CHUTE DU RECTUM. U
2° celles qui provoquent de grands efforts de défécation ou des impulsions vers l'anus, telles que la présence d’un calcul dans la vessie, sur tout chez les enfans, les affections vermineuses, l'accouchement, les chutes sur le siége, la toux, les cris prolongés, etc.; 3° enfin celles qui produisent l'entraînement mécanique de la muqueuse du rectum, telles que Îles tumeurs de cet intestin, savoir : les indurations, les excroissances, les polypes, etc., surtout les bourrelets hémorrhoïdaux.
Le mécanisme de cette affection cest très facile à comprendre. La membrane muqueuse et la tunique celluleuse du rectum sont unies par du tissu cellulaire lâche extensible : aussi, quand les matières stercorales s’approchent de l’anus et s'apprêtent à vaincre la résistance que leur oppose le muscle sphincter, la membrane muqueuse est elle-même plus ou moins entraînée avec elles, et vient, en quelque sorte, les transporter et les présenter à cet orifice. Dans l’état physiologique, ce déplacement est peu marqué, el cède sous l'influence de la contraction des muscles sphincter et releveur de l'anus. Mais lorsqu'il existe du gonflement de la membrane muqueuse, lorsque les moyens d’union des tuniques muqueuses et musculeuses sont relâchés, que l'énergie du sphincter est diminuée, que l’action expulsive des muscles abdominaux est trop énergique et trop souvent renouvelée, la membrane muqueuse se précipite avec une force plus considérable à travers l’anus. Les déplacemens réitérés produisent un affaiblissement progressif du muscle sphincter, la congestion de la membrane muqueuse, et alors la partie déplacée ne rentre plus aussi facilement, et bientôt on est obligé de la repousser à l’aide de moyens artificiels.
Symptomatologie. — Si l’on examine l’anus de malades affectés de chute du rectum, on trouve une tumeur qui ne se montre d’abord que lorsque le sujet va à la selle, et dont lapparition n’est point précédée de douleurs locales dans le ventre; elle se présente sous forme d’un bourrelet plus ou moins épais, disposé circulairement autour du fondement, large et arrondi en bas, borné en haut par l’anus, auquel il est continu ; au centre de cette turneur on trouve une ouverture froncée d’où sortent les excrémens. Plus tard la membrane muqueuse du rectum reste à l’extérieur, le bourrelet est tuberculeux et environné de plis; il est rougeâtre, mollasse ou tendu, sanguinolent.
La contractilité du muscle sphincter est extrêmement faible, au point qu'il est facile d'introduire plusieurs doigts dans l'anus sans causer la moindre souffrance, même à de jeunes enfans. Chez une jeune fille de onze ans, atteinte de chute du rectum depuis plusieurs années, M. Duchaussoy (1) a pu successivement introduire quatre doigts rangés en
(4) Duchaussoy, De la cause immédiate et du trailement de la chute du rectum chez les enfans | Archives génér, de méd., 1833, t, IT, p. 320).
ligne droite sans que cette manœuvre provoquât de douleur et sans que les doigts eussent de résistance à vaincre.
Lorsque la maladie est récente et que la tumeur est peu considérable, c'est une simple incommodité qui ne cause presque point de .ouleur et n’a aucune influence sur la santé. La mersbrane sort par l'anus lorsque le malade va à la selle; mais aussitôt que les efforts nécessaires pour l'expulsion des excrémens cessent, elle rentre spontanément, ou, si elle reste au dehors, la moindre pression avec les doigts suffit pour la faire rentrer. Mais si la maladie est abandonnée à elle-même, elle augmente Spa degrés, la tumeur devient plus grosse, plus difficile : à réduire, ei lorsqu'on la fait rentrer, st elle n’est pas contenue par un moyen convenable, elle ressort au plus léger effort. L’excrétion des matières stercorales est douloureuse, la position assise assez pénible, la démarche embarrassée.
Lorsque les malades, après la réduction, se couchent dans une position horizontale, la réduction se maintient d’une manière beaucoup plus durable; aussi ont-ils remarqué que toutes les fois que le soir ils se couchent après une garderobe, le rectum ne sort point, et qu'ils peuvent le lendemain aller à leurs affaires. Mais il est des sujets qui, ne pouvant aller le soir à la garderobe, y vont le matin, et alors Îles symptômes ne sont plus les mêmes. Le malade peut réduire la tumeur; mais fe déplacement se reproduit au bout de fort peu de temps.
Les accidens ne sont pas encore très graves tant qu'il est possible de repousser la membrane muqueuse et de la contenir après les garderobes. Mais lorsque la tumeur reste constamment au dehors, la membrane mugucuse, exposée à l’action de l'air, aux frottemens que déterminent la marche et au contact des vêtemens, augmente de volume, devient fongueuse, s’uicère, verse du sang et du pus, et devient irréductible. Peu à peu la santé s’altère, les digestions se font mal, quelquefois les malières sortent involontaireinent, et le malade, forcé de garder un repos ‘absolu à cause des soufirances qui l’accablent, finit par succomber, épuisé par la sécrétion incessante et extrêmement abondante qui se fait à la surface du bourrelet muqueux et quelquefois par des pertes abondantes de sang. Dans quelques cas la tumeur s ’étrangle, et de nouveaux accidens fort graves, analogues à ceux qui caractérisent l’étranglement intestinal, s'ajoutent à ceux qui existent déja.
Diagnostic. — Xl est en général très facile ; cette affection ne saurait être confondue qu'avec les hémorrhoïdes ou Finvagination du rectum. Les caractères différentiels de ces deux affections seront étudiés plus Join.
Pronostic. — Lorsqu'elle est récente, qu’il n’existe aucune complication, celte affection ne présente pas de gravité. Chez les enfans,
CHUTE DÜ RECTUM. h7 ôn obtient sans trop de peine la cure radicale de la chute dû rectum. Mais lorsque la maladie est anciènne, que la muqueuse n’est pas réductible, que Paffection se montre chez des individus affaiblis par l’âge ou la maladie, lorsqu’enfin elle est compliquée d'hémorrhoïdes, de polype du rectum, d’aflections des voies urinaires, qui obligent les malades à une contraction très énergique des muscles des parois abdomninales, la chuté du rectum devient une affection très sérieuse dont il est souvent fort difficile de triompher, même à l’aide des opérations les plus rationnelles. |
Traitement. — I est palliatif où curatif.
A. Traitement palliatif. — La réduction de la tumeur, lorsqu’elle ést récente, est, en général, facile; les malades eux-mêmes repoussent la membrane muqueuse en la comprimant avec les doigts. « Les femmés du peuple, dit Vidal (de Cassis), qui veulent faire rentrer le boyau à leurs énfans les placent entre leurs jambes, la tête basse, les fesses r'élevées, et elles inalaxent la tumeur, qu’elles finissent par faire rentrer, » Mais quelquefois la réduction présente quelques difficultés, et l’on est forcé de recoürir à l'intervention du chirurgien. Le malade sera couché sur le ventre ou sur le côté, le bassin élevé, les jambes et les cuisses dans la flexion, puis on repoussera le bourrelet de haut en bas et d'avant en arricre. ; = Chez les enfans encore jeunes, il suffit souvent, pour empêcher la reproduction du déplacement, de prévenir les efforts trop violens de là garderobe en leur tenant le ventre libre avec des lavemens, et de faire fréquemment des lotions froides sur la région anale,
Lorsque la réduction est obtenue, on essaye de la maintenir à l’aide d'un appareil; mais ce moyen détermine une gêne très grande, et ne remplit que bien imparfaitement le but auquel il est destiné.
Lé meilleur appareil compresseur que nous ayons vu est celui qu’un de nos malades, architecte, avait inventé pour son usage personnel, C'était une pièce de caivre en forme de croissant, dont la convexité était tournée du côté de l'anus, et y était maintenue par des cordons suspenseurs. Cet appareil mainterait là réduction d’une manière assez satisfaisante.
Ces moyens, qui ne sont, Chez les adultes, que des palliatifs souvent impuissans, anrènent fréquemment, chez les enfans, la guérison de cette affection. On conseille encore une mérlication générale appropriée à l’état dela constitution : le régime, les amers, les ferrugineux. Les lotions astringentes avec l’eau de chaux, la ratanhia ; la décoction de quinquina, d’écorce de chêne ; la solution d’alun, de sulfate de fer ; des lotions d'eau froide, la co.npression sur la région anale avec une éponge trempée dans une lotion astringente, couverte d'un linge fin, et soutenue par un ban-
dage en T ou par un bandage mécanique, dont la pelote doit être soutenue par des courroies qui puissent s’allonger ou se raccourcir, pour s’accommoder aux mMeuvemens. On conseille encore les suppositoires préparés avec le savon, auquel on ajoute quelque substance astringente, telle que l'écorce de chêne, la noix de galle, le sulfate d'alumine et autres: des suppositoires de glace, c’est-à-dire de petits morceaux de glace convenablement taillés, introduits dans le rectum et renouvelés deux ou trois fois dans la journée ; les bains froids de rivière ou de mer produisent d’excellens effets.
B. Traitement curatif. — Krappés de l’état de relâchement du muscle sphincter, les chirurgiens se sont efforcés de rendre la tonicité à ce muscle, espérant prévenir ainsi la reproduction de la procidence de la membrane muqueuse.
Trois moyens ont été appliqués ; tels sont : 1° la strychnine, administrée à l’intérieur ou par la méthode endermique; 2° l'électricité ; 3° la cautérisation. Ce dernier moyen sera étudié avec les opérations chirurgicales que nécessite la chute du rectum.
4° La strychnine à l’intérieur a été surtout préconisée par Schwartz (4). Il administre la noix vomique à très petite dose. Il fait dissoudre 5 ou 40 centigrammes de noix vomique dans 8 grammes d'eau distillée, et fait prendre, de quatre heures en quatre heures, de 2 à 15 gouttes de cette solution, suivant l’âge des enfans. Cette méthode compte de nombreux succès : elle a réussi non-seulement chez les enfans, mais encore chez des adultes qui, depuis longtemps, étaient affectés de chute du rectum.
La strychnine a été appliquée par la méthode endermique par M. Duchaussoy (2) : il met dans un dé à coudre une petite boulette de coton imbibée d’ammoniaque et établit deux petits vésicatoires, l'un à la partie inférieure du sillon interfessier, l’autre à la partie interne de la fesse ou à la racine des bourses ; il saupoudre le derme dénudé avec 1 centigramme d’abord, puis avec 2 centigrammes de strychnine.
90 L'électricité localisée dans le sphincter anal peut encore être utile, si l’on en juge d'après les résultats obtenus chez un malade observé dans le service de M. Ph. Boyer et que M. Duchenne (de Boulogne) soumit à l'excitation électrique. Après dix séances, le sphincter serrait fortement le doigt introduit dans Le rectum, lorsque le malade quitta tout à coup l'hôpital (3). Nous ne pouvons donc nous prononcer d’une manière
absolue sur ce moyen; mais nous croyons qu’il pourra être appliqué avec avantage,
(1) Bulletin de thérapeutique, 1836, t. XI, p. 31. (2) Mémoire cité, p. 327.
(3) Bulletin de thérapeutique, 1853, t. XLV, p. 562.