TUMEURS DES DO!GTS
$ V. — Tumeurs des doigts.
Les espèces de tumeurs que l’on rencontre aux doigts sont fort nombreuses. La plupart d’entre elles ne sont pas spéciales à cet organe, elles y sont quelquefois un peu plus fréquentes que dans d’autres parties du corps ; souvent elles déterminent une gêne spéciale, mais les caractères : de ces affections ne sont pas assez tranchés pour que nous leur consacrions un paragraphe spécial; ainsi un anévrisme cirsoide, affection assez rare du reste, que nous avons observée sur la face iaterne de la deuxième phalange du doigt indicateur de la main droite chez un enfant de quatre aus et demi, n’empruntait rien de particulier à la région dans laquelle nous l'avons rencontré. L’enchondrome se rencontre assez souvent à la main; il envahit les phalanges et les métacarpiens. Mais, à part la gêne que cette dégénérescence détermine, clle n’offre rien de spécial; la marcle de la maladie, la terminaison, le traitement qu’elle exige, sont exactement les mêmes que dans les autres points de l'économie.
Il en est quelques-unes, au contraire, qui ne se rencontrent qu'aux doigts et qui doivert être examinées d’une manière spéciale, tels sont :
1° Les kystes synoviaux et les tumeurs synoviales. Celles-ci ont été étudiées avec les kystes synoviaux de la main, du poignet et de lavantbras ; nous n’y revieudrons pas.
2° Une affection particulière de la gaîne des tendons, que nous avons récemment observée à Phôpital des Cliniques et qui à pris provisotrement le nom de doigt à ressort, Nous n'avons encore rencontré qu’un seul cas de ce genre, que nous n’avous trouvé décrit dans aucun traité de chirurgie. Nous sous contenterons de rapporter cette observation (4), espérant que de nouveaux faits permeltront un jour de tracer lPhistoire de cette singulière affection :
Madame X..., piqueuse, âgée de quarante-cinq ans, d’un tempéra ment lymphatique, jouissant d’une assez bonne santé et mère de cinc enfants, entre le 6 mars à la Clinique pour se faire traiter d'une gêne dans les mouvemens des doigts de la main droite. Elle raconte qu'il y a huit ans elle s’est aperçue pour la première fois que, par momens, les mouvemens du doigt annulaire de Ja main droite n'étaient pas complétement libres, mais elle n’y a pas fait attention. Il y à six semaines environ, celte gêne à augmenté, elle s’est étendue au pouce du même côté ; les imouvemens de ce doigt étaient un peu douloureux, Ea ma+ lade consulta un médecin, qui, croyant à une affection rhumatismale, conscilla des moyens appropriés ; mais ceux-ci restèrent sans résultat,
(1) Cette observation a été recueillis par M. Fourchy. :
et le mal avant fait des progrès, elle entra à lhôpital des Cliniques, et l’on constata l’état suivant :
La main ne présente aucune altération appréciable à la vue, mais lorsque tous les doigts de la main droite sont fléchis, si la malade veut les étendre, le mouvement d'extension se fait bien et facilement pour tous les doigts, excepté pour l’annulaire et le pouce. Pour ces derniers, le mouvement d'extension commence d’abord à se faire jusqu’à un certain degré, puis s'arrête tout à coup; si la malade persiste à contracter les extenseurs, ou si, avec l’autre main ou avec le doigt voisin, elle vient en aide au doigt malade, il se fait un mouvement brusque comme s’il y avait un ressort et comme si un obstacle venait d’être franchi : l’extension devient alors complète. On observe le même phénomène pendant la flexion, Après un exercice un peu prolongé d'extension et de flexion les mouvemens brusques diminuent d'intensité et même disparaissent, pour reparaître après un instant de repos.
L'exploration attentive de la main fait constater la présence d’un corps du volume d’un petit pois, situé à la base de chacun de ces deux doigts, au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, et sur le trajet des tendons fléchisseurs. Ces corps sont lisses et présentent la consistance d’un cartilage ; il sont roulans sous le doigt qui les presse, Pendant les mouvemens d'extension et de flexion, on sent ces corps s'arrêter brusquement ; puis, si l’effort continue, exécuter un mouvement brusque et rapide, comme s'ils venaient de franchir un obstacle,
Ces corps paraissent siéger dans la gaîne des fléchisseurs, Nous pensons qu’ils sont analogues aux corps flottans des articulations et le résultat d’une inflammation et d’un épaississement du tissu cellulaire sous-synovial, qui se rétrécit sur un point et s’isole. L’obstacle que ces corps rencontrent pendant les mouvemens des doigts est constitué par les arcades fibreuses qui siégent sur la face palmaire des doigts. Lorsque le doigt commence à se fléchir, le corps roulant éprouve une difficulté à passer sous l'arcade fibreuse; cependant, l’effort continuant, le corps s'engage sous cette arcade et la franchit rapidement. Pendant les mouvemens d'extension, la difficulté étant plus grande (les muscles extenseurs étant moins puissans que les fléchisseurs), l’autre main et le doigt voisin interviennent pour rendre l'extension complète.
Nous avons employé dans des cas analogues des résolutifs locaux (vésicatoires volans répétés, eau-de-vie camphrée, alcool, etc.). Gette médication n’a pas donné jusqu’à présent de résultats très satisfaisans ; aussi nous proposons-nous, si ces moyens ne réussissent pas, de recourir à l’incision sous-cutanée de l’arcade fibreuse palmaire.
Peut-être pourra-t-on appliquer ici le procédé que M. Goyrand (d'Aix) a proposé pour extraire les corps mobiles des articulations. De