade aussi souvent qu’il sera nécessaire, ou bien on laissera une sonde à demeure. L’épuisement déterminé par l'abus des plaisirs vénériens, est assez souvent cause de paralysie de la vessie. M. Velpeau a signalé l’état chloro-anémique comme pouvant produire la même affection.

Existe-t-il une paralysie essentielle de la vessie? c’est-à-dire déterminée par la vieillesse seule, indépendamment de toute lesion matérielle appréciable.

Un grand nombre de chirurgiens, en tête desquels il faut placer Desault, Boyer, considèrent la paralysie de la vessie chez les vicillards comme extrêmement fréquente. AE Mercier soutient, au contraire, « que ce que l’on regardait comme l'effet d’une paralysie essentielle de la vessie ou de son col dépend d'obstacles matériels au libre excreice de leurs fonctions (2). » M. Mercier dit que cet obstacle tient, non pas à un rétrécissement de l’urèthre par le fait du développement de la prostate, mais à une déviation de ce canal; c’est ce que démontreraient la facilité avec laquelle on fait pénétrer une sonde dans la vessie, et l'écoulement de l'urine entre la surface de la sonde et la paroi du canal, car le canal se trouve redressé par l'instrument, M. Mercier invoque en outre, en faveur de son explication, l'extrême rareté de ces paralysies chez la femme, parce que chez celles-ci il n'existe pas de prostate qui puisse modifier la direction de l’urèthre. El est évident que Pon a été trop loin en considérant comme paralysie essentielle tous les cas dans lesquels on observait une rétention d'urine sans lésion appréciable; mais M. Mercier n’a-t-il pas un peu trop exagéré le rôle de la prostate dans les affections de ce genre. Certainement la déviation du canal de l’urèthre est un obstacle au passage de l'urine, mais nous ne saurions admettre que c’est l'unique cause de rétention d'urine dans les paralysies qui sont consi-

(1) Mercier, Recherches sur les valvules du col vésical, p. 135, (2) Mercier, Recherches analomiques, etc., p. 115,

AFFECTIONS ORGANIQUES DE LA VESSIE, 295 dérées comme essentielles ; en effet, n’arrive-t-il pas chez des individus ainsi affectés, ct chez lesquels on pratique le cathétérisme, de constater que le jet d'urine, après avoir été projeté assez loin d’abord, ne coule plus que lentement et en bavant. Dans ces cas, on ne saurait supposer. autre chose qu’une paralysie essentielle de la vessie, car si cet organe avait conservé toute sa contraclilité, le jet serait toujours aussi fort que le permettrait le calibre de la sonde et serait lancé au loin jusqu’à l’épaississement des dernières gouttes d'urine.

Dans l’état actuel des choses, il nous est donc permis d'admettre que les paralysies essentielles ne sont pas aussi fréquentes qu’on le croyait ; qu'il est un certain nombre de ces affections qui doivent être attribuées à un obstacle au cours de l’urine; enfin qu'il en est d’autres dans lesquelles la paralysie existe réellement soit seule, soit compliquée d’une déviation du canal de l’urèthre, d’une hypertrophie de la prostate ou de l'existence d’une valvule au col de la vessie. Quant à cetie dernière catégorie, on peut se demander si la paralysie ne serait pas consécutive à l'obstacle et n'aurait pas été déterminée par la distension des fibres musculaires de la vessie.

Symptomatologie. — 'Tantôt la paralysie de la vessie se montre d’une manière lente et graduelle, tantôt elle apparaît brusquement, Dans le premier cas, la vessie se contracte moins énergiquement pendant les premiers temps, l’urine ne sort qu'avec difficulté, la contraction du muscle diaphragine et de ceux des parois de l’abdomen devient indispensable pour surmonter la résistance qu’oppose le col de la vessie; souvent l'expulsion du liquide n’est pas complète, il en reste une certaine quantité dans la vessie. Les symptômes vont chaque jour en augmentant jusqu’à la suppression complète de l'urine. C’est alors que lon voit ce liquide s’accumuler dansla vessie dont elle distend les parois. Cet organe s'élève au-dessus des pubis où elle forme une tumeur plus ou moins considérable; cet état dure ainsi un, deux et même trois jours, causant parfois une douleur vive au malade, parfois ne déterminant au cune souffrance, puis l’urine commence à couler goutte à goutte, tantôt d’une manière continue, tantôt à la volonté du malade; malgré cet écoulement la tumeur ne diminue pas, il semble qu’il sort par l’urèthre une quantité d’urine égale à celle qui coule par les uretères. On dit alors que le malade urine par regorgement.

Nous avons exposé rapidement les symptômes qui appartiennent à la paralysie de la vessie proprement dite; il est clair cependant qu’ils doivent varier avec la cause qui a déterminé la maladie : ainsi, la paralysie est-elle la conséquence de lPinflammation de la membrane muqueuse de la vessie, celle-ci déterminera des douleurs extrêmement vives, etc. Mais nous n'avons pas à insister sur ce point, car, encore une fois, la paraly-

294 AFFECTIONS DE L'APPAREIL URINAIRE, sie n'est qu un des symptômes d'une autre affection qu'avant tout il faut étudier et combattre.

Diagnostic. — Il est rare que le diagnostic de la paralysie de la vessie soit difficile à établir ; on ne confondra pas la rétention d'urine due à la paralysie avec celle qui est déterminée par un obstacle au cours de l'urine; le cathétérisine mettra facilement sur la voie, s’il s’agit surtout d’un rétrécissement de l’urèthre, d’une tuméfaction de la prostate, Mais il n’est pas toujours facile de reconnaître les rétentions d’urines qui sont dues à des valvules du col vésical; il est certain que beaucoup de chirurgiens y ont été trompés, et qu’un grand nombre de rétentions que Boyer attribuait à une paralysie essentielle n'étaient autre chose qu’un état valvulaire du col de la vessie, Il est un signe qui ne saurait laisser aucun doute sur la nature de la maladie. Existe-t-il une paralysie de la vessie? l'urine coule lentement par la sonde; la rétenuon est-elle déterminée par un obstacle dépendant d’une valvule du col ou de la prostate, etc., aussitôt que la sonde est introduite l'urine s’échappe par un jet volumineux et est lancée au loin, absolument comme dans les cas où il n'existe aucune affection des voies urinaires.

Il est une autre cause d'erreur sur laquelle il est bon d’appeler Pattention : chez quelques malades, avons nous dit, la vessie se distend sans douleur; ils ne souffrent pas el urinent par regorgement. Le chirurgien appelé à cette époque peut méconnaître complétement l'état des voies urinaires , et s’il n’est pas prévenu, il pourra, après avoir examiné la région hypogastrique, croire à l'existence d’une tumeur d’une nature ‘tout autre que celle qui existe; c’est ainsi que la paralysie de la vessie a été prise pour un abeès, qu’on a pu croire à une hydropisie du péritoine ou de l'ovaire, etc. Il suffit dans ces cas de porter la sonde dans la vessie pour éviter toute espèce d'erreur.

Pronostic. — Il est en général grave, car rarement cette affection se termine par la guérison. Toutefois, il est subordonné à la nature de la Iésion qui a déterminé la paralysie.

Traitement. — Quelle que soit la nature de la paralysie, la première indication est de vider la vessie à laide de la sonde. Si la maladie est déterminée par la distension excessive des fibres de la vessie, quelques bains, le repos sufliront pour rendre à l'organe malade toute sa contraculté; quelquefois les réfrigérans appliqués sur les cuisses, sur le scrotum, sur l'hypogastre peuvent rendre au réservoir de l’urine une partie de la tonicité qu’elle a perdue. C’est en se guidant d’après les mêmes principes que l'on a conseillé les injections d’eau fraîche dans la vessie.

Dans ces derniers temps, M. Michon a essayé l'électricité; il plaça une sonde métallique dans la vessie préalablement vidée, et une autre sonde également métallique dans le rectum ; les deux instrumens se

AFFECTIONS ORGANIQUES DE LA VESSIE. 295 l'ouvaient séparés par la cloison recto-vésicale, puis chaque sonde fut mise en communication avec les pôies d’une pile de Breton. À la troisième séance le malade sentit le besoin d’uriner et put uriner seul. Trois nouvelles séances eurent lieu et le malade était guéri; cette guérison ne s’est pas démentie. Ge malade avait soixante-sept ans : la paralysie durait depuis plus de deux mois et avait résisté au cathétérisme, aux injections, aux frictions stimulantes et aux vésicatoires.

Nous sommes loin de penser que le mode de traitement soit appelé à réussir dans tous les cas de paralysie de la vessie; cependant, il doit toujours être tenté ; il est peu douloureux et presque toujours applicable ; il est appelé à rendre des services réels, surtout dans les cas de paralysie incomplète, ou plutôt de cette atonie de la vessie si souvent consécutive à la distension, lorsque des valvules du-col, des tumeurs de la prostate s'opposent à lécoulement de l’urine.

IL, — Varices de la vessie.

Les varices de la vessie sont fort rares. Vidal (de Cassis) en rapporte un exemple observé à la clinique de M. Laugier, à l’Hôtel-Dieu. Un inalade, entré dans le service de ce chirurgien pour une exostose périostale du fémur, fut pris tout à coup d’une hématurie extrêmement abondante; la vessie était on ne peut plus distendue; l’'hémorrhagie avait lieu par regorgement ; le cathétérisme ne fit constater aucune lésion appréciable : point de rétrécissement, pas de tumeur et &e fongosités. Graduellement affaibli par des pertes incessantes de sang, ce malade finit par succomber. A l’autopsie, on trouva des veines variqueuses au col de la vessie ; l’une de ces varices était ulcérée et largement ouverte.

On trouve çà et là, dans les annales de la science, des exemples de varices dé la vessie; mais l'existence de la dilatation veineuse paraissait, dans la plupart des cas, liée à des calculs vésicaux ou à une hypertrophie de la prostate.

On comprend combien il est difficile de reconnaître une semblable affection, et de diriger contre elle un traitement véritablement utile, Desault prétend avoir guéri, à l'aide d’une sonde en permanence dans la vessie, des hématuries extrêmement rebelles, et qui lui parurent dues à l'existence de varices, la sonde agissant comme compresseur. M. Laugier pense que, dans ces cas, la compression par la sonde ne doit pas être considérée comme l'agent exclusif de la guérison; il croit que la cause est due plutôt à l’ensemble des moyens concurrenment employés, et surtout aux changemens d'habitude et de régime : ces malades étaient rentrés en France après un séjour prolongé aux Antilles.

HE, — Polypes de la vessie.

Ils sont assez rares; Nicod en a recueilli plusieurs cas qu'il a décrits dans un recueil d'observations où il les a réunis avec les polypes de l’urèthre(t).

Quelquefois la vessie ne renferme qu’un seul polype, d’autres fois elle en contient plusieurs; les uns sont pédiculés, les autres implantées sur une base large. Le plus souvent ils sont mous, vasculaires; plus rarement ils sont fibreux, ou ont une consistance cartilagineuse. On les observe principalement au niveau du col de la vessie.

Sous le nom de fumeurs lymphatiques concrétées, Deschamps décrit des tumeurs qui ont été considérées comme des polypes. Elles sont solides, résistantes, lisses en dehors, de même couleur que la muqueuse vésicale, grisâtres en dedans : leur aspect rappelle celle de la prostate. Mais sont-ce là de véritables polypes ?

M. Hélie a présenté à la Société anatomique un cas qui pouvait être considéré comme un des types des polypes de la vessie (2). Il est ques: Lion d’un homme de soixante-trois ans, qui, saus cause connue ct trois ans avapt sa mort, fut pris d'hématuries qui se sont renouvelées à des intervalles assez irréguliers, et qui ont quelquefois été assez abondantes, À son entrée à l'hôpital Beaujon, l'urine, qui était trouble, devint claire ct transparente. A lautopsie, on trouva dans la vessie, à 25 centimètres en arrière et en dehors de l’uretère droit, une végétation vésiculeuse, molle, pulpeuse, demi-transparente, dans laquelle se trouvait un grand nombre d'arborisations vasculaires : elle était pédiculée et se continuait avec la membrane muqueuse.

Chez un autre malade, M. Mercier (3) trouva un polype également pédiculé; son sommet, qui était la partie la plus volumineuse, contenait une matière noirâtre, semblable à la substance colorante du sang, et s’écrasait sous le doigt. Il pense que, dans ce cas, il s'était formé un épanchement sanguin sous la muqueuse, et que peu à peu celle-ci s'était allongée pour former un pédicule.

Les polypes ne présentent pas toujours cette structure ; il en est qui sont fermes, résistans, de nature fibreuse. Baillie (4) en à vu un qui remplissait presque entièrement la vessie ; sa forme était très irrégulière; il était composé de prolongemens distincts ; sa texture était fibreuse et assez ferme.

(1) Nicod, Traité des polypes du canal de l'urèthre et de la vessie, in-8. Paris,

(2) Bulletins de la Société anatomique, 1838, p. 1.

(3) Mercier, Recherches anatomiques, 1841, p. 129.

(4) Baillie, Anatomie pahologique, p. 292.

Quelquefois on trouve dans la vessie des sujets calculeux, des tumeurs qui ont été regardées comme de véritables polypes. Ghopart(1) en a rapporté un exemple. Desault, après l'extraction d'un calcul, reconnut dans la vessie un fongus pédiculé, et l’arracha avec des tenettes : le malade guérit sans accident. Chopart pense que la déchirure et l’arrachement de cette tumeur, à la suite de l'opération de la taille, causent habituellement la mort : probablement il avait confondu les polvpes avec les tumeurs cancéreuses.

Le diagnostic des polypes est extrêmement difficile pendant la vie. A la vérité, on peut, à laide de la sonde, sentir une tumeur dans Ja vessie, mais il est à peu près impossible d'en préciser la nature; on peut avoir affaire, en effet, à un fongus ou une tumeur cancéreuse. Dans des cas extrêmement rares, le polvpe pénètre dans l’urèthre et vient faire saillie au méat : c'est ce que Warner (2) a constaté chez une femme de vingt-trois ans. El fit une incision qui divisa la moitié de l’urèthre, dilata la portion intacte ct le col de la vessie, et, attirant la tumeur au dehors, il put appliquer une Jligature sur le pédicule.

Ce traitement des polvpes sera décrit avec celui des fongus ; car dans ces deux affections la thérapeutique chirurgicale est la même,

Page 1