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TUMEURS DES DOIGTS

cette manière on débarrassera la malade de son affection, en même temps qu’on enlèvera la nodosité qui pourrait la reproduire. Il est, en effet, certain que, si l’art n'intervient pas dans cette circonstance, la malade conservera une infirmité qui, pour elle, est des plus graves, puisqu’elle l'empêche de travailler pour subvenir à ses besoins.

3° Nous avons encore observé, à la face palmaire des doigts, une tumeur d’une nature singulière dont nous avons fait l'extirpation et qui a été examinée au microscope de M. Robin ; nous enregistrons encore ce fait, qui est peut-être unique dans la science (1) :

Un jeune Espagnol d’une quinzaine d’années, bien portant du reste, est affecté de trois petites tumeurs échelonnées sur la face palmaire de l’annulaire gauche, et dont le début remonte à quelques mois. Ces trois tumeurs sont sous-cutanées, indolentes, résistantes au toucher ; elles n’entravent pas encore les fonctions du doigt. La plus volumineuse atteint à peine la grosseur d’une noisette, et se trouve située au niveau de la première phalange : elle paraît avoir une certaine mobilité sur les parties profondes, mobilité cependant incomplète et probablement trompeuse.

Les deux autres tumeurs se trouvent, l’une au-devant de la deuxième phalange, l’autre au-devant de l'articulation métatarso-phalangierine, et paraissent l’une et l’autre évidemment mobiles, roulant sous la peau. Cette mobilité est indépendante des mouvemens des tendons fléchisseurs.

Décidé à pratiquer l’ablation de ces singulières tumeurs, el voulant d'un aatre côté rendre l'opération aussi simple que possible, éviter les délabremens trop étendus, nous nous proposâmes de la pratiquer en deux fois. |

Une première fois, nous enlevons avec facilité, à la faveur de deux petites incisions longitudinales, les deux tumeurs mobiles, assez éloignées l’une de l'autre.

Quelques semaines après (le 8 juillet 1856), la cicatrisation étant achevée, nous procédâmes à l’ablation de la troisième tumeur, après une incision longitudinale de la peau de 2 à 3 centimètres.

Cette seconde opération fut plus délicate et assez difficile, à cause de l’adhérence intime de la tumeur à toute la portion fibreuse de la gaîne tendineuse, qu’il fut complétement impossible d’épargner, et que l’on dut ouvrir largement en mettant à nu le tendon, sous peine de ne pas enlever toute la tumeur. On rapprocha, à l’aide du sparadrap, les deux lèvres de la plaie au-devant du tendon dénudé, et l’on soumit le doigt à une irrigation continue.

Disons tout de suite que, malgré la dénudation des tendons, la cicatri-

(1) Cette observation a été recueillie par M. E. Nélaton,

sation s'opéra en quelques jours et sans compromettre aucunement les mouvonens du doigt. Plus de trois mois après l'opération, les mouvemens s'opèrent facilement, les usages des tendons sont entièrement recouvrés, et il n’y à pas apparence de récidive.

La tumeur, examinée à l'œil nu, est d’un gris rosé, offre une surface lobulée bien circonscrite, nullement athérente aux tégumens, fortement adhérente, au contraire, à la portion de gaîne synoviale qui a été enlevée avec elle, et dont la surface, parfaitement lisse, est facilement reconnaissable. Il est aisé de reconnaître également que la production morbide était tout extérieure à la gaîne tendineuse, et ne pénétrait nullement dans sa cavité.

Examen de la structure intime du lissu. — Ce tissu est composé d'une trame de fibres de tissu cellulaire écartées les unes des autres, non réunies en faisceaux, si ce n’est par places en certains points de la portion la plus superficielle de la tumeur. Par rapport à la masse de la tumeur, cette trame ne représente guère que le huitième environ du tissu morbide, Des vaisseaux capillaires assez nombreux parcourent les portions de tissu placées sous le microscope. La moitié environ de la masse du tissu est composée de noyaux libres fibro-plastiques, sans cellules proprement dites de cette espèce. Tous les noyaux étaient ovoïdes allongés ; la plupart manquaient de nucléole. On trouvait avec eux quelques corps fusiformes fibro-plastiques, mais peu nombreux. Les noyaux sont disposés les uns par rapport aux autres à peu près tous dans la même direction, el enchevêtrés avec les corps fusiformes dans le sens de la longucur de ceux-ci, dont la direction est également parallèle à celle des noyaux.

Cette disposition des noyaux, fréquente dans les tumeurs de même structure que celle-ci, donne aux préparations ua aspect tout particulier. Get aspect reçoit encore un cachet spécial de la presence d’une grande quantité de matière amorphe finement et uniformément granuleuse ; elle esi interposée aux élémens précédens. Ces derniers paraissent comme plongés au sein de cette matière amorphe qui les englobe et les empâte en quelque sorte, qui les tient écartés les uns des autres, en même temps qu'elle les unit entre eux. Cette matière amorphe représente presque le quart de la masse totale,

Ainsi ces tumeurs doivent être appelées fbro-plastiques, d'après ce fait que les élémens de ce nom composaient plus de la moitié de la masse de leur tissu. Mais en donnant cette détermination, il importe de se rappeler cette notable quantité de matière amorphe donnant au tissu vu à l'œil nu unc sorte de demi-transparence et sa mollesse particulière, et donnant au tissu placé sous le microscope un aspect spécial dont la vue seule peut donner une notion précise,

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